Renaud : tout un pastis !

Je serais Renaud que je serais énervé. De tout ce foin. Encore une fois mon frère Thierry qui, toujours en mal de reconnaissance, fait son beurre sur mon dos et tambourine, à qui veut l’entendre et l’imprimer, que je suis dans un état alcoolique tel que je creuse plus encore ma tombe, que j’y vais de ce pas. Et l’omniprésent Hugues Aufray, aimant montrer à quel point il compte, en pleine promo de son album d’auto-reprises, qui en repasse une couche… Faites chier les mecs, laissez-moi vider mon verre tranquille !
Voilà un scoop qui n’en est pas un, mais que tous reprennent en chœur : Renaud ne va pas bien ! C’est pas nouveau. Ça attriste un peu les amateurs de chanson dont je fais partie ; ça consterne les fans du chanteur, à tel point que vient de s’ouvrir une page facebook (« Soutenons Renaud Séchan ») avec une audience assez phénoménale.  Mais rien de nouveau…
Reggiani chantait : « Je bois / N’importe quel jaja / Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinq / Je bois / La pire des vinasses / C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps. » Et buvait. « Le Renaud ne boit que de l’eau / Le Renard carbure au Ricard » chantait Renaud. Mais c’est Renard qui tient la corde… Le métier de chanteur de Renaud est semble-t-il à conjuguer au passé. La voix est tombée plus bas que les chaussettes et l’inspiration est en berne. Dommage pour ce qu’il n’a pas encore écrit, pas encore chanté. Faut-il pour autant jeter Renaud avec l’eau de son pastis ? Sans doute pas. Tout ce qu’il a pu chanter, rien que ce qu’il a pu chanter est déjà ça, jolie somme en fait, beau répertoire. Et le Panthéon de la chanson lui est promis comme une rare évidence.
On ne fait pas un cordon sanitaire d’amour complaisamment sous les flashs des médias, sauf pour être vu. M’as-tu vu comme j’aime mon frérot ? Thierry Séchan, dans sa lettre ouverte qui sert de préface à un livre à venir (« Putain de vie » de Claude Fléouter, livre que Séchan juge fort moyen, mais lui a fait une bonne préface – qu’il évente avant parution -), dit ne pas lui avoir écrit une lettre depuis que Renaud est entré dans cette carrière de chanteur, au début des années soixante-dix. Bah, t’as qu’à lui écrire plus souvent à ton frangin, et surtout discrètement : ce sera preuve d’amour. Pas le temps sans doute car Thierry Séchan répond aux micros qu’on lui tend et, comme nombre de ses écrits (il est journaliste et auteur pamphlétaire et a parfois collaboré – c’est le mot – avec des médias d’extrême-droite), c’est assez nauséeux. Je n’aimerais pas que mon frère, quel qu’en soit le prétexte, intente à ma vie privée, l’étale, et se permette des considérations sur mes états d’âmes, ma consommation d’alcool ou ma précédente épouse.

« – Dis, c’est quoi ton métier, Thierry ? » « – Frère de Renaud » « – Et ça gagne bien ? »

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17 novembre 2011. Étiquettes : , , . Saines humeurs.

23 commentaires

  1. Norbert Gabriel replied:

    Assez détestable ce Thierry Séchan, ça illustre bien ce proverbe italien : « gardez moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge »
    On peut dans ce cas ajouter le frère aux « amis »…

  2. erwens replied:

    bravo !

  3. Dominique Grange replied:

    Comme toi, Michel, j’ai trouvé l’article du Parisien d’hier-sur lequel je suis tombée vraiment par hasard- vraiment crapoteux. Comme toi, comme des millions d’autres, j’aime notre pote Renaud et qu’il n’écrive plus me désole. Je pense que ce n’est pas avec des papiers aussi dégueulasses, des racontars de fond de cuvette de chiottes qu’il va retrouver l’envie, l’énergie d’écrire et de chanter. Et de toute façon, rien de tous ces dégueulis médiatiques ne nous fera oublier le goût des « mistrals gagnants » qui reste pour moi une de ses plus belles chansons et que j’écoute ce matin en faisant un bras d’honneur aux alcoolos mondains de tous poils qui feraient bien de balayer devant leur porte avant de donner des leçons de comportement aux autres !

