Portfolio : Christian Paccoud

par Lucien Soyère

Nouveau portfolio de l’ami Lucien Soyère. Après Xavier Lacouture, voici Christian Paccoud, dans la mise en scène de son Arthur, le pécheur de chaussures, avec Paccoud et Armelle Dumoulin, présenté vendredi dernier salle des tilleuls à Viricelles, dans la Loire. A noter que Christian Paccoud présente actuellement cinq spectacles. Deux pour jeune public (Polion le vagabond et Arthur le pécheur de chaussures), son récital solo Ça compte pas, ainsi qu’Eloge du réel (où Paccoud chante Novarina) et Les Magnifiques, chansons écrites en milieu psychiatrique et en ateliers d’adolescents en difficultés, interprétées avec Les Sœurs Sisters et Le Gros cœur. Le site de Paccoud c’est ici ; d’autres articles sur Christian Paccoud dans NosEnchanteurs, c’est là.

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7 février 2012. Lucien Soyère, Portfolio. Laisser un commentaire.

Arthur, pcc Christian Paccoud

« Pour aller à la pêch’ aux bisous
II faut tendre les deux joues
Pêcher des câlins c’est bien.
Mais qui n’a pas d’asticots
Va pêcher des godillots,
Qui a les jou’s écarlat’s
Parc’ qu’il prend des pair’s de claqu’s ? »

Avec ou sans « je », quand on chante, on se chante souvent. Christian Paccoud est né en 1954, à Pont-de-Beauvoisins, en Isère. Rapidement, la famille s’en va en Auvergne. Puis, puis… beaucoup d’errances. Paccoud se souvient de ses premiers spectacles avec cachetons, bals populaires et mariages alentours : « Mon premier accordéon, je l’ai eu à cinq ans ; ma première scène, je l’ai faite à neuf. » Après le labeur, il fallait encore, sur le chemin du retour, ressortir l’instrument pour distraire un public de dames, pendant que le père dilapidait à l’étage, aux bras d’autres femmes, la recette de la soirée. A 13 ans, il claque la porte de chez lui et n’y retourne plus jamais.
Paccoud fut longtemps le chanteur sans disque, vingt-cinq ans sans galette. Jusqu’à ce que les louves du Loup du Faubourg trouvent les mots et les sourires pour le convaincre. Sort ainsi en 2000 son premier disque. Et c’est un disque pour les enfants, qui plus est sur l’enfance maltraitée. C’est « Arthur, le pécheur de chaussures » : les mots sont écrits depuis longtemps, évidents. On dit que c’est depuis la parution de ce disque que Paccoud a cessé de se ronger les ongles. On ne s’étonnera pas plus que, régulièrement, il travaille dans des foyers avec ceux qu’on nomme des cas sociaux : des déstructurés, des blessés de l’existence, gueules cassées de l’amour filial. Son Arthur fait école chez les pédagogies qui trouvent ainsi les mots pour dire ce mal.
Si je vous dis ça, c’est parce que l’ami Paccoud vient jouer son « Arthur, le pécheur de chaussures » pas loin de chez moi, à Viricelles, chez l’ami Serge Féchet. Que ce spectacle « pour enfants », chanté avec la complicité d’Armelle Dumoulin, est un spectacle tous publics, pour les petits que nous étions comme pour les grands que nous ne serons jamais tout à fait, que la chanson de Paccoud nous aide à guérir de toutes nos meurtrissures passées et présentes. Et que Paccoud est un paquet de générosité, d’humanité comme il est rare.

Le 3 février à la salle des tilleuls à Viricelles.

29 janvier 2012. Étiquettes : . En scène, Lancer de disque. 1 commentaire.

Portfolio : Christian Paccoud

Christine Ruffin a deux passions : la chanson (elle est chanteuse, auteure à ce jour de trois albums : voir son myspace ici) et photographe. Là, elle allie les deux avec grand talent. Qui plus à l’occasion du festival d’Annonay, où elle réside.

4 avril 2010. Étiquettes : . Pas des poissons des chansons, Portfolio. Laisser un commentaire.

Christian Paccoud, juste la vie !

Dans le showbiz, on fait parfois des coups. Pas Paccoud. Ou alors ce sont des coups dans la gueule, dont on ne se remet pas. Christian Paccoud fut manifestement le poing d’orgue de ce festival, celui qui marque plus que tout autre. C’était ce 3 avril à La Presqu’île, à Annonay.

(photo Christine Ruffin)

Pantalon noir, marcel blanc, le Piermaria en bretelles. Et sa voix qui vient de loin, du fond de la salle, en fait de bien plus loin encore, des tréfonds, sans micro et, déjà, impose le respect. Paccoud, c’est comme si, d’un coup, le peuple s’invitait à la fête, tendait la scène de guirlandes multicolores, de lampions colorés, se faisait quatorze juillet, culbutant de nouvelles bastilles, hordes de sans-culottes qui nous rappellent à eux, à elles, coutumiers oubliés, rayés de toutes listes, excroissance, décalculés de l’Unedic comme exclus de la vie, ceux qui ont du temps pour rien. Au son de l’accordéon, c’est le peuple qui est sur la touche. Paccoud, c’est la vengeance des laissés pour compte, l’honneur de ceux qui n’ont plus rien, c’est le sourire et l’amour de toutes les mômes des Ferrat et Ferré, c’est le sang de ceux qui n’ont pas de veine, le jus de la treille qui noie tout : « C’est pas pour la santé qu’on boit / C’est pour la peine / C’est pour vider le vilain de nos veines. » On n’applaudit pas Paccoud, jamais : une chanson succède à l’autre sans espace possible, sans dépit ni répit. Comme une seule et unique chanson, longue comme un jour sans pain. Par laquelle on est dans la vie, pas celle de dedans la télé, non, la vraie, celle du bas peuple, France d’en bas, de souvent très bas, cours des miracles, graine de Gavroche en futures barricades. Paccoud, le porte-voix, étonne, détonne. Dans la salle, pas un bruit. C’est fou de voir ces p’tits jeunes rockeurs comme ces vieux à cheveux blancs, tous immobiles, comme aimantés par cet homme, ce bateleur forain, ce redresseur de torts, cette masse d’humanité. Car ce n’est ni récital ni concert, seulerment la vie. Celle qu’on s’en vient justement oublier en de tels lieux et qui s’y invite brusquement, bousculant les convenances, se rappelant à nous. « Allez dansez les pantins / Ça va le faire / Allez dansez les pantins / Ça va nous faire du bien ! » Une chanson revenue à sa source, à sa raison d’être, celle d’avant que l’industrie discographique la muselle à tout jamais, la vide de toute substance, de tous germes. Une chanson d’émotion, d’espoir, de lutte. Tant qu’on en sort sonné, groggy, mais debout. Et heureux !

