Le blog de l’ami Fred Hidalgo

Fred Hidalgo et Alain Souchon, en mai 2007, lors d'un entretien pour Chorus (photo Francis Vernhet)

Ça fait depuis trente ans que, sans être ni auteur, ni compositeur, ni même interprète, il est, avec son épouse Mauricette, un des acteurs privilégiés de la chanson. Lui, c’est Fred Hidalgo, créateur naguère du mensuel Paroles & Musique puis, en 1992, du fameux et désormais mythique Chorus-Les Cahiers de la chanson. Jusqu’en ce funeste jour de juillet 2009 où le tout nouveau boss, “ardent” volontaire pour fortifier et pérenniser cette revue d’exception, l’a tout simplement fait liquider sans autre forme de procès. Exit cette anthologie en temps réel de la chanson, cette bible des amateurs comme des professionnels, ce monument historique : c’est l’Obélisque qu’on a fait tomber, une institution qu’on a froidement lynchée, des racines violemment arrachées. Fred Hidalgo c’est trente ans de presse musicale, trente ans d’ardent et indéfectible soutien à tout ce qui vit dans la chanson. Trente ans, excusez du peu… Nombre d’artistes doivent un peu beaucoup de leur notoriété à Hidalgo et à son équipe de fines plumes. Au bout du compte, de trente ans en première ligne, plus rien. L’insupportable silence… Désormais rompu par la naissance d’un blog chanson, un de plus certes (il n’y en a pas tant que ça…) mais un hidalgueste blog : le sien. C’est pour moi l’occasion de signaler un confrère qui m’est bien plus que ça. Lecteur de Chorus depuis le tout début, je n’aurais jamais oser imaginer faire un jour partie de la rédaction de Chorus. Fred m’y a un jour appelé. Par mes papiers dans Chorus comme par d’autres, il m’a fait simplement grandir comme il a fait grandir sans doute nombre de collègues, comme il a fait grandir foule d’artistes. Nouveau venu moi-même dans l’univers des blogs, je ne puis que saluer l’arrivée attendue de l’ami Fred Hidalgo. C’est bien plus qu’un grand frère que voici.

http://sicavouschante.over-blog.com

24 novembre 2009. Mots-clefs : , . Chorus, Saines humeurs. Laisser un commentaire.

Va, Valhère, va…

Retour sur Valhère, sur la scène des Oreilles en pointe, jeudi dernier au FIL

Elle a cette voix viscéralement blues, déchirante, onctueuse et lancinante d’une Béa Tristan. A quarante ans d’intervalle, Valhère en est comme son pendant, un peu plus rock sans doute mais d’une émotion pareille, indicible et infiniment belle.

Valhère (photo Blandine Croizier)

Scène du FIL, formule duo de guitares, l’une électrique l’autre pas. Valhère partage l’espace avec Vincent Bosler, immobile homme-instrument dont la guitare semble prolonger le corps. Silhouette fine et élancée, fière posture, bien campée sur ses deux jambes qui n’en finissent pas d’onduler au rythme de ses chansons, la dame fait récital. C’est apaisé dans la forme, pas forcément dans le texte ni dans l’esprit. Valhère est comme long supplique, intéressante voix qu’elle module sans cesse, entre toutes captivante. Pas de jeu de scène ici, c’est spectacle immobile où seuls les mots bougent, font chamaille dans les cœurs et tourneboulent les corps qu’ils explorent, géographie de sentiments contrariés, tourmentés : galerie d’existences, jolis portraits en fait, dominante bleue cause aux bleus de la vie qui a souvent le blues : “C’est beau le cri des femmes / Qui râlent à l’aube au pas des portes / Aux amants qu’elles chassent…” La chanson de Vahlère s’est naguère muée en un rock puissant ; là c’est comme si elle retrouvait ses accents d’origine, dépouillée d’un son parfois envahissant, nouvelle épure qui rend justice à des textes solidement charpentés, livrés en scène avec l’étendue de ses tripes qui, parfois, se muent en pure dentelle.

23 novembre 2009. Mots-clefs : . Les Oreilles en pointe, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Tiram, rock pluriel

C’était hier samedi aux Oreilles en pointe, sur la scène de La Forge, au Chambon-Feugerolles.

