Allain Leprest, 1954-2011

Allain Leprest (photo Francis Vernhet)

C’est les médias qui vont être embêtés : un grand de la chanson meurt et on n’a même pas d’images. Ou si peu. Pas pensé en temps utiles, oublieux. Allez, je rêve. Comme si radios et télés allaient en parler…

Le crabe a maintes fois lutté au corps à corps avec Leprest. Il a toujours perdu. On a vu Leprest dans les pires états et l’Allain s’en est toujours relevé. Fatigué, certes, chancelant, titubant, mais debout, digne, gracieux, l’œil vif et malicieux, comme invincible. Là, c’est lui qui a choisi de se donner la mort et ça ne pardonne pas.
Faut pourtant lui pardonner. Quand on a le palpitant trop gros on encaisse mal les coups du sort, les désillusions, les tristesses de coeur. C’est la faute à personne, c’est la faute à la vie qu’est parfois mal faite…
Nous sommes nombreux à être chagrin en ce 15 août, une part de nous se fait la belle, l’Allain et ses deux « l » s’ébattent plus haut que nous, bien plus haut. Donnes le bonjour de notre part, Allain, à Gagarine, si tu le croise dans ses révolutions, dans les tiennes. Ce soir y’aura une étoile de plus dans le ciel et pas n’importe laquelle. Pas une star de pacotille, breloque de show bizness, non. Une simple et modeste loupiotte qui nous apporte un peu de sa lumière, qui de ses bras dessine des trucs de gosses, des choses de grands, des parts de rêves, des tranches de vies. Et, malgré tout, de l’espoir.
On ne fera pas ici l’éloge du défunt. On sait qui fut Leprest ou on ne le sait pas, que les disques ne restitueront qu’en partie. Si tant de ses confrères se le sont mis en bouche, c’est que son verbe était rare saveur. « Nu, je suis né nu / Nourri de vin sauvage / Et de corsages émus » : il n’était qu’émotion. Un très grand de la chanson est mort que le grand public ne sait pas. Que des fidèles, des quêteurs de chansons, fouilleurs et fouineurs de vers, des frères. Couté est mort il y a cent ans et on en parle encore, on le chante plus encore même. Leprest sera pareil, qui toujours grandira.
A-t’il choisit le lieu de son trépas, toujours est-il qu’il est mort chez Ferrat, ou presque. A Antraigues, en Ardèche. On fera désormais double pèlerinage, double ration, double peine. La Volane se chargera plus encore de larmes, au risque de sortir de son lit, de noyer le Rhône. Le chagrin est à ce prix et la chanson en grand deuil, comme rarement.

(bien d’autres billets sur Alain Leprest à lire sur NosEnchanteurs)

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15 août 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements.

25 commentaires

  1. flahaut replied:

    Bel article, merci

  2. Bernadeth replied:

    Oui… Merci !

  3. Bernadeth replied:

    Triple pèlerinage, car dans un coin du cimetière d’Antraigues repose, ainsi qu’il est écrit sur sa tombe : « Jacqueline Tanenbaum, dite Christine Sèvres »…

  4. Jean Michel - L'affiche replied:

    Que nous apprends tu la Michel. Je venais de passer un bon Week-end a bien me ressourcer et patatra. C’est impensable, nous venons de perdre un GRAND de la chanson, un avec qui j’ai beaucoup appris sur ce que texte voulait dire. Nous garderons outre ses créations, ses rires, ses émotions, ses moments que nous voulions encore et encore passer a ses côtés pour l’écouter, l’entendre, le comprendre. En Avignon, nous échangions avec son tourneur et j’envisageais son passage dans ma petite commune. Sur qu’en octobre a Prémilhat il y aura un endroit pour lui. Pour une fois Michel, je ne peux te dire merci.