  4. Bernadeth replied:

    Je viens de mettre l’article sur la page FB sus-mentionnée…
    Cet article-ci, bien sûr, pas celui du Parisien !!!!!!

    Réponse : J’ai fait l’annonce de ce billet sur cette page aussi. Et ça a disparu aussitôt. Serait-ce que les messages sont calibrés, censurés ? Qui est à l’origine de cette page d’ailleurs ? Qui contrôle ? Je crois qu’il nous faut alors par nous-mêmes faire circuler ce billet sur la toile… Merci Bernadeth ! MK

  5. Moi replied:

    Pathétiques les propos sur Thierry Séchan, que vous ne connaissez probablement pas de façon personnelle. 1/ ce n’est pas lui qui a éventé la préface de ce livre à paraître. 2/ Comment osez-vous douter de l’amour sincère et profond qu’il porte à son frère connu (le même amour qu’il porte d’ailleurs à son frère méconnu). 3/ A quoi sert-il de ressasser un vieil article paru malencontreusement dans Minute au lieu de la page littéraire du Figaro ??????
    Il est vite fait de tirer sur l’ambulance. Thierry et Renaud n’avaient pas besoin de s’écrire, ils se voyaient régulièrement. Thierry espérait juste que cette lettre ouverte touche suffisamment son frère pour qu’il se redresse…
    Vous êtes pathétiques….

    Réponse, tout de même : Juste un point pour ajouter au pathétique : on n’écrit pas « malencontreusement » dans les colonnes de Minute, on ne parle pas « malencontreusement » dans le micro de Radio-Courtoisie. Et je maintiens : je serais Renaud que je serais singulièrement énervé et y’a pas besoin d’avoir fait des études de psychologie pour le comprendre. MK

  6. Bernadeth replied:

    En plus l’article est plein d’approximations, voire d’inexactitudes: exemple: Malone n’est pas « le petit-fils » de R., mais son fils…Par contre il a bien une « petite-fille » Héloïse (je crois) fille de Lolita et de Renan Luce…

  7. Guy Thomas replied:

    Les Mouches

    Ces animaux qui pullulent
    Ousqu’on peut gagner des sous
    Ne sont pas des libellules
    Ce sont des béni-bouftous
    Autour de nous ça bourdonne
    Rien ne peut les arrêter
    Même l’Etat nous rançonne
    Pour pouvoir alimenter

    Les mouches à merde !

  8. Bernadeth replied:

    Michel: je viens de vérifier: ton post n’a pas été effacé, ni le mien non plus (il faut cliquer sur « tout le monde » pour voir l’ensemble des posts…)

  9. Luc replied:

    votre lien est toujours là..!

    Réponse : Merci Bernadeth, merci Luc ! J’ai douté un instant, je m’en veux… mais chat échaudé craint l’eau froide comme on dit. Après toute l’omerta Lavilliers, je dois être devenu un peu parano, moi ! MK

  10. murielle replied:

    Ah ah! Très bon article dont je partage entièrement le sentiment. Je viens justement d’écrire quelque chose de similaire (mais hélas beaucoup moins bien) sur mon blog. La seule différence est que je n’ai pas voulu citer le nom du frère. Il a déjà Le Parisien et Le Nouvel Obs pour se faire de la publicité.

    Réponse : Je ne connaissais pas votre blog, Murielle. Qui est très recommandable. C’est ici : http://labayonnaise.com/ Merci collègue ! MK

  11. henri replied:

    Absolument d’accord : écrire dans Minute ou aller a Radio Courtoisie implique deux choses : ou on est totalement hors du coup, mais alors c’est grave, ou on soutient ces deux medias. Et là c’est très très grave. De toute façon on aurait du mal a croire que le frère de Renaud soit ignorant à ce point…

  12. jean-philippe replied:

    Bonsoir Michel ! Renaud est un mythe vivant ! De « laisse béton » aux « bobos » c’est une partie de notre vie qui défile à travers ses chansons . Cette rechute dans l’alcool est navrante et je partage votre point de vue sur son frère Thierry qui me semble (et ce n’est pas la première fois que je le remarque) assez opportuniste vis a vis du statut de star de son frère ….je souhaite que Renaud se relève et puis : Basta !