Tiram, belle énergie… (photo Laurent Péatier)

Un groupe qui, il n’y a pas un an encore, se nommait Tiramisu ne peut être que franchement délicieux. Par bonheur autant que par cohérence, Tiram l’est. Tiram ce sont de belles sonorités jazz, folk et rock, swing et tzigane, tout mélangé, avec un rien de groove, musique hybride qui ne manque pas d’allure. Ça pourrait faire bouillie mais non. On appréciera l’extrême lisibilité de chaque instrument (guitares électrique et acoustique, basse, batterie, saxophone et violon), de cette musique qui rend hommage à chacun d’entre eux, les dessine presque. On aimera tout autant cette puissante façon de chanter de Raphaël, impliquée, rageuse, qui tient parfois de l’incantation et emprunte, un peu, ici et là, tant au slam qu’à un Ridan pour le coup déridé. C’est musclé, bien plus que sur disque, et follement dansant. Ici une farandole, là une valse… A défaut d’avoir la place pour danser, le public sautille, trépigne des pieds en un intéressant sur-place. Pour un peu, ça ferait bal trad’ des temps modernes. On est dans la veine des Rue Kétanou, Debout sur le Zinc et autres formations de cette trempe, comparaison flatteuse dont Tiram se sort bien, qui plus est avec élégance. Nos parisiens sont fait de ce bois-là. C’est dire si ça chauffe…

22 novembre 2009. Mots-clefs : . Les Oreilles en pointe, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Lo’Jo, c’est tout un monde !

Final haut en couleurs pour les Oreilles en pointe hier à La Forge du Chambon-Feugerolles avec Lo’Jo, admirable formation s’il en est.

D’un artiste il est commun, presque convenu, de parler de son « univers ». Rien que ce mot est tendance… Là, c’est plus modestement tout un monde, l’addition de tout, de vies et de cultures, du vivre ensemble, de la fraternité et du respect. C’est Lo’Jo et c’est unique. Lo’Jo est tribu qui caravane sa chanson, prélevant à chaque paysage, chaque ondulation du vent, chaque sourire sa sonorité, sa richesse, ses mots pour nous les restituer en un savant dosage qui ne semble rien devoir au calcul mais à l’amour de l’autre. Lo’Jo est récepteur. Et émetteur. Il est medium. Il est espoir.

Lo'Jo (photo Laurent Péatier)

Il a le physique de Monsieur tout-le-monde, Denis Péan, le chanteur et parolier, paré de son éternel couvre-chef. Il n’est que beauté, bonté et pure poésie. Et « dresseur de hasards dans un cirque d’ailleurs » comme il le chante. Il est puissance qui tranquillement s’écoule, se diffuse, de sa nougaresque voix, homme sage, impressionnant de sérénité, âme s’il en est de ce groupe angevin. Plumes d’anges… La scène est ample que le groupe occupe d’aise. Il y a Yamina et Nadia, deux voix sans égal et sans égo qui se complètent, s’additionnent, se nourrissent mutuellement. Elles sont part prépondérante, non du charme c’est entendu, mais de l’immensité de Lo’Jo, de son universalité. Toutes deux qui plus est à tirer des sons étonnants de leurs sanzas, de leurs kamel’n’goni, de leurs calebasses. Et Baptiste, Kham et Richard, autres pièces prépondérantes d’une formation d’exception… Dès les premières notes, les premiers mots, ce fut bonheur. Ça le sera jusqu’au bout du voyage, jusque dans les souvenirs d’après. Ce chant-là, « grand bazar sonique, multitude de déflagrations sonores », semble venu des entrailles de la terre aussi sûrement qu’il paraît avoir été prélevé, ici et là dans l’air, dans des filets à papillons. Monumental groupe de scène, Lo’Jo n’a pas en propre un « univers ». Il touche simplement à l’universel.

