La bosse des maths et des chansons

Est-ce la formule mathématique de "La Valse à mille temps" de Jacques Brel ? (photo DR)

par Claude Fèvre

Bigre, en voilà une idée ! Marier les mathématiques et la chanson (!?) donc l’amour du beau texte…
Eh, bien figurez-vous que certains (nombreux !) le font, comme vous l’allez voir sous peu…
C’est la découverte que j’ai faite lors du dernier Festival Bernard-Dimey, 11ème du nom.
J’en suis restée baba, bouche bée, interloquée, perplexe…
Mais comment une telle alchimie peut-elle exister ? Toutes mes valeurs s’effondreraient-elles d’un coup ?
C’est que le prof de lettres que j’étais (et que je reste) garde souvenir de combats fratricides, de luttes intestines, de phrases assassines versées au compte/comte (??)  de la fâcheuse et légendaire incompatibilité d’humeur entre les matheux et les littéraires.
Qui n’a pas connu cette mésentente ne connaît  rien à la vie des conseils de classe, sensés procéder à l’orientation des jeunes cerveaux.
Bref, je vous laisse à vos souvenirs, à votre histoire personnelle, à vos bulletins trimestriels…
Revenons au festival Bernard-Dimey.
Démonstration : la fameuse rivalité est un leurre, une ineptie !
Voici des noms ! Oui, n’hésitons pas, à nous la délation !
Je vais citer en tête le tout nouveau président de l’association Bernard-Dimey : Yves Amour, non content d’être prof de maths et de sévir en tant que tel, s’offre même  le délit d’inspection… Oui, vous avez bien lu !
Le festival a le soutien de la Région Champagne-Ardennes en la personne de Jean-Claude Daniel, président de l’Office régional culturel… lui aussi prof de maths. Et de 2 !
Ce festival est ardemment suivi par le président de “Chants de Gouttières”, Fred Castel, lui-même prof de maths, formateur de surcroît auprès des aspirants…
Et pour clore le tout, un homme s’est distingué au cours de cette édition en offrant un texte écrit en hommage à Bernard Dimey. Hé bien, je sais que vous allez douter de ce que j’écris  :  il est prof de maths ! Nous avons appris qu’il s’agissait de Yves Paquelier, lui-même auteur compositeur interprète… Et de 4 !
E = mc2… Une quantité d’énergie pas possible sur ce festival… Maintenant que  j’en connais la source, il me faut recruter pour Festiv’Art. Allez, aujourd’hui c’est décidé, je m’en vais faire la chasse aux profs de maths…

Note du Rédac’Chef : Pour faire écho à ce billet de l’amie Claude, cette vidéo trouvée sur la toile, qui unit mathématiques et chanson :

27 janvier 2012. Tags : , , . Claude Fèvre. 4 commentaires.

Clémence Savelli, qui n’est qu’un cri

A priori rien ne peut empêcher Clémence Savelli d’accéder au grand succès. Beau physique belle voix, vrai talent d’interprétation, convenez qu’on fait des vedettes avec bien moins que ça. Mais elle n’est que cri, et on ne crie pas dans les couloirs du succès : on miaule, on minaude, on fait patte de velours. Elle pas vraiment, qui sort ses griffes. Premier titre et première erreur : Léon le SDF. « Il était un p’tit Léon / Pirouette, cacahuète / Il était un p’tit Léon / Qu’avait une drôle de maison / Sa maison est en carton / Ses rêves sont en papier / Il s’est cassé le goût d’aimer. » Ni Leprest ni Didier n’ont connu le succès en chantant SDF, que je sache. Puis, quittant le carton pour le béton, autre habitat, Savelli chante et s’indigne de ceux qu’on entasse dans ces tours : « béton et regards armés ont tué nos espoirs »… Plus loin, elle nous dit sa peur de ce monde, « des ombres citadines /des rengaines de l’usine / des frustrés des mesquins / du vide qui me retient. » Ça et d’autres (belles) chansons, comme Femme du siècle, où elle égrène les décennies du sentiment. Clémence Savelli m’évoque deux de ses ainées, des parentes sûrement : Francesca Solleville et Véronique Pestel. Avec ses vrais morceaux de vie et de révolte dans ses chansons, avec aussi des élans de tendresse et d’amour, cette artiste bordelaise est loin de la promesse d’une carrière consensuelle aux refrains ronronnants.
Clémence Savelli est ainsi, qui plus est en agréable récidive : c’est son quatrième album (le précédent est un dévédé). Piano, voix, violoncelle : entre « valses mélancoliques et tangos enragés », la chanson de Savelli, d’un grand classicisme, est belle épure, comme pour se débarrasser de toutes fioritures, pour aller à l’essentiel. La vocation de cette chanteuse ne tient pas du hasard, elle qui dit traîner ses galoches depuis l’âge de six ans dans les sentiers de la chanson à texte.

Clémence Savelli, Le cri, 2011, Arte Viva production. Le site de Clémence Savelli, c’est ici. Clémence Savelli en concert le 3 février à 21 h au Café des Moines à Bordeaux.

26 janvier 2012. Tags : . Lancer de disque. 5 commentaires.