Le site de Christian Paccoud, c’est ici.

4 avril 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Paccoud, portrait sous « influences »

Sur le site « Les Influences » de cette semaine, un portrait de Christian Paccoud, à l’occasion de deux événements d’importance. D’abord la sortie d’un nouvel et double album : Les Magnifiques. Ainsi que la tenue du (grand) Festival des fromages de chèvres, la semaine prochaine, à Courzieux, à proximité de Lyon.
Rappelons ce festival, troisième du nom, à contre-courant de tous les autres. Un festival pour « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas pour d’autres raisons que ceux qui l’ont. » Pluridisciplinaire, il fait la part belle à la chanson, le théâtre et la poésie. L’instigateur de ce rendez-vous hors normes, hors tout, n’est autre que Christian Paccoud. Y sont invités artistes professionnels et troupes de théâtre de réinsertion sans que nous sachions à l’avance qui va jouer ni quand.
C’est du 20 au 24 juillet à l’Auberge de la Buissonnière à Courzieu (69). Entrée gratuite. Avec cette année : Dorine Brun, Fabienne Dubois, Le Bateau théâtre, Katel, Suzy Clous, Le Gros Cœur de la Compagnie Parler-Debout, Pierre Henri, Les Temps mêlés, François Orange, Brassens au bord de l’eau, Les apéros des libertés, François Lemonnier, La Dernière mesure de Christian Paccoud, Le p’tit monde d’Armelle Dumoulin, Les « Sans théâtre du fil », Les Magnifiques, Mon Côté punk, Les z’Armuses, Les Sœurs Sisters, Karen et Gil, Le Théâtre des individus, Tournée générale.
L’autre actu, c’est la sortie de ce double cédé, « Les Magnifiques ». Le premier cédé, Les petits damnés de la terre, présente des chansons dont les textes ont été écrits en atelier avec des adolescents en difficulté ; le second, Une chanson pour Antonin, est une longue chanson faite d’un collage de textes écrits en milieu psychiatrique. Les textes y sont interprétés par Christian Paccoud et par les « Sœurs Sisters », à savoir : Armelle Dumoulin, Alice Carel, Céline Vacher et Sophie Plattner. Paccoud y est, comme toujours, accoucheur de mots, d’espoirs et de colères. Ce double album est, effectivement, magnifique.

A lire donc d’urgence ce portrait de Paccoud sur « Les Influences », un site à mettre de suite dans vos favoris.

17 juillet 2011. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Tout Paccoud, Thou Chant

Christian Paccoud (photo Michel Kemper)

Troisième numéro de Thou Chant, à compter d’aujourd’hui, non au kiosque voisin mais sur votre ordinateur. Avec au sommaire une flopée de bons cédés (Jeremy Kisling, Miss White & the Drunken piano, Arthur H, Karimouche, Jean-Pierre Réginal, Morice Benin, Annkrist et pas mal d’autres), la chanteuse Buridane, un petit tour en Auvergne (du côté des volcans – c’est très tendance –, au Sémaphore de Cébazat précisément), dans les coulisses du Catering social, en Rhône-Alpes aussi comme à l’accoutumée où toute l’actualité s’étale devant vous… Avec aussi Christian Paccoud pour un entretien exclusif où l’artiste sensible qu’il est nous parle tant de son travail actuel que de ses projets. Passionnante interview. Extraits : « (…) Les exclus de notre société sont, par le fait, le cœur même de notre poésie. C’est-à-dire que tous ceux qui réussissent sont la plupart du temps dépourvus de toute forme de poésie : ce sont devenus des espèces de numéros, de chiffres, de résultats et de pourcentages, avec des cibles, des obligations de résultats. Et, à côté d’eux, des exclus, ceux qui n’ont jamais voulu aller là. Eux sont remplis de poésie : y’a qu’à aller la cueillir ! Tout notre théâtre, toute notre création est là. Je le vois de plus en plus : c’est quelque chose d’assez beau, d’assez fort, et triste à la fois parce que personne ne les écoute. Alors moi je préfère mettre mon « talent » plutôt là que chez les crapules de la culture et autres académiciens de théâtre, ces champions du monde de financements et autres subventions. Je fais un peu comme Copeau à l’époque de son théâtre, j’emmène le théâtre et la chanson là où on voudrait faire croire aux gens qu’elle n’existe plus. » Pour la première fois sur Thou Chant, l’interview qui en résulte peut être indifféremment lue et écoutée. Retrouver la voix de Paccoud est déjà entrer en résonance avec ce chanteur de totale exception.

Le Thou Chant, c’est ici.

23 avril 2010. Étiquettes : , . Les événements. Laisser un commentaire.

