La légion d’honneur

Qu'est-ce qui fait tourner les têtes ?

Plaignez ce pauvre Woerth qui médaille et bataille à tout va. Un petit chèque pour son micro-parti petit et c’est la Légion d’honneur assurée ; un job bien payé pour sa douce moitié et c’est encore une Rosette. Ce ministre à la mine sinistre est comme le petit Poucet : il pave son chemin de gratitudes trébuchantes pour mieux s’y retrouver. La Légion d’honneur est de loin la plus convoitée : c’est celle-ci qu’il distribue sans compter. Un hochet du reste même pas beau, qui sert d’appât et d’appeau aux lêches-culs de tous poils à la langue trop chargée. N’est-ce pas son créateur, l’empereur Napoléon 1er, qui en disait : « Vous les appelez les hochets, eh bien c’est avec des hochets que l’on mène les hommes. »
Éric Woerth mène donc les hommes. Et les hommes jappent et lapent à l’idée d’une telle décoration, d’une telle considération.
Rappelons-nous que la Légion d’honneur n’est accordée qu’« en récompense de mérites éminents rendus à la nation. » A ce titre, c’est vrai qu’embaucher l’épouse d’un ministre vaut l’affreux pendentif.
Ils furent néanmoins légion ceux qui le refusèrent : La Fayette, Gérard de Nerval, Nadar, George Sand, Honoré Daumier, Émile Littré, Gustave Courbet, Guy de Maupassant, Maurice Ravel, Pierre et Marie Curie, Claude Monet, Erik Satie, Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Marcel Aymé, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Catherine Deneuve, Claudia Cardinale et quelques autres encore. Gloire à eux.
Léo Ferré brocarda jadis « ce ruban malheureux et rouge comme la honte. » Brassens aussi la refusa, le signifiant d‘ailleurs en chanson :

« Un brave auteur de chansons malotru
Avait une tendance à parler cru,
Bordel de dieu, con, pute, et caetera
Ornaient ses moindres tradéridéras.
Sa muse un soir d’un derrière distrait
Pondit, elle ne le fit pas exprès,
Une rengaine sans gros mots dedans,
On vous le chamarra tambour battant.
Et maintenant qu’il porte cette croix,
Proférer : « Merde », il n’en a plus le droit.
Car ça la fout mal de mettre à ses lèvres
De grand commandeur des termes trop bas,
D’ chanter l’ grand vicaire et les trois orfèvres.
La légion d’honneur ça pardonne pas ».
Georges Brassens, La Légion d’honneur

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28 août 2010. Étiquettes : . Saines humeurs.

One Comment

  1. Cat replied:

    Je pioche chez un de mes auteurs favoris : Erik Satie… qui n’a pas fait qu’écrire de la musique !

    « Il ne suffit pas de refuser la Légion d’Honneur ; encore faut-il ne pas la mériter ! »

    « Se mettre à plat ventre, c’est bien. Toutefois cette position est incommode pour lécher la main de celui qui vous donne des coups de pied dans le derrière. »

    « Pourquoi l’argent n’aurait-il pas d’odeur, lui qui peut tout avoir ? »

    « C’est le musicien qui inventa l’art sublime d’abîmer la poésie »

    « Pourquoi est-il plus facile d’ennuyer les gens que de les amuser ? »

    Les deux dernières sont un peu hors-sujet… mais je me fais un plaisir de les dire à mes amis compositeurs… ou à ceux que je trouve par trop « bonnet de nuit » !

    Un ami, officier de la Légion d’honneur, mais qui ne s’en vante pas (et lui, il l’a obtenue « au péril de sa vie », pour faits de guerre, de résistance en 39-45) a l’habitude de citer Jules Renard : « En France, le deuil des convictions se porte en rouge et à la boutonnière. »

    Bonnes cogitations 🙂

  2. Marc Havet replied:

    A propos de la légion d’honneur,
    A écouter !

    Marc HAVET La Ceinture de Flanelle (en concert au Forum Léo-Ferré décembre 2007)

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