Mômes en Zic : l’Alors-Chante des enfants

Jacques Haurogné (ph. DR)

On se dit qu’ils ont trouvé le moyen de faire baby-sitting intelligent, d’occuper les mômes pendant que leurs parents vont se perdre dans la foule de Zebda, de Dutronc, Camille ou Presque Oui.
Ben non, c’est mieux et plus que ça même. Comme une poupée russe, le festival Alors chante de Montauban en a fait naître un autre en son sein : Mômes en Zic. Une annexe, un appendice ? Non, un vrai festival ! Avec une programmation tip top, superbe, tant qu’on aimerait rajeunir, ou gratter sa date de naissance sur sa carte d’identité pour en écrire une plus proche dans le temps.
La chanson pour enfants semble s’être débarrassée des Dorothée et Chantal-Goya d’antan, de tous ces parasites débilisant qui faisaient sans vergogne les poches et la tirelire des gosses. De nos jours, les chanteurs pour « jeunes publics » travaillent les mots, peaufinent le verbe, travaillent le poésie et l’imaginaire des enfants à partir de ce qu’ils sont, de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils rêvent. Walt Disney et Bécassine sont alors loin, qui ont laissé place à de la vraie chanson, qui prend les mômes pour ce qu’ils sont : intelligents et sensibles.

Le Zèbre à trois de Chtriky (photo DR)

Au programme cette année à Montauban : Chtriky (Zèbres à trois), Merlot (Au fond de la classe), Pascal Peroteau (Ça m’énerve), Les Wackids (L’histoire du rock’n toys), Jacques Haurogné (Les petites fabulettes : doudous perdus ; Les grandes fabulettes : l’île en eau), Petit Noof, Franz (Bas les pattes), Oldelaf (Bête et méchant) et les Saltimbrank’s (Perds pas le fil) : que du bon ! On notera le nombre d’artistes au répertoire « adulte » qui se tournent volontiers vers les (beaucoup) plus jeunes : Merlot, Chtriky, Oldelaf, Noof, même Haurogné même si ça fait longtemps qu’il courtise les préaux d’école et cours de récré. Cette heureuse initiative, qui allie la pédagogie au pur plaisir et formera peut-être les futurs bataillons de la chanson, n’est pas la seule : ainsi les Francofolies de la Rochelle qui tiendront en, juillet prochain leurs 7e Francos Juniors (avec François Hadji-Lazaro et Pigalle, Michèle Bernard, Tony Truant (des Wampas) et Dorothée de Monfreid, Merlot ainsi que la Compagnie Nid de Coucou).

Alors chante ! 27e édition, à Montauban, du 14 au 20 mai 2012 avec, entre autres, From et Ziel, Liz Cherhal, Tiou, Jeanne Plante, Les Yeux d’la tête, Moran, Berry, Chloé Lacan, Presque Oui, Dimone, L, Carmen Maria Vega, Hubert-Félix Thiéfaine, Becs bien zen, Les Grandes bouches, Zebda, Camille, Agnès Bilh & Anne Sylvestre, Clément Bertrand, Blankass, Wally et Hk & les Saltimbranks. La programmation complète ici. http://www.alorschante.com/index.php/programmation/grille-de-programmation

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5 mai 2012. Étiquettes : , , . Festivals, Pour les mômes. 1 commentaire.

Claude Duneton, historien de la chanson, 1935-2012

Sur mon mur facebook, ce matin, ce message de « Chanson de proximité » :

« J’apprends par Floréal Melgar le décès de Claude Duneton. Ecrivain, linguiste, conteur, comédien, etc. il était de ces gens qui devraient être nos modèles dans les médias.
Je rappelle son ouvrage incontournable sur la chanson :
« Histoire de la chanson française » (coffret – 2 volumes : Vol. 1 – Des origines à 1780 ; Vol. 2 – De 1780 à 1860, Paris : éd. du Seuil, 1998).
Et pour les amateurs de trouvailles, le 33t « La Goguette d’enfer », avec Jacques Serizier, Nathalie Solence, Christian Paccoud, Daniel Tarrare, Didier Brémont, Charlotte Maury (chansons de Emile Debraux, Hippolyte Demanet, Charles Colmance, Charles Gilles, Pierre-Jean de Béranger et Savinien Lapointe). »

L’actualité de ces dernières heures a passé sous silence le disparition de ce brillant écrivain que fut Claude Duneton qui nous laisse une trentaine d’ouvrages fort divers. Dont ces deux précieux tomes de son « Histoire de la Chanson française ». vrai pavé de 2200 pages en tout. « Mais, au-delà de l’objet, il y a un dessein monumental, dont l’ampleur laisse rêveur. Quinze années de recherches, d’efforts et d’enthousiasme pour ce qui, au final, apparaît comme une somme passionnante et définitive (…) » écrivait alors Marc Robine, autre grand historien de la chanson s’il en est, dans les colonnes de Chorus n°26 (Thiéfaine en couverture). Duneton, Robine, deux auteurs qui se devraient d’être, au minimum, dans la bibliothèque de tous les amateurs de chanson, à plus forte raison s’ils écrivent et portent eux-mêmes un regard sur la chanson. Le troisième tome ne sera jamais sorti.

Claude Duneton est décédé ce 21 mars 2012, à Lille.

23 mars 2012. Hommage, Les événements. 4 commentaires.

Orelsan sent (pas bon)

Orelsan (photo DR)