Une Tranche de Scène pour Michèle Bernard

C’est rien que du beau monde. Que des amis, presque une famille ! Tous regroupés autour de Michèle Bernard, cette grande dame, très grande dame de la chanson. La chanteuse de Saint-Julien-Molin-Molette reçoit chez elle, dans ce coin reculé de la Loire, tout près d’Annonay en Ardèche, pas très loin de Lyon ni de Saint-Etienne. Du beau monde, oui. Marie Zambon, Anne Sylvestre, Véronique Pestel, Jeanne Garraud, Lalo, Claudine Lebègue, Hélène Grange, Sophie Gentils, Katrin Wal(d)teufel, Evasion, Barbara Thalheim, Anne Sila et Michèle Guigon. Et puis Christopher Murray, Frédéric Bobin, Rémo Gary, Entre 2 Caisses, Claude Lieggi, Gilles Chovet. Et Allain Leprest. Du beau et du bon. Beaucoup d’artisans de la chanson sur Rhône-Alpes mais pas que. Et Michèle nous entretenant de cette passion de vie qu’est la chanson, de l’écriture comme de la scène. Et de ses collègues de travail…
Ce dixième volume de Tranches de Scènes est l’émission rêvée. Soyons fous, imaginons que ce soit un programme télé, en « prime time » comme ils disent. Même riche, la télé ne saurait mettre autant d’amour dans une telle production, car ça ne s’achète pas, pas même avec le carnet de chèque de Bouygues. Une soirée télé avec la Bernard, avec ses copines qui se taillent la part de la lionne. Et ses copains. Même avec 300 chaînes, la télé ne sait pas faire ça, ne sait pas capter l’essentiel, l’air du temps, l’indicible, les portées de poésies d’une chanson populaire au sens vrai du terme.
Bon c’est pas l’image léchée de Nagui et de son Taratata, de ses mille caméras, non. Mais ça a l’odeur et la vérité d’un Vagabondage de feu Roger Gicquel. Et le prestige d’un Grand échiquier de Jacques Chancel. C’est Nadot qui l’a fait. Qui a su réunir tout ce beau monde, ce Gil Chovet qui en temps normal fuit la notoriété comme la peste, cette Marie Zambon extraite de ses rangs de vignes, cette Claudine Lebègue toujours bouleversante, ces Gary-Garraud père et fille rassemblés sur le même dévédé… eux et tous les autres.
C’est le Nadot nouveau, dixième volume de ce qui est déjà une vraie collection, anthologie, certes pas de toute la chanson, mais de son plus bel épicentre, de sa chanson de parole comme on dit à Barjac. Vingt et un chanteuses, chanteurs ou groupes, pour plus de deux heures de rencontres.
La collection Tranches de Scènes ne se trouve pas à l’étal de votre supérette. Ça ne se vend même pas à l’unité, c’est dire. C’est sur adhésion à l’Association, adhésion qui courre le temps de quatre dévédés, puis qu’on renouvelle pour les quatre suivants.
Six mois après le précédent (sur Bernard Joyet), cette nouvelle tranche de bonheur nous dit plus encore l’importance de cette collection. Car Tranches de Scènes est peut être l’événement le plus importante de la chanson depuis la création de Chorus.
Le site de Tranches de Scènes, c’est ici. http://www.chanson-net.com/tranchesdescenes/

25 janvier 2012. Tags : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Les événements. 16 commentaires.

Balmino Tom 2

The aTom, samedi 19 janvier 2012, Le Pax à Saint-Etienne,

The aTom sur la scène du Pax (photo Hélène Bruyère)

Stéphane Balmino a longtemps hésité entre rock et presque folk, très Yacoub dans l’âme. C’est sur ce fil qu’il a créé et animé un temps Khaban. Aujourd’hui il vit les deux, séparément. Un jour un plaisir, le lendemain l’autre. Il est Balmino, celui de Manon, dont on attend toujours le premier album. Il est celui de The aTom, sincère performance née « d’un amour commun pour le personnage de Tom Waits et sa musique blues-rock-déglingue », voyage passionnel et passionnant. La rencontre de Waits et de Yacoub, ppc Balmino, nous avait donné le légendaire Je regarde les hommes tomber.
The aTom donc, formidable formation doit-on dire. Pour l’occasion, Balmino porte un chapeau, le même que the boss. « Pourquoi s’attaquer au patron, à l’Everest ? » s’interroge-t-il : « On va se balader dans l’œuvre du maître… » 90 minutes en v.o., en rock sans le rauque d’origine. Dès les premières notes, nous savons à qui nous avons à faire : à des musiciens, des vrais (Stéphane Augagneur à la guitare électrique, Alice Perret au clavier et à la basse, Erwann Bonin à la batterie), pas un tas de bruiteurs. Le voyage sera beau. Il l’est, les Etats-Unis (les états désunis ?) défilent sous nos yeux à mesure que se déroule l’oeuvre de Waits. La voix est celle de Balmino, qui caressent les mots et ne s’y brise pas, qui les interprète comme un acteur endosse un rôle qui lui fait seconde peau, avec l’aisance d’un grand artiste. Dans les vers de Waits, souvent le bourbon bourdonne, rimes chancelantes, musique titubante. Qu’il se teinte rock ou presque folk, le chant du maitre Waits élargit le champ de Balmino, lui donne plus d’ampleur encore, étalonne son talent, même s’il privilégie surtout les instants rock, dans un plaisir jubilatoire et contagieux. Et chacun de vivre sur son siège le grand voyage de Balmino-Waits et les riffs d’Augagneur qui sont comme l‘ombre portée des mots. C’est en tous points excellent, remarquable. Si The aTom passe près de chez vous, foncez-y : il n’y a que du bon.

