Manifeste Grange

C’était il y a six ans, en mai 2004 : les retrouvailles avec la chanteuse Dominique Grange. Ce jour-là dans un petit local militant, dans un Saint-Étienne renouant à cette occasion avec ses accents ouvriers. Le chapo de cet article disait : « À trop en parler, on en oublierait presque ce que « chanson engagée » veut dire : le retour de Dominique Grange nous permet de régler les pendules. »

Dominique Grange (photo d'archives DR)

Archive. C’est un lieu en apparence ordinaire que ce pas-de-porte, pas salle de spectacle du tout. Simplement le local de la CNT (Confédération Nationale du Travail) et c’est déjà moins commun. Les murs regorgent d’affichettes, toutes illustrées par Tardi, exigeant la libération des militants d’action directe : Ménigon, Aubron et Rouillan qui croupissent, malades et finissants, dans les geôles de la République. Convivialité. Au bar comme à la table des publications, on paie ce qu’on veut, ce qu’on peut. D’un sourire, peut-être… Ici est étape parmi d’autres du festival des Résistances, large catalogue d’initiatives qui mobilise surtout d’irréductibles militants.
Mais pas qu’eux ce soir. Car c’est veillée chanson, come-back, retour et déjà concert de soutien de Dominique Grange, la maoïste, la révoltée : « Quand on bâillonne la colère / La colère, la colère / Quand on bâillonne la colère / Elle fait le tour de la Terre. » Toujours cette même coupe de cheveux colorés de roux, toujours la même voix : elle n’a pas changé d’un iota, la Grange ; elle s’est juste écarté un long moment des micros. Elle y revient, avec un disque tout neuf (illustré par Jacques Tardi, son compagnon) qui convoque largement l’ancien, l’anthologique, celui qui fleure bon les pavés de mai. Et nous amène quelques titres, tous neufs, avec en plus le souvenir ému de François Béranger, l’ami de Tous ces mots terribles. Ni scène, ni projecteurs, l’inconfort d’une salle banale aux sièges empilables. Grange s’essaye à redevenir chanteuse ; le pupitre empile les textes qui réactivent la mémoire ; l’artiste s’excuse de ne pas avoir, aujourd’hui, de musiciens. Et se lance. On ne portera pas de jugement sur une telle prestation, nue et dépourvue, forcément militante. Reste que les mots sont toujours là, précis, affûtés, tranchants. Qui finalement n’ont pas pris tant de rides, même s’ils font parfois un peu vieillots. On les ferait plus « policés » désormais, si je puis dire… Toute la charge est là, qui décrit si bien ce que Béranger nommait L’état de merde. Ont-ils été écrits et chantés dans les années 68 qu’on ne s’en rendrait pas compte, tant ils sont brûlants d’actualité, tant l’Histoire bégaye, tant la société se répète à l’envi. « Entendez-vous la voix des prisons / Des mutinés de Toul, de Nancy / De Clairvaux, Loos, Amiens ou de Nîmes / Cette voix qui crie « insurrection ! » / Ce sont nos frères, nos enfants, nos maris / Nos frangines, nos camarades, nos amis / A qui ne reste que la violence / Pour abattre le mur du silence. » Si vous voulez vraiment savoir ce que « chanson engagée » veut dire, instruisez-vous de Dominique Grange : c’est net, sans bavure. Et ça fait du bien d’entendre cette voix qui tranche tant d’avec l’air entendu de nos scènes coutumières.

Paru en 2008, ce magnifique livre-disque, "1968-2008… N'effacez pas nos traces !", chanté par Dominique Grange et mis en images par Jacques Tardi (Casterman / Juste une trace) : textes de Dominique Grange mais aussi de Jean-Baptiste Clément, Jean-Roger Caussimon, Allain Leprest et Rémo Gary

Le myspace de Dominique Grange.

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8 janvier 2011. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène.

3 commentaires

  1. Yves replied:

    J’ai beaucoup écouté ce disque qui m’évoque les meilleurs moments vécus en mai 68 et surtout, ma préférée, « Nous sommes tous des juifs et des allemands », protestation contre l’expulsion de Cohn-Bendit…
    C’est vrai cette alliance du couple Grange-Tardi a donné un très chouette album.

  2. Bernadeth replied:

    La parution de l’album m’avait échappé… Oubli réparé : je viens de le commander.

  3. Ritsuko replied:

    Le dernier album de mon groupe favori Chanson Plus Bifluorée « La plus folle histoire de la chanson » m’a fait découvrir une de ses chansons « Chacun de vous est concerné ». Merci pour l’article, j’ai pu en savoir plus !

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