Gaston Couté, le 28 juin 1911…

Gaston Couté, 1880-1911

Il y a pile cent ans aujourd’hui, le 28 juin 1911, qu’au terme d’une courte vie désordonnée, tourmentée, miséreuse, mourrait le chansonnier Gaston Couté, à l’hôpital Lariboisière, à Paris. Mort d’une « vie qui lui a valu la gêne, les longues journées sans pain, quelquefois sans gîte ; tout le cortège lamentable des privations, de souffrance dont s’accompagne la bohème, cette bohème qu’on chérit, qu’on glorifie et dont on crève (1). »
Pas de date de péremption pour ce poète-paysan, cet anar du verbe : l’œuvre, à la fois intemporelle et d’une folle actualité, que nous laisse Couté ne cesse de se requinquer au fil des ans, de se diffuser parmi nous, de devenir populaire au sens de populeux, même si les vieux ch’nocs d’Académie ont définitivement fait le deuil de ce poète-là : lui leur survivra, et de loin.

« Et si le pauvre est imbécile
C’est d’avoir trop lu l’Evangile ;
Le fait est que si Jésus-Christ
Revenait, aujour d’aujord’hui,
Répéter cheu nous, dans la lande
Ousque ça sent bon la lavande
Ce que dans le temps il a dit,
Pas mal de gens dirin de lui :
« C’est un gâs qu’a perdu l’esprit !… » »

Gaston Couté, « Le gâs qu’a perdu l’esprit » (extrait)

(1)    Victor Méric, in « La Guerre sociale », novembre 1911.

On lira mon article « Gaston Couté, le chardon de la chanson française » sur le site Les Influences

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28 juin 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 2 commentaires.

2011, l’année Gaston Couté

Voici donc 2011, sans doute semblable à la précédente quant aux probables catastrophes climatiques et sociales que seul l’ultra-libéralisme sait aussi bien mettre en scène. Nous la vivrons avec agacement dans l’attente de 2012 et de ses urnes fiévreuses. Au chapitre des coups tordus à venir, il nous faudra d’abord supporter un nouvel album de Carla Bruni, forcément magnifique, qui à lui seul résoudra la crise du disque. Le reste de la chanson – la vraie – vivra sa vie underground bien à l’abri des médias. NosEnchanteurs s’en fera fidèlement l’écho.
2011 est, le savez-vous, l’année du centenaire de la mort du poète paysan et anarchiste Gaston Couté, un de la Beauce qui s’en est allé vivre sa vie d’artiste dans les bouges parisiens, un qui n’a cependant pas connu la Star Ac’ et n’aurait sans doute pas été invité par Drucker ni par Nagui si Sainte-télé était alors née. Pour débuter l’année, voici un poème de Couté, La Complainte des trois roses (merveilleusement musiqué par l’ami Gérard Pierron). Quitte à le célébrer, fasse que Gaston Couté soit souvent là cette année et, par lui, un peu de ce bon sens qui lui fut quotidien : ça ferait du bien.

Complainte des trois roses

"J’ai troués ros’s, mais j’en veux pus qu’ça"

Ah ! quand j’avais vingt ans sounnés,
Ah ! quand j’avais vingt ans sounnés,
Margot s’en allait vouér ses boeufs
Avec eun’ ros’ roug’ dans les ch’veux
A’ m’ l’a dounné
Viv’nt les fill’s dont j’ suis l’amoureux !
J’ai eun’ rose, et j’en aurai deux !

Paf ! quand qu’ j’étais cor’ ben rablé,
Paf ! quand qu’ j’étais cor’ ben rablé,
J’ai vu la garce au pér’ Françoué’s
Qu’avait eun’ ros’ blanch’ dans les doué’ts
Et j’y a’ volée !
Viv’nt les fill’s qui s’ fleuriss’nt pour moué !
J’ai deux ros’s, et j’en aurai troués !

Bah ! quand j’sés dev’nu ben renté,
Bah ! quand j’sés dev’nu ben renté,
Catin est v’nu m’ chatouiller l’ nez
Avec eun’ rose au coeur fané !
Et j’ la ach’tée !
Viv’nt les fill’s qui vend’nt ces ros’s-là !
J’ai troués ros’s, mais j’en veux pus qu’ça

Las ! me v’là vieux, me v’là ruiné,
Las ! me v’là vieux, me v’là ruiné,
Y a pus d’ ros’s roug’s à l’âge que j’ai
Des blanches ? Foli ! Faut pus songer
Mém’ aux fanées
Viv’nt les fill’s qui m’aimeront pus !
Moué, j’ai troués ros’s et j’meurs dessus

Gaston Coûté 1880 – 1911

Pour en savoir beaucoup plus sur Couté, on va sur le site Gaston-Couté

1 janvier 2011. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Gaston Couté, rue de l’éternité

On célèbrera, en juin de l’an prochain, le centième anniversaire de la mort de Gaston Couté, cet anarchiste venu de Beauce hanter les lieux mal famés de la Capitale, ses bouges comme ses cabarets. Si certains poètes, au lendemain de leur dernier souffle, se sont vite réfugiés dans les anthologies qui de prose qui de vers qui des deux, lui est resté à la porte de la facile renommée. Le purgatoire de la poésie pour lui et ses vers mal décrottés, paysans, patoisants, pas même en vrai français de comme on cause dans les salons littéraires. Psstt ! un poète du peuple, un révolutionnaire, un Gavroche de la rime ! Petit à petit, comme les cailloux dans la terre, le talent remonte, germe et fleurit. Des gens redécouvrent Gaston Couté. Que du reste les sociétés anarchistes n’avaient pas vraiment oublié. Des artistes se sont mis Couté en bouche. Des diseurs. Même des chanteurs, Piaf en tête. A la fin des années soixante, Couté était comme passage obligé pour les chanteurs rimailleurs autour de la place de la Contrescarpe, quartier Mouffetard. Lavilliers en a même gardé des textes qu’il dit encore parfois sur scène. Années soixante-dix, les éditions Le Vent du ch’min éditent tout Couté pendant que Bernard Meulien et Gérard Pierron font miel de Couté. Eux puis des tas d’artistes comme Marc Robine, Monique Morelli, Bruno Daraquy, Claude Antonini, Le P’tit crème, Loïc Lantoine, Laurent Berger, Gabriel Yacoub, Rémo Gary et bien d’autres encore. Couté est l’émotion même. Cent ans après, ses textes gardent en eux la même fraîcheur, l’honnêteté de mots pas négociés, toujours d’une ardente actualité. Certes, il y a encore du chemin à faire pour qu’on cite Couté comme on dirait du Baudelaire ou de l’Hugo. Ça vient… Mais pas à la Générale des eaux, semble-t-il. Témoin cette missive expédiée en septembre 2009 à Monsieur Gaston Couté, 55 rue de l’éternité (sic), 42000 Saint-Étienne : « Vous n’êtes plus couvert pour les urgences sur votre canalisation d’eau ! » Gaston Couté siégeant rue de l’éternité, ça fait plaisir à dire et c’est prémonitoire. Quant à l’eau, sans être tout à fait historien, il me semble que n’est sans doute pas ce liquide-là qui a coûté la vie à Couté, mais le mauvais vin, l’absinthe, la tuberculose et une vie dissolue…