Oui, je comprends qu’on puisse se féliciter, si tant est qu’on y accorde de l’importance, des deux Victoires de la musique octroyées à Thiéfaine et, dans le même temps, s’offusquer des deux autres accordées à Orelsan.
Au lendemain de ses victoires, Orelsan était convoqué par la justice, au tribunal de Paris, devant la 17e chambre correctionnelle, poursuivi qu’il est pour « provocation au crime » par le mouvement Ni Putes Ni Soumises.
L’audience prévue ce 5 mars a été renvoyée au lundi 7 mai.
Aurélien Cotentin, dit Orelsan, à été l’heureux récipiendaire de deux Victoires cette année : celle de la « révélation du public » et celle de l’ « album des musiques urbaines » (pour « Le chant des sirènes » paru chez Wagram). Belle récompense après avoir provoqué, en 2009, une réelle indignation pour sa chanson « Sale pute », qui décrit en termes pour le moins crus la colère d’un jeune homme trompé, menaçant sa compagne des pires outrages et violences physiques.
Pour Ni Putes Ni Soumises, la chose est entendue : par cette chanson, Orelsan « incite à la haine des femmes » et ce « déballage de haine sauvage n’a rien à voir avec la liberté d’expression. » L’association voit en cette chanson « une incitation à la violence la plus ignoble qui met en scène le désir de viol, de violence, de torture et d’assassinat et exprime le mépris le plus profond pour toutes les femmes. »
Méprise totale pour Orelsan qui explique, lui, qu’il s’agit d’une « oeuvre de fiction sur la façon dont une pulsion peut transformer un homme en monstre », et non d’une apologie de la violence conjugale.
Le tribunal jugera. Reste que les Victoires se sont entretemps immiscées dans le débat judiciaire, donnant à Orelsan deux médailles et la reconnaissance médiatique, bel atout pour son avocat à la barre. Est-ce serein pour la justice qui doit ensuite se prononcer ? Les patrons des Victoires qui nominent et les « professionnels de la profession » qui récompensent n’auraient-ils pas dû s’abstenir, laissant la justice suivre normalement son cours ? Notre époque est décidément compliquée où on voit des ministres de la République exercer malgré des mises en examens, où on voit un tel chanteur pour le moins sulfureux être couvert de louanges malgré, lui-aussi, une convocation en justice.

6 mars 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 18 commentaires.

Les Victoires, non événement

Ce fut un non-événement, une soirée télé parmi d’autres, toute aussi ennuyeuse. Ce furent, le savez-vous, les Victoires de la musique, 27e du nom. Sans surprise aucune. On peut juste être satisfait du sort réservé à l’ami Thiéfaine, tellement hors showbiz que sa reconnaissance, enfin, est de fait un doigt d’honneur à celui-ci. Il me semble que par lui, le métier a aussi récompensé un des meilleurs vendeurs de l’année, un des qui résiste à l’inexorable chute du disque. Quant au reste… Oui, Ringer (pas victoirisée depuis le No Comprendo des Rita Mitsouko)… Oui, Aubert, pour son énergie en scène. Oui, Voulzy pour cette jolie chanson qu’est Jeanne. Et Orelsan, par deux statuettes, comme quoi il est bon de faire au préalable son scandale-à-buzz quitte à frayer avec la pure ignominie de son tristement célèbre Sale pute pour être, à l’album suivant, encensé par toute la presse… Oui…
On regrettera pour Camille, repartie les mains vides. Et pour L, à la prestation du reste approximative. Depuis que Télérama en a fait bêtement à sa une le renouveau de la chanson française à L seule (j’ai rarement lu quelque chose de plus imbécile), fallait bien qu’elle y soit présente au cas où ce soit vrai. Mais pourquoi la présenter stupidement comme la nouvelle Barbara ? On a évité de médailler Biolay et le fiston Dutronc, qui décidément n’est qu’un clone sans âme et son talent de son père. Alors, oui…
Eh ben non ! Cette chanson-là est tellement loin de la chanson réelle, tellement décalée, surréaliste, que ces pauvres Victoires sonnent plus creuses que jamais. Bon dieu, l’essentiel de la chanson est privée de ces Victoires, l’essentiel de la chanson est désormais hors labels, hors des plateaux télé, hors des playlistés « Inter ». Comment voulez-vous qu’on puisse prêter crédit, même le temps d’une chanson, à ce simulacre, cette insulte faite à la chanson ? Que le candidat Hollande, qui se balladait hier dans les couloirs des Victoires, précédent la sienne, prenne conscience de cette richesse nationale qu’est la chanson, vraie exception culturelle à condition qu’on la traite en son ensemble sur un même pied d’égalité. Ça changerait singulièrement la donne.

(Je vous recommande aussi la lecture du blog de Baptiste Vignol, sur ces Victoires.)

4 mars 2012. Étiquettes : , , , . Les événements, Prix. 22 commentaires.

Les Victoires en chantant

Thiéfaine : s'il y en a un qui mérite des "victoires"... (photo DR)

C’est étrange comme la publication des nominations pour les Victoires de la Musique (on ne dit pas Victoires de la chanson, vous m’expliquerez pourquoi) fait paradoxalement plus événement que le déroulement même de la soirée : pas un journal ou un blog qui se respecte la passerait sous silence. Allons-y aussi…
Cette fameuse liste vient d’être publiée et… il n’y a rien ! Que l’autocélébration d’un clan, petite subdivision de la chanson, un peu au-dessus du tout venant de la variété (encore que) où, pour peu qu’on ait sortit un album dans l’année, ou fait une tournée voire un clip, ou le clip de la tournée, on y est de droit, on a son rond de serviette, à s’assoir à la table coutumière. Voyez-les : ce sont les mêmes que l’an passé ou que l’année précédente ou de celle d’avant. Camille le phénomène, Nolween la bretonne, la veuve Ringer, Zaz… Qui est Zaz artistiquement ? Un vide, comme l’est Cœur de pirate, elle aussi encore nommée. Et puis Benjamin Biolay, Julien Clerc et le désormais inamovible Thomas Dutronc, fils de. Son dernier album est insignifiant et lui vaut donc nomination. Si, tout de même, il y a Thiéfaine, nettement au-dessus. Quitte à faire, si Hubert-Félix aime les médailles et les trophées, qu’on lui en donne. Il est le seul de ce lot-là à vraiment les mériter.
Izia, Archimède, Joe Starr, David Guetta, La Fouine, Orelsan (qui ne semble plus sentir le souffre, lui), Raphaël, M et Vanessa Paradis, Christophe Maé, Mika, Laurent Voulzy et quelques autres sont aussi sur la grille, sur le grill. Rien de bien enthousiasmant…
Et Alexis HK (déjà nominé pour le mémorable clip des Affranchis il y a deux ans – voir ci-dessous en vidéo) en « artiste révélation scène » qui prouve que les membres de l’Académie des Victoires sont lents à la détente : ça fait presque quinze ans, depuis C’que t’es belle, qu’Alexis HK hante nos scènes avec un incroyable talent, avec ses vers littéraires surdimensionnés qui vont encore détonner. En le baptisant « révélation », les promoteurs des Victoires passent un peu pour des rigolos.
Retransmission en début mars dans votre poste de télévision. Le mieux, ce soir-là, c’est que vous vous trouviez un concert, un vrai, pas loin de chez vous. Ce sera alors votre victoire sur cette musique-là.

20 janvier 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 14 commentaires.

Le nucléaire, c’est pas joli, Joly !

