Batlik et Thomas Pitiot, l’engageante fusion

Batlik Thomas Pitiot (photo d'archive Pixxxo)

Batlik et Thomas Pitiot, 2 juin 2011, festival Paroles et Musiques à Saint-Etienne,

On pouvait ne pas être totalement convaincu par le disque éponyme qui a précédé cette tournée, La place de l’autre. Pitiot y fait cinq titres, Batlik cinq autres. Et tous deux se partagent Ma môme, de Ferrat. Un disque original certes précieux, mais dont il manquait peut-être la pratique de la scène, et cette fusion qui vient maintenant, puissante, gracieuse, évidente, partage d’arts et de talents comme il est rare à ce point.
C’est un partage, oui. Autant qu’un numéro à deux. La gouaille, tchatche colorée de Pitiot, jamais avare d’un mot, d’une phrase, d’une blague, de considérations sur tout. Qu’on retrouve en des chansons grouillantes de vie, peuplées de monde, du monde entier. Et Stéphane Batlik, grande économie de mots, non dans les cordes mais dans les siennes, à toujours accorder sa guitare, laissant de bon gré Pitiot tenir le crachoir, concédant juste quelques timides bribes…
En fait le choc de deux sensibilités, de deux émotions, simplement pas pareilles dans la forme, une tournée vers l’extérieur, l’autre vers l’intérieur. Mais une seule et quasi indivisible dans le fond. Tous deux sont dans cet « Occident clinique », cet « universalisme en peau de chagrin », tout englué de ces « emmerdes sous le bras / ses problèmes de cœur / ses problèmes de fric / ses problèmes de cul / et d’assedic. » Batlik est simplement plus en voyages intérieurs, explorant par les scansions de son chant le dedans, le tréfonds des gens et des sentiments.
On se dit (c’est facile après coup) que cette rencontre était évidente, non que chacun guigne la place de l’autre, non, mais cette communauté de moyens transpire d’une même vision des choses, de propos chargés de sens, d’une pareille posture face à l’imposture de ce monde. Comme quand Pitiot évoque, avec une violence contenue, Rama Yade, langue de bois et démago qui, toujours, voyage en première : « Tes amis à toi envisagent la négritude dans les charters ». Ou qu’il évoque Le village de ton grand-père où on a jadis tiré sur les tirailleurs qui réclamaient leur dû. » Où qu’il nous compte encore Petite Craquette… Comme quand Batlik lance : « Quand t’auras fait poursuivre / basanés, pauvres et coléreux / pour que Oui-oui puisse vivre tranquille au pays des vertueux… » C’est pareil, seule la singularité, la patte des mots, les pleins et les déliés diffèrent, pas le regard. Le rendu, pas le ressenti. Le sang qui globule et bout dans leurs veines est le même, leurs guitares sont semblablement machines à tuer les fascistes. Chacun chante ses propres textes, certes, mais chacun abonde dans l’univers de l’autre, chacun ramène sa science et son art dans les portées de l’autre, chacun prend, un peu, la place de l’autre. Pour mieux se situer sans doute dans ce monde où nous-mêmes cherchons notre place, notre utilité.
Il y a en ce récital l’amitié, la complicité, le respect, l’écoute… Et deux guitaristes doués à l’envi. Tout ce qu’on savait déjà de Stéphane Batlik et de Thomas Pitiot est là, dédoublé, démultiplié. Aucun des deux ne joue ici une part de carrière dans ces lendemains qui chantent ; ils font simple addition de leurs combats, de leurs voix. Ils ont envie d’être ensemble. Et le sont. Total respect, messieurs.

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5 juin 2011. Étiquettes : , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques.

2 commentaires

  1. joan replied:

    Ils ont l’air fort intéressants, ces deux-là. Merci d’ouvrir cette piste chansonnière!

  2. philibert replied:

    une question : Batlik, c’est Stéphane ou c’est Gaspard ?
    Réponse : son nom de scène fut « Gaspard Batlik » : c’est désormais « Batlik » ; par contre son véritable prénom est bien Stéphane. Bien à vous MK

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