Romain Dudek, houle et houille de la chanson

Romain Dudek (photo Paul Bonmartel)

C’est son quatrième opus, Poésie des usines, en 2006, qui me l’a fait découvrir. Un choc. Rien que le titre m’avait alors intrigué, et ces photos post-industrielles du livret, nature qui supplante les restes d’un lieu de travail. Le travail encore… Après Lavilliers et Les Mains d’or, avant Bobin et Singapour, Dudek y parlait de délocalisation sauvage : « C’est pas tellement qu’elles étaient belles / Nos machines mais elles n’y sont plus. » Sauvage comme l’est le libéralisme, ce justificatif du Médef, ce joujou des docteurs Folamour à l’Élysée comme ailleurs. Le reste de l’album était pareil, entre autres uppercuts et totales inconvenances.
Une guitare électrique, une batterie et la poésie de Dudek… Une poésie tout aussi sauvage, brute de forme, violent coup de poing dans la chanson. Romain Dudek est du Nord, à l’évidence côté corons, pas corrompus. Tant que ses grands-parents étaient mineurs de fond. Dans le fond, Dudek travaille toujours la houille, celle, noire, de ses chansons : « Et les gens m’appellent Charbon, Charbon. »

"J'ai pas la joie dans mes chansons / Même quand je ris j'ai pas le bon ton / Sournois effet de mes cauchemars / Comme un lapin pris dans les phares"

Sa nouvelle galette – la cinquième – est sortie il y a quelques mois chez Le Chant du monde, label de connaisseurs, reconnaissance s’il en est. Mais pas plus que ça pour les programmateurs, qui doivent connaître de la chanson autant que certains journalistes : pas grand chose. Pourtant le titre de l’album est en soit une accroche : J’veux qu’on m’aime. Même s’il y découpe des cadavres de manière peu conventionnelle (« On peut pas tout faire (à la scie circulaire) ») ; même si on y pense aux prisonniers (« Quand j’vais prendre l’air / J’pense à ces gars / Quand j’regarde la mer j’regarde deux fois / Une fois pour eux une fois pour moi ») ; même s’il a honte de ce pays (« J’ai honte de mon pays et de sa politique / J’ai honte de la violence des rafles et des flics / J’ai honte des émotions qu’on érige en dogmes / Sans pitié sans raison sans amour sans vergogne »)…
On dira que Dudek ne fait pas dans la dentelle, qu’il se mouche dans le politiquement correct (alors que c’est la politique qui n’est pas correcte !). Dudek chante ce qu’il est, ce qu’il ressent. Et le met en mots avec talent, en mélodies cassantes et rythmée, où la batterie et les percus de Philippe Istria, son alter-ego, fouette le sang et appelle, comme des sons tribaux, à relever la tête.
Romain Dudek, vous pouvez le mettre dans la hotte du père Noël. Le charbon de ces textes se frotte au lumineux de son art. Ça fera des étincelles sous le sapin !

Le site de Romain Dudek.

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23 novembre 2010. Étiquettes : . Lancer de disque.

One Comment

  1. psyclai replied:

    effectivement, « j’veux qu’on m’aime » est un très bon album, comme le précédent « la poésie des usines », et aussi « le bon à rien ». merci pour cet article qui parle de cet artiste qui vaut le coup depuis le début de ces albums d’attirer la presse

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