Tiens, une nouvelle thématique chanson ! Pas n’importe laquelle, radioactive à souhait pour des millénaires encore (« radioactif » ne veut pas dire que ça passe activement à la radio !). Thématique que je dédie volontiers à Eva Joly, fière descendante de vikings, qui, si elle manie la langue de Molière et de Camus mieux que moi, mieux que vous sans doute, est assez nulle en « langue de bois », langue officielle en usage chez nos z’hommes politiques, écologistes inclus. C’est pour ça que l’ex-magistrate anti-corruption, verte au sens de pas encore mûre, sera désormais encadrée et recadrée par les linguistes officiels de son parti pour y apprendre les rudiments de la novlangue chère à George Orwell. Ainsi on ne dit pas « Catastrophe nucléaire » mais « Avenir radieux » ; on ne dit pas « Stop au nucléaire » mais « Négocions d’abord les circonscriptions ».
Même avant Tchernobyl, même avant Fukushima, à plus forte raison désormais, les chansons traitant du nucléaire ne parlent que d’apocalypse. C’est vrai qu’Areva ne fait pas rêver. Petite revue de détail en quelques titres…

Venez voir notre village
Il vous plaira forcément
Il est plombé de nuages
420 jours par an
Le soleil n’y entre plus
Les oiseaux n’y chantent pas
Et nos chats, bien entendu
Sont vers et bleus comme vous et moi
Ô Nucléaire…
Nucléaire, François Corbier

Tchernobyl respire encore
Le ventre n’est pas encore mort
D’où a surgi la sombre aurore
Ce monstre invisible qui dévore
Les apprentis sorciers d’hier
Sont toujours bien vivants, prospères
Les marchands d’armes sont milliardaires
Et EDF nous éclaire
Nous éclaire
Au nucléaire

26 avril, Renaud

Juste quelques flocons qui tombent
Je ne sais pas ceux qui les ont tués
Ils avaient si peur de leurs bombes
C’est autre chose qui est arrivé
Juste quelques flocons qui tombent
Nous vivrons bien sans eux au fond
Ils étaient si fiers de leur monde
Ils l’ont cassé en poussant sur un bouton

Juste quelques flocons qui tombent, Antoine

Adolf Nucléaire existe, il est français
Ça finit par un A, ça commence par un C
Ces enfoirés là exportent à l’étranger
Des tonnes de déchets plus ou moins irradiés
Et quand à la Hague on fait des vagues
Dans l’Mont Oural, il se passe que dalle

Co j’ai marre, Tryo

Enfant d’une génération ratée
Vautré devant la TV
On se branle devant les bombardement
Mon dieu que c’est excitant
Moi j’ veux du nucléaire
J’ veux du sexe et du sang
Des bombes dans le RER

J’veux du nucléaire, Damien Saez

Je sais que la ciguë est prête.
Je vous attends.
Je sais que dans votre alchimie,
L’atome ça vaut des travellers chèques
Et ça suffit comme alibi.
Je vous attends.
A l’ombre de vos centrales, je crache mon cancer.
Je cherche un nouveau nom pour ma métamorphose.
Je sais que mes enfants s’appelleront vers de terre.
Moi je vous dis : « bravo » et « vive la mort ! »
Alligators 4C27, Hubert-Félix Thiéfaine

Sachant proche le résultat tous les grands chefs d’Etat
Lui ont rendu visite
Il les reçut et s’excusa de ce que sa cagna
Etait aussi petite
Mais sitôt qu’ils sont tous entrés il les a enfermés
En disant soyez sages
Et, quand la bombe a explosé de tous ces personnages
Il n’en est rien resté
La java des bombes atomiques, Boris Vian

Mais au bout de cent ans des gens se sont levés
Et les ont avertis qu’il fallait tout stopper
Mais ils n’ont pas compris cette sage prophétie
Ces hommes-là ne parlaient qu’en termes de profits
C’est des années plus tard qu’ils ont vu le non-sens
Dans la panique ont déclaré l’état d’urgence
Quand tous les océans ont englouti les îles
Et que les inondations ont frappé les grandes villes
Et par la suite pendant toute une décennie
Ce fut les ouragans et puis les incendies
Les tremblements de terre et la grande sécheresse
Partout sur les visages on lisait la détresse
Plus rien, Les Cow-boys fringants

Les photographies en noir et blanc illustrant ce billet sont de Paul Fusco, ont trait à l’héritage de Tchernobyl et sont toutes tirées du site La Mauvaise herbe ; la photo couleur représente la Centrale nucléaire du Tricastin.

25 novembre 2011. Étiquettes : , , , , , , , . Saines humeurs, Thématique. 9 commentaires.

Jamait : « Combler mes jours à faire ce métier de chanteur »

Jamait sort dans les jours proches son quatrième opus studio, « Saison 4 » (sortie en bacs le 10 octobre) et entreprend une nouvelle tournée. Cette rencontre avec Yves Jamait remonte au 1er février dernier, lors des Poly’Sons de Montbrison. L’entretien a été préalablement publié sur le Thou’Chant de février 2011.

Comment a démarré ce fameux « Bar à Jamait » ?
Bêtement. Y’a une petite salle à Dijon, Le Bistrot de la Scène, où on a débuté. La première fois où on a fait payer des gens pour nous voir c’était là, au Bistrot de la Scène. Il fêtait ses vingt ans et m’a dit « Je te ferais bien une carte blanche pour les vingt ans » Donc je téléphone un peu aux potes, j’appelle deux trois par ci par là, Morel, tout ça… je leur dis « Dans le principe ça vous dit ? ». J’ai fait les trois soirs comme ça. Un soir très chanson, un autre plus pop rock, avec Thiéfaine, Bastien Lallement…, et un autre avec que des groupes dijonnais. Chacun faisait ce qu’il voulait, des duos, des croisées… Et c’est parti de ça. Une salle nantaise en a entendu parler. On l’a rejoué à Nanterre. On a refait… Du coup, ça fait déjà une quinzaine qu’on fait. Il est passé des gens comme Guidoni, Leprest, Jehan, Anne Sylvestre… Il y a les établis, les Joyet, les Morel, qui sont quasiment tout le temps là. On a un noyau, ça fonctionne, et on invite pas mal d’autres comme Yvan Cujious, Thibault Couturier… Sarcloret est venu, lui qui n’aime pas qu’on se mette ensemble. Tout le monde chante deux trois chansons, des fois ça dure deux jours. Quand c’est sur deux jours, on change de chansons le lendemain, c’est free. Moi je fais le présentateur et un peu le fil rouge. Y’a des tables sur scène, on est peinards. Y’a vraiment un plaisir pour tout le monde de le faire.