Paccoud, superbe graine d’ananar

Paccoud, de quoi, plus que jamais, nous redonner force et espoir (photo Ghislaine Mathieu)

Archive. Ce fut ma première rencontre avec Christian Paccoud, lors du festival Y’a d’la chanson dans l’air au Théâtre de Poche à Saint-Étienne. C’était en 2003. Les premières fois actent souvent la naissance d’amitiés vraies. Et de total respect. Après vingt-cinq ans de chanson, rétif à tout enregistrement, Paccoud venait tout juste de sortir ses deux premiers CD. Mais c’est en scène qu’il vous faut le découvrir…

Rarement on aura autant approché l’idée de la chanson populaire : celle qui parle du peule, qui parle au peuple, qui prend aux tripes, dont on reprend et mémorise sur l’instant chaque refrain. De ceux qui nous portent, nous galvanisent. Christian Paccoud est choc rare, unique, qui bouscule ce qu’on croyait savoir sur la chanson, toutes nos belles hiérarchies si longtemps travaillées. C’est enivrant, impressionnant ! Sans souffle et sans répit, il colle ses chansons les unes aux autres comme si elles n’en faisaient plus qu’une, de bien plus d’une heure, sans trêve, sans possible place aux applaudissements. En une sorte de chronique chantée d’un peuple qui doute mais qui lutte, qui peine à souffler les braises de la révolution. Qui fermente et chante, réanimant toute vie par la chanson. Pas de micro, lui n’en a pas besoin pour hurler son chant, celui des réprouvés de la vie, ceux qui trouvent chauffage dans les cages d’escalier : « Crache le feu, l’amour et dis ton nom / Qu’on l’entende avenue du Dragon » Que d’l’amour, que DAL ! Au son de son piano du pauvre, le chanteur, vraie graine d’ananar, défile, manifeste, tangote, virevolte… « Anarchie, ma vieille / T’es comme le soleil / Toute la vie on t’attend ! ». Paccoud est un poing dans la gueule, un choc, un crachat dans la soupe. Vous ne le connaissiez pas, nous non plus. Vingt-cinq ans qu’il chante et il nous était encore vierge d’écoute. Jean Ferrat, invité il y a peu sur France2, s’est permis d’y imposer trois artistes : Solleville, Joyet et Paccoud. On comprend pourquoi. Que ce chanteur nous revienne d’urgence : il est de la race des géants, des seigneurs, du peuple. Par lui le Poche vient de nous offrir l’une de nos plus mémorables émotions en chanson.

Le site de Christian Paccoud.

25 octobre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

Claude Duneton, historien de la chanson, 1935-2012

Sur mon mur facebook, ce matin, ce message de « Chanson de proximité » :

« J’apprends par Floréal Melgar le décès de Claude Duneton. Ecrivain, linguiste, conteur, comédien, etc. il était de ces gens qui devraient être nos modèles dans les médias.
Je rappelle son ouvrage incontournable sur la chanson :
« Histoire de la chanson française » (coffret – 2 volumes : Vol. 1 – Des origines à 1780 ; Vol. 2 – De 1780 à 1860, Paris : éd. du Seuil, 1998).
Et pour les amateurs de trouvailles, le 33t « La Goguette d’enfer », avec Jacques Serizier, Nathalie Solence, Christian Paccoud, Daniel Tarrare, Didier Brémont, Charlotte Maury (chansons de Emile Debraux, Hippolyte Demanet, Charles Colmance, Charles Gilles, Pierre-Jean de Béranger et Savinien Lapointe). »

L’actualité de ces dernières heures a passé sous silence le disparition de ce brillant écrivain que fut Claude Duneton qui nous laisse une trentaine d’ouvrages fort divers. Dont ces deux précieux tomes de son « Histoire de la Chanson française ». vrai pavé de 2200 pages en tout. « Mais, au-delà de l’objet, il y a un dessein monumental, dont l’ampleur laisse rêveur. Quinze années de recherches, d’efforts et d’enthousiasme pour ce qui, au final, apparaît comme une somme passionnante et définitive (…) » écrivait alors Marc Robine, autre grand historien de la chanson s’il en est, dans les colonnes de Chorus n°26 (Thiéfaine en couverture). Duneton, Robine, deux auteurs qui se devraient d’être, au minimum, dans la bibliothèque de tous les amateurs de chanson, à plus forte raison s’ils écrivent et portent eux-mêmes un regard sur la chanson. Le troisième tome ne sera jamais sorti.

Claude Duneton est décédé ce 21 mars 2012, à Lille.

23 mars 2012. Hommage, Les événements. 4 commentaires.

Tournée générale et vers pour tous

Aux musicologues de disserter sur le côté vintage d’une musique qui, bien qu’armée d’un fier chromatique en première ligne, lorgne parfois sur les classiques du rock anglais et américain, de ceux qu’on ne saurait plus faire, qu’on n’oserait plus.
Les apérologues, eux, s’intéresseront plus au nom du groupe, au sens comme à la pratique, prétexte à mirer la belle robe de vers levés, de verres trinqués, de ces mots qu’on échange sur le zinc, promesses apéritives, du monde qu’on refait et des espoirs digestifs que l’insouciante jeunesse de ces trois-là est bien capable de tenir. Eux veulent remettre nos existences sur les rails de la vie, les extirper du gris.
Tournée générale est bien joli nom pour un groupe. Qui  évoque tant ces troquets échauffés que ces grands soirs qu’on appelle de ses vœux. Et qu’ils nous chantent. Ça fait déjà tout un septennat que ces trois-là sèment leurs chansons et du même coup ensemencent les consciences. Car si c’est vrai qu’on peut tout chanter, l’utile comme le futile, eux joignent constamment le plaisir au nécessaire.
Ce troisième opus est encore plein de résolutions, de coups de poings sur la table, de cette dignité collective retrouvée qui nous tire la tête de l’eau (de l’eau ? quelle horreur !).
Leur parrain semble bien s’appeler Christian Paccoud, notre Paccoud au poing levé, qui non seulement n’a pas de mots assez forts, entre deux verres, pour vanter Tournée générale, mais en plus se laisse emprunter par eux quelques titres. Ce fut « Avenue du dragon » sur le précédent album, c’est « Etc ». Reprendre Paccoud c’est comme se coller un label d’une rare exigence, qui signe un engagement sans possible retour. Eux sont de lot, graines d’ananars qui déjà donnent de beaux fruits.
On notera aussi, en « bonus » comme ils disent, un bien beau duo de ce trio avec Hk & les Saltimbanks, avec des mots qui leur vont bien : « Vous avez vaincu vos despotes avec pour seule arme votre jeunesse. »
Bien sûr qu’on rêve pour eux d’une tournée générale, qui passerait au plus près de nos vies, de nos chez-nous. Au bar d’ici comme dans la salle d’en face : « J’traverse la vie / Avec mon sac et ma guitare / J’ai des amis / Dans toutes les villes et leurs satanés comptoirs. » A faire lever comme un ferment la joie d’un possible changement. On s’y joindra.