Ce concert était organisé par Carotte-productions dans le cadre de sa saison au Pax, salle d’un Foyer de jeunes travailleurs. J’ai envie de saluer le travail de cette structure qui nous ramène un peu de chanson dans une ville presque orpheline du genre. Bien sûr il y a un Zénith pour les gros et les gras, bien sûr une salle de musiques actuelles pour les musiques amplifiées, bien sûr un festival prestigieux une fois l’an… Mais plus de programmation à l’année, plus ce travail de fond au coeur de la ville, plus de biscuits à grignoter au quotidien. Carotte et quelques autres rares organisateurs tentent de pallier au silence stéphanois qui tranche tant avec la vivacité de la chanson lyonnaise, artistes comme lieux de diffusion.

Le myspace de Balmino. On lira aussi sur NosEnchanteurs : “Balmino, toutes affaires cessantes”.

24 janvier 2012. Tags : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Michel Kemper désormais en conférences Chanson

On me l’a demandé avec insistance : je l’ai fait. Je propose désormais des conférences sur la chanson, pour les médiathèques il va de soi, mais aussi pour tous ces lieux accueillants où on aime vivre et parler chanson. Deux conférences sont d’ores et déjà proposées :
Une conférence, en partenariat avec l’association Tranches de Scènes de l’ami Nadot, sur la part immergée, souterraine, de la chanson française, celle qui vit dans le silence que l’on sait. De Michèle Bernard à Xavier Lacouture, d’Hervé Cristiani à Louis Capart, d’Eric Guilleton à Coline Malice, d’Allain Leprest à Véronique Pestel, cette conférence se veut autant porte d’entrée que trousseau de clefs pour qui à l’oreille curieuse. C’est aussi un élément de réflexion sur les médias, sur les rapports ambigus entre eux et les majors de l’industrie discographique, sur comment on décide à notre place de ce qui sera diffusé ou non, comment le formatage de nos goûts se forge insidieusement. Propos illustrés par l’exemple il va sans dire. Et par nombre d’extraits vidéos d’artistes qui nous parlent de leur petit commerce de chansons, bel artisanat d’émotions.
L’autre conférence, opérationnelle dès le printemps prochain, sera consacrée à Bernard Lavilliers. Sur les traces de notre fauve dans son inextricable jungle de mots, dans ses vies entre toutes particulières. Mine de rien, Nanar est une des plus belles légendes de la chanson, qui épouse au plus près notre imaginaire collectif, notre quête, notre soif d’idéal. Deux formules : conférencier seul ou conférencier + artiste interprète. Dans tous les cas avec de jolies surprises…
Enfin, je compte reprendre la conférence créé en mars 2010 à Lyon sur « La Chanson en Rhône-Alpes ».
Me contacter il va de soi : michel.kemper@laposte.net

23 janvier 2012. Chanson sur Rhône-Alpes, Les événements. 8 commentaires.

Prix Georges-Moustaki, l’antidote aux Victoires !

Rodrigue (photo Benoit Poix)

J’aurais mauvaise grâce, après avoir étrillé comme de coutume les Victoires de la Musique qui à mes yeux ne sont sinon rien au moins pas grand chose, de ne pas vous entretenir du Prix Georges-Moustaki, 2e du nom, dont on vient de publier la liste des z’heureux sélectionnés, en fait des demi-finalistes. Me croirez-vous : c’est beau comme un générique de NosEnchanteurs ! Qu’on en juge : Camel Arioui, Billie, Thierry Chazelle & Lily Cros, The E.T’s, Pierre Faa, Jeanne Garraud, Les Jetés de l’encre, Coline Malice, Emilie Marsh, Swann Ménigot, Pierrot Panse, Rodrigue, Marion Rouxin, Sarahpsody, Bertrand Soulier, Alain Sourigues, Philippe Thomas, Tomislav, 3 Minutes sur Mer, Vendeurs d’enclume, Nicolas Vidal, Vincha. Les finalistes seront au nombre de sept parmi cette liste.
La finale et remise du 2e Prix Georges-Moustaki se déroulera, dans le cadre de « Chanson française en Sorbonne Hors les Murs » le jeudi 9 février 2012 à 19 heures (entrée gratuite). Les artistes finalistes chanteront chacun deux titres, puis le Prix du Jury et le Prix du Public seront attribués.

Emilie Marsh (photo DR)

Rappelons que le Prix Georges-Moustaki récompense depuis l’an passé un album indépendant et/ou autoproduit (ça veut dire qu’il y a peu de chances qu’un gros label ait glissé à l’intérieur de l’enveloppe un gros chèque ou des billets d’avion pour Caracas pour l’ensemble des membres du jury). Jury qui sera composé de : Georges Moustaki lui-même, Jeanne Cherhal et Enzo Enzo ainsi que Jérôme Van Den Hole, parrain de la promotion 2012. C’est Mélissmell qui avait remporté la première édition de ce concours.
On peut écouter chacun des pré-sélectionnés sur le site du Prix Moustaki : c’est ici.

23 janvier 2012. Tags : . Les événements. 7 commentaires.