22 novembre 2009. Mots-clefs : . Les Oreilles en pointe, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Naosol & the Waxx blend, l’actionnariat populaire

C’était hier au soir sur la scène de Dorian, dans la petite commune de Fraisses…

Naosol…

Préséance oblige, c’est Naosol, le chanteur, au premier plan comme il l’est d’ailleurs sur l’affiche, dans une jolie typographie. Et Waxx, l’associé guitariste, légèrement en retrait mais lui-aussi baigné de lumière. Les deux autres sont derrière, l’un à la basse, l’autre à la batterie. Naosol & the Waxx blend fait dans le revival, nostalgie folk-rock, country aussi, des étasuniennes années soixante, soixante-dix. Dans la langue de là-bas. Ça dépote comme un robinet de vagues souvenirs, c’est énergique et plutôt bien construit. Mais guère plus. L’avenir imprimera sans doute plus de personnalité à ce groupe finalement bien jeune.

… et Waxx (photos Pierre Durand)

On connaît ce « duo » par sa naissance il y a peu sur la toile, sous le premier label participatif français qu’est Spidart.com. Nombre d’internautes actionnaires ont misé sur le concept, sans doute plus par passion que par strict et vénal intérêt. A moyen terme, la valeur attendant souvent le travail et le nombre des années, ils pourraient avoir raison…

21 novembre 2009. Mots-clefs : . Les Oreilles en pointe, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Ballade de Jim

C’est indiscutablement le choc de ces dix-neuvièmes Oreilles en pointe. C’était ce vendredi 20, à Fraisses.

Il était avant-hier à New-York, USA, et hier salle Dorian à Fraisses, France. Quelle heure est-il ici ? Jet lag. Sauf à être australien ou à résider en Haute-Loire, pas loin des volcans éteints, sur le rebord du monde, vous ne connaissez pas Yamouridis. Ou alors c’est pur hasard, heureuse rencontre. Lui, grec d’origine, il y a encore peu architecte, anime une formation d’importance, The Stream, groupe réputé du côté de Sydney. Et vit l’exil, volontaire et artistique, de par chez nous. Savons-nous au moins que nous accueillons un tel artiste, si incroyable, si merveilleux…

Il y a en lui du Tom Waits, du Léonard Cohen aussi (photo Pierre Durand)

Jim Yamouridis a la posture, la tenue, costume trois pièces de belle facture, la prévenance, même la coupe de cheveux et l’excessive politesse d’un musicien classique qui s’en vient faire récital, aux doigts qui se baladent d’aise sur l’instrument. C’est un dandy. Sa voix est rocailleuse, comme charriant toutes les entrailles de la terre, du sang des volcans, lave d’une totale fluidité. Langue chargée de la mémoire de la terre et du talent des hommes sans doute, voix douce, heurtée, mue par toutes choses. Et secrétant, sans retenue aucune, l’émotion, la sève de ce que nous venons chercher en chanson. Il nous chante l’amour et l’Homme, l’Homme dans son environnement, parmi les éléments, objet cosmique s’il en est… Il le chante dans sa langue, mais le chante si bien que c’en est universel, esperanto presque. Il y a du Tom Waits, du Léonard Cohen, en cet homme-là qui a, en lui, l’absolue beauté d’une chanson exemplaire.
Yamouridis est sur scène à la guitare. Avec un musicien, Fabrice Barré, exemplaire de sobriété, à la clarinette basse, long instrument qui n’en finit pas de tirer des notes en langueur, en absolue sérénité.
La qualité du silence puis des applaudissements ne peut tromper. Ce fut hier état de grâce, embellie, émotion rare et palpable. Le choc de ce festival tenait en lui, en ce Yamouridis, cet homme de loin venu en simple voisin.

Jim Yamouridis sur myspace.

21 novembre 2009. Mots-clefs : . Les Oreilles en pointe, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Escale à Orly

Orly Chap, ce fut hier, de passage au FIL, pour un joli envol rock. C’était aux Oreilles en pointe.