Tournée générale, Demain, c’est quand ?, 2012, SPPF/MVS distribution. Concerts le 17 mars à L’Artiste, à Golbey (88) ; le 21 mars au Réseau, à Nancy (54), le 23 mars à La Boule noire, Paris 18e ; le 24 mars à Champagny-en Vanoise (73). Autres dates sur leur site.

14 mars 2012. Étiquettes : , , . Lancer de disque. 3 commentaires.

La boulangère de Bénabar

par Floréal Melgar*

Vendredi 13 janvier au soir, à une heure de grande écoute, était retransmise sur une chaîne de télévision du service public l’édition 2012 de ce qu’« ils » appellent « La fête de la chanson française » (notre photo). Au programme, bien sûr, tous ces artistes qu’il est permis de voir et d’entendre en permanence, tout au long des années qui passent, sur le petit écran et sur les ondes radio. Toujours les mêmes.
Car la « chanson française », c’est devenu ça : le show-biz, les paillettes, on tape dans ses mains, les bons sentiments qui dégoulinent jusque sur la zapette, on s’aime tous, on s’embrasse, le dernier jeune talent qui promet beaucoup, la preuve il chante avec un chapeau sur la tête, on reprend en chœur l’immortel succès d’un grand ancien disparu, « qui nous manque tant », précisera une présentatrice un peu « bas de plafond ». La grand-messe peut commencer. Et pour la bénédiction, on fera même venir une grande vedette vieillie qui aime tout le monde, un Aznavour ou cette pauvre Juliette Gréco, caricature d’elle-même.
Vendredi 13 janvier, pour cette prétendue fête annuelle de la chanson française, comme lors des années précédentes et celles à venir, n’ont pas été conviés Véronique Pestel, Béa Tristan, Gérard Pierron, Anne Sylvestre, Rémo Gary, François Gaillard, Melaine Favennec, Philippe Forcioli, Sarcloret, Gilbert Laffaille, Yvan Dautin, Jean-Michel Piton, Michèle Bernard, Francesca Solleville, Thomas Pitiot, Gérard Morel, Michel Bühler, Jacques Bertin, Alain Sourigues, Xavier Lacouture, Pierre Delorme, Hélène Maurice, Vincent Absil, Hélène Martin, Louis Capart, Hervé Akrich, Wladimir Anselme, Laurent Berger, Michel Arbatz, Clément Bertrand, Nicolas Bacchus, Môrice Benin, Michel Boutet, Céline Caussimon, Anne Peko, Anna Prucnal, Annick Cisaruk, Christian Camerlynck, Henri Courseaux, Christiane Courvoisier, Claire Elzière, Natacha Ezdra, Entre 2 Caisses, Eric Toulis, Bruno Daraquy, Jean Duino, Agnès Debord, Dominique Grange, Joël Favreau, Jean-Luc Debattice, Marc Havet, Michel Hermon, Bernard Joyet, Jehan, Jofroi, Jean Guidoni, Marcel Kanche, Alice Dézailes, France Léa, Romain Lemire, Nicolas Reggiani, Elizabeth, Jean-Pierre Réginal, Gilles Roucaute, Claude Semal, Gilles Servat, Bruno Ruiz, Nathalie Solence, Lou Saintagne, Valérie Mischler, Annick Roux, Jean Vasca, Laurent Viel, Zaniboni, Madame Raymonde, Coline Malice, Vanina Michel, Pascal Mary, Laurent Malot, Pierre Lebelâge, Yannick Le Nagard, Hervé Lapalud, Gérard Pitiot, Dominique Ottavi, Jeanne Garraud, Gaëlle Vigneaux, Alain Léamauff, Alain Nitchaieff, Nathalie Miravette, Louis Arti, Gildas Thomas, Coko, Alain Aurenche, Presque Oui, Rue de la Muette, Christian Paccoud, Henri Tachan, Aline Dhavré, Hervé Suhubiette, David Sire, Emmanuel Depoix, Philippe Guillard, Claude Astier, Frédéric Bobin, Paule-Andrée Cassidy, Ariane Dubillard, Mona Heftre, Jean Dubois, Grabowski, Thomasi, Olivier Trévidy, Wally… (j’en oublie beaucoup, liste à compléter par le lecteur)…
Comme Allain Leprest, qu’un crétin branché à carte de presse oublie de citer dans l’article de Libération qu’il consacre aux chanteurs disparus au cours de l’année 2011, vous n’existez pas, amis de la chanson de paroles, ou si peu…
Mais le trou dans lequel on vous enterre chaque jour un peu plus ne semble pas encore assez profond aux yeux de tous. Interrogé sur son métier pour le journal La Croix, Bénabar, chantre avant-gardiste du banal, porte-voix de la réhabilitation de l’insignifiant, de l’exaltation du dérisoire et du futile, s’est trouvé un combat urgent et d’importance à mener : « Je défends bec et ongles la chanson de divertissement. Si vous écoutez les mêmes chansons que votre boulangère, vous n’avez pas forcément échoué dans la vie. »
Et ta boulangère, Bénabar, elle a une Rolex ?

(*) Je ne saurais que vous recommander la lecture régulière du blog de Floréal, à mettre dans vos favoris. MK

(Ce billet est le 700e publié sur NosEnchanteurs)

18 janvier 2012. Étiquettes : . Floréal Melgar, Saines humeurs. 30 commentaires.