  5. Patrick Vincent replied:

    ADIEU L’ARTISTE…TU NOUS MANQUES DEJA…

  6. Gilles Liobard replied:

    un média a déjà relayée l’info:

    http://next.liberation.fr/musique/01012354336-suicide-du-chanteur-allain-leprest

    trop ému pour l’instant.. même si les dernières nouvelles étaient très pessimistes.. pour en dire plus !
    Gardons en mémoire ces dernières prestataions : pour moi Barjac 2010 et Chabeuil ce printemps
    et chantons Leprest !!!

  7. frasiak replied:

    Salut l’ami, on garde tes mots bien au chaud…
    Merci Michel…

  8. Cat replied:

    Triste, triste… si triste !

    Nous avions pris l’habitude de le voir chanter, accroché au pied du micro, de le voir sortir de scène, appuyé sur l’épaule de son pianiste… Léo Nissim à Chabeuil, Nathalie Miravette à Antraigues en juillet…
    Il y avait les jours de fatigue et les jours où « il allait mieux »

    Nous avions pris l’habitude de nous « demander de ses nouvelles », au détour d’un spectacle.
    De faux bruits à son sujet circulaient à Barjac.
    Des amis qui l’ont vu chanter avec Fantine, à Aizac, le 5 août, l’ont trouvé plutôt en forme

    Mais quelles émotions je lui dois ! Quel immense poète c’était !
    Quelle perte pour la chanson et la poésie !

    C’est sûr qu’il va y avoir des hommages un peu partout, dans les lieux des chansons « de paroles » et si tu en prévois un à Prémilhat, Jean-Michel, ça serait une très bonne idée.
    Francesca, qui débute ton festival 2011, pourrait peut-être s’y associer, si elle en a le courage si peu de temps après ce nouveau coup dur…
    Je pense beaucoup à elle et à tous les autres chanteurs, les compositeurs, les accompagnateurs, la famille d’Allain

    Après avoir été le « festival des Michel(le) » en 2010, je suggère que Prémilhat 2011 devienne le « festival des Allain »

    Cat

  9. andré replied:

    Sûr que, de là où il se trouve, Jean Ferrat entonne à Allain :

    Tu aurais pu vivre encore un peu
    Pour notre bonheur, pour notre lumière
    Avec ton sourire, avec tes yeux clairs
    Ton esprit ouvert, ton air généreux…

  10. odile replied:

    Quel choc je ne peux le croire !
    C’était donc la dernière fois que je le voyais, il y a quelques mois à Chabeuil ?
    Il n’était pas très en forme c’est vrai, mais j’ai su par la suite qu’il allait mieux.
    Je suis triste, très triste, de perdre mon Artiste.

  11. Michel replied:

    Que dire….je l’ai vu il y a un mois lors des « Rencontres Marc-Robine » à Saint Bonnet près Riom, nous avions même convenu d’une interwiew, à la rentrée, pour 3-2-1-chansons…

    Adieu l’artiste !

    Michel de 3-2-1-chansons

  12. Valérie Piette replied:

    Tristesse…. et puis j’ai peur, j’ai peur !
    Oui Allain était un vrai, un grand, un beau, un fort, un putain de chien d’ivrogne comme on les aime, comme il nous manque…. et il me manque déjà.
    Nous pensons surtout à Francesca Solleville ce soir. STP tiens-bon. Il en avait le droit, il a fait son choix… le reste est à toi, est à nous, est à lui.
    C’est peut-être Allain, on ne le saura jamais !! Jamais on le saura !

    Merci, merci, merci

    Une clope et un verre rien que pour toi, Allain, ce soir

    On t’aime Allain,

    Martine et Valérie

  13. Enora Monfort replied:

    Au revoir, l’Artiste. Chapeau bas, Monsieur… et merci Michel de nous apprendre la nouvelle de cette si belle manière.

