C’est Bohringer, la nuit

Ça remonte à il y a sept ans, en octobre 2003, sur la scène du Théâtre de Cachan, dans le cadre du FestiVal de Marne. C’est Richard Bohringer, forcément la nuit…

Bohringer, "dans la jungle des rêves, d'horizons déjà taillés très larges" (photo Bruce Pierson)

Archive. C’est imprimé « concert » sur l’affiche mais, même s’il fait le chanteur, le vocable ne concerne pas trop l’acteur. Ni concert, ni récital, ni prestation d’ailleurs… Dans un trip autre, le sien, personnel et universel à la fois. « J’parais tendu, car j’essaye de garder mon énergie : ça tape très fort ! » nous prévient-il. Retour sur l’enfance « dans la jungle des rêves, d’horizons déjà taillés très larges », retour à la mère Afrique : « Il est beau, il est beau, Dieu, il est griot ! » Ça va, savane. Pieds nus, vêtu d’écru, un peu comme un bagnard, voici Richard Bohringer, chanteur qui conte, qui plaque ses mots sur l’ample résonance musicale d’ « Aventures », son groupe de scène : c’est de la dramaturgie, impliquée, rageusement spasmodique. Des mots, parfois, souvent, s’en décollent, s’unissent aux notes et font chansons. « Chaque soir, chaque concert, on ne fait jamais la même chose. Parce que j’en suis incapable. Parce qu’il faut garder le péril de son âme. C’est funambule chaque soir : pas deux fois le clin d’œil qu’on a réussi la veille. »
Bohringer est comme on le devine : vieux desperado, torrent de mots, onctueuse poésie de vie qui hémoglobine ses veines comme ses pas-de-chance. Le possible crooner est cassé, sa voix rouillée, mécanique usée de trop de tout, de toux aussi. Mais qui vous charrie des mots, des impressions, des respirations, de longues plongées en apnée dans le corrosif bain de la vie, là où « je n’fais pas d’la boxe pour donner des coups mais pour les éviter. »
« Aventures », six musiciens, est à l’exacte dimension de Bohringer : affranchi de toutes obligations, au moins en apparence. Hors la trame, les grands axes de circulation de cette ville-belle-la-nuit, c’est en liberté que les membres du groupe s’expriment, comme un catalogue de caractères qui typographie mieux que quiconque les mots errants, les mots de têtes, les mots dits de l’artiste : plein de pleins et de déliés qui délient le verbe, qui l’affranchissent. « Aventures » est enluminure qui éclaire les noires artères.
La chanson de Bohringer est autobiographie : c’est dire si elle est impliquée. « La vie, j’la gagnerai toujours, d’une courte tête. » C’est, en transe comme en transpiration, constante lutte pour et contre la vie, rage de toujours s’en sortir : « T’occupe pas des signaux, file le train, vas-y tout droit ! » L’artiste joue et se rejoue sa nocturne existence, évidemment poétique, follement romantique, entre sombre et lumières, entre Afrique et 42e rue, N.Y. ; entre Paris, cette « vieille pute », et « province et banlieue qui nous ont donné cette patate-là. »
Comme chaque fois, le spectacle est dédié à Roland Blanche et à Philippe Léotard, «mes frères», tant il est vrai que Bohringer n’est pas seul sur la scène de sa vie, et sur celles où il se produit : c’est plein de gens qui fourmillent, qui nourrissent l’émotion du chanteur-acteur. Même si la mort plane parfois, souvent, ça sent intensément la vie.

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28 décembre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. Laisser un commentaire.

Belle des chants

Il y a quelques années, Marie-Paule Belle a consacré un récital tout entier à (re)visiter l’œuvre de Barbara. Chronique de spectacle d’octobre 2002, au théâtre Albert-Camus du Chambon-Feugerolles.