Vocal Cordes, un et un ne font ni une ni deux

Vocal Cordes (ph. Festiv'Art 2011)

par Claude Fèvre

Vocal Cordes, un duo ? Sans l’ombre d’un doute. Ils sont bien deux en scène : Aurèle Salmon pour la voix (et quelle voix !), Ludovic  Hellet pour la contrebasse. Après quelques tours et détours du côté d’un trio, voire d’un quartet, et parce que les hasards de la vie font parfois bien les choses, ni une ni deux, se dit un jour Aurèle, c’est décidé je n’aurai plus qu’un seul partenaire ! Certains spectateurs – certes un brin fleur bleue  –  décèlent chez ces deux-là une telle complicité qu’ils aimeraient voir en eux un couple dans la « vraie » vie… mais non ! Et c’est peut-être tant mieux…
Mais, c’est une autre histoire !
Aurèle et Ludo donc… un duo ? Euh… pas tout à fait car cette contrebasse que Ludo promène aussi ailleurs (jazz manouche, musiques improvisées, contes musicaux, école de musique, hôpital) devient avec Vocal Cordes un personnage à part entière que l’on câline, bouscule à l’occasion… Et c’est donc en embrassant tendrement son instrument que Ludo joue de tout son corps avec le gigantesque instrument. Il joue de ses doigts, de l’archet sur les cordes, en rythmiques et en bruitages, pour escorter la voix d’Aurèle qui raconte des histoires. Les mots sont savamment agencés par Aurèle pour amuser, attendrir, pour peindre un univers coloré où il fait bon s’égarer. Et lorsqu’ils s’aventurent dans des reprises ils le font avec une telle ingéniosité qu’ils nous offrent de véritables « re-créations ».
Si je vous parle de ces deux là aujourd’hui c’est parce que je viens de les quitter.  Enfin presque… Nous nous étions donné rendez-vous mercredi dernier aux B.I.S à Nantes, où ils vivent. Belle occasion pour se revoir, pour prolonger nos rencontres en Ariège où ils sont venus deux fois et plus (quelques belles soirées à domicile en prolongement de notre Festiv’Art 2009 et 2010)… pas de programme précis, sinon celui de mettre peut-être à cette occasion là un peu plus de lumière sur leur duo original.
Dans ce grand rendez-vous du spectacle vivant, je me sentais petit Poucet avec mon festival dont le budget global n’atteint pas celui de la communication du plus modeste rendez-vous estival. Alors qu’étais-je venue faire dans cette galère ? Hé bien, revoir quelques artistes comme Aurèle et Ludo,  quelques structures amies, et surtout rester ouverte à toute rencontre, approcher ce milieu où je suis bénévole et militante.
Ce n’est pas sans amusement que j’observais ces hommes (oui, surtout des hommes !) affairés, l’ordinateur portable  sur les genoux… Et que dire du passage de François Hollande et d’Eva Joly ??
Loin de cet affairisme, je n’ai pourtant pas été déçue et peut-être le duo Vocal Cordes aura-t-il lui aussi à se réjouir de nos déambulations parmi les stands… et de nos  rencontres suscitées ou fortuites ?
Gardons espoir que ces talents de l’ombre trouvent le chemin d’un public avide de découvertes, amateur de textes ciselés et de musiques toujours renouvelées, enrichies de toutes les rencontres de leurs auteurs.

Le myspace de Vocal Cordes, c’est là. Dernier album, sorti à l’automne 2011 : « Open Valse »

22 janvier 2012. Tags : , . Claude Fèvre, Lancer de disque. 1 commentaire.

Béjo, semences potaches et potagères

Après Souchon, c’est au tour de Béjo de nous entretenir de La chanson parfaite, mais à la manière du Voulzy de Rockollection, prélevant au genre nombre d’illustrations : “Tu me dis Ne me quitte pas ! / Je te réponds Que je t’aime / Je vous dis que c’est la chanson parfaite ! / Un jour ça sera moi qui l’ai faite !” Parfait pour entrer dans le monde de Béjo. Avec d’abord une chanson révolutionnaire qui fera fortune chez les indignés de tous poils : Nous c’qu’on veut, c’est du pognon ! De l’art et la manière de surfer sur l’actualité et rafler la mise… Sur un moteur de recherche, Béjo est d’abord un spécialiste en semences potagères au slogan de « un nom qui indique la qualité. » Que Béjo-le-chanteur adopte le même argumentaire, y’aura pas vraiment tricherie sur le contenu. Il y a en lui l’adn d’une large part de la chanson, de Patrick Topaloff, dont il fut ami et complice, à Boby Lapointe. A ce jour, Béjo, ancien du Club Méd qui, jadis, accompagna Renaud puis Bashung,  n’avait sorti qu’un album, en 87 chez Virgin. Un quart de siècle plus tard, il récidive, en autoproduction mais avec constance. Il chantait alors On dirait du veau ? ; il chante désormais un (forcément chiraquien ou je me trompe de plat) Hymne à la tête de veau. Et pire encore. Comme ce French lover à ne pas mettre entre toutes les oreilles, qu’envierait sans doute Pierre Perret (dont Béjo fit la première partie au Casino de Paris, en 1996). Ce proche de Patrick Sébastien (dont il écrivit les sketches) est à l’image de ce dernier : le pire côtoie le meilleur. Et, croyez-moi, le meilleur est en tous points succulent. Adoptez !

Béjo, 0/10 bon esprit, 2011, Cajo prod (ce billet est la version augmentée d’une chronique parue précédemment dans les colonnes du Petit journal).

En vidéo, un reportage signé France-Soir

21 janvier 2012. Tags : . Lancer de disque. 1 commentaire.

