Katerine en « pire two pire »

Katerine, Francis et ses peintres, 2 avril 2011 au festival « Pas de poissons, des chansons ! » d’Annonay,

Philippe Katerine, serial-killer de la variété (photo DR)

Pas en slip blanc et sous-pull rose cette fois-ci Katerine, et sans « banane », mais en smoking et noeud pap’, comme tous ses musiciens d’ailleurs, ces « Francis et ses peintres » comme ils se nomment (excellents musiciens au demeurant pour jolies orchestrations). En un répertoire qui se veut être une parenthèse dans la tournée : dix dates, pas plus, et des tubes comme s’il en pleuvait. Pas les siens, non, ceux d’autrui, souvent des trucs fadasses qui, hasard ou destinée, ont trouvé jadis les faveurs et ferveurs du public. Katerine – ça doit être ça son « projet » – va, par une interprétation volontairement stupide, puérile, les rendre plus fadasses encore, ennuyeuses et creuses (ce sont des tubes, normal). Et les enfiler les unes après les autres, comme on enfile des perles d’aculture, le bel exploit !
Ah ! Katerine, ce « chanteur qui révolutionne la pop française à coups d’élégantes excentricités » coupable ici de la pire des médiocrités, que veut-il nous dire, nous faire comprendre, que veut-il nous chanter ? Ah bien sûr, ni Au fur et à mesure de Liane Foly ni Confidences pour confidences de Jean Schulteis, ni Capri c’est fini d’Hervé Vilard ni Partir un jour des Two be three ne sont des chefs-d’oeuvre de la chanson, pas plus que « C’est la ouate que j’préfère » ou le sirupeux duo Céline Dion-Garou de Sous le vent qui ne soulève plus qu’indifférence…
A tout ces succès (inclus aussi Elle est ailleurs de Bachelet, Belle île en mer de Voulzy et Les yeux de ma mère d’Arno), Katerine oppose méchamment, bêtement comme il sait l’être, avec sa mine d’ahuri, une interprétation qui ridiculise plus encore ce qui est chanté. Pourquoi ? Pour souligner quoi ? Pour nous dire quoi ? Il peut faire la même chose, faire subir le même traitement à des chansons de Brel, de Barbara, de Caussimon ou de Leclerc
(pas les chars, Katerine, le chanteur !), même à la prose de Voltaire, d’Hugo ou de Camus s’il le veut, il obtiendra le même résultat. Une telle interprétation nivelle n’importe quel texte par le bas et l’abat. Tueur de chanson, le bel exploit ! Qui te vaudras, Katerine, à coups sûrs les bravos de ton public (que tu prends pour des cons) et des rock-critiques, des Inrocks ou de Libé. Faire passer Carlos (le chanteur, pas l’autre) ou Mylène Farmer pour ce qu’ils sont et bien pire te vaudra des médailles.
En dernier titre, le Louksor j’adore du dénommé Katerine. Là la colère s’atténue : sans nullement cette fois-ci forcer le trait, Katerine balance un de ses succès-à-lui, bien tube, bien creux. On se dit qu’il vient  seulement, peut être, sans s’en vanter, de rendre hommage à sa famille, de s’autoclassifier dans l’arbre généalogique de la chanson, subdivision « bonobos », croisement du singe et des bobos. A la réflexion, je crois que Katerine est un gars honnête : comme il le chante aussi… « T’es ok, t’es bath, t’es in »

Le site de Katerine, c’est ici.

5 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons.

One Comment

  1. Philippe replied:

    Là où Katerine est fabuleusement doué, c’est dans la promo TV.
    Son plus grand talent, c’est d’être avant tout une bête de plateau TV.

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