  13. Floflo des Rim'ailleurs replied:

    Je me suis fait exactement la même réflexion en voyant l’article de Thierry Séchan ! Bravo !

    C’est grâce à Renaud que j’ai eu l’amour de la chanson étant tout petit. C’est grâce à lui que j’ai découvert Brassens !
    Ce n’est pas peu dire l’importance du bonhomme dans ma vie. Le savoir mal me rend vraiment triste ; j’espère vraiment que de beaux jours (même sans chanson) arriveront à lui.

  14. francishebert replied:

    Essayons de faire vite et de rester dans le sujet: il ne faudrait pas oublier que Thierry Séchan est quand même l’auteur du meilleur livre sur Renaud (Le roman de Renaud, lu plusieurs fois, c’est un livre hilarant et informatif).

    Que Thierry Séchan est un très bon auteur de chansons (pour Julien Clerc et Daniel Lavoie et deux disques pour lui-même en tant qu’interprète).

    Que c’est un pamphlétaire très doué également, vif et drôle.

    Le dernier disque de Renaud, Molly Malone, était très bien, mais force est de constater que l’homme et l’artiste ne sont plus à la hauteur de sa légende. Il serait juste temps qu’il se prenne en main, qu’il arrête la picole et la clope pour de bon.

    C’est une juste question de respect envers soi-même. Et son public y gagnerait aussi avec de futures chansons de meilleure qualité que la plupart de celles de Rouge sang et de Boucan d’enfer.

    Tant mieux si cette tempête peut secouer un peu Renaud. Il en a bien besoin.

    On veut retrouver l’artiste qu’on a adoré il y a 20 ans.

  15. joan replied:

    Bravo pour ce billet à ce Thierry Méchan consacré, un billet plein de tact et de pudeur (et d’humour), et de plus joliment rédigé.
    Sur Monsieur Frère: outre qu’il a, comme vous le dites, fricoté avec quelques histrions fascisants ( la bande à Radio-courtoisie, Wladimir Wolkof et d’autres, surtout à l’époque des évènements de Yougoslavie), il est un piètre écrivain, un pamphlétaire dénué d’esprit, et , alors qu’il ne se prive pas de tirer à vue sur le Shobiz, il fut lui-même-horreur !-parolier de l’inoubliable Elsa ainsi que de l’immense Philippe Lavil.
    Sans le talent et la renommée de son frère, il ne serait tout à fait rien, ce qu’il est déjà, presque !

  16. Réjanie13 replied:

    La maman de Malone qui elle aussi a quelque chose à vendre a répondu à un interwiev télévisé su « son histoire » avec l’artiste;
    J’ai trouvé ça très mal venu, ce sont leurs affaires privés et l’on n’a pas a en être informé.
    Renaud est un écorché vif atypique et rêveur. Il s’est brûlé les ailes et il souffre.
    L’alcoolisme n’est pas un manque de volonté, c’est une maladie qui vous ronge et les rechutes sont malheureusement assez fréquentes. Faut pas juger, faut juste espérer qu’il va arriver à refaire surface et à être en paix avec lui même.
    Ne tirons pas sur l’ambulance

  17. Eliane BONUFASSI replied:

    Dans une MINUTE cher très cher Renaud on aimerait te redresser. Ce terme me fait penser aux vieilles maisons de correction ou de redressement de mon enfance que certain voudraient rétablir. Hors sujet ? Pas tant que cela..
    On t’aime RENAUD