Les Victoires en chantant

Thiéfaine : s'il y en a un qui mérite des "victoires"... (photo DR)

C’est étrange comme la publication des nominations pour les Victoires de la Musique (on ne dit pas Victoires de la chanson, vous m’expliquerez pourquoi) fait paradoxalement plus événement que le déroulement même de la soirée : pas un journal ou un blog qui se respecte la passerait sous silence. Allons-y aussi…
Cette fameuse liste vient d’être publiée et… il n’y a rien ! Que l’autocélébration d’un clan, petite subdivision de la chanson, un peu au-dessus du tout venant de la variété (encore que) où, pour peu qu’on ait sortit un album dans l’année, ou fait une tournée voire un clip, ou le clip de la tournée, on y est de droit, on a son rond de serviette, à s’assoir à la table coutumière. Voyez-les : ce sont les mêmes que l’an passé ou que l’année précédente ou de celle d’avant. Camille le phénomène, Nolween la bretonne, la veuve Ringer, Zaz… Qui est Zaz artistiquement ? Un vide, comme l’est Cœur de pirate, elle aussi encore nommée. Et puis Benjamin Biolay, Julien Clerc et le désormais inamovible Thomas Dutronc, fils de. Son dernier album est insignifiant et lui vaut donc nomination. Si, tout de même, il y a Thiéfaine, nettement au-dessus. Quitte à faire, si Hubert-Félix aime les médailles et les trophées, qu’on lui en donne. Il est le seul de ce lot-là à vraiment les mériter.
Izia, Archimède, Joe Starr, David Guetta, La Fouine, Orelsan (qui ne semble plus sentir le souffre, lui), Raphaël, M et Vanessa Paradis, Christophe Maé, Mika, Laurent Voulzy et quelques autres sont aussi sur la grille, sur le grill. Rien de bien enthousiasmant…
Et Alexis HK (déjà nominé pour le mémorable clip des Affranchis il y a deux ans – voir ci-dessous en vidéo) en « artiste révélation scène » qui prouve que les membres de l’Académie des Victoires sont lents à la détente : ça fait presque quinze ans, depuis C’que t’es belle, qu’Alexis HK hante nos scènes avec un incroyable talent, avec ses vers littéraires surdimensionnés qui vont encore détonner. En le baptisant “révélation”, les promoteurs des Victoires passent un peu pour des rigolos.
Retransmission en début mars dans votre poste de télévision. Le mieux, ce soir-là, c’est que vous vous trouviez un concert, un vrai, pas loin de chez vous. Ce sera alors votre victoire sur cette musique-là.

20 janvier 2012. Tags : . Saines humeurs. 13 commentaires.

Lizzie, sirène perdue entre ciel et océan

Lizzie, frisson en plein été (photo SoFrench.net)

par Claude Fèvre *

“Des racines partout mais on m’attend toujours ailleurs”… ainsi parle Lizzie. Levée quand elle s’apprête à quitter la scène à la fin de son set… Une jeune, très jeune artiste de la chanson ; elle écrit, compose et chante d’une voix qui ne laisse pas indifférent. Cette voix nous avait déjà fait frissonner dans une belle nuit d’août sur notre tremplin Festi’Art… Première apparition en 2008 qui lui valut de trouver des mécènes parmi les spectateurs – plus précisément des dons pour s’acheter sa nouvelle guitare. C’est assez rare pour souligner ce petit miracle qui en dit long sur les échanges avec les spectateurs de Lavelanet, au cours de notre festival.
Cette année là, j’avais eu le sentiment de voir réapparaître nos égéries des années 70, longs cheveux lâchés, robe  fleurie tombant sur les pieds nus, guitare folk posée sur le cœur… et c’est tout. La voix de Lizzie s’envolait sur ses accents de fado nostalgique dans la nuit pyrénéenne… Les mots nous emportaient sur des rivages lointains, falaises du Portugal, rives de Gdansk en Pologne, ou Tennessee… à la poursuite des songes d’une Amérique  oubliée.
Lizzie est revenue une deuxième fois sur la scène du tremplin et c’est sur celle du Bijou que je l’ai retrouvée le 1er décembre dernier… J’étais accompagnée d’une jeune amie brésilienne à qui j’offrais cette rencontre musicale et lusophone ! Elle n’a pas été déçue, croyez-moi.
Là, une envie m’a soudainement habitée… l’envie de proposer à cette jeune artiste mon expérience  théâtrale pour donner un peu plus de “corps” et de sens à son set. Enthousiaste, elle a dit oui. Rendez-vous était pris pour janvier à Avignon où elle a ses racines.
Là-bas, en quelques heures, un personnage s’est dessiné, une ballade sans frontières est née… Nous étions accueillies au Théâtre des Vents, adorable petit théâtre où l’on rêve de venir faire partager ses créations  avec une quarantaine de spectateurs.
Dès le début de son spectacle Lizzie prend le spectateur par la main et l’entraîne dans son chant d”‘âme fragile”, de sirène égarée… Nous voici embarqués avec pour compagnons sa guitare, son accordéon, son bagage de pianiste bien rangé dans sa petite valise où s’entassent pêle-mêle sa passion pour Chopin, pour la chanson française, sa connaissance de la country, et ses amours pour la culture portugaise…
Au fond, pourquoi chante-t-elle, Lizzie, pourquoi vient-elle se joindre à la longue cohorte des jeunes artistes qui rêvent de se faire entendre ? Pour nous offrir un voyage tendre, nostalgique, où le vent et les embruns font frissonner la peau… SaudadeSaudade
On pourra vivre et revivre ce voyage le samedi 4 février dans le cadre du Festival Détours de Chant. Où ? à Toulouse, bien sûr… Au Bijou à partir de 16h30.