Chansons buissonnières, 16e saison

Ça fait quinze ans déjà que, dans leur coin d’Isère, dans les environs de Voiron, au nord-ouest de Grenoble, pas très loin de Chambéry, ils se démènent pour amener la chanson au plus près de chez eux, dans des petites communes, dans des salles des fêtes qui n’en demandaient sans doute pas tant. Pas celle, bien sûr, qui déferle dans les robinets audiovisuels, au bout de la télécommande, celle aseptisée, cosanguine, qui se clone à l’envi. Non, l’autre, cette chanson d’artisans qui a du mal à parvenir à nos oreilles, mêmes redressées. Celle qui prend d’autres chemins, qui musarde : la « chanson buissonnière » comme on la nomme ici avec tendresse. Celle où se nichent les Véronique Pestel et Christian Paccoud, les Michèle Bernard et Xavier Lacouture, Claudine Lebègue et Laurent Berger, Louis Capart et France Léa, Rémo Gary et Clarika, Frédéric Bobin et Allain Leprest… Ah ! Leprest, fer de lance de cette chanson-là, l’ami de Chansons buissonnières. Jacqueline Girodet, la « patronne » de Chansons buissonnières, a dû verser bien des larmes ce 15 août, quand la triste nouvelle nous est venue d’Antraigues-sur-Volane…

Anne Sylvestre, la grande dame (photo DR)

Si l’Allain fume désormais ses Gitanes par la racine, la chanson est et reste. Vivante et belle, toujours régénérée. A l’image de ce que Chansons buissonnières promeut chaque année. Les saisons se suivent et ne se ressemblent vraiment que par la passion et l’émotion. Et l’obstination de cette bande de bénévoles qui, contre vents et marées, tempêtes et bourrasques, amènent ici le forcément rare, le généreux.
Ils ont entamé le mois passé leur 16e saison. Sont ainsi déjà passés les récitals de Michel Grange et « A portée de voix », de Romain et de Michel Boutet. Restent à venir :
Fantine + Laurent Viel chante Brel le samedi 22 octobre à Saint-Etienne de Grossey ; Duo Petit Homme + Jean Vasca le samedi 26 novembre à Réaumont ; Alice Dézailes + Anne Sylvestre le samedi 28 janvier à Rives ; le duo Marionèle + Alain Sourigues le vendredi 23 mars à Voreppe ; Camel Arioui + Michel Bühler le samedi 28 avril à Chamèdes.

Renseignements et réservations à « Chansons buissonnières » 04 76 91 11 66 et 04 76 65 18 87 ou chansons38.buissonnières@wanadoo.fr Ces dates sont aussi sur le site quichantecesoir.com

11 octobre 2011. Étiquettes : . Festivals. Laisser un commentaire.

Jean Ferrat : « Chanson française et diversité culturelle »

Voici, pour ceux qui ne la connaissent pas ou ne s’en souviennent plus, une tribune libre de Jean Ferrat, en mai 2004 dans les colonnes du Monde diplomatique. Il me semble que la situation que décrit Ferrat s’est depuis encore détériorée. Et que la gauche devrait effectivement (s’il est encore temps) se pencher sur cette réalité culturelle en tous points désastreuse.

Chanson française et diversité culturelle

« Il ne s’agit pas d’un postulat : la connaissance de la chanson française que j’ai depuis plusieurs années et celle de rapports et d’études de syndicats et d’organisations professionnelles m’ont poussé aux conclusions suivantes.
Tout d’abord j’ai la conviction qu’on ne peut rien comprendre à ce qui se passe dans la chanson française si l’on ne tient pas compte avant tout de quelques données incontestables : d’après un rapport de la Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) paru fin 2002, le nombre d’interprètes français qui sont passés sur les ondes, toutes radios confondues, entre 1996 et 2000 a été divisé par quatre ! Et, pour le quart restant, voici d’après une enquête du Figaro Entreprise du 10 janvier 2003 le nombre de passages radio des cinq premiers pour l’année 2002 :
– Jean-Jacques Goldman : 37 200 passages (plus de 100 par jour) ;
– Gérald de Palmas : 28 700 passages ;
– Pascal Obispo : 14 800 passages sur un titre ;
– Johnny  Hallyday: 12 900 passages ;
– Renaud et Axelle Red : 14 800 passages sur un titre.
Dans la même période, sur les cinquante titres les plus programmés, quarante-deux ont bénéficié de campagnes publicitaires des producteurs atteignant parfois plusieurs millions (en francs).
Le nombre de titres différents diffusés est passé en quatre ans de 56 300 à 24 400, soit une diminution de 60 %. Tous ces chiffres ont une signification : ils traduisent de façon éloquente la mainmise écrasante de cinq multinationales du disque dans les domaines de la production de la diffusion et, en dernier lieu, de la distribution.

Du Gold-man jusqu'à la lie... (photos DR)