Tu n’y chantes pas ?
Si, je chante. On fait deux sets. J’ouvre avec deux chansons et je ferme avec deux chansons. S’il y a moins d’invités, il y a un peu plus de Jamait dedans. Je fais un mélange entre des trucs à moi et d’autres qu’on fait tous ensemble.

Ce public qui vient sur ton nom, comment réagit-il ?
Bah, ça commence à se savoir… . Et il réagit plutôt bien. Et c’est ça le but, parce qu’on n’a pas la télé, la presse… les grands médias on ne les a pas sur cette chanson-là ; donc c’est le bouche-à-oreilles et ça fonctionne pas mal. Faudrait encore plus faire ça… Moi j’aime bien cette famille chanson, j’y suis bien. Les gens se sont éclatés, ça rigole, il y a des duos étonnants comme entre Anne Sylvestre et Morel. Ça tape dans des chansons pas que du facile, on ne prend pas que des reprises, loin de là, ou alors qui ne sont pas connues.

Y’a-t’il des gens que tu aimerais inviter mais que tu n’as pas osé…
Ah oui. Pour des raisons de budget. On est tous au même cachet – moi je dois gratter un peu plus – et on se démerde pour payer mieux les musiciens parce que c’est quand même eux qui se tapent le plus de boulot. Y’a plein de gens… Bill Deraime, par exemple, j’aurais aimé. Ou Le Forestier. Des gens comme Guidoni, je n’aurais jamais pensé qu’un jour… Je suis allé le voir, Guidoni en scène, dans les années 80, 90. La première fois que je suis passé à l’Olympia, je venais juste de faire sa connaissance, je lui ai demandé s’il voulait bien monter avec moi sur scène. J’étais comme un fou ! heureux comme tout ! Je suis un spectateur de chansons avant tout. Donc je fais plutôt des choses que j’aurais aimé voir. Je ne suis pas forcément un bon chanteur mais je suis un bon spectateur, je connais bien le spectacle, j’en ai mangé, pas énormément parce que pas beaucoup d’argent certes, mais j’aime le spectacle, j’en ai vraiment le respect. Et je veux que les gens passent une bonne soirée. Qu’ils ne se disent pas « Putain j’ai foutu en l’air vingt euros ! » Y’a d’la tune derrière : quand je vois des gens qui viennent en famille, je me dis « C’était combien la place, putain ils sont six, sept ! Que ça les intéresse, qu’au minimum ils s’éclatent ! » Mon but c’est ça.

Tu parles de Guidoni, de Le Forestier, de Deraime… Comment es-tu venu à la chanson, toi ?
Par la variété. Mes premiers disques c’est Sacha Distel, Patrick Topaloff et Pierre Perret, plus tout ce qui se passe en variété. Je peux chanter un Sardou en entier, ce qui est complètement hallucinant ! Des fois, je dois apprendre un Ferré alors que je sais du Sardou par cœur ! Alors qu’on me met plutôt du côté de Ferré… J’aime la chanson dans tout ce qu’elle est. J’écoutais autant Joan-Pau Verdier que Louis Arti, que Souchon, Frédéric François… J’entends ça, et ce n’est pas des choses qui me déplaisent. J’aime la variété, j’aime ce qu’elle est. Je ne suis pas… Patrick Sébastien fait de la chanson à texte, qu’on le veuille ou non. En plus il est assez vindicatif dans ses textes. Je n’aime pas la prétention de la chanson à texte, quand on fait des barrages, quand on dit « vous ne pouvez pas comprendre, vous êtes trop con ! »… On est tous dans ce plaisir de chanter, d’entendre des chansons, dans le plaisir de ce qu’apporte une chanson. C’est simple une chanson. Si elle réussit à accompagner les gens dans leur vie, t’as réussit. Ça peut être une formidable chanson, si elle ne m’intéresse pas, moi… J’aime l’idée du partage. La première chose qui m’ait donné envie, c’est de faire de la scène. J’aurais fait n’importe quoi, même me mettre une plume dans l’cul mais j’avais envie de faire de la scène…

A quel âge as-tu commencé la scène ?
A trente-sept ans. J’en ai fait à vingt ans avec un groupe, L’Adam de sagesse, on a fait un concert, cent cinquante personnes on était contents, c’était en 75. On n’en a jamais refait ensuite. Et puis, pendant vingt ans, je trouvais que ce que je faisais était mauvais, ce qui était assez lucide je pense. Pas de là à dire que maintenant je suis bon. Y’a des gens à qui ça plait…

Comment es-tu arrivé au disque ? Tu l’as autoproduit ?
Le premier, oui. Il a été réédité ensuite. Il est marqué de 2003 alors que nous on l’a sorti en 2001. Ça fait dix ans que j’ai arrêté de travailler et que je fais ce métier-là.

Que faisais-tu ?
À la fin j’étais opérateur PAO chez Urgo. Je changeais les pansements, je regardais si tout était bien imprimable, si le cyan, le magenta ou le jaune noir étaient bien, si c’était les bonnes cotes. À la base, j’étais cuisinier. J’ai travaillé en laboratoires, en usine, en pas mal de trucs, tout ce qui ne demandait pas de diplôme.

Ça a un avantage d’arriver dans la chanson sur le tard ?
Oui. T’as l’avantage de l’âge. Il y a, sinon une forme de sagesse, au moins quelque chose qui se détend un peu avec le temps. J’ai quand même fait une dépression au début. Parce que tout d’un coup tout changeait. Au début ça déstabilise, ça met dans une situation de stress. La notoriété c’est pas le truc que je recherche, j’en ai besoin pour travailler, que mon nom soit connu, mais… je me fous de ça. Je fais les chansons que j’ai envie. Je suis débarrassé de ses trucs-là. Les gens me demandent ce que sera le prochain album : je n’en sais rien, ce seront douze chansons que j’aurais trouvées comme ça, et pis basta !