Un site sur Gaston Couté…

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22 avril 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

Bruno Daraquy, pcc François Villon

Bruno Daraquy (photos Joanna Mouly)

« Frères humains qui après nous vivez / N’ayez les cœurs contre nous endurcis / Car, se pitié de nous pauvres avez / Dieu en aura plus tost de vous merciz / Vous nous voyez cy attachez cinq, six / Quant de la chair, que trop avons nourrie / Elle est pieça devoree et pourrie / Et nous les os, devenons cendre et pouldre / De nostre mal personne ne s’en rie / Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre ! » François Villon est en prison, dans l’attente de son exécution. Il ne sait pas qu’il échappera à la mort pour le bannissement… C’est là qu’il écrit cette Ballade des pendus

Théâtre libre, à Saint-Etienne, en ce 27 avril 2012. Ce n’est pas encore le spectacle qu’ils comptent réaliser. Qui du reste n’est pas encore tout à fait écrit, la mise en scène pas encore choisie, ni les décors dessinés. Mais c’est ainsi qu’il débutera, en cette geôle, dans l’ombre angoissante du gibet, confrontation entre Villon et Villon, retours sur une vie d’aventures et de poésie, de misère et de débauche. C’est la mise en appétit d’une grosse production qui viendra… Ce soir, Bruno Daraquy s’essaye pour la première fois aux habits et aux mots de François Villon.  Chemise de drap grossier, la chevelure ébouriffée, le visage mordu, émacié, aux jolies et expressives rides trop vite venues, les yeux exorbités, le geste vif, gracieux, tel est Daraquy, tel était sans doute Villon. Que nous suivons quand, avant de trépasser, il se remémore les événements, les coups d’éclats, la vie qui trop tôt se dérobe. Et ces femmes, Jeanne et Jeannette, pucelles comme putains : « Il n’est délice que foutre en cul ! » Que connaît-on de François Villon ? Deux textes remarquables, guère d’autres. Cette Ballade des pendus qu’il écrit dans sa cellule et que Daraquy vient de chanter à l’orée de son récital. Et cette Ballade des dames du temps jadis qu’il a la sagesse de ne point interpréter pour ne pas convoquer abusivement la mémoire de Brassens. Simplement le dire. Et de quelle façon !

Car Daraquy est bien plus qu’un interprète. Il incarne Villon comme naguère il le fit, et pour longtemps encore, avec Gaston Couté. Et c’est troublant, émouvant comme rarement. Villon il est, et se chante, même si l’essentiel des chansons n’est pas de lui (avec tout de même cinq originaux du maitre !), mais du créateur de ce spectacle, Jean-Pierre Joblin (qui, sur un titre, ose entremêler sa plume avec celle de Villon). Troublant, probant, épatant, nul ne saura mieux que lui incarner l’infortune de ce poète moyenâgeux, ce lettré des gueux. Filles sans cœur qu’on honore tristement, gens d’armes, bourgeois et notaires, larcins… parfois on se dit que Villon s’est un jour réincarné en Brel. Le verbe est haut, la verbe est cru mais raffiné dans l’agencement, efficace dans l’évocation. Intemporel vraiment, et porté par des musiques qui se rencontrent, se fécondent à travers les âges, admirablement servies par Laurent Bezert à la guitare et Thomas Garrigou à la basse et batterie.

Et donc Daraquy, qui a la grâce et le grotesque d’une peinture de Bruegel, qui embrase tout, les embrasse toutes, diable d’homme qui, à l’évidence, a rencontré en Villon son double.

On écoute un peu de ce spectacle ici.

29 avril 2012. Étiquettes : , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Se rendant à Randan (la route aux quatre chansons)

Rémo Gary, Michel Bülher, Isabelle Aubret, Charles Dumont, Michèle Bernard et Yves-Ferdinand Bouvier (photo Roland Moulin /La Montagne).

Dimanche des Rameaux. Les vieux marchent à pas précautionneux mais décidés vers l’église, tous avec leur bouquet dans la main, plus qu’il ne leur en faut, largement de quoi se protéger dans un futur indécis. Le parking est à guichets fermés. Il est tôt ce dimanche mais la petite commune de Randan vit sa foi en une rare communion. En face, la salle de l’ancien marché ne s’est pas encore réveillée. Se fêtent ici tant le livre que la chanson, le livre de chanson. Les artistes sont lève-tard. Hier au soir, une partie d’entre eux sont allé se produire à La Capitainerie, très belle salle dans la petite commune de Joze. Michel Bühler, Rémo Gary, Sabine Drabowitch, Anne Sylvestre et Michèle Bernard (ainsi que Nathalie Fortin et Arnaud Lauras, le commandant de cette capitainerie, au piano) ont donné le meilleur d’eux-mêmes et c’est peu de le dire. Puis le grand repas, d’un raffinement exquis…

Michèle Bernard et Ane Barrier (photo Laurent Balandras)

Ils auront du mal d’être à l’heure ce matin. Edda, en bonne organisatrice en chef, est la première arrivée, à ouvrir la salle. A la réveiller, à préparer le café. Leny Escudéro est à l’heure, prêt à jouer du stylo et dédicacer disques et livres. Ses livres ? Deux recueils de ses chansons, parus chez Christian-Pirot éditeur. Pirot était un fidèle de La Chanson des livres de Randan, avec chaque fois son étal de livres pas comme les autres, fait avec l’amour de la chanson, avec l’amour du livre, du vrai, dont l’encre et le papier se hument longtemps, pages qu’on palpe, qu’on tourne avec précaution et respect. Pirot est mort et tous ses bouquins sont passés au pilon, sans autre forme de procès. Ne reste qu’un site désespérément figé dans un flamboyant passé.

