Christian Paccoud, juste la vie !

Dans le showbiz, on fait parfois des coups. Pas Paccoud. Ou alors ce sont des coups dans la gueule, dont on ne se remet pas. Christian Paccoud fut manifestement le poing d’orgue de ce festival, celui qui marque plus que tout autre. C’était ce 3 avril à La Presqu’île, à Annonay.

(photo Christine Ruffin)

Pantalon noir, marcel blanc, le Piermaria en bretelles. Et sa voix qui vient de loin, du fond de la salle, en fait de bien plus loin encore, des tréfonds, sans micro et, déjà, impose le respect. Paccoud, c’est comme si, d’un coup, le peuple s’invitait à la fête, tendait la scène de guirlandes multicolores, de lampions colorés, se faisait quatorze juillet, culbutant de nouvelles bastilles, hordes de sans-culottes qui nous rappellent à eux, à elles, coutumiers oubliés, rayés de toutes listes, excroissance, décalculés de l’Unedic comme exclus de la vie, ceux qui ont du temps pour rien. Au son de l’accordéon, c’est le peuple qui est sur la touche. Paccoud, c’est la vengeance des laissés pour compte, l’honneur de ceux qui n’ont plus rien, c’est le sourire et l’amour de toutes les mômes des Ferrat et Ferré, c’est le sang de ceux qui n’ont pas de veine, le jus de la treille qui noie tout : « C’est pas pour la santé qu’on boit / C’est pour la peine / C’est pour vider le vilain de nos veines. » On n’applaudit pas Paccoud, jamais : une chanson succède à l’autre sans espace possible, sans dépit ni répit. Comme une seule et unique chanson, longue comme un jour sans pain. Par laquelle on est dans la vie, pas celle de dedans la télé, non, la vraie, celle du bas peuple, France d’en bas, de souvent très bas, cours des miracles, graine de Gavroche en futures barricades. Paccoud, le porte-voix, étonne, détonne. Dans la salle, pas un bruit. C’est fou de voir ces p’tits jeunes rockeurs comme ces vieux à cheveux blancs, tous immobiles, comme aimantés par cet homme, ce bateleur forain, ce redresseur de torts, cette masse d’humanité. Car ce n’est ni récital ni concert, seulerment la vie. Celle qu’on s’en vient justement oublier en de tels lieux et qui s’y invite brusquement, bousculant les convenances, se rappelant à nous. « Allez dansez les pantins / Ça va le faire / Allez dansez les pantins / Ça va nous faire du bien ! » Une chanson revenue à sa source, à sa raison d’être, celle d’avant que l’industrie discographique la muselle à tout jamais, la vide de toute substance, de tous germes. Une chanson d’émotion, d’espoir, de lutte. Tant qu’on en sort sonné, groggy, mais debout. Et heureux !

Le site de Christian Paccoud, c’est ici.

Publicités

4 avril 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons.

Laisser un commentaire

Be the first to comment!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Trackback URI

%d blogueurs aiment cette page :