Béa Tristan, on the road again

Béa Tristan, 7 mai 2010, L’Imprimerie à Rive-de-Gier,

Béa Tristan (photo d'archives Yannick Caillé)

« Finalement tu as claqué la portière / Et déplié la carte routière… » Carnets de route, nerveusement griffonnés, scandés, tendus à l’extrême. Paradoxalement d’une écriture lisse faite de pleins et de déliés, d’entrelacs routiers et de nationales rectilignes, de kilomètres avalés, de miles bus, de moteurs vrombissants et d’éléments déchaînés. On the road again… Quand d’autres fictionnent l’inspiration, certains artistes ne font jamais que de se raconter, transcrire leur vie dans l’habilité des mots. Béa Tristan est mange-bitume, à convoyer sans cesse, parcours sans fin, de belles mécaniques, au nord des Amériques. Concessions automobiles, pompes à essence, motels et fast-food pour repères, pour balises. Pour totems. Ça, les foudres du ciel et ces fous, têtes brûlées qui, comme elle, font la route, parfois souvent pour s’éloigner à tout jamais d’un passé qui toujours revient, obsédant comme jamais, comme toujours : Mékong, Viet-Nam, blessures de l’âme aux plaies béantes…
Béa Tristan est là, immobile à la guitare, servie de deux complices, l’un à la contrebasse (François Perdreau, aux doigts qui claquent sur les cordes), l’autre à la guitare électrique (Fabien Mornet), à nous dire, à nous chanter ces routes. Le film se déroule, road-movie envoûtant, secoué comme sur un mauvais asphalte, spasmes chaotiques qui invitent le vie… C’est tout autant un bouquin aux pages cornées, qu’on le lâche pas.
« Je me consume dans les monts / On me conseille d’aller vivre ailleurs / Mais je ne sais pas où ça se trouve. » C’est un blues qui ne renierai pas la Magny, fiévreux, avec parfois, souvent, la tentation du rock qui le perfuse. Il y a du Wenders en Béa Tristan, Paris Texas, focale cinématographique rare. Les chansons sont images, panoramiques où défilent tant la simplicité de l’action que la complexité de l’homme, lignes droites et infinis méandres. Et nous, spectateurs, bien calés dans nos fauteuils, à être dedans, projetés dans une aventure faite de sables arides et de neiges, de violentes tempêtes et d’aventures. De solitudes et d’amour. De souvenirs tirés du lointain parfois, teintés sépia comme ces Palissandres aux couleurs coloniales. De colères et de guerres à venir…
Étrange chanson… Il suffit de se laisser partir, de conduire à son tour un dix-neuf roues, vents de côté, tailler la route, foncer et écouter le vent bavard. A coup sûr il vous apporte le mystère et la magie de la Tristan. Et vous aimez, passionnément.

Le site de Béa Tristan.

Publicités

8 mai 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques.

One Comment

  1. Jean Lapierre replied:

    « On est de la route
    comme d’autres d’un pays
    on naît d’une route
    qui devient un pays… »
    Jean Lapierre

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Trackback URI

%d blogueurs aiment cette page :