"C'était tout c'qu'elle avait, pauvrette, comme coussin" (photo Serge Féchet)

Hormis Lény, les deux vedettes de cette dixième édition sont sans conteste Isabelle Aubret et Charles Dumont, les deux seuls d’ailleurs à s’affranchir de la vie de groupe, de cette confraternité d’artistes, englués dans leur statut, dans leur image, dans une grande solitude qui contraste tant avec cette foule d’admirateurs qui attendent leur précieuse et sainte dédicace. Dumont qui ne regrette toujours rien, Aubret pour qui c’est toujours beau la vie, sont stars pour deux jours. Il y a là, outre les artistes déjà cités, l’ami Bertin qui fait le Jacques, très pince sans rire d’un humour fou. A ses côtés, Ane Barrier, la veuve au Ricet, qui prolonge la fidélité de son mari à cette fête, toujours présent, sans jamais le moindre mot d’excuse. C’est pas demain que le souvenir du Ricet s’estompera… Il y a aussi Kitty, la veuve au Bécaud, le dessinateur José Corréa, Bruno Théol… Et Jean Dufour, un grand personnage de la chanson s’il en est, un type bon comme le bon pain, un mec bien. Lui, Laurent Balandras, Yves-Ferdinand Bouvier… Patrick Piquet aussi, pour « Le temps d’amour », très beau livre-disque sur Gaston Couté, concocté avec l’ami Pierron il va de soi. Et Kemper, votre serviteur, qui toute la matinée dessine les poissons du premier avril et les colle dans le dos de ses copains. Qu’ils sont beaux Dufour et Escudéro avec leurs poissons ! Isabelle Aubret, elle, se colle le poisson entre ses seins : « C’était tout s’qu’elle avait, pauvrette, comme coussin. » Blagues, rires, ambiance bon enfant et, de temps à autres, un bouquin vendu, une belle dédicace, la fortune qui vient.

Yves Vessiere et Jacques Bertin (au fond, Coline Malice). Photo Christian Valmory©Vinyl

L’après-midi sera rude. Un public nettement plus important, certes, mais aussi la difficile digestion. Du festin de la veille et du cochon de lait de ce midi. Mais cochon qui s’en dédit, nous sommes les forçats de la dédicace. Seule Ane ma sœur Ane, en habituée des lieux, avait prédit le coup, qui dédicace les disques de son défunt mari par l’empreinte de la signature du Ricet qu’elle poinçonne sur le livret. On se rue sur les stars. Franchement, Charles Dumont ne regrette pas d’être venu. Même les fanzines se targuent de leur nouvelle notoriété : « Le Club des années 60 », « Je chante », « Vinyl », que du beau et du solide d’ailleurs, du testé, de l’éprouvé. Mais des chansons qui ne savent que rester dans les livres, c’est un peu triste. Fortiche, la Fortin sort son petit piano autour duquel s’agglutinent nos amis chanteurs : les Sylvestre et Bühler, les Bertin et Bernard, Coline Malice et Sabine Drabowitch, Yves Vessière, Kandid, Rémo Gary… Pas les stakhanovistes de la dédicace, non, qui eux signent à tour de bras, à s’en fouler le poignet.

Leny Escudero, autre chouette type (Photo Christian Valmory©Vinyl)

Belle journée vraiment, belle fête. C’est trop beau, c’est trop bien, on reviendra, Edda. D’ici là, Dumont aura pondu son troisième tome, qu’il ne regrettera toujours pas.

2 avril 2012. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , . Festivals. 7 commentaires.

Loïc Lantoine : « J’ai toujours forcément des petites bêtises en tête »

Le nouvel album de Loïc Lantoine était semble-t-il prévu pour cet automne : il faudra attendre 2012 pour le savourer. L’entretien qui suit remonte à début avril 2011, lors du festival « Des chansons, pas des poissons ! » d’Annonay, en Ardèche. La version intégrale a été alors publiée dans le webzine Le Thou’Chant.

Résumons : au début c’était de la « chanson pas chantée », ça a un peu changé…
Oui, forcément… De toute façon, on s’est fait piégés nous-mêmes parce que c’est une blague cette histoire de « chanson pas chantée » : c’était de la chanson, comment dire… bricolée ! On s’est amusés avec ça, à poser des mots sur une esthétique, et on s’est fait un peu dépassés par le truc. On croyait maîtriser alors qu’on ne maîtrisait rien du tout. On faisait avec les moyens du bord. Quand on a enregistré le premier album, on s’est amusé à dire ça, cette « chanson pas chantée », mais c’est pas un étendard et si, aujourd’hui, j’ai la possibilité de ne pas me faire jeter des cailloux par les gens quand je chante un peu plus, c’est que le temps a passé, que j’ai appris mon boulot. J’ai toujours eu envie d’aller vers ça. C’est bizarre. J’étais peut-être trop amoureux des chanteurs avant de faire chanteur pour pas avoir ce sentiment d’être rentré dedans à coups de boules. C’est pas un hold-up, cette histoire-là ; au bout de douze ans, on ne peut plus parler de bluff, mais y’a toujours ce petit truc où je ne suis pas bien sûr de moi.
Hier, durant le spectacle, peut-être parce que c’était la deuxième ou troisième chanson qui se situait dans un bar, je t’ai vraiment vu là au croisement de Couté, de Dimey et de Leprest…
Ce ne sont que des belles références, alors je ne sais pas quoi dire… Tu sais bien, on a des références communes. Ce sont des références fortes. Dimey c’est ma découverte de la chanson, dans un petit bistrot à Wasem, à Lille, avec des gens qui animent des bistrots et m’ont fait découvrir la chanson. Gaston Couté, lui, c’est important pour moi, parce que Gérard Pierron, le père de François et repreneur de Couté, c’est aussi lui qui a mis le pied à l’étrier d’Allain Leprest, qui est pour moi la référence ultime. Allain, c’est le mec qui m’a poussé à faire ce boulot-là, alors que je faisais le zouave.
Tu écris comment, toi ?
Maintenant, de plus en plus, j’écris quand il faut. Quand on est un peu fatigué des chansons qu’on a, on s’y remet, avec grand plaisir. Mais je ne suis pas du genre à me soulager par l’écriture. J’ai eu un grand plaisir d’écriture au tout début, quand j’ai découvert ce truc-là, mais mon métier je le situe avec la musique et sur scène, vraiment dans le spectacle. Quand il faut je m’y remets ! A ce moment-là, j’ai toujours forcément des petites bêtises en tête, et les copains des petites musiques en partance. Et pis on fracasse un peu tout ça. Le seul truc qui est sûr, c’est que c’est toujours guidé par l’émotion. Ce ne sont pas les thèmes qui m’intéressent le plus : avant de démarrer une séance d’écriture, je suis guidé par une émotion. Je ne sais pas ce qu’elle veut dire. Pour moi il faut qu’elle soit intacte, une fois qu’il y a un point final à ça. Peut importe ce qu’elle raconte. L’idée, c’est qu’une fois que je relie le papier, l’émotion qui m’a guidé là est toujours là. Si je la retrouve, je présente aux copains et on en fait quelque chose. C’est un thermomètre pour voir si c’est digne d’être présenté aux gens qui viennent nous voir, il faut, avant de le mettre encore plus en chantier, que cette émotion soit toujours là.
Comment as-tu vu évoluer la chanson, depuis 12 ans que tu y es ?
J’y suis arrivé dans une période assez favorable. La chanson des années 80 c’était quand même pas franchement… on était ringardisé ! On est arrivé dans les années 90 avec un goût des jeunes pour la chanson. On a démarré, on était une bande zouave ; on s’est tenu ensemble, on s’est filé des plans, y’avait une putain de vraie solidarité avec des gens qui se lançaient là-dedans ! On a bien rigolé. Aujourd’hui j’ai parfois l’impression que y’a d’la resucée sur ce qui a pu se passer il y a quinze ans : rien que d’entendre le nombre de gens qui ressentent la nécessité d’aller sur le rock’n’roll ou de revenir à l’anglais… Peut-être en a-t’on fatigué certains, je ne sais pas, en tous cas chez les jeunes. C’est cyclique ça, il y a peut-être des moments plus faciles que d’autres… Je pense que j’ai commencé à un moment où c’était plus facile. Je recommencerais aujourd’hui que je ferais comme avant, sauf que personne comprendrait, ça s’rait rigolo.