Un récital, un disque : un bel hommage

Archive. « Tu aurais pu attendre un peu / Avant de partir / Que l’on se connaisse un peu mieux / Le temps de se dire / Des choses qui ne servent à rien / Mais qui font rêver… » C’est le rappel. Un titre, un seul. Marie-Paule Belle cesse de chanter Barbara : elle lui consacre simplement une chanson. Au terme de laquelle les douces et chaudes lumières de Rouveyrollis s’éteignent sur un récital de passion et de frustrations.
De passion c’est évident. Pas comme la p’tite lumière rouge à l’autel de l’église où on commémorerait le souvenir d’une disparue, non. Mais comme le plaisir d’assister à un répertoire rare, parfait, le bonheur d’entendre encore et toujours ces chansonnettes-là, parmi les plus belles pages de la chanson française.
De frustrations, oui. Car sans Pierre, ni L’Aigle noir, ni L’Homme en habit rouge. Sans Marienbad… Seule une vingtaine de titres qu’une adolescente, belle et rebelle, se met en cœur et en mémoire, sans savoir que, longtemps après, devenue chanteuse, elle les interprétera en scène, comme un lourd héritage, comme l’évidente filiation d’une idole aujourd’hui disparue.
Je, tu, il, nous, vous, ils ont aimé Barbara. D’amour, tant il est vrai qu’on ne pouvait autrement apprécier cette dame-là. Notre plus belle histoire d’amour, c’est elle. Nous allions l’applaudir à tout rompre. Un borborygme, un geste, un soupir, l’esquisse d’une chanson, même moins, et c’était déjà Barbara. Mots étêtés, voix fatiguée, souffle court, mystique démarche qui tourne derviche, tout était Barbara : l’air, l’ambiance, les pleurs et les frissons, même ces capotes qu’elle nous adjurait de porter afin que cesse le carnage…
A qui peut-on pour autant dire, sans être hué, que jamais nous n’avons vu cette Barbara dans la force de l’âge, dans la force de la scène, dans la clarté d’une interprétation audible, dans ces années fin soixante début soixante-dix, au plus fort de son inspiration, au meilleur de sa restitution ?
C’est cette période que Marie-Paule Belle nous rend dans une épure bienvenue et dans une interprétation qui lui est proche, pas forcément lointaine de l’originale. Mais différente. Avec sa propre voix, donc dans un registre vocal proche de celui de Barbara. Avec sans doute autant d’émotion, plus même car l’exercice est difficile, casse-gueule. C’est périlleux que de revisiter une icône, une forteresse réputée imprenable.
Ça donnerait envie de maintenant réinviter Marie-Paule Belle, que le public puisse ainsi connaître son œuvre en propre, qui a plus à voir avec l’émotion et la gravité de Barbara qu’avec ce cliché éculé, fatigué mais toujours vivant, d’une Parisienne que des radios fainéantes ont trop diffusé, occultant un répertoire de premier plan.

Site sur Marie-Paule Belle.

27 octobre 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts, En scène. Laisser un commentaire.

Fabulous trobadors : oh, Toulouse !

Un vieux papier de janvier 2001, à remettre au moins dans le contexte politique du moment. Chirac préside ; Douste-Blazy lorgne Toulouse qu’il emportera aux municipales, succédant ainsi à Baudis ; Pasqua fait son pastis sécuritaire… Et nos Fabulous Trobadors sont un fécond arbre à palabres ; leur concert, un régal de mots. Leur dernier album en date, Duel de tchatche, remonte à 2003.

Claude Sicre et Ange B. (photo Aude Sirvain)

