Ça plane (le doute) pour moi

Tubes de Plastic. Signés Lou Deprijck ?

Ainsi le belge Plastic Bertrand (Roger Jouret de son vrai nom) n’aurait jamais chanté en vrai, ni son tube Ça plane pour moi (1977) ni aucune des chansons de ses quatre premiers 33 tours. Plastic Bertrand fut entièrement créé par son producteur, Lou Deprijck, qui ne se contenta alors pas de l’affubler de ce pseudonyme mais alla plus loin encore : c’est lui qui fut sa voix, lui qui enregistra toutes ses chansons en lieu et place de son protégé. Ben alors à quoi donc sert notre Plastic ? C’est un prête-nom, un prête physique, un modèle (pas de haute-couture, soyez rassurés…) appliqué à la chanson.  Qui n’a jamais chanté qu’en play-back. Passer des années à faire bouger ses lèvres en tentant maladroitement de coller aux chansons avec un micro aphone à la main pour faire comme si c’était du vrai, on frise l’escroquerie pour moins que ça. Au moins jusqu’en 1983, année du premier album où Plastic vocalise véritablement, ce qui lui a donné quand même six ans de répit pour apprendre, sinon à chanter, au moins à singer sa voix officielle, à cloner, à dupliquer celle de son copain Deprijck.
« Ça plane pour moi », ce tube punk-new-wave-pop bien lissé pour la ménagère de moins de cinquante ans, fut écoulé à 950 000 exemplaires en single de par le monde (on ne connaît pas le chiffre des innombrables compiles sur lesquelles figure ce tube plastic) et reprise par des tas de groupes.Même trente ans après, ça doit continuer à rapporter beaucoup.
Le rapport d’expertise demandé par le Président du tribunal de première instance de Bruxelles vient d’attribuer la voix de « Ça plane pour moi » à Lou Deprijck, les terminaisons de phrases étant manifestement à relier aux accents ch’ti ou picard (Desprijck est picard ; Bertrand n’étant que bruxellois). Révélation ? Pas vraiment, ça officialise un secret de Polichinelle de plus de trois décennies, que l’ingénieur du son de l’époque, Phil Délire, vient de (par)achever sans ambiguïté : « C’est la voix de Lou. J’ai varispeedé sa voix, ce qui produit cette voix de canard lorsqu’on la reproduit à vitesse normale. »
Dire que Plastic Bertrand et son ancien producteur sont restés en bons termes n’est pas franchement le cas. Car, outre l’honneur définitivement touché-coulé, se profilent des joutes fameuses question pognon. Ça brasse pour eux.
Au bas mot un million d’acheteurs de ce disque ont ainsi été bernés, cocus d’un showbiz dont l’objet artistique n’est même pas plus un alibi si tant est qu’il l’a été un jour. Tant qu’il y a des couillons pour acheter ces produits-là…

27 juillet 2010. Étiquettes : . Saines humeurs.

3 commentaires

  1. Michel replied:

    C’est ça le showbiz. Vive la vrai zic.

  2. Delphine replied:

    Franchement, tant qu’à faire, ils auraient pu faire chanter à sa place quelqu’un qui chante bien.
    Il paraît que pour le Johnny national, c’est la même chose. Il ne chante pas pendant les concerts, il n’a plus de voix, c’est un gars, dans l’ombre, qui a la même voix (qu’il avait) qui chante à sa place.
    Imposteurs et compagnie !

  3. Antonin replied:

    Pour Johnny, la doublure s’appelait Eric Bamy les soirs où les bouteilles endormaient la voix du « French King »… Pour avoir bossé pour ce monsieur, je confirme que les temps ont changé et que notre Johnny chante bel et bien en direct. Aujourd’hui, c’est plutôt sa guitare que l’on « cut » volontiers, vue la technique flamboyante. Quant à Plastic Bebert, rien que le nom confirme un artiste…. en plastique !!

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