Le premier disque, on a eu l’impression que c’était vraiment comme un disque nécessaire, des chansons que tu traînais en toi depuis longtemps…
Sinon mes chansons au moins les idées. J’ai mis vingt ans à apprendre à écrire. Je ne dis pas que c’est une perfection aujourd’hui, mais en tous cas c’est mieux que ce que c’était il y a vingt ans. J’ai commencé à écrire à quinze ans. Pour te donner mon niveau, ça faisait « T’as pas connu ta mère / Ton père s’est suicidé / T’as connu qu’la misère / Depuis qu’t es né / Clochard » Je pars de ça et je me rends compte des progrès. J’ai mis vingt ans. J’ai un rapport physique avec la chanson. Il fallait que je passe par là, ça a été dur, j’en ai chialé dans ma chambre. La chanson m’est importante. Je ne sais pas pourquoi. Sinon qu’elle m’a éduqué : c’est à travers de Le Forestier que j’ai ouvert un dico, j’ignorais tout de tout avant la chanson. J’ai eu un rapport physique sur les sens, sur ce que ça envoie. Et ça m’a aidé à vivre. Quand quelqu’un arrive devant moi et me dit ça, je ne comprends toujours pas que ce soit à cause de moi mais je comprends tout à fait ce qu’il ressent. Quand quelqu’un me dit qu’il a écouté mon disque en boucle… moi aussi, d’autant que quand t’avais pas de tune, t’en avais pas beaucoup et ton disque tu l’avais pour longtemps, tu l’écoutais bien. Si tu pouvais même l’écouter sur la tranche, tu le faisais.

Maintenant, c’est un plaisir ou une souffrance de te mettre à l’écriture ?
C’est toujours une souffrance parce que j’ai pas une… J’arrive plus désormais à enlever le côté souffrance, parce que je ne vais pas me dire toute la vie que j’ai raté l’école, même si c’est un peu ce qu’il reste des autodidactes, tout le temps à courir après un truc que t’auras plus. Moi j’ai jamais été bon en français. Je lis encore régulièrement « Le français pour les nuls », j’essaye de faire gaffe dans l’écriture, c’est peut-être pour ça que c’est trop classique des fois dans ma façon d’écrire. Parce que j’ai besoin de me raccrocher à quelque chose de très classique. Je suis pas fan de Rimbaud, je préfère Verlaine ; j’ai conscience de ce que ça veut dire et ce que c’est, ou ça me met. J’ai plus envie de ressembler à des choses écrites que j’aime bien.

Quel effet ça fait d’être un soir dans une salle gigantesque et le lendemain dans une salle de cent places ?
Je le fais depuis le début ! Et c’est vrai. Au cinquième concert – en sachant que le premier le fut à la prison de Dijon, le deuxième à Dijon dans un café – on a fait la première partie des Têtes raides devant huit cent personnes : pour nous c’était le Zénith ! Et je me retrouve le lendemain devant trente personnes dans un bar. D’entrée, on a toujours fait ça. Quand on fait la première partie de Tryo, qu’en même temps on fait le CCAS, un coup trente-cinq personnes un coup deux mille. Ça ne me paraît pas anormal.

Ça permet de garder la tête sur les épaules…
J’ai été cuisinier. Tu peux nourrir une personne comme tu peux en nourrir trente. Ensuite il y a des conditions financières, car tu ne peux pas y être de ta poche, mais on s’y retrouve. On essaye de trouver des solutions. Et ça me plait. Cet automne, je vais faire tous les petits lieux à Dijon, le Bar de la Scène comme La Péniche. Et le Zénith avec un orchestre symphonique à la fin. Je vais même faire le Bar de l’Univers mais on ne dira pas le jour… Je suis un chanteur et je fais mon métier. Un charcutier fait de la charcuterie tous les jours. Mon truc c’est de porter une parole de chanson. J’aime cette idée. J’essaye de combler mes jours à faire ce métier.

26 septembre 2011. Étiquettes : . Interviews. 2 commentaires.

« Les Vies liées… » : dédicace à La Rochelle

Il y a les chanteurs qui mettent la poésie en musique et ceux qui voyagent en poète...

Si d’aventure vous déambulez le jour de la Fête nationale à La Rochelle, aux Francofolies par exemple, n’hésitez pas à vous rendre, à partir de 11 h 30, au Chapitô Cultura du « Village Francofou » (entre le Vieux port et le Bassin à flot) pour « Les Folies littéraires » du jour où Bernadette Bourvon accueillera, en public, Olivier Bailly et Dick Annegarn pour leur livre « Paroles » aux éditions Le Mot et le Reste, Jean Théfaine pour « Hubert-Félix Thiéfaine Jours d’orage » paru chez Fayard et moi-même pour « Les Vies liées de Lavilliers » paru chez Flammarion. Nous débattrons avec le public sur le thème « Si j’étais chanteur je serais Rimbaud » : « La poésie, le voyage et la liberté. De quoi remplir une vie, prendre la tangente. Comme l’a fait Rimbaud, icône internationale, référence absolue. Il y a les chanteurs qui mettent la poésie en musique et ceux qui voyagent en poète. Ou l’inverse. On va voir » lit-on, à propos de cette rencontre, sur le dossier de presse. Il me reste quelques heures pour tout apprendre de la cartographie brésilienne et des mystères de la forêt amazonienne afin d’y faire bonne figure. La rencontre se poursuivra par le rituel des dédicaces, en prose comme en verres.

12 juillet 2011. Étiquettes : . Les événements. Laisser un commentaire.

Le Livre en folie aux Francofolies…

Faut-il faire ici la promotion des Francofolies de La Rochelle ? Sans doute pas tant ce festival est connu. Notons tout de même qu’une manifestation de cette ampleur qui s’est permis de créer l’événement Malicorne l’an passé, et qui invite cette année Jacques Bertin au sein de sa programmation mérite toute notre sympathie. Le jour où Le Printemps de Bourges se remet à chanter en français et invite Jean Vasca, Rémo Gary en sera déjà à son vingtième Olympia et moi je serais directeur de Warner ou d’Universal, des deux sans doute…

Jean Théfaine et Hubert-Félix Thiéfaine, le biographe et son biographé (photo Françis Vernhet, Chorus)

Parmi les nouveautés de l’édition 2011, il en est une singulière, limite saugrenue : faire la fête – que dis-je, la folie ! – aux livres. Quitte à faire, à ceux qui nous parlent de chansons, qui suintent de portées et de paroles dans toutes leurs pages. Ce sont « Les Folies littéraires », chaque jour à 11 heures 30, une « variation d’auteurs sur un même thème. Initiée à St Brieuc l’an dernier autour du rock, les Francofolies de La Rochelle partagent, avec le Festival Art Rock, cette idée séduisante d’inviter des auteurs, à l’occasion de Rencontres Littéraires autour de la chanson. Chaque jour, réunis autour de Bernadette Bouvron (journaliste et pendant longtemps animatrice des cafés littéraires du Festival Etonnants Voyageurs à St Malo) écrivains et biographes débattront face au public.

Pour une fois que l’omerta ne me touche pas, permettez-moi de me vanter d’être du lot. Cette petite révolution se déroulera le 14 juillet.