Archive. Rapé pour le rap ! Il faut voir en Claude Sicre et Ange B., les deux des Fabulous trobadors, une étonnante musique à tchatche, une manufacture à mots convoquant à elle des tas d’oripeaux musicaux plutôt qu’une occitane transposition des musiques urbaines. Les Fabulous libèrent la parole : c’est le dire pour l’unique jouissance de justement le dire. Qu’importe le verbe, qu’il libère l’impro pour fêter sur scène l’anniversaire d’une spectatrice, qu’il encense l’ail puis les cachous Lajaunie ou qu’il sermonne, sentencieux, Pasqua et le locataire de l’Élysée. Aïe, ail…
Est-ce parce que l’Homme n’est plus habitué à prendre la parole qu’il la délègue à d’autres ? Eux restaurent idées et mots ! Ils le font à l’accoutumée dans les rues et sur les marchés de Toulouse. Le résultat est, ma foi, le même dans une salle de concert où le haut débit de paroles ne laisse personne bouche bée.
Oh, Toulouse ! Détrônée la gare de Perpignan, par Dali centre du monde. Toulouse est, à les écouter parler autant de la ville rose, leur ville, véritable épicentre des parleurs et des conteurs. Tout y revient pour mieux repartir en direction du public, lui-même convié à transformer sa ville en « plus beau des parks, aux mille et une attractions. » En langage Fabulous : agissez et prenez part à la vie de votre commune, exercez-y votre responsabilité. Est-ce, à six semaines des municipales, un « effet maire » comme ils disent. Toujours est-il que Baudis est bien présent dans leurs propos (No Baudis perfect) et que Douste-Blazy s’inscrit dans leurs incisives portées.
Les Fabulous sont tout sauf formatés, normalisés. Ils se disent « troubadours peu fabuleux. » Mais vous redonnent sacrément le goût de la parole. Avant eux, on ne connaissait pas. C’est, non fabuleux, simplement indispensable.

25 octobre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. Laisser un commentaire.

Pigalle : tant de choses à se dire…

Ce papier date un peu (février 1998 à Saint-Étienne) mais pas tant que ça en fait : même blindé de nouveaux titres, Pigalle, chaque fois qu’il se reconstitue, est pareil à lui-même qui, à l’image de François Hadji-Lazaro, marie instruments, publics, ambiances et émotions. Colères aussi…

(photo d'archives. Pierre Terrasson)

Archive. Voici Pigalle et François Hadji-Lazaro, silhouette monobloc, violon et archet dans la main qui d’emblée dessinent d’inquiétantes ombres perçant le rond de lumière. Voici donc ce bonhomme qui, hors l’épate, va nous sortir au gré de ses chroniques chantées tous ses instruments, un panel de rêve qui allie cornemuse et banjo, vielle, guitare et violon… ici une bonne vingtaine d’instruments, sagement disposés sur un tourniquet. Exposés, toutes proportions gardées, comme dans un tarif-album de la Manufacture des armes et cycles dédié à d’autres et musicales portées.
Qu’Hadji-Lazaro n’en prenne pas ombrage, il apparaît en sorte de père moralisateur narrant l’existence, les joies et les coups durs, en tirant des enseignements à l’usage de son public, de ses fils et filles qui composent le parterre. Lazaro ne décrit que la vie, celle de tous les jours, pas forcément belle mais pas noire non plus, loin s’en faut. Réaliste, peuplée de personnages et de scènes à la limite du banal : quartiers de Paris, souvenirs émus, jours épuisés et instants de « grande patate. » Par l’évident amour qu’il lui porte, Hadji-Lazaro nous rend attachant son univers. Et nous de nous identifier et de vivre par procuration ses itinérances, ses rencontres, ses franches colères parfois. Contre le pape notamment, accusé sans détours de crime contre l’humanité : « Le pape a dit plastique tu ne mettras pas / Pendant ce temps roule roule sida. »
Six cents personnes connaissent ici leur Pigalle sur le bout des doigts, en attente de chaque titre, comptables de leurs souvenirs et de ce qu’en fera le groupe sur scène. Le concert prend ses aises dans le temps : il y a tant de choses à se dire… Hadji-Lazaro gratifie son public de longs, très longs rappels et, in fine, deux titres emblématiques de Pigalle : Sophie de Nantes et Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs, là où « il y a deux gars tatoués qui racontent leurs souvenirs. » Le père Lazaro nous conte les siens, les nôtres communs. Ses compagnons de scène assurent. « C’est top » diront les gens. La musique rock est forte, teintée de tous ses sons sortis d’autant d’instruments qu’on ne qualifiera plus jamais de ringards.
Repu, le concert achevé, chacun quitte les lieux, va rejoindre sa vie. On doit être stationnés à la première à gauche, là, juste après la rue des Martyrs.

