Bertrand Cantat, qui retourne un beau jour au turbin

Bertrand Cantat (photo DR)

Chaque fois qu’il bouge le petit doigt, une partie de la presse s’émeut ou, plus insidieusement encore, questionne ses lecteurs comme ce vendredi dans les colonnes du quotidien Le Progrès, imprimant en substance : « Cela vous choque-t-il que Bertrand Cantat remonte sur scène ? » La presse remue à escient le couteau dans une plaie encore vive, faisant du people à bon compte, se morandinisant piteusement chaque jour plus encore. Cantat, leader du groupe bordelais Noir Désir, longtemps groupe phare de la scène française, a naguère frappé à mort sa compagne et comédienne Marie Trintignant. Le drame de Vilnius, en 2003, fut et reste une douleur, d’abord et avant tout pour ceux, victimes comme coupable, qui l’ont vécu au plus près. Une douleur aussi pour toutes celles qui, chaque jour, vivent en leur sein, en leur chair, le martyr des femmes battues, victimes d’insupportables violences conjugales. Bertrand Cantat a cependant payé. Au sens qu’il a purgé sa peine. On ne peut s’insurger ici et là contre la double peine et la lui appliquer. Il eu été typographe ou tourneur-fraiseur ou fermier qu’il aurait repris le travail normalement. Il est chanteur, c’est son métier, un métier de fait public. Et, manifestement, désire le reprendre : c’est là où le bat blesse. Demain, il se pourrait qu’il fasse, pour deux ou trois chansons, son retour sur scène à l’occasion d’un concert d’Eiffel, au « Rendez-vous des Terres neuves » de Bègles, près de Bordeaux : les médias sont sur la brèche, trépignant du clavier, calculant au plus près l’émotion qu’ils vont pouvoir distiller, les larmes qui, étrange alchimie, vont se muer en encre d’imprimerie ou en octets. Je ne suis ni pro ni anti Cantat. Et ne peux que le laisser vivre, le laisser bosser. Il porte lui-même sa lourde et disgracieuse croix, et doit en souffrir chaque jour. Je peux simplement, si tel est mon clair désir, ne pas aller l’applaudir en scène. Les médias peuvent, simplement, ne pas parler de ce qui n’est sommes toutes qu’un non-événement. Vous pensez : un ancien taulard, certes assassin, qui retourne un beau jour au turbin…

1 octobre 2010. Étiquettes : . Saines humeurs.

7 commentaires

  1. Bernie replied:

    Merci d’avoir mis en mots ce que je ressens !

  2. juliette replied:

    Oh combien d’accord !!

  3. felipe replied:

    Rien à ajouter. Merci pour ses mots remplis de bon sens !

  4. Papa Momo replied:

    Tout à fait d’accord. Qu’il chante, et que la presse lui foute la paix. Ce qui lui est arrivé peut arriver à n’importe qui d’entre nous. Il a payé et je suis sûr qu’en lui-même la souffrance et le repentir doivent le tarauder chaque jour. Je lui dis : « Courage Bertrand, chanter est la meilleure thérapie qu’il soit »

  5. Delorme replied:

    Dans un village où je vais souvent, un type a tué un jour, par accident, un autre chasseur… Comme on dit, ça arrive !… En revanche, ce type continue d’aller à la chasse, comme si rien n’était. De l’avis unanime dans le village, c’est « la meilleure thérapie qui soit ! » Je ne sais pas ce que la femme du mort en a pensé. Elle a quitté le village.

  6. Gilbert Laffaille replied:

    Eh oui Michel, mais le tourneur-fraiseur dont tu parles ne fait pas, lui, un métier public, c’est toute la différence. Dans un métier public on s’expose au vu et au su de tous, pour le meilleur et pour le pire. Et quelqu’un qui monte sur scène c’est le plus souvent pour s’y faire applaudir. C’est là que le bat blesse. D’accord avec toi sur le comportement des journalistes mais le premier à se poser la question de l’opportunité ce devrait être Cantat à mon sens.

  7. Dominique replied:

    Gilbert, tu voudrais qu’il fasse quoi ? A priori, ce qu’il sait le mieux faire, c’est quand même écrire et chanter.
    Et je pense que nous faisons tous un distinguo entre l’artiste qui porte un discours, une beauté, une émotion et l’humain qui subit ses pulsions, ses addictions, ses petitesses… sa condition d’humain.
    Ceux qui appréciaient Noir Désir, son engagement, sa générosité et ses révoltes ont tous été meurtris que l’homme Cantat ne soit pas à la hauteur de l’artiste.
    Ceux qui applaudissent Cantat aujourd’hui n’applaudissent certainement pas l’homme qui a tué sa compagne il y a huit ans.

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