  18. Michel TRIHOREAU replied:

    Il y a plusieurs sortes de pamphlétaires : ceux qui vilipendent des actes en respectant les personnes, ceux qui égratignent certains travers des gens publics qui l’ont bien cherché et ceux qui assassinent n’importe qui par n’importe quel moyen pourvu qu’ils attirent l’attention. Ces derniers sont souvent bien considérés par le public avide de rire aux dépens des victimes. Les jeux du cirque de Rome perdurent sous d’autres formes plus perfides…

  19. francishebert replied:

    Ne pas voir le talent de pamphlétaire de Thierry Séchan, ça frise la mauvaise foi mais peut se comprendre quand on fait partie d’une autre bande, celle qui respecte tellement les artistes qu’elle lui fait de la lèche…

    Perso, je ne suis pas toujours d’accord avec lui, je n’apprécie pas ses jugements hâtifs sur certains bons chanteurs sur les plateaux de télé français, mais j’ai su apprécier au moins les deux premiers tomes de Nos amis les chanteurs.

    Qu’un personnage aussi odieux et risible que Jean-Louis Murat se fasse lyncher à son tour, lui qui crache toujours dans la soupe, c’est réjouissant.

    Je suis tombé sur une entrevue récente avec Thierry Séchan dans Le Nouvel Obs je crois. Il précisait bien que Renaud n’était pas dans un si lamentable état, qu’il ne fallait pas exagérer non plus.

    Naturellement qu’avoir un frère comme Renaud est un bon filon, mais Thierry l’exploite avec talent.

  20. Jean Lapierre replied:

    Pour Info :
    http://www.leonardcohensite.com/thierrysechan.php

  21. Marc replied:

    Voici l’intégralité de la lettre de Thierry à Renaud :

    « Lettre à mon frère
    par Thierry Séchan

    Mon bien cher frère,

    Cela fait des années que je ne t’ai pas écrit.

    Si ma mémoire est bonne, mes dernières lettres remontent au début des années soixante-dix, lorsque tu avais quitté Paris (mais quitte-t-on jamais Paris ?) pour t’installer en Avignon. Dans les premiers temps, tu avais été hébergé dans l’appartement de notre tante Madeleine, femme médecin attachante et pittoresque. Elle t’avait inscrit au cours Pigier. Toi, le poète, l’artiste, le saltimbanque, au cours Pigier ! Heureusement, cela ne dura pas. Après quelques mois passés dans un studio, en compagnie d’un chaton et de jolies autochtones, tu remontas à Paname dont tu étais toujours amoureux.

    À Paris, ce fut la ronde des petits boulots : vendeur de fringues, apprenti garagiste, libraire. Pour arrondir tes fins de mois, tu chantais dans les rues, les cours d’immeubles (qui rapportaient gros, à l’époque où les femmes étaient au foyer et s’y ennuyaient ferme), le métro. C’est là précisément que deux jeunes producteurs, Jacqueline Herrenschmidt et François Bernheim, te remarquèrent. En studio, ils te demandèrent de leur chanter tout ton répertoire, ce que tu fis d’autant plus volontiers que celui-ci à l’époque était plutôt maigrelet. Les deux producteurs retinrent la quasi-totalité de tes chansons.

    Et ce fut « Amoureux de Paname », où figurait l’emblématique « Hexagone ». J’avoue que ce premier album me laissa… perplexe. Tu ne chantais pas très bien, tes musiques étaient plutôt frustes (trois chansons en do-sol septième !) et tes paroles… Certes, c’était original, mais c’était aussi un peu bancal.

    Quatre mille exemplaires vendus. C’était peu, bien sûr, mais ce n’était pas l’essentiel. L’essentiel, c’était que des critiques (Jacques Erwan, notamment) avaient tendu l’oreille. L’essentiel, c’est que des maisons de disques concurrentes de Polydor (Barclay en premier lieu) avaient bien envie de te « signer », toi, si atypique, si étranger à toute la production de l’époque.

    Mais tu resignas chez Polydor, et ce fut « Place de ma mob », l’album qui te lança définitivement. Outre le tube « Laisse béton », l’opus contenait quelques petits chefs-d’œuvre d’humour et de poésie, tels que « Germaine », « Adieu minette », « Je suis une bande de jeunes », « Les Charognards » ou « La Bande à Lucien ».