Orly Chap (photo Philippe Lebruman)

On ne sait, comme chante un certain, si c’est triste Orly le dimanche, toujours est-il qu’en ce jeudi d’Oreilles Orly Chap ne l’est pas, loin s’en faut. Pas elle, dans sa « lueur clown », son côté « folle dingue » revendiqué et assumé. Même si c’est dans la retenue d’une interprétation plus calme, en duo de guitares seulement. C’est un personnage, une vrai, que ce bout de bonne femme, cette bretonne blonde et rockeuse, aux paroles mi françaises mi anglaises, à la voix organique, aux accents d’une lointaine Mama Béa, semblables posture et énergie, du rauque n’roll modulant son cri à l’envi. Si la formule scénique pêche quelque peu par l’absence au moins de percussions (qui s’insinuent de temps à autres par les mystères des bidouillages du son), ce rock de fait minimaliste rend pour le coup justice aux propos de cette dame qui n’écrit pas avec le dos de la cuillère, ne négocie pas ses mots pour les mener à terme, ne tourne pas sept fois sa langue dans la bouche d’autrui. Quoique : « Roules-moi une pelle / que je te connaisse mieux » nous chante elle au chapitre des titres tous chauds tout neufs, inédits. Car tout tourne autour de l’amour « puisque les humains vont par deux / on fait bien la paire nous deux / Viens rire dans mes cheveux / Vient sourire sur ma bouche / fait que j’te touche ». C’est nature, franc, direct, sans ambages mais avec effets. Je sais elle voit « les faits (les fées, l’effet ?) nous dérouter »… Et quelque part elle nous déroute, nous défait dans sa sorte de quête d’absolu, de chant tripal qu’on voit vivre et vibrer devant nous. Il y a en Orly une douce magie euphorisante, et derrière les mots, même abrupts, des chansons des vraies. En somme, rien que du plaisir.

20 novembre 2009. Mots-clefs : . Les Oreilles en pointe, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Balmino, toutes affaires cessantes

Ce fut hier au soir, à l’heure ou se pointent les Oreilles, sur la scène du FIL, à Saint-Étienne.

Son nom nous est inconnu et c’est pourtant un artiste d’évidence rompu à la scène que voici. Trois mots, deux accords et, toutes affaires cessantes, les distraits redressent l’oreille et tous les regards convergent. Il n’y a pas que sa voix claire et puissante, entre toutes séduisante, non… Il n’y a pas que son physique d’athlète, non plus. Balmino est en scène et nul ne peut l’ignorer. L’homme fut, il y a peu encore, la voix, l’incarnation de Khaban. Mais faire vivre un groupe c’est abdiquer une partie de soi. Et sous Khaban naissait Balmino, piaffant d’impatience de se donner tout entier, sans plus aucune retenue, pour donner toute la puissance de son art. Il est déjà grand celui que voici. Qui plus est d’un charisme…
Ils sont deux dans les ronds de lumière. Lui, Stéphane Balmino, à la guitare. Et Stéphane Augagneur, à la guitare aussi. Deux Stéphane en terre stéphanoise… La voix est paradoxalement douce et sentencieuse, le verbe d’une densité rare qui vous happe, vous capte : « Au milieu du tumulte / des hécatombes / homme tu creuses ta tombe ». Entre l’intime et la condition des hommes, le répertoire de Balmino balance d’une rive l’autre. De la dague qu’on plante en plein cœur des miroirs aux alouettes (« Je crois que les contes de fée n’ont jamais existés / De toi à moi, Nicolas ») à ces coups au cœur qu’on prend et dont on se remet pas. Ainsi Je regarde les hommes tomber, chef d’œuvre d’écriture et d’interprétation que Balmino dédie à un de ces “tombés”, à l’ami chanteur Mathieu Côte que le même festival accueilli il y a deux ans. Et nous d’écouter, religieusement presque, ces tissus de pure poésie, ces chansons ourlées de passion, surpiquées d’émotion, dont on se drapera par grand froid pour la chaleur qu’elles recèlent en leurs fibres.
Un co-plateau a ceci de cruel qu’il n’est pas plein récital, que ceux qui connaissaient l’artiste en ressortent frustrés, lésés des chansons qu’ils attendaient et n’ont pas eu. Et ceux qui découvrent sur l’heure savent intuitivement qu’il en manque pour faire le compte, faire bon poids. Tous savent qu’un artiste immense vient de passer, leur laissant une émotion pour longtemps palpable. Que Balmino compte et comptera dans la chanson.

