Lavilliers (le livre) interdit même à Saint-Etienne ?

Depuis la parution de ce billet, les choses ont évoluées et je viens d’apprendre, ce mercredi 5 octobre, par la Ville de Saint-Etienne (mais toujours pas, à la date du 8 octobre, par l’organisateur en titre), que je dédicacerai le livre « Les Vies liées de Lavilliers » à la fête du livre. Merci à ceux, notamment et surtout en mairie, qui ont fait du bon sens leur ligne de conduite.

L’épicentre du livre Les Vies liées de Lavilliers, paru chez Flammarion, est sans conteste Saint-Etienne. C’est là qu’est né Bernard Oulion ; c’est là qu’il s’est mué en Lavilliers, Le Stéphanois de la chanson. De l’Amicale laïque Tardy, où il se produisit pour la première fois en juin 1965, au Zénith dont il fut une des vedettes inaugurales, ce livre revient souvent dans la capitale ligérienne. C’est d’ailleurs à proximité de Saint-Etienne que vit une partie de sa famille. C’est aussi là où, auteur de ce livre, je réside.

Saint-Etienne vit chaque année, à la mi-octobre, sa traditionnelle Fête du Livre, une des plus grandes fêtes littéraires de l’Hexagone, soit-dit en passant. Lors de l’édition 2010, Les Vies liées de Lavilliers était en cours d’impression. Bien trop frais donc, l’encre pas sèche, pour y être à l’étal. Un an après, le livre n’est plus assez frais, m’a-t-on fait savoir, et ne sera donc pas de la fête. Passé sous silence, disparu comme par magie. Circulez, y’a rien à voir !
Doit-on y voir la persistance de l’incroyable omerta médiatique qui frappe ce livre depuis sa sortie ?
Ou n’est-ce pas seulement la bêtise d’une fête qui est désormais organisée par une société extérieure à toute réalité stéphanoise, à tout ancrage local, qui ne sait rien du terroir et s’en moque comme de son premier livre ? Cette fête, telle qu’elle se déroule désormais, pourrait poser son chapiteau à Tombouctou ou à Dunkerque, dans la périphérie bordelaise ou au centre de Montcul même, que ce serait pareil. Elle est devenue sans âme, apatride, le regard seulement rivé aux dernières nouveautés de la rentrée littéraire, aux coups de cœur des critiques médiatiques, copie stupidement conforme des play-listes littéraires, sans plus. Qu’un livre courageux ait l’audace de traiter le fils prodigue de Saint-Etienne de la manière que l’on sait ne peut intéresser encore moins émouvoir une telle fête qui, sans doute, n’en a jamais entendu parler. Peut-être ne sait-elle-même pas lire. Omerta ou bêtise, le résultat est le même : le silence succède au silence et le grand public ne sait toujours pas que ce livre existe. Pour tuer un livre, faites en sorte que personne ne sache qu’il existe !
Les Stéphanois de bon sens sont choqués (en premier lieu semble-t-il Maurice Vincent, le sénateur-maire de la ville), outrés de savoir que ce livre est de fait interdit, qu’il n’existera pas aux yeux de cette fête. Qu’il n’en finit pas de payer le simple fait d’exister : silence dans les rangs, on n’en parle pas ! Faut-il le vendre sous le manteau comme jadis Le Silence de la mer sous l’occupation ? S’il est un endroit, un lieu, un événement, où ce livre doit être présent, c’est bien cette Fête du livre, en plein cœur de Saint-Etienne. Ne pas s’en rendre compte vire à l’incompétence.
En réaction à ce qui est une censure, une association stéphanoise, le GRAC, et une amicale, celle du quartier de La Terrasse (5, rue Saint-Exupéry, Saint-Etienne ; tél. 04 77 74 33 40), viennent de prendre l’initiative d’organiser, le samedi de cette fête, le 15 octobre à partir de 19 h, une rencontre littéraire avec l’auteur, Michel Kemper. Nombre de membres de cette amicale sont des anciens salariés de la Manu, des collègues de messieurs Oulion père et fils et la rencontre promet son lot d’émotion, de confidences. Un chanteur local, Antonin Bellegy, viendra y interpréter des chansons de Lavilliers restées inédites, jamais gravées, des « de la période stéphanoise » qui n’ont pas été chantées depuis 45 ans. Qui ne l’ont du reste été qu’ici, entre les bars du centre-ville et la salle Tardy, justement : L’homme en bleu, Moi, j’aime pas les flics, La médisance, Jeannette, Ça en fait des croix et quelques autres… Un événement, un acte de résistance, j’oserais dire de citoyenneté.