    Enora

  14. joan replied:

    On peut penser sans forcer le trait que Leprest a été tué par le système. Par l’indifférence des médias adonnés de tous temps à la prostitution audimatique. Qu’elle soit des gazettes littéraires de jadis ou des écrans plats de la platitude contemporaine.
    De même que les Rimbaud, Van Gogh, Nerval ou Tim Buckley. Rien ne tue comme le silence imposé par l’indifférence mille fois pire que le mépris.
    A force d’avoir le sentiment d’être pour si peu de gens, le risque est grand de la tentation de n’être plus du tout.
    Et pendant ce temps Pagny, Doré, Zazie, Obispo, Raphaël, M Chédid et cie se portent bien, merci…

  15. gérard replied:

    Merci, Michel, pour ce bel hommage. On a tellement envie d’écrire, de dire, mais quand on n’a pas votre plume, et encore moins celle d’Allain, ne faut-il pas mieux le citer, tout simplement, et se dire qu’on pourra toujours, faute de mieux, prendre de ses nouvelles à l’écoute de ses enregistrements, et penser que, tout là-bas, ou tout là-haut, il croisera Gagarine, consolera Bilou, et partagera le verre de la fraternité avec Brassens, Ferré, Ferrat, Fanon et Nougaro.

    Quand on m’aura couché sous terre
    Dans combien de temps ? Je ne sais !
    Quand les copains seront passés
    En me disant « Salut Leprest »
    S’il est vrai que rien ne s’achève
    Même après le dernier mouchoir
    Lorsque commencera mon rêve
    Qui viendra me dire bonsoir ?

    Moi qui aimais la mise en boîte
    Pour toujours je serai servi
    J’en rirai puisque c’est la vie
    Foin des paroles maladroites
    Mais une chose me tracasse
    Plus que la messe ou l’encensoir
    À l’heure où les vivants s’enlacent
    Qui viendra me dire bonsoir ?

    Salut, Mec …

  16. DAVID replied:

    Ce soir, tout le monde lui rend hommage après l’annonce officielle de son décès par son producteur Didier Pascalis. Des sites comme Gala, Pure People (très bel hommage entre-nous soi dit…), Libération, le PCF, France 2, France 3 Haute-Normandie…
    Annonce de son choix dans le journal de 19h00 de France-Inter et en brève dans le journal de 20h00 de la même chaîne radiophonique.
    Sa renommée était à son image : discrète.

  17. Natasha Bezriche replied:

    Il est parti dans une pluie d’étoiles,et il n’y a pas de mots pour dire l’indicible.. 2 L grandes ouvertes de son prénom,ont recouverts la vie de cet homme, 2 ailes si grandes que l’ombre est venue sur tous ceux qui l’aiment et pour longtemps .. Comme tellement d’autres, et depuis longtemps, j’aime vraiment cet artiste et il n’est pas question de mettre cette phrase à l’imparfait…, même s’il en a fini avec son ouvrage sur cette terre ! Il a versé sur LA Chanson, un parfum d’enfance et d’éternité, en donnant du cœur à la vie.
    Certainement il n’abandonne personne, il est juste parti un peu en avance par rapport à nous, …au rendez vous, & L’amour est encore la meilleure façon d’employer le temps qui est là…
    Nous continuerons à le chanter et à l’aimer ,car nous le savons bien, seul le cœur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure.., comme une manière de séjourner auprès de ce que la vie a de plus terrible et de plus doux..
    Natasha BEZRICHE (Lyon)

  18. Christian PIERREDON replied:

    bel hommage, merci Michel.

    J’avais eu la chance de partager avec lui une plage d’un CD dédié a Mumia Abu Jamal il y a quelques années. La générosité était ce qui le caractérisait le mieux. Je pleure avec vous tous cet ami de coeur, grand monsieur de la chanson irremplaçable.

  19. Antonin replied:

    S’il n’y avait que les médias qui étaient embêtés… Nous en parlions encore, Michel, tous les deux devant un verre amical il y a quelques semaines…

  20. CESVAINE replied:

    Bel article… Merci… Je viens de lire un bel hommage ici… d’un grand poète aussi…

    http://www.myspace.com/parhal.parhal/blog/543955133

  21. Philippe Thivet replied:

    Good bye Monsieur Leprest

    La lune éteint son p’tit lampion
    Trois petits tours et puis s’en vont
    Plus de Pierrot, plus de soucoupe
    Le cosmonaut’ fait son plongeon
    Comme un cheveu noir sur la soupe