Le myspace de Loïc Lantoine, pas franchement à jour, c’est ici.

13 décembre 2011. Étiquettes : , . Interviews. 1 commentaire.

La chanson par le vide

Livraison simultanée, comme tous les deux mois, de Serge et de FrancoFans. Excusez du peu : c’est vraiment tout ce qu’il nous reste en kiosques… J’aime Serge. Tous les deux mois, par ce luxueux magazine papier glacé, je m’informe de ce que les vedettes (les stars ?) stockent dans leur frigo : yaourts et aubergines, coca ou champagne, tranches de saumon et citrons. Indispensable, c’est entendu, pour bien comprendre leur œuvre, en saisir la substantifique moelle. Là, c’est au tour de Lulu Gainsbourg (qui c’est ce type ? ah, oui ! le patronyme vaut passeport). Le même nous occupe la case toute aussi vide de l’interview au lit (il y a de ces concepts, des fois…) et pas mal d’autres rubriques toutes aussi creuses, toutes aussi saugrenues. Entre nous, le disque de ce Gainsbourg-là (« On se souvient de lui bébé, Lulu Gainsbourg revient aujourd’hui sur le devant de la scène, à 25 ans. Il était logique que Serge lui ouvre grand ses pages », ben voyons !), qui vient de sortir, est un disque fainéant, délégué à autrui, qui ne vaut rien, rien de chez rien. Boulay, Biolay, Camille, Souchon comme partout, Delerm comme partout, Cœur de pirate comme partout, voilà le reste du sommaire. Du Brassens aussi, par Dicale (et ça, par contre, ça vaut le coup !)… Mais, que vois-je, qui lis-je ? Oh, trois pages sur Allain Leprest ! Putain, ils viennent d’apprendre qu’il existe ? Ben non, ils célèbrent sa mort ! Ils auraient pu en parler avant mais, comprenez, Leprest n’est pas très vendeur, et pas du cénacle parisien non plus. Mais une fois raide, ça permet de dire qu’on fait « chanson », qu’on fait « culture et patrimoine », un peu comme si on parlait de Bernard Dimey ou de Gaston Couté. C’est Serge, c’est con !
Aussi con que le dossier (vide !) et la « une » de FrancoFans : La Chanson du Dimanche. Ce duo est, à mon sens, le vide sidéral absolu, le concept de trop, le point zéro de la chanson, l’ultime degré d’inutilité. Du chansonnier light (et encore…) englué dans la com’ qu’il a pour seule préoccupation. Tant de Gavroche(s) et de Béranger(s), de Bruant et de Brel (j’ai pas dit Bruel), de Chant des partisans et de Temps des cerises pour en arriver à ça… Eh ben, qu’il a du se dire le rédac’chef, ça peut faire un dossier, coco, en résonance avec le buzz de la télé et du web : « Tout un programme ! » titre d’ailleurs le bimestriel à la une, en les photographiant en présidents, devant une bibliothèque élyséenne. Entre nous, à un tel degré de ridicule, de totale vacuité, on est bien loin de faire un jour la révolution. Dis, cher FrancoFans (j’aime FrancoFans), qu’elle est ta ligne éditoriale, en as-tu une au moins, tout écartelé que tu es entre une chanson de parole (parfois, rarement), et un truc mi festif mi variété baba (la variété bobo c’est pas toi, c’est le créneau de Serge) ? C’est dommage, à côté d’autres papiers parfois intéressants (Camel Arioui, Jamait, Liz Cherhal, pour ne citer qu’eux), de faire si beau si beaufs.
Bon, on va pas pleurer éternellement Chorus, y’a d’autres endroits sur la toile pour ça. Mais putain ça manque ! Lulu Gainsbourg ou La Chanson du dimanche, la chanson est décidément mal barrée : elle n’avait pas grand’chose, elle en a encore moins. Cette chanson qui est, s’il en est une, l’exception culturelle française, est le genre le plus mal loti, le plus mal défendu. C’est pourtant l’art qui nous touche le plus, avec lequel nous sommes le plus en contact tous les jours. Tellement évident qu’on s’en soucie comme de son premier 45 tours.

A propos de La Chanson du dimanche, lire la critique de leur dernier disque sur NosEnchanteurs et écouter (mais on n’est pas obligé) cette vidéo :

8 décembre 2011. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 24 commentaires.

T’as le look, Coko !