Annonçons ici deux autres rencontres-dédicaces à venir : l’une au festival de chanson Attention les feuilles, le mardi 18 octobre, lors d’une rencontre-débat autour de ce livre, au Bistrot des Tilleuls à Annecy ; l’autre au festival chanson de Prémilhat (Allier), le samedi 29 octobre. Puisque les hauts-lieux de la littérature ne veulent pas de ce livre, puisque les tenants du showbiz et leurs larbins médiatiques le méprisent, ce sont des lieux sincères de la chanson qui s’en emparent. Car Les Vies liées de Lavilliers est avant tout un livre sur la chanson, presque un hommage au genre. En tout cas un modèle du genre.

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2 octobre 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers.

6 commentaires

  1. BLANC Evelyne replied:

    Monsieur, je vous invite à participer à notre seconde fête du livre qui aura lieu le second week-end de juillet 2012 à Montfroc (26560) dans la Drôme provençale. Si cela vous intéresse, vous êtes le bienvenu. 40 auteurs y ont participé en 2011 ; voici les coordonnées de notre association : les sentiers d’ar’lire, Evelyne BLANC, Les Bonnefoys, 04200 LES OMERGUES

    Réponse : Franchement, Evelyne, si vous me prenez par les sentiments… Sachez que j’aurais vraiment beaucoup de plaisir à être des vôtres. A bientôt ! (je prendrais contact avec vous) MK

  2. andré replied:

    J’ai enfin réussi à faire commander votre livre par la médiathèque où je fais quelques heures de bénévolat (ça n’améliore pas les ventes mais ça augmente le nombre de lectures !)
    Cordialement
    André

  3. Sébastien Couron replied:

    Je tombe un peu par hasard sur votre blog. J’ai déjà entendu parler de votre livre, qui m’intéresse, mais sans l’avoir encore acheté. Je suis de Saint-Etienne et comptait naïvement le trouver à la fête du livre, avec dédicace… C’est incroyable qu’un tel livre soit interdit, c’est la Corée du nord ou quoi ? Y’en a marre de ces fêtes où seuls les livres hyper médiatisés sont présents. Mais que fait donc la mairie ? Où est la liberté d’expression ? Dans quel pays vit-on ? Je note avec intérêt cette rencontre à l’Amicale de la Terrasse. Je pense y être. Pour dire que je suis très attaché à la liberté. D’ailleurs, savez-vous quel est le thème choisi par la Fête du livre de Saint-Etienne cette année ? Vous allez rire… « La Liberté » !

  4. Jean-Eméric DANCO replied:

    Bernard Lavilliers. 44 ans de carrière. Respect.

    Réponse : 46 ans pour être exact ! Donc plus encore de respect. Mais est-ce que le respect interdit la vérité, est-ce qu’il autorise et encourage l’omerta et la censure la plus bête qui soit ? Assurément non ! Respect. MK

  5. Suzy Miellick replied:

    Tout est bien qui finit bien. Mais quand même, c’est fou ce que ce livre, excellent au demeurant et fort respectueux de monsieur Lavilliers, peut effrayer de monde. Ont-ils tous peur des muscles de ce fauve d’Amazone, sont-ils tous grassement payés par sa maison de disques ? Je suis trop loin de Saint-Etienne, mais j’encourage tout le monde à se rendre à cette soirée que vous nous annoncez. Faites-nous en le compte-rendu.

  6. Philippe replied:

    Une émission intéressante sur la psychologie de mythomanes.
    A réécouter sur
    http://www.franceinter.fr/emission-service-public-dans-la-tete-des-mythomanes

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