Yacoub, simplement essentiel

L’événement est à graver dans la pierre en lettres majuscules : on vient de voir Gabriel Yacoub sur le petit écran, qui plus est à Vivement dimanche, le top, s’il en est, de nos après-midi télévisuelles. Faut dire aussi que Drucker recevait Jacques Perrin, en promo pour son (magnifique) film Océans dont la b.o. comporte The ocean will be, chanson écrite et interprétée par Gabriel Yacoub. L’occasion m’est ainsi donnée de ressortir des classeurs ce papier sur deux récitals solo de Gabriel, l’un dans une médiathèque, l’autre le lendemain en une petite salle stéphanoise. Yacoub me semble être un artiste hors du temps, absolument essentiel.

Gabriel Yacoub (photo Frédéric Gerchambeau)

Archive. Par deux scènes différentes, Gabriel Yacoub a plus que ravivé nos émotions. Celles que suscite un artiste rare, différent, dont on sait à l’écouter qu’il ne fait pas profession de la chanson pour la simple caresse des projecteurs. Comment fait-il, d’ailleurs, pour écrire ses textes ? D’un élan d’écrivain, d’une pensée de philosophe, d’un événement, d’un état amoureux, Yacoub fait réflexion et, un jour, chanson. D’une puissance rare où aucun mot n’est là fortuitement. Il est jardinier de sagesse qui cultive avec soin les doutes et certitudes dont il fait récolte. Car on n’écoute pas Yacoub par distraction : on entre en son âme, en sa tête chercheuse qui s’en va penser les temps présents. Ainsi que le passé et l’avenir des sentiments : « Peur de blesser / Caresser sans toucher / L’amour est-il sacré pour qu’on l’écrive en lettres détachées ? ». Il y a en lui la fulgurance des mots, dans la violence de douceurs, de phrases en tous points délicates. Ce n’est pas pour rien qu’il reprend le Regarde bien petit de Brel, aux sentiments contrariés, où la haine farouche le dispute au filial amour. Il y a en lui comme quelque chose d’initiatique, d’une remarquable démarche. A l’écouter, on apprend toujours. Peu sur lui, tout sur nous. C’est regard de sage, de celui qui prend recul, qui s’en est allé apprendre auprès des anciens et nous en instruit dans un discours on ne peut plus moderne qui défie et défait les modes, par nature fugaces : « Tu ne pourras mesurer ton désir / Que par le temps qui passe ». Lui est comme vigilant, observant.
De son passé à la tête du mythique Malicorne, il nous gratifie de quelques titres : L’Écolier assassin, Le Garçon jardinier, Je resterai ici… Indicible beauté en épure bienvenue.
Deux concerts où Yacoub fut seul, avec une guitare qui, est-ce impression, est-ce suggestion, violonne et nous restitue presque orchestre sur récurrent fond trad’, blues parfois. Reste qu’on aimerait, forcément, le revoir ici avec ses actuels compagnons de route pour nous chanter « Les choses les plus simples / Les choses qu’on a dit ne jamais oublier ». Simples oui, élémentaires même, mais que personne ne sait faire. Ou si peu, tellement qu’aucun nom ne vient spontanément.
A écouter ce folk-singer, vous êtes cloués et vous vous dites que, si chanson il y a, elle est là. Qu’à l’Olympe des artistes, Yacoub siège et doit avoir fonction. On l’a dit Dylan français. Oui : il est de ceux qu’on peut traduire et reprendre, en grand classique, en matrice. Yacoub est, comme il le chante, Rêve à demi, entre réalités et suggestions, entre action et réflexion. C’est ce rêve qu’on emporte. Comme s’il ne pouvait s’achever.

Le site de Gabriel Yacoub.

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3 février 2010. Étiquettes : . Archives de concerts.

2 commentaires

  1. BALMINO replied:

    Enfin des mots et qui plus est des mots justes à propos de ce merveilleux poète et un des derniers authentiques « folk-singer » à la française qu’est Gabriel Yacoub.
    Merci Michel.
    S.

  2. lyriell replied:

    Superbe série d’articles… j’ai eu la chance de le rencontrer hier, à Ottawa et c’est un grand être humain, tout simplement 🙂

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