Corentin Coko sait d’où il vient. Sa chanson n’est pas innocente qui s’inscrit dans une vraie tradition. Pas pour rien donc qu’à côté de ses propres chansons, il fasse aussi place à Jean Villard « Gilles » (Dollar, interprété par Gilles et Julien en… 1932, toujours très actuel au demeurant, plus même : « Mais sous un ciel de cendre vous verrez un soir / Le dieu Dollar descendre du haut d’son perchoir / Et devant leurs machines sans comprendre encore / L’homme crever de famine sous des montagnes d’or »), Eugène Pottier (L’économie politique, à ma connaissance inédit en chanson), Gaston Couté (Le char à banc des moribonds, dont je ne connais, là encore, aucune autre interprétation) ou Mei Li Qi Ge (un texte d’il y a pile cinquante ans à la gloire du Grand Timonier, qui plus est en v.o. !). Même à Jean Poiret pastichant Brel sur le timbre de La Valse à mille temps (qui devient ainsi La vache à mille francs). Corentin est un jeune chanteur cultivé. C’est aussi un redoutable artiste. Nous le savions ou pour l’avoir vu en scène, ou par son premier album (Tango des organes se départageant le corps de l’homme, en 2009). Voici son deuxième opus, « en public » (il nomme ça Vivant Spectacle !), enregistré à Aix-en-Provence et à Montpellier, avec treize inédits sur seize (seuls sont repris au précédent Baudet, Brûlot sur les voitures et Etranger) : pas mal, l’artiste !
Qu’il chante ou déclame (ce disque est très parlé…), Coko aime le mot. Un peu comme Bernard Meulien disant Couté, ou Loïc disant Lantoine. Et aime la scène. A tel point qu’on hésite à utiliser le terme qui ne veux rien dire de « concert » à son propos. Lui est en récital, en presque cabaret, à lustrer les mots, à les faire parler. Il est de la famille de Guidoni ou de Marianne Oswald : propos neufs pour patine éternelle, chansons cirées à l’ancienne tirées d’une voix jeune, d’un des grands espoirs de la scène. Et forte d’une tonalité sans ambiguïté : Coko ne lève pas le poing, ne lève pas la voix non plus, mais n’abdique pas son droit à la parole. C’est net, précis, carré. Qu’il convoque le souvenir de Prévert ou de Druon, qu’il se fasse porte-voix de Couté ou de Pottier ou qu’il se chante lui-même, c’est même engagement, même regard sur le monde. Sur le pouvoir politique ou sur les prostituées, sur ces étrangers qu’on reconduit, sur la jeunesse d’aujourd’hui, Corentin Coko pose son regard parfois colère, parfois attendri. Et confirme la prime et superbe impression que nous avions de lui : il en fera du chemin si les cochons du showbiz ne le mangent pas.

Coko, Vivant Spectacle !, 2011, Sur l’air de rien / Mosaïc Music. Le site de Corentin Coko, c’est ici.

Pour être tout à fait complet avec l’actualité de ce Coko-là, notons la sortie du cédé Matins du groupe musical « Les Dormeurs du bal », dont Corentin est le tiers de l’effectif. Un disque presque trad, un peu moyenâgeux, un peu à l’Est…  Corentin Coko fait de plus partie du collectif « Chansons à bretelles » (et du disque éponyme).

28 novembre 2011. Lancer de disque. 1 commentaire.

Drôle de Pellerin qui nous vient du Québec…

Comme dirait Gaston Couté : "Le joli patois de chez nous est très doux / Et mon oreille aime à l'entendre..." (photo J.-F. Gratton)

Il a la tronche d’Harry Potter (d’Eva Joly aussi pour les lunettes), un peu le timbre de Gilles Vigneault et l’accent pire encore, comme Richard Desjardins. Il est québécois et son répertoire est à cent mille lieux de Garou et Céline Dion, à cent mille pleurs de Lynda Lemay. Condamné à être inconnu, donc ? Ben, non. Fred Pellerin vient en France chaque année, dans sa capitale (au Théâtre du Rond-point en 2009, à L’Européen l’année suivante), dans quelques autres villes aussi, comme s’il préparait le terrain, repérait les lieux pour l’assaut final. Et chaque année gagne en audience. A cause d’un irrésistible je-ne-sais-quoi qui met en branle un bouche à oreilles épatant. C’est un chanteur, un peu. Et un conteur, beaucoup. Dans notre esprit, un conteur est un vieux monsieur au coin du feu, cheveux poivre et sel, barbe de rigueur, la sagesse et l’expérience qui vont de mise, un peu Jean-Pierre Chabrol. Lui c’est un jeune, sous les projos de la scène. Fred Pellerin raconte les truculences de la vie et l’imparable mort au bout de toutes choses. Apte à faire rire. Et pleurer l’instant d’après, de tout aussi bon cœur.
On court le voir, l’entendre, mais il n’est pas sûr qu’on le comprenne tout à fait, cause au débit, à sa rythmique « à faire frémir », au vocabulaire de chez lui et – j’y tiens – à son accent amidonné.
Il déparle et délire : « Le mal parler français des gens de son village est pour lui fontaine de jouvence. Il aime tant sa langue québécoise bougeante et remuante qu’il la veut plus mutante encore. Il la réveille et la tourmente, la lance et la fait rebondir, la fait valser dans tous les sens, casse les phrases en morceaux, les récolte de travers, ouvre le ventre des mots jusqu’à leur faire livrer leurs plus intimes secrets, sur le champ, au gré de l’improvisation » lit-on sur son dossier de presse. Rien de plus tentant donc que d’aller découvrir ce jeune sorcier du mot. Après une grosse dizaine de dates dans l’Hexagone en octobre et novembre, il termine par Paris. Si vous avez l’occasion…

A L’Alhambra, à Paris, les 1er, 2 et 3 décembre. Pour entrer dans « Le monde de Fred Pellerin » c’est par là.

24 novembre 2011. Étiquettes : . Québec-Acadie. 2 commentaires.

Cette chanson qui remonte les bretelles

Chanson à bretelles, jeudi 27 octobre 2011, 5e Rencontre de Prémilhat,

Ça a démarré il y a deux ans par un disque, une compilation de chanteurs s’accompagnant tous, toutes, à l’accordéon. C’est devenu une presque troupe, un spectacle rodé qui unie une demi-douzaine d’entre eux. La prime idée revient à Corentin Coko, qui est du lot. Qu’il en soit loué.

Sur la scène nue et inerte, c’est d’abord, singulier pied de nez, la contrebasse qui trône. Pas pour longtemps. Viennent nos amis, ceux de la bretelle. Festival de touches et de boutons, de ventrails imposants, de poitrails qui s’accordéonnent de plaisir. Un mur d’accordéons pour un concert inédit qui vous remonte les bretelles de singulière façon.