    L’été nous donne un foutu scoop
    Et ce 15 août est bien funeste
    Good bye Monsieur Leprest

    Ses deux « L » plantées dans le dos
    L’artiste a tiré le rideau
    Plus de chansons à bricoler
    La poésie aura bon dos
    Son oiseau rar’ s’est envolé

    Quelques mots pour se consoler
    Comme on lâch’rait un peu de lest
    Good bye Monsieur Leprest

    A plus d’un tour dans votre manche
    S’il fallait que le cœur s’épanche
    Vos mains ont eu le dernier mot
    Lundi s’habillait en dimanche
    Et j’ai chialé comme un marmot

    Mozart a fermé son piano
    En voilà une triste sieste
    Good bye Monsieur Leprest

    Et si les cœurs trop généreux
    A tant vouloir se mettre en deux
    Vont jusqu’à se donner la mort
    Plus de malic’ dans votre œil bleu
    Qu’un point final dans le décor

    Le poète n’a pas toujours tort
    Mais la vie retourne sa veste
    Good bye Monsieur Leprest

    Qu’on vous donne de vos nouvelles
    Mais le forçat s’est fait la belle
    Aux maillons de nos chaîne(s) hifi
    Et un coco dans l’eau du ciel
    Nous fait un drôl’ de rififi

    L’été pleut sous nos parapluies
    Les yeux c’est tout ce qu’il nous reste
    Good bye Monsieur Leprest

    L’été pleut sous nos parapluies
    Les yeux c’est tout ce qu’il nous reste
    Good bye Monsieur Leprest

    Philippe Thivet
    (15/08/2011)
    http://philippethivet.e-monsite.com/

  22. Cat replied:

    Merci Philippe…

  23. Règle Niurka replied:

    A vous lire tous, ici, j’ai la tête qui se renverse.
    Je me souviens d’Allain dans les lointaines Cévennes, il y a longtemps déjà. Entre deux verres, il s’avançait vers une modeste scène. Nous étions face à lui émus par son regard narquois emprunt de tristesse. Et puis, sa silhouette juvénile, si touchante s’animait soudain et Allain prenait gorge. Instants inoubliables, les mots vous pénétraient par leur beauté tragique avec une touche enfantine, belle d’impertinence retenue.
    Une vie hautement et pleinement d’artiste à nous offerte avec une générosité qui est l’apanage d’un prince.
    Merci Allain.
    Niurka

  24. Europecelte pour Parhal replied:

    Les sources de nos larmes

    J’irai arroser les fleurs de ta chaire
    avec l’eau de feu qui attise les maux
    en croquant tes brûlures éternelles
    sur les feuilles blanches de nos éclats

    Aujourd’hui
    les sources de nos larmes
    au fond du vide de la vie
    aujourd’hui
    je piétine l’acier des armes
    sur les caillasses des parvis

    J’irai arroser les fleurs de ta chaire
    avec l’eau et le feu qui attise les mots
    en versant nos larmes éternelles
    sur les revers de nos gauches sans bla-bla

    Demain
    à l’un ou l’autre
    je garderai dans la main
    le regard de ton dernier dessin

    Le 15-08-2011
    A mon ami Allain

    Parhal

  25. Michel BOUTET replied:

    Les mauvaises nouvelles arrivent jusqu’au fin fond du Québec… Bizarre de marcher seul, une bonne partie de la journée, en se disant « Allain Leprest est mort… Allain Leprest est… Allain… » Un sms à Francesca, un autre à Romain, un troisième à Vio, pour être – un peu – avec du monde.
    Au Québec, Allain était connu de quelques-uns, trop peu (air connu).
    A Tadoussac, Catou, qui l’avait accueilli l’an passé dans son festival, m’a parlé, longtemps, longtemps, moins longtemps que son chagrin ne durera.
    Aragon le savait : « Le silence que fait un poète qu’on tue… »
    Merci, Michel, pour ce que tu as écrit.
    Michel B.

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