« Jamais, écrit l’Union des producteurs phonographiques indépendants (UFPI), le décalage n’a été aussi grand entre la diversité de la production phonographique et la frilosité des médias. »
Mais pour quelles raisons les radios mènent-elles cette politique ? Il y a bien sûr, en premier lieu, l’accélération des phénomènes de concentrations verticales (entente producteur-diffuseur), mais aussi une autre raison : plus les radios « matraquent » le même titre, plus elles font des « tubes ». Plus elles font des « tubes », plus elles ont d’écoute. Plus elles ont d’écoute, plus elles ont de « pub » et plus elles ont de « pub », plus elles font de profit.
C’est ainsi qu’un certain nombre d’artistes, soutenus par ces grands monopoles de production, envahissent les médias avec une telle force (et sans qu’ils soient responsables eux-mêmes de ce phénomène) qu’il n’y a plus de place pour les autres. La « libre entreprise » des marchés dans le domaine de la chanson conduit à un appauvrissement dramatique de la diversité culturelle : elle met en cause l’existence même de la liberté d’expression pour la très grande majorité des artistes français.
Mais je voudrais abandonner un instant l’univers des chiffres pour vous expliquer les motivations qui m’ont poussé, depuis deux ans, à intervenir sur ce sujet. C’est que j’ai découvert des artistes qui chantaient parfois depuis longtemps, des gens magnifiques, au talent remarquable, mais que le grand public ignore totalement car ils ne sont jamais passés régulièrement dans aucun média. J’ai déjà cité le nom de certains : Allain Leprest, Bernard Joyet, Christian Paccoud, Philippe Forcioli, Michel Arbatz, Michèle Bernard, mais il y en a des dizaines d’autres, tous pratiquant ce que j’appellerai la « Chanson de parole » – du nom du festival de Barjac – ou la chanson artisanale, tous victimes d’une injustice inacceptable.
Certains d’entre eux semblent avoir pris leur parti de cette situation. Alors ils œuvrent dans des petits lieux – cafés, restaurants, cabarets, festivals – en touchant un certain public qui les suit, mais qui, le plus souvent, ne leur permet pas de vivre dans des conditions acceptables, sans parler de la frustration éprouvée devant ce manque de reconnaissance.
Il leur arrive aussi d’être dans l’obligation de « passer le chapeau », retrouvant ainsi, dans les conditions d’exercice de leur métier, la situation du XIXe siècle ! Nous nous étions pourtant battus, avec mes amis du Syndicat français des auteurs, pendant des années, pour que les cachets minimaux, en particulier dans les médias, soient appliqués sans contestation. Il paraît qu’aujourd’hui, lorsqu’un artiste est assez téméraire pour oser demander la même chose, on le regarde comme s’il proférait des injures !
De cette situation il résulte que la nouvelle réglementation visant les intermittents est particulièrement injuste, car elle touche en premier les plus défavorisés d’entre eux. Il est juste de mentionner aussi que, même dans ces conditions, un certain nombre d’artistes arrivent malgré tout à atteindre une grande notoriété (souvent provisoire). Des exceptions qui confirment la règle.
Depuis deux ans, je suis donc intervenu à plusieurs reprises dans les médias pour alerter les responsables. L’ancien ministre de la culture, M. Jean-Jacques Aillagon, m’écrivait en mars 2003 : « Cette situation me préoccupe autant que vous. J’ai, à cet effet, engagé l’élaboration d’un code de bonne conduite entre les radios et les producteurs privés et la mise en place d’un observatoire de la diversité musicale… »
A l’heure actuelle, cet « observatoire » doit toujours être en train d’ »observer », car j’attends encore le résultat de ces « observations ». Quant au « code de bonne conduite », il paraît que, sous l’égide du ministère de la culture, un projet d’accord – qui officialiserait la chose – aurait été rédigé, provoquant les réactions immédiates du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC) et de l’Union nationale des auteurs et des compositeurs (UNAC) : « Nous sommes particulièrement choqués qu’un tel accord puisse être signé, entérinant ainsi des pratiques commerciales… que nous contestons absolument. » Il est significatif qu’aucun représentant des artistes, auteurs et interprètes ne participait à ces réunions. Et l’on en comprend les raisons puisqu’il s’agit du phénomène gravissime des ententes verticales entre les grandes industries de production de disques alliées à celles de la communication qui seraient autorisées et porteraient ainsi un coup mortel à la diversité culturelle !
Je n’entrerai pas ici dans le détail des mesures possibles pour remédier à la situation présente. Il en existe de nombreuses, proposées par les organisations professionnelles. Personnellement, je suis persuadé que les législateurs ou leurs représentants sont seuls capables d’établir les réglementations nécessaires pour assurer le pluralisme indispensable à l’exercice de notre démocratie.
Il y a eu à Paris, du 2 au 4 février 2003, une rencontre capitale de cent organisations culturelles internationales sur la nécessité de reconnaître la notion de diversité culturelle en France, mais aussi en Europe et dans tous les autres pays. Cette réunion fera date, car elle a montré que, sur le plan mondial, les professionnels réagissaient de manière très forte. Un comité de suivi a été mis en place, les réponses du ministre français de la culture et du président de la République, M. Jacques Chirac, ont été sans équivoque, totalement favorables à l’établissement, sur le plan légal international, d’une reconnaissance de cette diversité culturelle. C’est ainsi qu’à l’automne 2003 l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) s’est emparée du problème afin d’établir un texte qui, face aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), pourrait servir de base légale. Il est réconfortant de voir cette mobilisation des gens de culture pour affirmer que les produits culturels ne sont pas que des marchandises et que la diversité culturelle est un des points fondamentaux des droits humains et de la liberté.
Encore faut-il qu’en France les pouvoirs publics prennent les mesures indispensables pour la rendre possible. Non seulement dans le domaine de la chanson mais aussi dans toute l’étendue du champ culturel. Et c’est là que se posent les questions fondamentales. Quelle est la volonté du ministre de la culture et de l’Etat de mettre un frein à l’appétit dévorant d’une poignée de sociétés multinationales des industries culturelles et de la communication ? Ne nous trouvons-nous pas devant une crise idéologique majeure entre la soumission ou la résistance au marché ? Donc politique.
Je crains qu’à l’heure actuelle la soumission soit plutôt de mise, réduisant à néant les intentions affirmées par nos dirigeants. Je suis persuadé qu’il appartient à la gauche de s’emparer de cette question et d’en faire un point phare de son programme futur. »
Jean Ferrat

10 juillet 2011. Étiquettes : . Saines humeurs. 2 commentaires.

Le (grand) Festival des fromages de chèvres 2011

L'étonnant festival de Christian Paccoud (photo DR)

C’est un festival vraiment pas comme les autres. D’abord parce, même sans moyens, sans subventions, il est totalement gratuit, total don de soi (en fait, on donne ce qu’on veut, ce qu’on peut). Et sans vedettes. Il se veut « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et pour d’autres raisons que ceux qui l’ont ». Sa programmation est copieuse mais nous n’en connaissons pas le détail : si tel ou tel artiste nous intéresse plus que d’autres, ce sera au petit bonheur la chance car personne ne connaît ni ne connaîtra les horaires de passage. Les connaisseurs (ceux qui furent là aux deux précédentes éditions) auront bien sûr reconnu ce festival en tous points singulier : c’est le Festival des fromages de chèvres, à Coursieu, dans le Rhône. Le boss en est Christian Paccoud, celui de l’Avenue du dragon et d’Anarchie ma blanche ; ce festival est à son image : généreux. C’est un festival pluridisciplinaire même si la part belle est faite à la chanson que côtoient la musique, le théâtre et la poésie. Le cinéma aussi. Les enfants y ont leur propre programmation : ce sera Le Coin des chevrettes, fait de cirque, chanson, jeux et autres animations. C’est avant tout un lieu de rencontre, de convivialité, là où, entre deux verres et trois merguez, peut fermenter l’envie de luttes présentes et futures.
La programmation est faite d’artistes professionnels et de troupes de théâtre de réinsertion : Dorine Brun, Fabienne Dubois, Le Bateau théâtre, Katel, Mon Côté punk, Suzy Clous, Le Gros Cœur de la Compagnie Parler-Debout, Pierre Henri (humour), Les Temps mêlés (dans la pièce « Témoignage d’une machine à écrire »), François Orange, « Brassens au bord de l’eau », « Les apéros des libertés », François Lemonnier, « La Dernière mesure » de Christian Paccoud, « Le p’tit monde » d’Armelle Dumoulin, Les « Sans théâtre du fil », Les Magnifiques, Les z’Armuses, Les Sœurs Sisters, Karen et Gil, Le Théâtre des individus (dans la pièce « Deux petites dames vers le nord »), Tournée générale. Par ailleurs, les artistes présents présenteront, en fin de festival un spectacle, « Dealer de mots », qu’ils auront travaillé durant toute le durée du festival avec le concours d’amateurs.