20 novembre 2009. Mots-clefs : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Les Oreilles en pointe, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Chtriky, deuxième donne

Difficile de porter jugement, de faire critique sur un tel album tant l’impression qui s’en dégage est différente d’une plage l’autre. Tentons quand même. Et débutons par la fin, là où c’est plus facile. Il fallait que le tube de Chtriky soit gravé : il l’est. Digne des Frères Jacques, des Victor-Racoin, des Entre 2 Caisses, une histoire de chewing-gum qu’on se refile comme une patate chaude… Hilarant. Et cet autre titre, La Guinguette des fines gueules, que se partagent, outre Chtriky, Entre 2 Caisses justement, Michèle Bernard, Xavier Lacouture et Gérard Morel, que des copains, forcément moment de pure anthologie. Rien que pour ça, votre achat est largement amorti. Les onze autres titres sont bonus, sensible et intelligent cadeau. On connaissait Hervé Peyrard, le parolier chanteur de Chtriky, par sa participation à ces garçons qui ont longuement accompagné Morel. Même caché par la carrure du boss (mais pas pas sa chevelure), on devinait le talent du clarinettiste-chanteur. Peyrard s’est mis à écrire pour Évasion. Et pour les quatre gaillards d’Entre 2 Caisses. Et pour lui, pour Chtriky. C’est leur second album, qu’on a envie de conseiller avant qu’il ne soit introuvable, icône et collector à la fois. Avec trois fois rien, Peyrard vous tricote une chanson qui vous tiendra chaud. Avec des papillons, des coccinelles et des chagrins à bouffer. Avec un paillasson même. Et le « Primal de l’animal ». Puis dans une chambre, drame imminent qui se joue… Chaud et froid, rire et sensibilité, mais même soucis d’une écriture exigeante qui, parfois,toujours, se joue des mots avec habileté et délivre sa propre musicalité. C’est dire si ça doit être confortable pour les musiciens, de se couler en une écriture si parlante, dans des propos à si belles portées.

Chtriky, Jouer des jours, 2009, autoprod. Voir le site.

19 novembre 2009. Mots-clefs : , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

La noire chanson de La Blanche

La Blanche est tant le nom d’un groupe lyonnais que celui de son créateur et chanteur. Enfin, un surnom, à peine un pseudo. Chômeur à trente ans, Éric La Blanche crée alors un groupe et chante les bienfaits du RMI qui lui permet de vivre. Logique donc qu’il baptise son premier opus Michel Rocard en clin d’œil au créateur du revenu minimum d’insertion. Mine de rien, ça fera son raisonnable buzz et lancera le groupe. Le deuxième disque aurait pu faire fortune, non parce qu’il est excellent (il l’est) mais qu’il contient une petite perle, La Mort à Johnny, imaginant avec luxe de détails le jour fatal où l’icône défunctera. Mais aucun programmateur censé ne peut diffuser ça, se permettre un tel crime de lèse-majesté envers Hallyday et la sacro-sainte puissance discographique qui régente et édicte ses lois (la preuve, même les Fatals Picards, creusant le même sillon, se feront taper sur les doigts). Les pleutres remballent le disque. C’est foutu pour la gloire même si, prémonitoire dérision, il se nomme Disque d’or.
Le troisième opus de La Blanche, Imbécile heureux, vient tout juste de sortir. C’est du beau, du bon encore, toujours avec cet humour froid, distancié, pince-sans-rire, qui le caractérise. La Blanche sait vous glacer le sang, vous mettre mal à l’aise, en chantant les froides restructurations industrielles : « Je nettoie je renvoie / je vire je licencie les gens / c’est utile c’est sympa / je m’occupe des encombrants ». Malgré les cuivres, la musique de La Blanche est tout aussi glaciale, accentuant le malaise, remuant le couteau dans le play. Pareil quand il nous chante Un monsieur sans histoire, ou Le Forcené (« Je suis le forcené / je suis votre visage / J’ai pas choisi la haine / toute seule elle est montée ») ou des amours partis qui ne reviendront pas… Avec sa voix qu’on dirait parfois empruntée à Gainsbourg, avec mots et musiques (pop-rock) redoutablement bien écrits, La Blanche est, il me semble, une des valeurs sûres d’une chanson bien plus qu’estimable, somme de mini dramaturgies qui en disent long sur l’état de notre société.

La Blanche, Imbécile heureux, 2009, autoprod distribué par L’Autre Distribution

17 novembre 2009. Mots-clefs : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

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