Au programme des « Folies littéraires » :

12 juillet : GAINSBOURG FOR EVER avec Gilles Verlant et Loïc Picaud pour L’Intégrale Gainsbourg chez Fetjaine, Laurent Balandras pour Gainsbourg chez Textuel-RadioFrance et Philippe Maneuvre pour Rock Français chez Hoebecke ;

13 juillet : FAUSSES NOTES avec Frank Darcel pour Voici mon sang Editions de Juillet, Jerôme Soligny pour Je suis mort il y a 25 ans chez Naïve, José-Louis Bocquet pour Swing Mineur à La Table ronde et Arnaud Le Gouëfflec pour Le chanteur sans nom chez Glénat ;

14 juillet : SI J’ÉTAIS CHANTEUR JE SERAIS RIMBAUD avec Olivier Bailly et Dick Annegarn pour Paroles chez Le Mot et le Reste, Michel Kemper pour Les vies liées de Lavilliers chez Flammarion et Jean Théfaine pour Hubert Félix Thiéfaine Jours d’orage chez Fayard ;

15 juillet : HISTOIRES PARALLELES avec Pierre Mikaïloff pour Jacno chez Carpentier, Christian Eudeline pour Rock Français chez Hoebecke, Jean-Eric Perrin pour J’ai encore esquinté mon vernis en jouant le ré sur ma Gibson chez Tournon et Guillaume Kosmicki pour Free Party aux Editions Le Mot et le Reste ;

16 juillet : MUSES ET EGERIES avec Yves Simon pour La Compagnie des Femmes chez Stock (sous réserve), Alain Wodrascka pour France Gall, Muse et Musicienne chez Carpentier, Constance Meyer pour La jeune fille et Gainsbourg aux Editions de l’Archipel et Yves Borowice pour Les femmes de la chanson aux Editions Textuel.

Séance de dédicace à l’issue de chaque table ronde.

23 juin 2011. Étiquettes : , . Biblio, Festivals. Laisser un commentaire.

Putain de toi !

Ainsi donc, Roselyne Bachelot, ministre de la solidarité et des cohésions sociales, veut taxer quiconque va aux putes, punir les clients et vider leurs bourses (proposition de loi visant à pénaliser les « clients de prostituées » d’une lourde peine s’inspirant du « modèle suédois », c’est à dire une amende plus six mois de prison). Ben voyons ! Je me dis naïvement que si le métier de prostituée est le plus vieux métier du monde, c’est qu’il doit forcément avoir une utilité quelconque, de régulation sociale, de soupape de sécurité, d’hygiène publique aussi. Qu’importe ! Des fois que la démagogie puisse payer électoralement… Qu’importe si, une fois de plus, le petit paiera. Car c’est plutôt l’immigré loin de sa famille qui sera touché, pas vraiment l’homme d’affaires aux bras d’une escort-girl, ni Ribéry dans la couche de Zahia… Faut pas confondre putes des bas-fonds et prostituées de luxe, RMI et Cac 40, camionnette pourrie et suite à l’hôtel Hilton…

"La Dérobade" film de Daniel Duval (1979), avec Maria Schneider et Miou-Miou

Petite anthologie chanson sur cette intéressante et inépuisable thématique…

« Et c’est là, bêtement, dans cette chambre obscure,
Cette chambre sans joie, sans fleurs aux rideaux,
C’est là qu’j’ai reçu ma première blessure,
Laissé mon enfance au porte-manteau
(…)
Mademoiselle de déshonneur
Mon premier amour d’un quart d’heure »
Ma demoiselle de déshonneur – Joe Dassin

« Elle n’a pas le choix
C’est comme ça
C’est la vie
Qui veut ça…
Elle attendait
Le premier
Qui saurait
La tirer…
De ce mauvais pas…
Et dans ces bras
Elle oublie
Que ça ne va pas…
Elle est au bord d’elle
Elle est au bordel…
Au bord des larmes… »
Le bordel – La Mine de Rien

« La conn’rie qu’on a faite en verrouillant les claques,
En balançant du coup tout’s les souris dehors !
Ça méritait d’autor un’ volée d’pair’s de claques,
Mais, comm’ disait papa, tous les cons sont pas morts,
Voilà des pauv’s gamines qui vivaient en famille,
Qui r’cevaient vaill’ que vaille un peu d’éducation
Et qui sont désormais sans soutien, les pauv’s filles.
La conn’rie qu’on a faite en fermant les boxons ! »
Le regret des bordels – Bernard Dimey 

« En une et mille nuits, réduits au chronomètre
A un quart d’heure d’orgie, l’ange naît de la bête
La glace de l’armoire et les miroirs pervers
Aux quatre coins du lit font l’amour à l’envers.
Le travail terminé, elle s’en va la belle
Tirant le coffre-fort de sa croupe en sillage
On ne saura jamais comment elle s’appelle
On n’a même pas osé lui dire : Merci madame »
Les prostituées – Mouloudji

« Posée comme une contrebasse
Dans les bras d’un artiste,
Elle avait l’air de faire des passes
Dans une chanson réaliste
(…)
Passionnément nous y pensions
A la P… points de suspension
Qu’elle était bien !
Qu’elle était bien !
La putain… »
La putain – Serge Reggiani

« Je suis une pute
Si mon papa savait, je crois qu’il me tuerait

Il défoncerait ma petite figure
Chéri, faisons ça dans ta voiture
Si maman savait, je crois qu’elle en mourrait
Son petit bébé…
Chéri, c’est d’abord qu’on paie »
Je suis une pute – Cali

« Quand je fais l’amour  
Je me dis qu’on n’a pas changé les draps depuis longtemps déjà  
Quand je fais l’amour  
Je me demande ce que font les autres pendant ce temps-là  
Quand je fais l’amour  
Je pense à ma femme et comment on était beau autrefois  
Quand je fais l’amour  
J’espère que ça coûtera moins cher que la dernière fois »
Quand je fais la chose – Christophe Miossec  

« Moi j’aurais bien aimé un peu plus de tendresse
Ou alors un sourire ou bien avoir le temps

Mais au suivant au suivant
Ce ne fut pas Waterloo mais ce ne fut pas Arcole
Ce fut l’heure où l’on regrette d’avoir manqué l’école
Au suivant au suivant »
Au suivant– Jacques Brel

« Va rejoindre ta femme, maintenant
Que t’as eu ton plaisir
Que j’ai eu mon argent
Allez, j’vais pas t’retenir
Je sors de ton camion
T’as eu ton aventure
Remonte ton pantalon
Rattache ta ceinture »
Va rejoindre ta femme – Lynda Lemay