Du 20 au 24 juillet 2011 à l’Auberge de la Buissonnière à Courzieu (69). Le site du festival.

14 juin 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Festivals. 1 commentaire.

Il y a dix ans… le Forum Léo-Ferré

Léo (photo DR)

Un article de Floréal, que je remercie de tout coeur

C’est, en vérité, une longue histoire… Au début, au tout début, il y eut tous ces galas de soutien à la Fédération anarchiste et à son journal, « Le Monde libertaire », où s’illustreront très souvent, bien sûr, Georges Brassens et, plus encore, Léo Ferré. Il n’est que de consulter les archives de ce journal pour se rendre compte de l’extrême richesse des programmations offertes en ces temps-là et dont Suzy Chevet, militante du groupe montmartrois Louise-Michel, fut la grande organisatrice. On y retrouve les noms d’artistes devenus familiers : Barbara, Jacques Brel, Jean Yanne, Marc Ogeret, Francesca Solleville, Marie-Paule Belle, Les Quatre Barbus, Jean-Marc Tennberg, Hélène Martin, Graeme Allwright, Jehan Jonas, Jacques Debronckart, Monique Morelli, Jean-Roger Caussimon, beaucoup d’autres encore. Puis, à partir de 1981, auront lieu les galas de soutien à Radio-Libertaire, station qui bénéficiera d’une énorme sympathie de la part du monde artistique, en particulier celui de la chanson non crétinisante, déjà très nettement marginalisée sur les grandes ondes et à la télévision de l’époque, et que Radio-Libertaire, dans les premières années de son existence, diffusera et défendra avec conviction. A la longue liste de leurs aînés venus soutenir la presse libertaire, dès le début des années 50, viendront alors s’ajouter les noms de ceux qui apporteront leur aide à cette radio, en venant chanter gracieusement pour elle ou en manifestant leur soutien par écrit. En voici une liste, non exhaustive : Louis Capart, Alain Aurenche, Jean-Luc Debattice, Font et Val, Serge Utge-Royo, Hedris Londo, Gérard Pierron, Bernard Meulien, Vania, Jacques Florencie, Marc Robine, Lény Escudero, Maurice Fanon, Jean Guidoni, Catherine Ribeiro, Jean Sommer, Guy Bontempelli, Xavier Lacouture, Michel Bühler, Mama Béa, Gilles Elbaz, Christian Dente, Pierre Louki, Francis Lemarque, Bernard Haillant, Gilles Langoureau, Colette Magny, Serge Reggiani, Jean-Pierre Réginal, Alain Souchon, Cora Vaucaire, Pierre Vassiliu, Catherine Sauvage, Renaud, Henri Tachan, Joan-Pau Verdier, Anne Vanderlove, Jean Vasca, Marie-Josée Vilar, Paul Castanier, Nino Ferrer, Christian Camerlynck, Paco Ibanez, Gilbert Laffaille, etc. Et toujours… Léo Ferré. Le 14 juillet 1993, Léo Ferré meurt. Alain Aurenche, qui fut son ami, et lui-même auteur-compositeur-interprète, décide alors de lui rendre hommage, à l’occasion du premier anniversaire de sa disparition, en invitant des artistes à venir interpréter bénévolement, sur la scène du Trianon, à Paris, des chansons du poète disparu. Louis Capart, Fabienne Elkoubi, Jean-Louis Blaire, Catherine Ribeiro, Jean-Luc Debattice et Paco Ibanez répondront à cet appel en ce 14 juillet 1994. Le succès remporté par cette initiative décida Alain Aurenche à récidiver l’année suivante. Toutefois, devant les difficultés à faire face à l’organisation d’une telle manifestation artistique, il eut l’idée de s’entourer d’une poignée d’amis et de créer pour cela une association, chargée précisément de mettre sur pied cette rencontre annuelle. C’est ainsi que Thank you Ferré vit le jour. Ses membres, tous liés par un amour commun pour la chanson vivante, à cette époque déjà largement ignorée des médias officiels, répétons-le, furent pour la plupart recrutés parmi l’équipe de militants et de sympathisants anarchistes qui eut en charge, quelques années plus tôt, la gestion du théâtre Déjazet, rebaptisé alors Théâtre libertaire de Paris, de février 1986 à juillet 1992, ainsi que par des amis proches ayant, en septembre 1981, participé à la création, en région parisienne, de Radio-Libertaire. On y trouvait Joël-Jacky Julien, Geneviève Métivet, dite Dame Guenièvre, Hervé Trinquier, Nicolas Choquet, Patrick Kipper, Corinne Rousseau, Serge Livrozet et moi-même… auxquels d’autres viendront se joindre au fil des ans. Dès lors, le succès de ce rendez-vous estival ne faiblira pas, et un public fidèle et grandissant aura pu apprécier, au long des dix années d’existence de ce traditionnel gala, les prestations des Vincent Absil, Djamel Allam, Eve Griliquez, Wladimir Anselme, Allain Leprest, Serge Utge-Royo, Dominique Ottavi, Philippe Val, Faton Cahen, Lulu Borgia, Bruno Devoldère, Josette Kalifa, Hedris Londo, Christian Paccoud, Gilles Servat, Cora Vaucaire, Eddy Schaff, Bernard Haillant, Clara Finster, Sapho, Joan-Pau Verdier, Mouron, Claude Piéplu, Marie-José Vilar, Guy Béart, Nicolas Reggiani, Michèle Atlani, Hiroko Tomobe, Sabine Viret, David Légitimus, Céline Caussimon, Christiane Courvoisier, Jean-Pierre Réginal, Dimitri Bogdis, Nathalie Fortin, Frédérique, Keico Wakabayashi, Pierre Barouh, Ivry Gitlis, Miquel Pujado, Nathalie Solence, Marc Ogeret, Annick Cisaruk, Francesca Solleville, Benjamin Legrand, Michel Legrand, Zaniboni, Bernard Joyet, Christophe Brillaud, Anne Peko, Chris, Bruno Lapassatet, Christophe Bonzon, Jean-Jacques Debout, Casse-Pipe, Kent, Jean Guidoni, Georges Moustaki, Hamou Cheheb, Michel Bühler, Christian Camerlynck. Forts des liens tissés au fil des ans auprès de tous ces artistes, au cours des premières années d’existence de Radio-Libertaire d’abord, de l’expérience vécue au T.L.P.-Déjazet ensuite, de la tenue du gala annuel du 14 juillet enfin, des membres de l’assoction Thank you Ferré souhaitèrent alors œuvrer  davantage, dans ce domaine particulier de la chanson vivante, qu’à l’occasion d’une unique rencontre artistique annuelle. Ils se fixèrent alors pour but d’ouvrir une salle de spectacle, dont Thank you Ferré serait propriétaire afin de pouvoir œuvrer librement en matière de programmation et de gestion. Quelques expériences précédentes, en des lieux pas toujours confortables pour les artistes ou le public, avaient en effet montré leurs limites, les gestionnaires se heurtant parfois aux caprices ou volontés fluctuantes des propriétaires desdits lieux. Joël-Jacky Julien, principal porteur de ce projet, mit la même obstination à le voir réaliser qu’il en avait mis en 1981, avec quelques amis tenaces, à créer Radio-Libertaire. La cherté des locaux parisiens obligea les porteurs du projet à se rabattre sur la proche banlieue. C’est ainsi que fut découvert l’espace tout de béton qui, après travaux, allait devenir cet incontournable lieu de résistance à la crétinisation orchestrée par les médias et le show-biz réunis. Et la ténacité de son principal fondateur aura permis que le Forum Léo-Ferré ouvre ses portes le 7 mai 2001. Les semaines précédentes avaient vu s’affairer autour d’Alain Aurenche, maître d’œuvre, des bricoleurs authentiques ou improvisés qui réussirent à transformer un local nu et froid en une salle de spectacle chaleureuse, accueillante et opérationnelle. Les débuts d’existence furent néanmoins difficiles, car son « inventeur », Joël-Jacky Julien, très malade, décédait cinq mois après son ouverture. Cette disparition devait lui porter un coup très dur, mais très vite, fort heureusement, l’arrivée de nouveaux bénévoles (autour de l’équipe de base, une bonne quarantaine se seront succédé au fil du temps) allait permettre de sauvegarder ce lieu indispensable à la chanson de parole.

