Des lendemains que Grange chante…

Le jour de l’armistice, je reste aussi dans mon lit douillet, la musique qui marche au pas… Et je n’aime pas les « jours de ». D’ailleurs y’en a tous les jours. Et puis, entre nous, j’attends pas Noël pour gâter mes gosses, pas la fête des mères pour penser à maman, pas la Saint-Sylvestre pour écouter un disque d’Anne, pas la fête du travail pour enfin bosser. Eux, dans les tranchées, ils n’attendaient pas le 11 novembre pour chanter La Chanson de Craonne… Tout ça pour vous parler de cet épatant livre-disque (qu’on m’a offert il y a peu) : Des lendemains qui saignent, partagé entre Jacques Tardi, Jean-Pierre Vernet et Dominique Grange, sorti en novembre d’il y a plus de deux ans, dans une intelligente co-édition Casterman/Juste une trace (comme le fut précédemment le 1968-2008… N’effacez pas nos traces ! de Grange et Tardi). Je parle du livre-disque, sachant que le disque de Dominique Grange existe aussi seul, avec cependant un livret qui reprend pour partie les illustrations de son Tardi de mari.

Ce travail sur 14-18 fit l'objet d'une spectacle avec Grange et Tardi sur scène (photo JP Verney)

Bon, Dominique Grange ce n’est pas particulièrement la voix d’une Lolita ni d’une Céline Dion. Les mots sont pâteux, la voix est rugueuse, sans véritable charme, en tous cas sans chichis. Car ce n’est pas son commerce à Grange. Elle ne fait pas particulièrement dans la belle chanson, celle qui concoure au plus beau prix, à une Victoire. Non. Quand elle ne chante pas les pavés de la rue Gay-Lussac, elle raconte les ouvriers en grève. Ou revient sur la Commune. Ou sur ces tranchées, chemins des dames, litanies de morts pour la France. L’œuvre de Dominique Grange s’inscrit, presque anonyme, dans le grand livre de l’Histoire de ce pays et de valeurs quasi universelles, comme témoignage un peu, comme indispensable mémoire surtout. Elle transmet, parfois surajoute pour dire et chanter ce qui est tu ou méconnu.  Ainsi ces « Petits morts du mois d’août » où, au détour d’un champs de bataille, d’une strophe, elle rétablit : « Ils vinrent de toute part / Sénégalais, Normands / Corses, Basques, Occitans / Algériens, Savoyards / Auvergnats ou Bretons / Et quoi qu’il leur en coûte / Tous ont rejoint le front / Petits morts du mois d’août. »

Dominique Grange, Jacques Tardi, Jean-Pierre Verney, Des lendemains qui saignent, 2009, Casterman/Juste une trace.

Deux vidéos ci-dessous : Le ravin des enfants perdus, chanson de Dominique Grange extraite du disque Des lendemains qui saignent et un court entretien avec Jacques Tardi, que je tiens depuis longtemps pour le très grand de la bande dessinée française.

31 mars 2012. Étiquettes : . Lancer de disque.

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  1. Nicolas Esprime replied:

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