Thierry Svahn et Gabrielle (photos Catherine Cour)

Est-ce l’idée populaire que l’instrument insinue, le registre suit. Avec force chansons d’amour quand ce sont les filles qui s’expriment. Elles parlent de fidélité. D’infidélité aussi. On se joue des mots, comme dans cette Ballade de la couturière, d’Emilie Cadiou, ici partagée avec Gabrielle : l’art de l’aiguille se marrie bien avec le chas de l’aiguille. D’autres beaux duos participent au jeu de l’amour, comme celui de Coko et d’Emilie : « Embarrassez-moi / Troublez-moi de votre sourire / Et charmez-moi de vos appâts / Et sachez combien je vous désire… » C’est bon coco !
L’amour, certes, et la révolte, avec son bouclier qui s’époumonne… Thierry Svahn a un peu beaucoup de Gérard Blanchard en lui. Plus libre, plus frondeur peut-être, encore que. Son Télé-achat est une pépite dans le genre. Il y a en lui un beau concentré d’humanité criante, de cri d’humanité. Réno Bistan est pareil, en un registre qui ne s’encombre d’aucune convenance. L’ancien de Bistanclaque qu’il fut le reste, on ne change pas d’adn : « J’tremble, j’ai les mains moites / Le mode entier est de droite… » Même s’il a aussi d’autres talents, d’autres recettes, tel L’amour et la cuisine, chronique croustillante d’un homme désoeuvré à la maison. Coko, lui, convoque Gaston Couté et ses électeurs dans une interprétation très stylée Gilles Vigneault…
Emilie Cadiou, François Fabre, Thierry Svahn, Reno Bistan, Coko, Gabrielle, Noémie Lamour, ce spectacle partagé est régal comme c’est rare. On ne peut lister toutes les chansons, ni chaque duo, chaque trio. Tout est d’un même souffle, partage d’art et manière de le faire, avec talent, avec modestie. Bien sûr que le gainsbourien Accordéon fait le final « Accordez accordez accordez donc / L’aumône a l’accordé l’accordéon… » Ou plutôt augure d’un après, au bar, avec un florilège de chansons populaires, Amants de Saint-Jean et autres classiques du genre. A croire que rien que peut arrêter l’accordéon. A plus forte raison quand il y en a tant.

Aujourd’hui à cette Rencontre de la Chanson francophone : Chantal Grimm en spectacle jeune public à la ferme de Ganne à 14 et 15 h, Elsa Gelly dans « Conte en chansons » (création) à 18 h à la ferme de Ganne ; Clémence Chevreau et Francesca Solleville à 20 h 30 salle des fêtes de Prémilhat.

28 octobre 2011. Étiquettes : , , , , , , , . En scène, Festivals, Rencontre de Prémilhat. Laisser un commentaire.

Barjac (9) : prendre son bien en patience

Catherine Cour, notre envoyée spéciale, s’attarde un peu sur la joyeuse troupe des « Attentistes de la vingt-et-unième heure » !

Avant l'attente, bien réviser son bréviaire de la chanson pour nourrir la conversation (photos Catherine Cour)

C’est une joyeuse et sympathique secte qui, chaque année, se reforme au moment du festival. Sa chapelle se situe devant les grilles du château, les horaires du culte sont immuables : de 19 h 45 à 21 h 00. Ensuite, sur un signal du diacre préposé à l’ouverture de la grille (moment essentiel et point d’orgue de la cérémonie quotidienne) qui lance la phrase sacrée : « Ça va bientôt ouvrir ! Poussez pas ! Ceux qui ont déjà leur billet vont à droite, ceux qui doivent les retirer à la billetterie vont à gauche ! », la secte éclate et chaque membre s’en va porter la bonne parole aux quatre coins de la cour du château. Pendant une heure, les discussions autour de la chanson française, des spectacles vus, ou à voir, de l’actualité de tel ou tel chanteur vont bon train ! Les membres-fondateurs de la secte se connaissent depuis les premières éditions du festival – des temps immémoriaux – mais ils accueillent volontiers en leur sein les nouveaux arrivants qu’ils reconnaissent à la lueur s’allumant dans leurs rétines quand on prononce quelques mots magiques, sésames de toute digne conversation : « Allain Leprest », « Jean-Michel Piton », « Gaston Couté », « Claude Nougaro », « Colette Magny », « Anne Sylvestre », « Francesca Solleville »… et, quand démarre la litanie des souvenirs, les « Ah, je l’ai vu en 1962 à Toulouse ! » ou « Savez-vous qu’elle enregistre un nouveau CD ? »« Son dernier spectacle m’a tiré les larmes », « Il était à Avignon cette année… j’ai a-do-ré ! (ou détesté !)« , « Si, si, j’ai connu Gérard Morel avec des cheveux, moi ! »
Il n’y a ni grand prêtre ni gourou : chacun, à égalité, prend la parole s’il en a envie et communie dans le grand bain de la fraternité de la chanson « de parole » (ils sont si peu nombreux à savoir qu’elle existe qu’on ne peut qu’être frères et sœurs dans son sein !)… sauf quand il s’agit de bloquer les resquilleurs qui veulent contourner le rempart de leurs corps qui se soudent de plus en plus sous la pression de la foule !
Il faut dire que certains membres de la secte sont bien organisés : ils délèguent un sacristain qui fait la queue pendant que les autres vont fabriquer les sandwiches qu’ils apporteront à leur collègue vers 20 h 30 : il en va de la survie du groupe. En échange de cette nourriture terrestre, le sacristain se dévouera encore pour garder deux ou trois places assises (si possible au centre du premier rang) pour ses collègues et ce au péril de sa vie !
Dans la secte, il y a des parisiens (qui tous tutoient Pantchenko), des provinciaux (eux ne jurent que par Trihoreau), ceux qui vivent hors de France et se font une joie de venir chaque année se ressourcer à Barjac… Et puis il y a les absents, dont on parle. Ceux qui nous ont quittés depuis l’année d’avant, ceux qui ont décidé de ne plus venir (message personnel à Chris Land, de la part de Caro et de moi : t’as tort ! Et on s’éclate bien… Bises !)

De la bonne organisation entre festivaliers dépend la survie de la secte

Là, j’étais inquiète (et je n’étais pas la seule !) en ne voyant pas Danielle et Gérard, un couple super-sympathique qui vient chaque année depuis la Drôme. Gérard a dû chouraver plusieurs cerveaux (j’ai les noms de ceux auxquels il les a piqués. Certains ne l’ont pas encore réalisé ! Chuttt !) pour être capable d’emmagasiner autant de connaissances sur la chanson… et puis il a certainement dépassé le cap des dix mille spectacles auxquels il a assisté, et il est capable d’en raconter le moindre moment ! Ce qui est formidable, c’est qu’il continue à avoir la même curiosité pour les générations qui arrivent et qu’il a sûrement déjà applaudi deux ou trois fois le jeune chanteur encore débutant que vous venez juste de découvrir !
Dernier regroupement ce soir, avant la dispersion… jusqu’à l’année prochaine ! Certains membres filent à Aizac, pour un autre festival ; d’autres iront à Conceze, en Corrèze, du 12 au 17 août…, églises plus modestes. Mais chacun espère bien pouvoir revenir à la prochaine grand’messe de Barjac, en 2012.