Le myspace de Lizzie, c’est ici ; Détours de chant c’est là ; le Bijou c’est par ici ; le Théâtre des vents c’est par là.

* Claude Fèvre, nouvelle venue sur ce blog, se veut être une “plume secondaire” de NosEnchanteurs. Professeur de lettres classiques, elle est militante de la chanson, engagée dans le festival de “découvertes” Festiv’Arts.

19 janvier 2012. Tags : . Claude Fèvre, Lancer de disque. 2 commentaires.

La boulangère de Bénabar

par Floréal Melgar*

Vendredi 13 janvier au soir, à une heure de grande écoute, était retransmise sur une chaîne de télévision du service public l’édition 2012 de ce qu’« ils » appellent « La fête de la chanson française » (notre photo). Au programme, bien sûr, tous ces artistes qu’il est permis de voir et d’entendre en permanence, tout au long des années qui passent, sur le petit écran et sur les ondes radio. Toujours les mêmes.
Car la « chanson française », c’est devenu ça : le show-biz, les paillettes, on tape dans ses mains, les bons sentiments qui dégoulinent jusque sur la zapette, on s’aime tous, on s’embrasse, le dernier jeune talent qui promet beaucoup, la preuve il chante avec un chapeau sur la tête, on reprend en chœur l’immortel succès d’un grand ancien disparu, « qui nous manque tant », précisera une présentatrice un peu « bas de plafond ». La grand-messe peut commencer. Et pour la bénédiction, on fera même venir une grande vedette vieillie qui aime tout le monde, un Aznavour ou cette pauvre Juliette Gréco, caricature d’elle-même.
Vendredi 13 janvier, pour cette prétendue fête annuelle de la chanson française, comme lors des années précédentes et celles à venir, n’ont pas été conviés Véronique Pestel, Béa Tristan, Gérard Pierron, Anne Sylvestre, Rémo Gary, François Gaillard, Melaine Favennec, Philippe Forcioli, Sarcloret, Gilbert Laffaille, Yvan Dautin, Jean-Michel Piton, Michèle Bernard, Francesca Solleville, Thomas Pitiot, Gérard Morel, Michel Bühler, Jacques Bertin, Alain Sourigues, Xavier Lacouture, Pierre Delorme, Hélène Maurice, Vincent Absil, Hélène Martin, Louis Capart, Hervé Akrich, Wladimir Anselme, Laurent Berger, Michel Arbatz, Clément Bertrand, Nicolas Bacchus, Môrice Benin, Michel Boutet, Céline Caussimon, Anne Peko, Anna Prucnal, Annick Cisaruk, Christian Camerlynck, Henri Courseaux, Christiane Courvoisier, Claire Elzière, Natacha Ezdra, Entre 2 Caisses, Eric Toulis, Bruno Daraquy, Jean Duino, Agnès Debord, Dominique Grange, Joël Favreau, Jean-Luc Debattice, Marc Havet, Michel Hermon, Bernard Joyet, Jehan, Jofroi, Jean Guidoni, Marcel Kanche, Alice Dézailes, France Léa, Romain Lemire, Nicolas Reggiani, Elizabeth, Jean-Pierre Réginal, Gilles Roucaute, Claude Semal, Gilles Servat, Bruno Ruiz, Nathalie Solence, Lou Saintagne, Valérie Mischler, Annick Roux, Jean Vasca, Laurent Viel, Zaniboni, Madame Raymonde, Coline Malice, Vanina Michel, Pascal Mary, Laurent Malot, Pierre Lebelâge, Yannick Le Nagard, Hervé Lapalud, Gérard Pitiot, Dominique Ottavi, Jeanne Garraud, Gaëlle Vigneaux, Alain Léamauff, Alain Nitchaieff, Nathalie Miravette, Louis Arti, Gildas Thomas, Coko, Alain Aurenche, Presque Oui, Rue de la Muette, Christian Paccoud, Henri Tachan, Aline Dhavré, Hervé Suhubiette, David Sire, Emmanuel Depoix, Philippe Guillard, Claude Astier, Frédéric Bobin, Paule-Andrée Cassidy, Ariane Dubillard, Mona Heftre, Jean Dubois, Grabowski, Thomasi, Olivier Trévidy, Wally… (j’en oublie beaucoup, liste à compléter par le lecteur)…
Comme Allain Leprest, qu’un crétin branché à carte de presse oublie de citer dans l’article de Libération qu’il consacre aux chanteurs disparus au cours de l’année 2011, vous n’existez pas, amis de la chanson de paroles, ou si peu…
Mais le trou dans lequel on vous enterre chaque jour un peu plus ne semble pas encore assez profond aux yeux de tous. Interrogé sur son métier pour le journal La Croix, Bénabar, chantre avant-gardiste du banal, porte-voix de la réhabilitation de l’insignifiant, de l’exaltation du dérisoire et du futile, s’est trouvé un combat urgent et d’importance à mener : « Je défends bec et ongles la chanson de divertissement. Si vous écoutez les mêmes chansons que votre boulangère, vous n’avez pas forcément échoué dans la vie. »
Et ta boulangère, Bénabar, elle a une Rolex ?