    Peu de temps après la sortie de « Place de ma mob », tu fus programmé au théâtre de la Ville. Lorsque je te vis apparaître sur scène, je sus que tu allais devenir un grand artiste français, peut-être le plus grand.

    La machine était lancée et elle ne s’arrêterait plus, à moins que tu n’en décides autrement.
    En 1980, tu sortis « Marche à l’ombre », un album d’une rare violence. Cette fois, le gentil loubard était devenu l’ange noir, comme en témoignait la pochette. De « Marche à l’ombre » à « Où c’est que j’ai mis mon flingue ? », tu déclinais toutes les violences, des plus pittoresques (« L’Auto-Stoppeuse ») aux plus déchirantes (« Mimi l’ennui »). Succès considérable.

    Après le merveilleux Bobino, après l’Olympia, c’est au Zénith que tu vas triompher, ce Zénith que François Mitterrand, notre cher président, inaugurera en ta présence en 1984.

    En 1982, ce fut « Le Retour de Gérard Lambert », un album un peu moins réussi que le précédent, mais d’une excellente facture. On retiendra le tonifiant « Mon beauf », les déchirants « Manu
    et La Blanche », ou encore le roboratif « Étudiant poil aux dents ».

    À l’été 1983, avec Jean-Louis Roques, ton accordéoniste fétiche (tous les autres musiciens étaient américains), tu t’envolas pour Los Angeles, la mégapole inhumaine. Là, tu allais enregistrer l’un de tes plus beaux disques, « Morgane de toi » (musique du regretté Franck Langolff), ton premier album à passer la barre du million d’exemplaires. Un album drôle, émouvant, poétique.

    La suite fut moins heureuse. Tu avais accepté – avec mon approbation, hélas – de participer au Festival international des jeunes et des étudiants à Moscou. Et ce fut une catastrophe. Ton concert se déroule en plein air, devant six mille spectateurs triés sur le volet. Sans être enthousiastes (les Russes ne te connaissent pas, après tout, même si on a distribué aux invités des traductions de tes textes), l’accueil est poli. Mais, en milieu de récital, au moment précis de « Déserteur », quand tu chantes « Quand les Russes, les Ricains / F’ront sauter la pla- nète », deux mille spectateurs se lèvent et quittent les lieux. Humiliation.

    À la fin du concert, en coulisses, tu laisses exploser ta colère devant les organisateurs. Mais le mal est fait. D’autant qu’une équipe de FR3 a tout filmé… Après la diffusion en France, sarcasmes et quolibets fuseront. Ce fut ta première blessure, le début d’un profond malaise qui allait marquer ta vie. Par la suite, tu m’appris que tes angoisses étaient beaucoup plus anciennes, ce dont je pris acte. Ton malaise perdura, augmenta, jusqu’à atteindre son paroxysme vers 1995.

    Puis tu repris tes tournées, de Zénith en Zénith, tournées harassantes mais triomphantes. Désormais, ton public était intergénérationnel, tous âges et toutes classes sociales confondus.
    En 1985, tu repartis enregistrer à Los Angeles. Cette fois, j’étais du voyage. Depuis trois ans, en effet, j’étais « directeur artistique » de tes éditions musicales. Pour toi, c’était une façon comme une autre de me sortir de la mouise. Appartement de fonction dans le Marais et carte bleue société qui me permettait d’entretenir, midi et soir, tous les parasites du quartier.

    Toi et moi étions accompagnés par Jean-Philippe Goude, brillant arrangeur et réalisateur, mais aussi, hélas, sinistre compagnon de voyage. Si je me souviens bien, je ne crois pas l’avoir vu sourire une seule fois. N’importe. Son rôle dans la réalisation de cet album mythique fut prépondérant. Ambiance un peu tristounette, donc. Il te manquait une ou deux chansons. Par un bel après-midi californien je te vis écrire et composer à la guitare, en moins d’une heure, sur un canapé du studio, ton pur chef-d’œuvre, « Mistral gagnant ». Goude eut l’idée de génie (après coup cela paraît évident) de transcrire le morceau pour le piano. Avec les fameuses petites notes d’introduction et de conclusion.

