Le côté obscur de Ridan

Un papier fort nuancé de novembre 2005, alors publié sur L’Oreillette, l’hebdo du festival Les Oreilles en pointe. Avec, en guise de chapeau, cet avertissement : « On préférera, de loin, le disque à la scène : à ne chanter que pour ses fans, Ridan oublie qu’il est encore chanteur en développement et qu’il gagnerait à nous persuader de son indéniable talent. »

Ridan (photo DR)

Archive. Chance : c’est la dernière d’une longue tournée de cent-cinquante dates pour Ridan. Ça, le chanteur et ses camarades de scène veulent le fêter, avec faste et envie de déconner, avec toute cette salle bondée faite tant de fans que d’abonnés à la saison culturelle et de ces festivaliers en quête d’émotions nouvelles. Chacun repartira avec son idée : le concert ne fera pas unanimité.
Valse en fond, bel accordéon qui tourne, qui virevolte. Voici les musiciens, tous habillés pareil, qui viennent nous saluer : commencerait-on le spectacle en son envers, par sa toute fin ? Ça pourrait expliquer que…
Car on dit que la première chanson est toujours sacrifiée. Le temps que le public découvre l’artiste en chair et en os, ses musicos et tous les éléments qui font le concert, la prime chanson est passée. C’est dire que c’est étrange que ce soit le « tube » de Ridan, qui passe ainsi à la trappe : « J’préfère vivre pauvre avec mon âme que vivre riche avec la leur / Et si le blé m’file du bonheur, j’me ferais p’t’êtr Agriculteur. » Comme une formalité qu’il faut accomplir, comme si le succès mérité de L’Agriculteur pesait trop à son créateur, que le reste de son unique album lui était plus important, lui ressemblait plus.
Palabres sur l’Algérien qu’il est, sur les rapports aux flics, en une poésie faites de césures joyeusement dansantes : « Tu veux qu’j’te dise / Le quotidien d’un maghrébin / Quand t’as vingt ans ? » Qu’il reprendra plus tard, en un probant reggae. C’est de la pure incantation, question sans réponse. Reste qu’elle est posée.
Le propos de Ridan est toujours digne d’intérêt. Plus même. Le verbe est total engagement. Et absolue dignité : « J’voterais pour ceux qui votent la vie / Plutôt que ceux qui votent la haine. » Les artistes ne se trompent que peu, à désormais délaisser le nom du borgne au parti de chagrin pour le titulaire de l’UMP, l’épouvantail à canaille. Toutes les chansons de Ridan (la scène est l’exacte transposition de son disque) vont dans le même sens : un monde où rien n’est rose, « piège à cons tout entouré de sentinelles », mais où l’espoir subsiste quand même, une totale contrariété entre le désir et le réel : un miroir efficace dans lequel on peut se reconnaître, à plus forte raison si on est originaire des banlieues décriées.
Comme promis c’est la fête : les fans debout, massé devant la scène, le savent qui font ovation à Ridan. Le reste du public n’est visiblement pas dedans. La faute à qui ? On ne le saura pas vraiment. Mais à s’adresser uniquement à la partie acquise de la salle, le chanteur s’affranchi de la possible adhésion du reste. Qui ne viendra pas. C’est irritant.
Autant que l’est cette pénombre qui, toujours, nimbe le chanteur et ses musiciens. Les projos sont tous derrière et, lui, devant. C’est une ombre qui chante alors. La mode passera forcément, les éclairagistes reviendront un jour qui nous permettrons de fixer les artistes autrement que dans le noir : pour l’heure, c’est sans espoir.

Le site de Ridan, c’est par là.

29 août 2010. Étiquettes : . Archives de concerts.

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