Batlik et des claques

Toujours dans la moisson festivalière de Paroles et Musiques. Avec, cette fois-ci, Gaspard Batlik, sous le Magic-Mirrors, alors en co-plateau avec Soan…

Batlik (photos Bruno Langevin)

« Je crois que rien ne change / C’est ma vie qui m’dérange… » J’aime en Batlik cette façon de chanter : scandée, syncopée, hachée. J’aime cette voix enchâssée dans un improbable accent qui, chaque fois, tente de réfréner ce haut débit de mots qui est le sien. J’aime ses propos, dans ses certitudes comme dans ses doutes, dans la tendresse ou dans la gravité, dans l’émotion qui chaque fois s’en dégage… Et tiens son album de 2006, Juste à côté, pour un des meilleurs de la décennie passée. Mais… J’avoue, j’aime moins Batlik en scène, cette manière qu’il a alors de bouffer plus que de raison ses propres mots (et de perdre un peu en clarté), d’être en totale urgence comme s’il allait louper le prochain métro, comme si tout en dépendait. Reste qu’à tout prendre c’est là que vivent ses chansons. La vie – sa vie – défile en des focales sociales, politiques, émotionnelles, rares et nerveuses. Comme si elle était caméra sur l’épaule, à courir d’une scène l’autre. Sa chanson vaut édito autant que barricades. Et l’émotion se répand dans la simplicité d’une totale impudeur, qu’il nous raconte ses combats, son calcul rénal ou fasse l’addition de ses misères sexuelles « parce que cela fait tellement / que j’ai pas touché une fille / la dernière fois je crois me souvenir / qu’il neigeait sur Manille ». Batlik ne nous parle vraiment que de lui. Chaque émotion, chaque indignation, chaque anecdote peut lui valoir chanson, comme cet auto-stoppeur, Un bon français, que notre chanteur raille et, au final, dégage. Car Gaspard Batlik ne négocie rien : il vomit police et justice et le chante, portant chaque fois un toast à la colère. C’est Batlik qui claque, qui tonne : sa chanson est réflexion et ferment d’action. N’eût été la difficulté de se mettre facilement ses textes en bouche, elle fournirait nos manifs outragées et nos premiers mai, elle tomberait bien d’autres bastilles.

Le myspace de Batlik

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26 mai 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques.

2 commentaires

  1. MONFORT Enora replied:

    Batlik est un des princes de notre indispensable rébellion. Le voir en scène me recadre à chaque fois droit dans mes bottes, et quand je sors de son concert je sais pourquoi je suis là, et pourquoi je fais ce que je fais. C’est un frangin sans prétention, mais diablement efficace.
    Merci Michel !

  2. Alex Labejof replied:

    C’est vrai que c’est costaud, l’article est pas mal aussi.
    Batlik m’empêche de bosser les rares fois où je l’entends à la radio (branchée exclusivement Fip).
    Les « 99 pas » me mettent des frissons, contrairement à ce qu’il y dit, moi je commence bien la journée quand je l’entend. C’est caustik, magik. @lex

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