Chansons en Babilotte

Dominique Babilotte (photo DR)

Lui, c’est un picard vite devenu breton. Il lui suffit d’entendre un soir Yvon Etienne et Gilles Servat pour, dès le lendemain, s’acheter sa première guitare. Nous sommes en 1972, six ans avant d’à son tour monter sur scène. Un premier disque en 1981, un second six ans plus tard qui l’amène jusqu’au Printemps de Bourges. Et puis le silence. Les années quatre-vingt sont cruelles à la chanson et ce ne sera, somme toute, qu’un chanteur parmi d’autres qui s’éclipse de notre horizon. Mais Dominique Babilotte n’a pas chanté son dernier mot et revient à la scène quand personne ne l’attend plus, en 1998, par un spectacle intitulé « Patchworld » (Petites chansons des bouts des Mondes) qui donnera un album éponyme en 2002. Alors comédien dans une troupe de théâtre d’improvisation, il travaille aussi avec des élèves d’une école de musique. Avec qui il crée un spectacle sur le répertoire de Serge Reggiani. Le résultat est tel qu’il va faire naître un récital entièrement dédié à L’italien de la chanson française. Babilotte est de nouveau chanteur, avec son répertoire en propre, avec celui de Reggiani aussi. Et voilà qu’il nous sort un nouveau disque. Un disque ? Presque un coffret ! Avec deux cédés et un dévédé. Un cédé et le dévédé restituant, en public sur la scène de Pordic, son répertoire, son « Pianoviolonissimo » à lui ; l’autre cédé regorgeant de quinze titres de Reggiani.
On peut parfois être réticent à ce genre de disque en se demandant vraiment ce que l’artiste a pu apporter de plus ou d’autre qui justifie un nouvel enregistrement, sachant que l’original est bien souvent préférable à la copie. A l’écoute de ce Babilotte, on ne se pose plus cette question : on apprécie, on savoure. C’est un interprète qui en interprète un autre, qui à son tour s’habille des mêmes mots, qui plus est de haute couture, comme un best-off de Reggiani : L’italien, Le petit garçon, La vieille, Le souffleur, La putain, L’arabe, Les loups sont entrés dans Paris… Qui incarne, qui vit, sans copier-coller, même si la marge est étroite. La qualité de l’interprétation tait toutes nos réticences et libère les chansons qui peuvent ainsi exister sans leur chanteur d’origine (*).
Il y a Reggiani donc. Et Babilotte qui, sauf un titre de Bernard Haillant et un autre de Pierre Dac, chante Babilotte. Qui est un auteur, un vrai, au verbe sensible, dans un univers très photographique, pellicule impressionnée des temps présents, traversé d’ombres féminines et d’enfants. Qui ne démérite en rien de Reggiani, même tendresse, mêmes nostalgies, mêmes colères qui percent. Plus sans doute avec Babilotte qui se nourri aussi de l’indignation de ce monde cruel, des décharges où grouillent les enfants, à Buenos Aires au Ghana, à cette église Saint-Bernard jadis violé par les forces aux ordres de Pasqua, que Babilotte dédie désormais aux Guéant, Heurtefeux et Besson, célèbres enfonceurs accrédités des droits de l’Homme. Un très beau disque qu’il est agréable de défendre.

Dominique Babilotte, En public…, 2011, autoproduction/distribution Coop Breizh

(*) Babilotte n’est pas pour autant le premier à reprendre les chansons de Serge Reggiani. Signalons aussi (et entre autres) les talentueux Pascal Carré, Karim Kacel, Gérard Berliner… ainsi que Carine Reggiani.

24 décembre 2011. Étiquettes : . Lancer de disque.

3 commentaires

  1. Marcello replied:

    Sur les premières mesures de Votre fille a vingt ans, je croyais entendre Reggiani. La similitude des intonations est frappante.
    Quelle belle chanson et quel talent ce Moustaki !
    Pour revenir à Dominique Babilotte et pour ceux qui, comme moi, ne le connaissaient pas, il est possible à partir de son site (http://www.babilotte.fr/BABILOTTE/Bienvenue.html) de voir trois vidéos sur des titres non reggianisés et je dois dire que ça donne envie d’en écouter plus… Merci pour cette nouvelle découverte !

  2. LE NOANE YANNICK replied:

    Connaissant pourtant bien Dominique Babillote depuis plusieurs années (on a fait du théâtre ensemble, j’ai assisté à l’enregistrement de ce CD à Pordic, je suis allée le voir en concert, etc.), je dois dire que le jour où mon mari a mis le disque, je me trouvais à l’étage de ma maison et il m’a fallu descendre pour me rendre compte que c’était Dominique qui chantait et non Reggiani !! Belle performance! Et de nouveau, toutes mes félicitations.
    Yannick Le Noane

  3. yves Borredon replied:

    c’est pur…et beau…merci

  4. marc Gicquel replied:

    J’ai écouté « Les loups sont entrés dans Paris » sur le site de Babilotte et j’ai bcp apprécié la qualité de l’interprétation…

  5. Marcello replied:

    Votre article et les titres écoutés sur le site de Dominique Babilotte m’ont donné envie de le connaître davantage.
    Bien m’en a pris, ce PianoViolinissimo est tout simplement excellentissimo !

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