4 août 2011. Étiquettes : . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Barjac (6) : l’après-midi de Guilam et de Courvoisier

De notre envoyée spéciale Catherine Cour,

Mardi 2 août, en journée,

Pierron lisant Couté, rien de plus normal !

La journée des files d’attente commence tôt. C’est la projection d’un film réalisé l’année dernière entre Barjac, Antraigues… sur la vie de Francesca Solleville. Jofroi avait prévenu la veille : « Il ne rentrera pas plus de 90 personnes dans la salle, sécurité oblige ». Tous ceux qui savent lire entre les lignes se sont donc traduit la phrase par : « Il y a intérêt à arriver tôt si on veut rentrer ! ». On a donc commencé à faire la queue, debout, en plein soleil à dix heures du matin, pour rentrer dans la salle à onze.
L’équipe du festival a déjà eu à gérer la mauvaise humeur de ceux qui ne peuvent pas accéder à ces évènements gratuits, offerts aux festivaliers… mais justement, quand c’est « gratuit » et « offert », ça devient vite une obligation et pour certains « cadeaux », il y a plus de déçus que de satisfaits ! Une séance de rattrapage était bien proposée, mais son horaire la réservait à ceux qui ne pouvaient (voulaient) pas assister au spectacle de 16 h 45.
Jofroi a donc annoncé qu’à partir de l’année prochaine une participation « symbolique » de 2 € serait demandée et que, dès jeudi et la projection du film de Richard Desjardins, des tickets seraient distribués à l’avance, permettant à ceux qui arriveraient trop tard pour bénéficier d’une des 90 places de ne pas faire inutilement la queue. C’est une excellente idée !
J’aurais aussi une interrogation-suggestion : le chapiteau est-il utilisé le matin ? Je sais que les balances se font l’après-midi… mais y en a-t-il aussi le matin ? Parce que sinon, pourquoi ne pas utiliser cette structure pour y organiser les projections ? Le confort y serait moins grand que dans la salle de cinéma et la qualité d’image un peu moins bonne… mais ça permettrait à 200 personnes de bénéficier du spectacle ou de la conférence, au lieu des 90 actuels. Avec un grand écran et un vidéo-projecteur, on doit pouvoir transformer la scène et y faire des projections d’une qualité correcte. Le son, lui, devrait être excellent !
Enfin, les « faut que » et les « y a qu’à »… c’est facile de loin, mais il y a peut-être des contingences techniques qui ont éliminé cette solution
Bon, moi, comme pour le récital de Nathalie Fortin et Gilbert Laffaille, j’étais du bon côté du couperet ! Le film est très, très bien ! il donne la parole à Francesca, bien sûr, mais aussi à ses auteurs, à d’autres chanteurs (Juliette Gréco…) et même au « simple public ». Il parle de la carrière de Francesca, de ses amis auteurs, compositeurs… Francesca était dans la salle et elle a dit être très touchée et émue qu’on y parle, par exemple, de sa mère et de son enfance… J’attends avec impatience la commercialisation du dvd
Sur la placette sous le château, il y avait ensuite la présentation d’un livre sur Gaston Couté par Gérard Pierron. Hélène Maurice est venue chanter quelques chansons d’un futur spectacle basé sur les textes de Gaston Couté. C’est elle, la « chum » canadienne de Nathalie Fortin, dont le nom avait sauté de mon compte-rendu précédent. C’était suivi par un apéritif, offert par la maison d’édition.

Guilam, jeune et belle promesse (photos Catherine Cour)

Le programme de l’après-midi était intéressant. Il commençait par la découverte (en ce qui me concerne) de Guilam, un « jeune » chanteur dont la prestation s’est avérée fort intéressante. J’aurais tendance à le comparer, dans l’humour, les textes, les musiques à Pascal Mary. Il a le même genre de voix claire, la même diction précise… peut-être l’humour un peu moins féroce que celui de Pascal et un peu plus de tendresse… encore que ! Un exemple, au « Hasard » (c’est justement le titre), d’une chanson (paroles et musique) de Guilam : « Qu’y avait-il dans ce regard / Quand vous cherchiez à me croiser ? / Au début, j’ai cru au hasard / Puis ce hasard s’est répété / Et un hasard qui se répète / C’est un hasard obstiné / Le public semble bien avoir autant apprécié que moi. »

Christiane Courvoisier, en lutte, en combats

Le deuxième tour de chant était « Memoria rojas y negras » par Christiane Courvoisier.
Je jure que je n’ai pas appris à parler espagnol depuis samedi ! Eh bien là, j’ai a-do-ré ce récital. J’ai été embarquée par la fougue, la présence, la voix, l’enthousiasme de Christiane. Elle chante pourtant une période sanglante et les plaies pas encore refermées de l’histoire récente de l’Espagne : la guerre civile de 1936-1939 et ce qui a suivi… mais même sans comprendre davantage que le sens général (Christiane traduit les poèmes, les replace dans leur contexte) et quelques mots par-ci, par-là, j’ai bien failli y aller de ma larme en entendant chanter certains poèmes.
C’est cette émotion-là que je regrettais de ne pas avoir ressentie samedi. Je sais déjà depuis mon enfance que je suis plus sensible au chant des voix féminines… ça se confirme !
Et puis les chants de lutte et de combats m’attirent aussi depuis longtemps. Ce spectacle-là ne pouvait pas me laisser insensible. J’y ai pleinement adhéré. Je n’étais visiblement pas la seule : les restaurateurs ont dû attendre leurs clients davantage que les autres jours : pratiquement personne ne s’est levé au milieu du spectacle pour rejoindre une table réservée dans le village !

