Ah, Tachan !

C’est peu dire qu’à la tâche il débitait le Tachan, tirant à vue sur tout ce qui bouge. Agé, fatigué, le chanteur s’est retiré de la scène après « plus de quarante ans de bons, loyaux et exaltants services. » Son ultime concert a été filmé (comme quoi tout peut arriver un jour…) et sortira prochainement en dévédé, « témoignage de son aventure de saltimbanque ». Ce papier, compte-rendu d’émotions captées à la Salle Jeanne-d’Arc, à Saint-Étienne, a une dizaine d’années, une paille dans l’histoire de l’humanité. Humanité, que le mot va bien à Tachan…

Henri Tachan (photo DR)

Archive. « Je suis v’nu / J’ai vu / J’suis vaincu / Y’avait pas un chat dans la rue. » Et pour cause. Surprise autant que satisfaction, z’étaient tous à Jeanne-d’Arc, pour y fêter l’amour et l’amitié avec Henri Tachan. Qu’on avait pu oublier vu qu’il n’est jamais sur radios et télés, vu que ça fait il y a longtemps… Mais le public est revenu comme si l’auteur-interprète des Z’hommes nous était, vieux lion de l’arène chanson, toujours indispensable, plus même. Comme un doux refuge, une fontaine d’eau pure où l’on peut encore s’abreuver, un interdit qu’on peut encore s’autoriser. Tachan vient de nous faire anthologie. Pas un best-of, ni « l’essentiel de », ni le tout en un. Non, mais c’était tout Tachan quand même, sa vie et sa révolte qu’il éructe encore et toujours. Le temps est impuissant sur ce que chante Tachan, même si le chanteur trimbale nombre de ses textes depuis vingt, trente ans même. Rien n’est plus actuel que ce chant-là, noble, inspiré, généreux. Un qui ne triche pas, qui vomit bile et bouffe curé, fustige chasse, cette « guéguerre permise aux hommes en temps de paix », et cible connerie. Ça bâtit et entretient une carrière : c’est inusable, indémodable. Des chansons polies par le temps ? Euh… polies… pas tout à fait vraiment. Ni le temps ni le vent ne pourront en lustrer l’émeri, le râpeux, l’anguleux, l’honnête et le sincère. Regardez-le bien en face, le Tachan : s’il est tout courbé, il n’en est pas moins la droiture faite homme qui, bras ballants comme une simiesque silhouette, s’attaque vaillamment aux z’hommes. Tachan n’a pas d’âge ; sa chanson en a-t-elle ? Il vous plante ses orbites dans les vôtres et vous chante ce qu’est le genre humain, dans toutes ses faiblesses (La Pipe à Pépé en est-elle une ?), des horreurs petites et grandes (Telle est la télé, comme la guerre…), ses instants de pur bonheur aussi, Entre l’amour et l’amitié, là où « il n’y a qu’un lit de différence. » « Je ne veux pas vieillir / Je ne veux pas mourir / Je veux avoir le temps d’être ni vieux ni sage. » A-t-il la sagesse, Tachan, qu’on prête, sans se la voir rendre, à ses aînés ? Sa sagesse à lui, c’est peut-être de ne pas s’assagir, de rugir encore, de nous faire rougir toujours. Tant que Tachan sera à la tâche, tout ira pour le mieux.

Le myspace d’Henri Tachan.

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9 juillet 2010. Étiquettes : . Archives de concerts.

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