    Hélas, je ne vis pas la fin du disque. Au bout de quinze jours, établissant le bilan de notre « collaboration », je réalisai que je n’avais pas écrit une ligne et pas lu un seul livre en trois ans… Cela ne pouvait plus durer. Je te laissai un petit mot dans notre appartement et je filai à l’aéroport, direction Paris. Adieu, le logement de fonction ! Adieu, la carte bleue société ! Mais bonjour, ma liberté !
    Le succès de « Mistral gagnant » fut triomphal. Une fois de plus, tu dépassas allègrement la barre du million d’exemplaires. Virgin, ta nouvelle maison de disques, rayonnait. Pour autant, tu n’allais guère mieux. Toujours ce même vague à l’âme, toujours ce désir d’oublier (quoi exactement ?) et, de plus en plus souvent, de noyer ton imparable malaise dans soixante-quinze centilitres d’alcool.

    D’autant que les années à venir n’allaient pas être roses. À quelques mois près, tu perdis ton grand ami Pierre Desproges, puis ton vieux pote Coluche, le parrain de Lolita. C’est à Coluche que tu allais dédier « Putain de camion », un album noir, au propre et au figuré (la pochette était toute noire, avec juste un bouquet de coquelicots au milieu), un album qui se vendit beaucoup moins bien que les deux précédents, pour l’excellente raison que tu avais refusé d’en faire la promotion.

    Et tu déclinais… L’alcool devenait plus régulier, il te faisait office d’antidépresseur. Tu étais gagné par la paranoïa. Bientôt, Dominique ne put plus supporter cette vie. Elle te pria de déménager. Tu t’installas dans un grand appartement juste au-dessus de la Closerie des lilas. Naturellement, tu ne pus y vivre seul… Et c’est ainsi que, quelques semaines après, je vins habiter avec toi dans ce logement de deux cent trente mètres carrés.

    Cinq ans sans dessaouler, ou presque. Cinq ans dans une solitude extrême, malgré la présence constante de tes proches. Et ton public qui attendait, qui attendait ton retour, un nouvel album, ton public presque aussi désespéré que toi…

    Enfin, il y eut la bouée, le canot de sauvetage, sous la forme d’une jolie chanteuse nommée Romane Serda. Tu en tombas éperdument amoureux, tu produisis son album, tu l’épousas, tu lui fis un bel enfant, Malone. Surtout, tu enregistras « Boucan d’enfer », un magnifique album qui se vendit à plus de deux millions d’exemplaires.

    Hélas, depuis quelque temps rien ne va plus. Tes vieux démons ont repris le dessus. Ton couple se délite, l’alcool a refait son apparition… La déprime est là, omniprésente. Tu dis à qui veut l’entendre que tu ne peux plus chanter. Je n’arrive pas à y croire. Un artiste n’arrête jamais de créer, voyons ! À moins qu’il ne se suicide, bien sûr… Mais il est vrai que ton comportement actuel s’apparente à un lent suicide, un suicide à petit feu. Que faire ? Te regarder sombrer les bras croisés ? Inimaginable ! Pour reprendre le slogan que tu avais fait imprimer dans  » Le Matin de Paris » en 1988 afin d’inciter Tonton à se représenter : « Renaud, laisse pas béton ! » »

    copyright : Pure Charts.fr
    http://www.chartsinfrance.net/Renaud/news-76595.html

  22. Tomiec replied:

    Ma p’tite bouteille à la mer, en forme de chanson…

  23. POLINE replied:

    LAISSE BETON. A CHACUN SA CROIX… DE QUEL DROIT PEUT-ON JUGER QUELQU’UN ? FOUTONS-LUI LA PAIX… DETRUIS-TOI SI TU VEUX… TU VEUX DU SOUTIEN ON EST LA… TU ES SEUL JUGE… COURAGE…

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