Mano Solo, 1963-2010

Mano Solo (photo tirée de la "une" de Chorus n°35, printemps 2001, photo Francis Vernhet)

« Est-ce que Paris avance / De sa mouvance / Les mots ont-ils toujours leur chance / La pluie coule-t-elle ses ritournelles / Ses adieux de ruisseau / Il faut que je le sache / Il faut que je sorte et que je me lâche / Il faut que je me rassure / Que tout perdure / Que se cravachent les démesures… ». C’est un lundi froid, un hiver rigoureux. La vie s’élance lentement, émergeant de sa gangue poudreuse. La neige sale se ramasse à la pelle, tu vois je n’ai rien oublié. En queue de flash, dans l’ordre d’un protocole honteux mais admis, après le foot, l’info me dit la mort la veille de Mano Solo. La voici donc, la belle promise, celle qui, appelée sans l’être, était toujours fièrement congédiée, remise aux calendes. Dieu seul sait si d’aucuns l’ont prophétisée à longueur de colonnes, ceux-là même qui ne pouvaient voir en une chanson de Mano, à la commissure de ses vers, aux interstices de ses mots, que l’aveu coupable d’un salopard de mal, d’une insidieuse et infamante maladie. L’image restera au prêt-à-porter des idées reçues : à Mano Solo on associera le mot Sida. Ça fera pléonasme et c’est définitivement con. Nous venons de perdre un chic type, un vrai chanteur, un dont les mots sont un constant cri à la vie, une ode à la fois modeste et démesurée. Un artiste protéiforme, en constante recherche, un artisan jamais satisfait, un jardinier chérissant ses vers, cultivant ses dessins, regardant avec tendresse grandir ses fleurs in the garden. Un monsieur d’émotion au verbe déchirant. La mort de Mano Solo est d’importance, qui nous prive d’un artiste d’exception. C’est, le savons-nous, une part de nous qui s’en va, un patrimoine singulier auquel, prématurément, on accole le mot « fin ». Beaucoup de larmes de crocodiles sans doute pour certains, mais un chagrin, un vrai, pour d’autres. Une absence qui débute. Et une œuvre qui, je l’espère, sera un jour redécouverte, sans la morbide obsession de vouloir y trouver référence à la maladie. Une œuvre forte, à remettre dans son contexte politique, social et poétique. Passé le temps du deuil, il faudra s’y employer.

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11 janvier 2010. Étiquettes : . Saines humeurs.

3 commentaires

  1. Jean Lapierre replied:

    J’avais écrit une chanson « Mano Solo » à un moment où il avait dit « qu’il ne chanterait plus sur scène » (promesse heureusement non tenue !) jusqu’à hier… Voici le texte de cette chanson :
    « 1/
    Je vois un homme qui marche dans Paris
    en Espagne ou jusqu’à Place Clichy
    je ne le connais pas mais j’entends ces mots
    sur la pochette c’est écrit Mano Solo
    2/
    J’ai lu hier dans un journal
    qu’il ne veut plus d’ ce grand bal
    tous ces concerts où viennent les voyeurs
    regarder si c’est déjà son heure
    3/
    Au coin d’un bar il y a Fréhel
    le mégot caché derrière une bouteille
    elle sait qu’il y aura d’autres maux
    à notre époque celle de Mano Solo
    4/
    Oh toi l’homme qui marche dans Paris
    chante tant que tu peux sur cette vie
    pour que nous entendions à jamais tes mots
    je dirai qui tu es Mano Solo… »
    Jean Lapierre

  2. Théfaine replied:

    Beau et sensible texte, cher Michel. Content qu’on soit sur la même longueur d’ondes.

  3. Kajan replied:

     » Pour celui seulement qui s’assied pour chanter
    Sur les marches d’un seuil, oubliant son chemin,
    L’oiseau fabuleux vient ouvrir ses ailes
    Et plus épanouies croissent les fleurs des fables. »
    Fernando Pessoa
    que rajouter de plus?…

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