Jean-Michel Piton au Forum Léo-Ferré (photo DR)

(suite…)

13 avril 2011. Étiquettes : , . Divers, Les événements. 2 commentaires.

Le monde est fou !

 

(photo DR)

 

Ainsi donc le fameux trader Jérôme Kerviel vient d’être condamné. Cinq ans de prison dont trois fermes. Je ne plaindrai jamais un trader déchu, fut-il bouc émissaire d’un système vérolé. Lui reste aussi à payer une somme que je n’arrive même pas à calculer : près de cinq milliards d’euros. Il lui faudra verser son salaire actuel de 2300 euros, en intégralité, durant 177 536 années, une paille, pour s’en acquitter. Juste deux questions de l’éternel étonné, du candide que je suis : d’abord comment fera-t-il pour bouffer durant tout ce temps d’éternité s’il ne lui reste rien ? Et pis, retournera-t-il en prison s’il n’arrive pas à honorer ses dernières mensualités ? Le monde est fou qui ne peut nous rassurer. Pas de pitié certes pour ce prédateur qui, en ce monde de pourtant total libéralisme, a commis l’imprudence de se faire chopper. Mais l’absurdité d’un tel jugement et le total blanchiment du Lyonnais n’augurent rien de bon dans ce monde fou, fou.

Connaissez-vous Christian Paccoud ? Les habitués de ce blog, oui. Paccoud nous chante ce monde-là, pas celui bordé de fric, non, mais de ses dommages collatéraux : de l’humain qui fouille les poubelles du capitalisme pour simplement pouvoir bouffer. Paccoud chante un monde grouillant d’humanité, de sincérité, à l’extrême opposé de cette société que les trader symbolisent, eux et les présidents bling-bling, les tueurs de France-Télécom, les liquidateurs d’entreprises et tous ces vampires, de pire en pire… Ça vaut le coup de poser sur sa platine un disque de Paccoud pour se prendre un bol d’air, de bon sens. Pour simplement respirer.

« Moi c’est Franck, viré de la Lyonnaise
J’alignais des zéros sur des comptes truqués
Mais j’ai jamais su monter les mayonnaises
Et depuis je vais pointe dans la cage d’escalier
Crache le feu, l’amour et dis ton nom
Qu’on l’entende Avenue du Dragon »
Avenue du Dragon, Christian Paccoud

« L’argent c’est comme les prix, ça monte
Mais l’or c’est pire et les convives
S’installent à la table des comptes
Est-ce ainsi qu’il nous fallait vivre ? »
On avait de l’or, Christian Paccoud

« Et l’on s’entretue à coups
De poignards dans le cou
Ou même en se jetant tout
En haut d’une falaise
Où tu t’écrases au fond d’un trou
Le monde est fou
Poil au cou
Le monde est fou
Dans ce monde fou pousse des clous »
Le Monde est fou, Karen Taé-Christian Paccoud

Le site de Christian Paccoud, c’est là. On lira aussi les articles sur Paccoud de NosEnchanteurs : c’est ici.

6 octobre 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

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