« Y’a des clients, y’a des salauds
Qui se trempent jamais dans l’eau
Faut pourtant qu’elles les cajolent
Parole, parole
Faut pourtant qu’elles les cajolent
Qu’elles leur fassent la courte-échelle
Pour monter au septième ciel
Les sous, croyez pas qu’elles les volent
Parole, parole
Les sous, croyez pas qu’elles les volent »
La complainte des filles de joie – Georges Brassens

« T’aimais pas un sous vaillant
Sauf ton corps
Mais ton corps c’était payant
Un trésor
Un trésor que tu donnais
Comme on vide son port’-monnaie
Dans la main d’un plus paumé
Ça va ça vient »
Ça va ça vient – Merlot

« A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam, voici des pigeons qui s’enflamment
Devant les belles qui ruminent dans les vitrines à Amsterdam »
A Amsterdam – Guy Béart

« Parce que ma mère est tellement belle
Que les voisins font la queue
Pour coucher avec elle
Plutôt que de rentrer chez eux
Ils viennent claquer leurs salaires
Dans les bras de ma mère
Pour la douceur d’une caresse
Et la chaleur de ses fesses
Et tous mes copains
Qui me traitent de fils de putain
Sont jaloux, c’est certain,
Eux qui sont des fils de boudins »
Ma mère la pute – Monsieur Roux

« Mon blues a déjanté sur ton corps animal
Dans cette chambre où les nuits durent pas plus d’un quart d’heure
Juste après le péage assurer l’extra-ball
Et remettre à zéro l’aiguille sur le compteur.
Ton blues a dérapé sur mon corps de chacal
Dans cet hôtel paumé aux murs glacés d’ennui
Et pendant que le lit croise l’aéropostale
Tu me dis « Reprends ton fric. Aujourd’hui c’est gratuit »
Lorelei Sebasto Cha – Hubert-Félix Thiéfaine

19 avril 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , . Thématique. 5 commentaires.

Le Thou’Chant vol.13 mis en ligne

Jeanne Garraud lors du festival "Région en scène" d'Annonay (photo Christine Ruffin)

Le 13e volume du Thou’Chant est sur la toile dès aujourd’hui. Avec deux longs entretiens : Benoît Dorémus, qui nous perle de son écriture et de ses amis Sarclo, Renaud et Renan Luce ; Jean Théfaine, journaliste chanson et biographe de son presque homonyme Hubert-Félix Thiéfaine. Deux artistes flashés en plein concert : Nico* (ça se dit « Nico étoile ») et Jeanne Garraud. On y parle de toute l’actualité Rhône-Alpes de la chanson, notamment des festivals « Aah ! Les déferlantes » de Portes-lès-Valence, « Mars en chanson » à Lyon et « Pas des poissons, des chansons » à Annonay. Deux lieux, pas des moindres : L’Anecdote, dans le Vercors (c’est un papier de l’ami Yves Le Pape, toujours fourré dans les lieux qui fleurent bon la chanson), et L’Autrement-Café, en grand danger à Angers. Le portrait d’artiste est consacré aux Fatals Picards et on y traite les nouveaux disques de : Romain Didier, Les Ogres de Barback, Marcel Kanche, Rodrigue, Antoine Tomé, Thomas Pitiot et Batlik, Guillaume Farley, Lady Arlette, Claudio Zaretti, Ribo, Marc Bienne, Laetitia Velma, Tri Yann et Les Fatals Picards. On vous en rappelle l’adresse : www.thouchant.com. À placer précieusement dans vos favoris.

16 mars 2011. Les événements, Thou Chant. Laisser un commentaire.

Biblio : le Thiéfaine de Théfaine

Aux éditions Fayard, 437 pages

Les fans d’Hubert-Félix Thiéfaine se délecteront (en quasi simultanée de la sortie de Suppléments de mensonge, seizième album du chanteur) de la réédition, revue et (bien) augmentée, de la biographie de référence qu’est Jours d’orage, de son presque homonyme Jean Théfaine, dès aujourd’hui sur les étals des libraires.
Il faut être d’une complicité sans pareille entre biographe et biographé pour accoucher d’un tel livre, qui va fouiller dans la mémoire de l’artiste pour retracer fidèlement, avec une rare précision, un tel itinéraire. On est dans la totale confidence ; on frôle souvent l’intime. On le savait, bien sûr, depuis la parution de la prime version de cet ouvrage, en 2005, à l’époque dans une coédition Chorus-Fayard : ce luxe de détails qui ne s’inventent pas, ces précisions quasi millimétrées qui posent les balises, avant mutation, d’une œuvre rare en chanson, constante, cohérente, singulière, sans trop de racines (quoique…), sans avant et sans apprêt. L’Hubert-Félix n’est pas homme de grande confession et ne se livre bien souvent que par ses silences et ses chansons, labyrinthes et jungles à la fois, quasi surréalistes. Là, tout y est, ou peu s’en faut, trousseau de clefs pour entrer dedans, mieux comprendre encore l’artiste, nos pas pile dans les siens, dans la galère comme dans la (recon)naissance, en cet itinéraire unique du plus célèbre inconnu de la chanson, « l’exemple même de l’artiste qui s’est imposé au sommet sur la durée, en dépit du silence des médias, télévisés notamment, qui l’ont toujours trouvé trop décalé. »
Rien à dire sur la qualité de l’ouvrage : c’est du Théfaine à la cime de son art, ancien de Ouest-France et pilier de Chorus, plume respectée du métier. À lire cet ouvrage, on sait plus encore pourquoi. Rien à voir avec les stakhanovistes de la bio : lui à pris le temps, et d’abord et avant tout celui de la confiance et de l’amitié, pour tirer les vers et le portrait de l’HFT. Le résultat est impressionnant.

Le journaliste et biographe Jean Théfaine, quasi homonyme de son sujet (photo DR)

On sera notamment stupéfait par ce chapitre, forcément nouveau, délicat et douloureux entre tous, sur cette récente période où Thiéfaine fut à deux doigts de nous jouer définitivement la fille de l’air, à défaut de celle du coupeur de joints : cette tentative de suicide, cette cure de désintoxication relatée ici dans son plus simple vécu, la volonté de guérir, de se reconstruire, de s’affranchir à tout jamais de tout alcool, Entre trois grammes et cinq heures du matin.
L’ouvrage touchera les fans mais pas qu’eux. Il nous rend proche un chanteur qui, dans le dédale de ses mots, la luxuriance et la folie de son verbe, peut nous sembler lointain. D’un autre planète presque. Là, dans ces quatre cent et quelques pages, c’est l’humain qui s’invite.