(*) Je ne saurais que vous recommander la lecture régulière du blog de Floréal, à mettre dans vos favoris. MK

(Ce billet est le 700e publié sur NosEnchanteurs)

18 janvier 2012. Tags : . Floréal Melgar, Saines humeurs. 30 commentaires.

Ne chipotons pas les 2moizelles

Ludivine et Ségolène font colocation d’humour et de chansons. Et dès qu’on est deux, on est déjà l’embryon d’une chorale. Qui se nomme en conséquence « Les 2moizelles de la chorale municipale de Saint-Benêt-la-Chipotte ».  Problème, ni Google maps ni aucun moteur de recherche, à plus forte raison pas le moindre GPS, ne sait localiser cette localité. Y’a bien Saint-Benoît-la-Chipotte dans les Vosges, dont ses habitants, pas particulièrement benêts, se nomment les Bénédictains. Ludivine et Ségolène ont dû trop boire de Bénédictine… Mais ne chipotons pas, la mini chorale des 2moizelles existe bien. Tant qu’elle a fait son cédé l’an passé. Et sort désormais son utile dévédé. A sa sortie, j’avais eu l’honneur et l’avantage de chroniquer le disque pour Le Petit format du Centre de la chanson, ne sachant pas alors qu’il y avait eu captation d’images et disais : « Si je semble hésiter, pinailler, c’est juste cause au format : un dvd se prêterait mieux à la restitution » car « En scène, c’est épatant, juré. C’est le passage au disque qui est plus difficile, sauf à trouver des équivalents sonores à leurs postures, sourires et grimaces. » Bingo ! Voici ce dévédé, un ravissement !
J’en disais aussi : « C’est tendre, décalé, saugrenu, parfois cruel (« Adieu la game boy / Quand on n’a plus d’mains / Soulager Popol, ah bah non / Quand on n’a plus d’mains »), sorte de croisement entre Bécassine, (les malheurs de) Sophie, Anne Roumanoff et les deux sœurs de La Cérémonie de Chabrol… Elles porteraient des collants qu’elles en seraient les Sœurs Jacques. » C’est pas de la grande chanson, non, ça n’émergera pas au top cinquante ; c’est simplement de la « chanson délicatement grinçante et théâtrale » et, pour tout dire, c’est franchement réussi, frais comme un hamster fraîchement écrasé (regardez ce Menuet pour animal par la vidéo ci-dessous et vous comprendrez…) , pimpant comme un pompier qui brûle d’amour !
Les 2 moiselles de la chorale municipale de Saint-Benêt-la-Chipotte, La consécration en images, 2012, La Gouillote/La Clak. Le myspace de ces deux folles-dingues, c’est ici.

17 janvier 2012. Tags : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Pas de timbre pour Ferrat !

Fallait sans doute pas en espérer plus. La Poste a sorti à l’automne dernier une nouvelle planche de six timbres consacrés à la chanson. Six artistes décédés tant il est vrai qu’on ne sort pas en France de timbres sur des personnages encore vivants (l’exception existe cependant par les id-timbres – lire l’article consacré au scandaleux cas Hallyday –). La moisson 2011 (ce bloc est sorti en guichets le 15 octobre dernier) s’étale sur vingt-cinq ans (de la mort de Daniel Balavoine le 14 janvier 1986 à celle de Colette Renard le 6 octobre 2010) : Bécaud, Nougaro, Salvador, Balavoine, Reggiani et… Renard donc, comme pour faire bonne figure, pour y mettre une touche de féminin. La Poste innove rarement, ne précède aucune mutation, n’impulse aucune révolution. On ne va chercher que les plus célèbres, la crème du médiatique, pour les timbrer, les denteller, les oblitérer. Si Renard est là, c’est qu’il manquait de femmes ou que… Car si c’est bien l’alibi médiatique qui est retenu, notons l’absence singulière et inexplicable de Jean Ferrat, mort en mars 2010, un des plus grands de la chanson française ou je me trompe de beaucoup. Pourquoi cette absence ? Les étiquettés « rouge » n’auraient-ils pas le droit de remplir les classeurs de timbres, eux-aussi ? Faut-il élire Mélenchon pour que ce regrettable oubli (en est-ce un vraiment ?) soit réparé ?
Pas de Ricet Barrier ni d’Allain Leprest non plus, la règle postale voulant qu’on n’édite pas de timbre moins d’un an après le trépas de la célébrité (pour autant, qui peut croire qu’un jour ces deux-là seront aussi timbrés ?). Et c’est sur ce délai d’un an que se pose une question. Alors qu’il a fallu un quart de siècle à Daniel Balavoine pour avoir un timbre à son effigie, le délai de canonisation fut plus court pour Colette Renard : un an et neuf jours ! (il faut avoir été Président de la République pour bénéficier d’un tel et si court délai…). Aurait-on vite timbré la Renard pour ne surtout pas avoir à imprimer un timbre Ferrat que ça ne serait pas plus étonnant que ça. Il vaut mieux célébrer la brillante interprète des Nuits d’une demoiselle dont le souvenir, même de son vivant, s’est depuis longtemps estompé (on ne le connaissait plus, ces dernières années, que comme actrice de séries télé), que le chanteur communiste de Nuit et brouillard, La montagne et Ma France dont la disparition fut ressentie par le peuple presque comme un deuil national.
A ce jour, et sauf omission de ma part, ont déjà été célébrés par le timbre : Aristide Bruant, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Edith Piaf, Jacques Brel et Georges Brassens en 1990 ; Yvonne Printemps, Fernandel, Joséphine Baker, Bourvil, Yves Montand et Coluche en 1994 ; Claude François, Dalida, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Michel Berger et Barbara en 2001. Ni Mano Solo, ni Alain Bashung ni quelques défunts artistes  du même tonneau : La Poste est d’une frilosité et d’un conservatisme extrêmes dans ses choix… Extrêmes et, j’y reviens, étrangement sélectifs.

