Bobin « made in France »

Chaussure fabriqué à Romans-sur-Isère, dans la Drôme (DR)

« Quand j’suis arrivé aux aurores
Y’avait plus rien
Plus une machine dans mon décor
Plus de turbin
Ils m’ont pas consulté, pourtant j’étais pas pour
Y’a mon usine qu’a foutu l’camp à Singapour »
Singapour, Frédéric Bobin, 2009

Le « Fabriqué en France » revient en force dans le débat public à la faveur de la prochaine présidentielle. C’est aussi un argument de vente pour qui sait le faire fructifier. Artisanat du jouet en bois, fabricant de béton comme chausseur, chacun essaye de tirer son épingle du jeu en valorisant son savoir-faire hexagonal. Un site de vente par correspondance qui défend l’artisanat français décuple même son chiffre d’affaires à l’occasion des actuelles soldes, par rapport à celles de l’an passé.
Thomas Huriez, un commerçant de Romans-sur-Isère, « capitale de la chaussure » qui a vu ses usines partir les unes après les autres vers un ailleurs aux bas salaires (« Moi mes souliers ont beaucoup voyagé »…), a choisi de rassembler les talents restants sur sa ville. Et a même demandé aux ouvriers de la chaussure de jouer leur rôle dans un clip vantant, sinon le « made in France », au moins le « fabriqué à Romans ». Avec pour trame et drame de fond la saisissante chanson du lyonnais Frédéric Bobin, Singapour, qui fixe un paysage, une situation, un état d’âme après délocalisation. Voir le clip ici.
Ce n’est pas la première fois que la chanson traite des délocalisations. On se rappelle évidemment des Mains d’or de Bernard Lavilliers ; de Poésie des usines aussi, de Romain Dudek, de CRS des Wriggles (« Mais aujourd’hui les adversaires sont des pères de famille / Paraît qu’ils sont plus de cinq cent à occuper l’usine / A nous attendre patiemment armés de barres à mines / De manches de pioche, de boulons et de produits chimiques / C’est l’histoire classique d’une boîte qui délocalise / D’une multinationale qui invoque la crise / Et l’intersyndicale qui se radicalise »), de Parachute doré d’Alain Souchon et de pas mal d’autres encore. La chanson s’est toujours nourrie de l’histoire du travail, pas de raison donc qu’elle n’évoque pas ce travail qui fout l’camp. Mais, autant Les Mains d’or de Lavilliers continuent à donner de la voix aux cortèges d’ouvriers indignés, autant ça semble être la première fois qu’une chanson accompagne une riposte commerciale. Le Singapour de Bobin, déjà remarqué en des termes flatteurs par Philippe Meyer sur France-Inter, a devant lui une belle carrière, à la mesure des dégâts de ce fléau décomplexé et cynique de l’ultra-libéralisme.

(d’autres chansons sur les délocalisations dans les commentaires de ce billet)

Le site de Frédéric Bobin, c’est ici. On lira aussi « C’est beau Bobin » et « Bobin, poing et contrepoint«  sur NosEnchanteurs. En vidéo, non le clip de la chanson « Singapour » mais un reportage sur l’album éponyme…

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12 janvier 2012. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Thématique.

2 commentaires

  1. Norbert Gabriel replied:

    On peut aussi inclure dans les hérauts de la Résistance Chanson, Wladimir Anselme; dont le dernier album «  »Les heures courtes » est un vrai bonheur musical. Dès les premières notes, une voisine mélomane est venue en quête d’infos, c’est un -bon- signe.
    Réalisé par Les Atlas Crocodiles, avec L’Autre Distribution.

  2. Michel Kemper replied:

    Me parvient par mél « Mr Boulot » une nouvelle chanson d’Eric Frasiak, qui paraîtra sur son prochain album. Je vous en livre, non le mp3 mais quelques extraits du texte :

    « Mr Boulot, on n’te voit plus
    Dans la région depuis un bail
    T’es parti où ? t’as disparu
    A Kiev, à Pékin ou Shanghai
    Nous, on t’avait toujours connu
    T’étais de toutes nos batailles
    T’habitais juste au bout d’la rue

    T’as tout laissé pour ce travail

    T’as pris avec toi tes affaires
    Tes tours, tes fraiseuses, tes camions
    Maintenant l’usine c’est un cimetière
    Et les trois-huit on tourne en rond
    Si tu voyais comme c’est rouillé
    La boutique où on s’est connu
    Bureaux squattés et murs tagués
    Et les ch’minées qui ne fument plus

    Mr Boulot, pour qui tu bosses
    Depuis qu’tu nous as oublié ?
    Je sais pas si t’avais des gosses
    Mais les nôtres, ils peuvent plus t’saquer
    Pôle sud, pôle nord ou Pôle Emploi
    On a beau y croire tous les jours
    On t’cherche partout mais on t’trouve pas
    Et on commence à être à court

    (…) »

    A signaler aussi la chanson « Valse à tout va » de Marc Havet, qui avait à sa sortie valu à Marc Havet les félicitations de Jean Ferrat. C’est ici :

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