23 février 2011. Étiquettes : , . Biblio. 3 commentaires.

Kisling, le tendre helvète

(photo d'archives - DR)

Jérémie Kisling, 6 novembre 2010, À Thou bout d’Chant à Lyon,

« N’attendez rien de moi / Je ne sais pas quoi faire / Si je parle tout bas / C’est que je voudrais me taire / Mes mots ne marchent pas / Mes gestes ne touchent pas / Je souffle du vide dans l’air / Je suis de l’antimatière… » Dix, onze rappels… La salle est aussi bondée que comblée, l’artiste heureux. Il se sent bien ici, sur cette petite scène, entre son piano droit et sa guitare, tant qu’il pourrait se donner encore longtemps, à totalement épuiser son stock de chansons, à convoquer d’autres auteurs comme il le fait du père Brassens. En solo, Jérémie Kisling (qui nous vient du pays où, du secret bancaire à Polanski, « les belles choses sont bien gardées ») vient de donner le plus doux récital qui soit. Et se donner tout entier, sans réserve, presque sans pudeur. Une bonne partie de la salle est faite de ses admirateurs, de ses admiratrices souvent, fans qui connaissent leur Kisling sur le bout des doigts, sur le bout des lèvres. En cette salle petite, ça fait cercle d’amis. C’est chaleureux, c’est généreux au-delà des mots et des notes qui s’y répandent.
« Je ne suis ni prince ni charmant… » avait-il chanté en préambule, cet helvète digne d’une Pierrot lunaire, aux rares poils sur le caillou, autant que sur ses joues un poil imberbes. Un chanteur pas tout à fait sorti de l’enfance, qui fait dans la tendresse, l’auto-dérision, l’onirisme, le surréalisme. Kisling chante la vie, « ce savon liquide qui délave les humains », dans le doux, dans le grave, toujours avec grâce. Capable, dans l’instant, de chanter l’Alzheimer (L’Étranger dans la glace, très beau texte de Thiéfaine), le chien d’aveugle (celui qui fait tout tout pour vous), d’aller résolument dans la naïveté et l’optimiste en parlant des filles et de Carambar, dans la pure fantaisie aussi puis de se remettre au piano sur une séquence triste, qui nous touche…
Guitare, piano… Pas de sample, c’est plus simple : juste le renfort, parfois, d’un harmonica. Et du public qui fait chœurs et cuivres, trompettant en mesure, applaudissements en pure démesure. La classe, vraiment, d’une très grande soirée !

Le site de Jérémie Kisling.

13 novembre 2010. Étiquettes : . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 3 commentaires.

Des nouvelles de Thiéfaine…

Hubert-Félix Thiéfaine (photo DR)

Les amateurs d’Hubert-Félix Thiéfaine – ils sont nombreux – seront ravis de savoir la prochaine réédition de Jour d’orage, la biographie événement de Thiéfaine par (Jean) Théfaine, parue initialement en 2005, chez Fayard/Chorus. C’est ce que l’auteur, mon collègue journaliste et ami Jean Théfaine, annonce sur son blog : « En 330 pages, je tentais un portrait de cet artiste monumental auquel, jusque-là, hormis une monographie de Pascale Bigot, publiée en 1988 chez Seghers, peu d’ouvrages avaient été consacrés. Essentiellement parce que l’ombrageux Jurassien n’a jamais aimé ce genre d’exercice. Pour moi, il avait fait exception (…). Cinq ans ont passé. Il était temps de reprendre la bio de HFT et de la compléter. Sous le même titre, mais avec une couverture nettement plus conforme à l’image qu’on se fait de l’hombre, elle paraîtra au premier trimestre 2011, toujours chez Fayard, augmentée d’une centaine de pages. De nouveaux témoins ont accepté de venir à la barre et, surtout, Hubert lui-même m’a de nouveau ouvert sa porte. C’est à livre ouvert qu’il raconte notamment comment sa vie a basculé un soir d’août 2008, comment il s’est reconstruit, comment il repart de plus belle. »

Pour mémoire, le dernier album de l’Hubert-Félix, Amicalement blues (textes de Thiéfaine sur des musiques de Paul Personne) remonte à 2007. Il y a tout juste un an est sorti le coffret 78-88, composé des 10 albums de cette période (de Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir à Eros Über alles), en « vynil replica » (CD noir), avec un livre de 80 pages fait de documents personnels et exclusifs de Thiéfaine.

24 octobre 2010. Étiquettes : , . Biblio. 2 commentaires.

Émotions en Ville

Tant que la notoriété ne le transformera pas en évidence, il sera pour nous une bouleversante révélation. J’ai découvert Louis Ville en mai 2005, au festival Paroles et Musiques à Saint-Étienne, alors en première partie d’Hubert-Félix Thiéfaine… La dernière fois que je l’ai revu, c’était encore en cette ville, au Smoking dog, un bar où, incognito, il venait essayer, il y a deux ans déjà, les chansons de son nouvel album, Cinémas. On peut lire son portrait sur le dernier Thou’Chant.

Louis Ville (photo Pirlouiiiit – Concertandco.com)

Archive. Voix, guitare, ça peut vous paraître fade et sans relief : c’est que vous ne connaissez pas encore Louis Ville. Quitte à faire, on aurait aimé le découvrir en trio : ce sera pour la prochaine. Mais l’essentiel est là : un artiste sincère dont la voix, rugueuse à souhait (il y a de l’Arno en ce timbre, en ces caresses de mots, en cette belle violence), est habitée. Dont la voix n’est que passion qui déchire le silence, le fait fuir. Total respect pour cet homme que personne ne connaissait ici, que tous, depuis hier, tiennent en grande estime. Parce que, gueule d’amour, il crache, colère, bouscule le bien-pensant. Parce qu’il vous surprend, vous hypnotise, vous ravit, vous comble d’un talent rare, inespéré. Louis Ville ressemble à un fragile granit, mais granit quand même, pierre qui suinte, qui pleure. Il tire sur la corde des merveilles d’harmonies, des notes douloureuses aussi. L’homme est étonnant, épatant. D’emblée d’une classe que nombre de ses collègues n’atteindront jamais.

Le myspace de Louis Ville : c’est ici. Photo Pirlouiiiit – Concertandco.com

Le portrait de Louis Ville sur le webzine Thou’Chant n°6 daté de juillet 2010, actuellement sur votre écran d’ordinateur : c’est là.


3 septembre 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

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