(suite de la journée de mardi dans pas longtemps)

3 août 2011. Étiquettes : , , , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Le long fleuve tranquille de Morice Benin

René-Guy Cadou (photo DR)

« Cadou s’est endormi / Sans éteindre sa lampe » chante Michèle Bernard dans l’album Voler…. Endormi il y a soixante ans exactement. Et la petite lumière éclaire toujours… Nombre de chanteurs ont un jour prélevé des mots à René-Guy Cadou pour s’en faire une chanson, parfois tout un album : entre autres repreneurs de Cadou, citons Gilles Servat, Julos Beaucarne, Philippe Forcioli, Martine Caplanne, Marc Robine, Jacques Douai, Michèle Bernard et Manu Lann Huel. Et Paul Dirmeikis, récemment, pour un excellent double cédé, Entre parenthèses. Et, bien sûr, Morice Bénin, dont le travail sur Cadou est en tous points exemplaire et s’inscrit dans la durée.
Ce depuis qu’un jour de 1984, de passage à Nantes,  le chanteur découvre le poète. La poésie de Cadou coule de source et Benin en bâtit un spectacle : Comme un fleuve. Et deux albums, Chants de solitude, en 1984, prix de l’Académie du disque Charles-Cros, et La cinquième saison, en 1990, tous deux aux éditions nantaises du Petit Véhicule. Puis un troisième, Comme un fleuve qu’il autoproduit  en 1998. Qu’on retrouve désormais, avec le même titre, dans une version publique enregistrée l’an passé (salle Vasse à Nantes), qui vient de sortir au Petit Véhicule. Si l’essentiel des titres de cette version sont tirés du disque de 98, d’autres viennent de la collection « Pour prendre le large », somme de sept cédés de Benin, pour l’essentiel parus en 2006.

Morice Benin

Né (en 1920) et décédé (à l’âge de 31 ans) en Loire-Atlantique, la notoriété de l’instituteur René-Guy Cadou aurait pu rester strictement régionale (nombre d’établissements scolaires de ce département portent son nom). Comme pour Gaston Couté, lui aussi mort à 31 ans, la chanson en a décidé autrement, le redécouvrant et lui faisant vivre un supplément d’âme. « Son verbe était lumière et toute sa courte vie distillée dans ses poèmes » dit de lui Morice Benin. « La poésie de Cadou a une rythmique, une musique des mots, un rappel de rimes ou d’assonances qui permet naturellement un travail de mise en musique » lit-on sur l’encyclopédie communautaire Wikipédia.
Signalons enfin qu’un cédé sur René-Guy Cadou est sorti en 2009 dans la collection Poètes & Chansons de chez EPM, compilant des titres de Julos Beaucarne, Morice Benin, Michèle Bernard, Marine Caplanne et Marc Robine.

Morice Benin, Comme un fleuve, 2011, Editions du Petit Véhicule. Le site de Morice Benin, c’est ici.

13 juillet 2011. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Rencontres Marc-Robine, 7e

EDF, si c'est pas du chant de voyage, ça...

C’est entre Clermont-Ferrand et Gannat, dans le Massif central, une petite commune d’un peu plus de mille six cents habitants et son festival au cœur gros comme ça. Ce sont les Rencontres Marc-Robine, 7e du nom, du nom de ce chanteur, historien de la chanson, biographe et journaliste, pilier s’il en fut de la revue Chorus/Les Cahiers de la chanson, décédé il y a huit ans.

Les Rencontres Marc-Robine célèbrent cette année « Les chants du voyage » tout en mettant à l’honneur quatre auteurs et non des moindres : Blaise Cendrars, Louis Aragon, Léo Ferré et Gaston Couté. A l’énoncé, on se dit que, forcément, Lavilliers en est un des invités, que son adn y est étalé. Ben non, trop petit sans doute ce festival, trop fauché. Reste que la programmation n’a rien à envier à quiconque : Allain Leprest, « Le discours du traîneux » (avec Gérard Pierron, Hélène Maurice et Bernard Meulien), William Schotte et Sonia Rekis, Samira Brahmia, Serge Utgé-Royo, « Caf’Conf Aragon (avec Véronique Pestel, Magali Herbinger et Bernard Vasseur), Jeanne Garraud, « L’Or » (avec Xavier Simonin et Jean-Jacques Milteau), Julot Torride et le Trio EDF (pour ceux qui ne sont pas au courant, il s’agit de la superbe union entre les bretons Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Mélaine Favennec). Convenez qu’il est difficile de faire mieux… Sur le site du festival, exposition sur Gaston Couté, stands livres et disques, dédicaces ; restauration sur place (uniquement sur réservation).

Du 12 au 16 juillet au Gamounet à Saint-Bonnet-près-Riom (63), organisé par l’association On connaît la chanson. Renseignements au 04.73.64.11.45. Le site du festival. http://www.onconnaitlachanson.fr

21 juin 2011. Étiquettes : . Festivals. Laisser un commentaire.

Hallyday inscrit aux Célébrations nationales

Il y a cinquante ans sur la scène de l'Olympia. (photo DR)

Après l’épisode Céline qui l’a fait revoir sa copie, le Recueil des célébrations nationales 2011 est paru. Il est disponible sur le net.
Je voulais y vérifier la scandaleuse absence de l’anar chansonnier Gaston Couté, disparu en 1911 (lire NosEnchanteurs). Il n’y est effectivement pas. L’État oublie ce génial poète qui, au demeurant, l’a conchié si souvent que de ne pas être couché dans ce guide officiel est en lui-même forme de reconnaissance. Couté n’y est donc pas. L’histoire officielle et les beaux-arts ne le retiennent pas.
Mais Hallyday si. Si, si.
L’aqueu Johnny a ceci de fascinant qu’il sait être de partout. Dans l’actualité de tous les jours c’est sûr, le matin parce qu’il va défuncter et que déjà l’État s’active pour le deuil national, le soir parce qu’il bande encore ; le lendemain pour des colères ou des amours, des contrats ahurissants, pour des procès, des chagrins en quadri sur papier glacé, des évasions fiscales, des redressements fiscaux, des amitiés politiques toutes dans le sens du libéralisme, des retrouvailles, des tournées, du théâtre, du cinéma, des émissions télé, des nouvelles collaborations, même un récent plagiat, aaah… Il est de tous les coups, il est de partout, occupant tous les champs (les chants ?) de l’espace médiatique. À-t-il lui aussi plusieurs vies pour en faire tant, l’a-t-on cloné ?
Il n’est pas tout à fait mort que l’État va (quand même) célébrer notre hallydesque Jean-Philippe Smet, l’idole des toujours jeunes : il est sur la liste des célébrations. À quel titre ? Le cinquantième anniversaire de son premier Olympia, le 21 septembre 1961. Ben voyons ! Notre président petit, tout petit, pourra célébrer son copain redressé fiscal et néanmoins contribuable suisse aux frais de la princesse. Promesse de pas mal de passages télé, et ça c’est bon pour l’opinion.

C’est par un papier (refusé ailleurs) sur Hallyday qu’est né ce blog. Qui collectionne bien d’autres articles sur notre héros national. C’est ici.

8 février 2011. Étiquettes : , . Saines humeurs. 1 commentaire.

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