Sur ce mp3, on écoutera la chanson “Ma philatélie” d’Alexandre Révérend, 1982 (merci Alain A. Pauwels !) : http://areverend.free.fr/lesite/mp3/3b.mp3

16 janvier 2012. Tags : , , , , , , . Saines humeurs. 6 commentaires.

Le double féminin de Yoanna

Yoanna (photo Christine Ruffin)

Marie-Claude Castendet est émue. Et pourtant des artistes elle en a vu, elle en a défendu, depuis le temps qu’elle est attachée de presse, à vanter à des journalistes souvent durs d’oreilles les qualités de ses protégés du moment. Mais là, plus encore, c’est du lourd ; peut-être le disque de cette année 2012. Et c’est elle qui a charge de le promouvoir. Ce disque ? Le deuxième opus de Yoanna, Un peu brisée, bijou comme il est rare.
Je viens de chroniquer cet album pour Le Petit format : « Une femme à gouaille et à bretelles. Pour moins que ça, on vous code-barre « nouvelle chanson réaliste » pour l’éternité. Même si la filiation est tentante, l’art de Yoanna puise à bien d’autres sources, explore d’autres réalités, bien moins soumises. Et des sons plus scandés. Yoanna parle de la femme, de la féminité, du double féminin : celle qui construit, celle qui défait. Amours ratés, adolescence tardive, désir de liberté. Ce disque sera l’un des coups de cœur de l’année à venir : c’est un pur joyau. D’écritures textuelle et musicale, d’interprétation aussi par cette voix fragile et forte, qui contient en elle toute la gamme de l’émotion, sans pathos, dans la tendresse comme dans la crudité des mots. Malgré quelques orchestrations luxuriantes (aaah, ces cordes !), il y a là une remarquable épure. Tout est dans l’équilibre : dans ce verbe qui fouille l’intime, ces musiques qui se heurtent et se fécondent les mêmes portées, cette insolence qui s’impose comme sagesse. On connaissait Yoanna, par un premier album (Moi, bordel !) et par une présence en scène qui ne laisse personne indifférent. Ce nouvel opus est plus qu’un sursaut qualitatif : c’est la cours des grands ! »
C’est rare qu’effectivement un disque s’impose à vous de telle manière, comme une évidence. Qu’il revienne sur la platine de lui-même, souvent, par nécessité autant que par gourmandise. Il y a ici tout ce qu’on sait de Yoanna. Sa part d’impertinence, d’insolence. Ses vérités, son bon sens. Sa sensibilité à fleur de mots. Comme la mise à nu d’un corps, d’une âme. Tout, et plus encore. Certains parleront de « nouveau format », de « nouvelles ambiances » : je crois plutôt que Yoanna est elle-même, s’exposant plus encore à mesure de l’accomplissement de son art, sans mise en scène autre que son énergie. Et de son talent, énorme !

Yoanna, Un peu brisée, 2012 (sortie le 14 février), Matcha/Musicast. Le site de Yoanna, visiblement en reconstruction, c’est ici ; son myspace est là. NosEnchanteurs a déjà publié des articles sur Yoanna. En vidéo, extrait de son spectacle, antérieur à ce nouvel album.

15 janvier 2012. Tags : . Lancer de disque. 6 commentaires.

Denis Van Hecke, 1951-2012

En avril 2010 sur les bords du canal de l'Ourcq © Johan Gouteron

Tel père tel fils. Le papa était violoncelliste ; le fils le sera sans tarder, dès six ans. A sept, il entre à l’Académie de Bruxelles pour étudier cet instrument ainsi que la musique de chambre. Etudes au Conservatoire royal de Bruxelles puis au Conservatoire royal de Mons, il acquiert un bagage qu’il ne cessera de faire fructifier au contact d’autres musiques, d’autres artistes. Les amateurs de chansons  se souviendront de l’avoir vu qui avec Higelin dans les années 80, qui avec Dick Annegarn, Catherine Lara, Didier Odieu ou Xavier Lacouture. Depuis 2007, il accompagnait Christiane Stefanski avec avoir travaillé sur des inédits de Prévert avec Vanina Michel (cf ci-dessous en vidéo), une connaissance de longue date. Pour l’anecdote, Ven Hecke partagea sa première scène à l’âge de seize ans avec David Mc Neil, au Théâtre 140 de Bruxelles. Mais résumer à la stricte chanson l’itinéraire artistique de Denis Van Hecke serait trop réducteur : lui ne considérait pas la musique par un genre mais en son ensemble. Blues, rock, jazz, tout lui était coutumier. Magie de violoncelles, acoustiques comme électriques, tant que naît, en 1990, son « Cello électrique à cinq cordes » et son fameux solo autobiographique « Escapades et Décalages » où il avait pour compagnons cinq de ses violoncelles.
Denis Van Hecke est décédé ce lundi à Ransart, près de Charleroi.

13 janvier 2012. Les événements. 9 commentaires.

Page suivante »