Le myspace de Pigalle.

13 octobre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. 1 commentaire.

Zazie, alarme citoyenne

Sort cette semaine le 7e album de Zazie, « Za7ie« , ou plutôt la compilation de 7 albums digitaux à venir : sept volumes de chacun sept titres, soit 49 chansons étalées sur sept semaines, du 27 septembre au 14 novembre. Si c’est pas une forme de com’, ça ! Ce papier est vieux de dix ans : il remonte à la vache folle, une éternité… Zazie était ce soir-là de mars 2000 sur la scène du Palais des spectacles de Saint-Étienne.

Zazie, dignité de la variété (photo DR)

Archive. Des fantomatiques musiciens aux lignes chromatiques, c’est l’image première du concert de Zazie. Et la belle endormie d’émerger alors d’un canapé. Lampadaires chinois, statue de chien et, tiens, des vaches suspendues… Quid des vaches ?
Si la chanteuse fait dans le kitsch, sa chanson est dans un ailleurs moderne. Et fort bien campée dans le franchement rebelle. S’il « faut voir des poules toutes leurs dents pour réussir », c’est de crocs dont Zazie est dotée. Culte outrancier de l’image, statut de la femme, marche du Monde… ça mord de partout ! Zazie n’est ni femelle soumise ni femme de consensus. Pas copine de Panurge assurément. Libre et indépendante, elle a une de ces façons de botter à tout va la fourmilière que c’en est réjouissant. Engagée ? Oh, ça brûle les lèvres de le dire. Pas dégagée en tous cas, résolument impliquée. C’est en ménagère que Zazie pose sur ses affiches. Pour mieux épousseter la saleté du Monde sans doute. L’électroménager contre un tank, il fallait y penser : ça vous en Bush un coin. Et Zazie d’appeler au boycott de Mac-Do (José doit aimer), de Coca-Cola aussi (Bové doit boire du p’tit lait). « De là-haut la vie est belle » chante-t-elle, pensant aux « Hommes, drôles d’oiseaux dans l’gris du ciel. » C’est pourtant les pieds bien sur terre que Zazie pourfend la connerie. Aux larmes citoyennes est, à ce titre, chanson phare, morceau d’anthologie. Puisse ce p’tit air ruiner les burqas et s’insinuer au Soudan et ailleurs. Y compris ici, de par chez nous : « Je plie sous le poids de cette moitié de femme qu’il veut que je sois » chante-t-elle en duo avec Axel Bauer, elle sur scène, lui sur écran géant.
Zazie est vigie qui pirate la variété, donnant à la chanson de superbes pages, d’exquises plages. Mille six cents spectateurs lui ont fait ovation. Pas des fans, non, pas Panurge eux non plus. De ceux qui savent le précieux de cette artiste à textes. D’une chanteuse hier en proie aux doutes, que lève la scène. « Maintenant, je sais pourquoi je fais ce métier » dit-elle à l’adresse de son public. Plus de doute donc.
Reste l’angoissante question : pourquoi ces vaches suspendues ? Eh, c’est pour évoquer la vache folle… Pas folle, Zazie !

Le site du septième de Zazie, c’est ici.

21 septembre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. Laisser un commentaire.

Lou Dalfin, grande classe

Ça fait du bien que de vivre un tel concert folk, qui plus est avec consistance et conscience. C’était il y a deux ans, dans le petit gymnese Dorian, à Fraisses, dans la Loire.

Redoutable énergie que celle de Lou Dalfin (DR)

Archive. En trempant son trad’ dans un conditionnement qui peut faire songer au rock, Lou Dalfin n’a certes rien inventé. De ce côté-ci des Alpes, tant (jadis) La Bamboche que Malicorne, tant le tutélaire Stivell que Tri Yann ont corsé, sinon corseté, depuis des lustres leur répertoire inspiré par la tradition. Reste que le bain est et reste de jouvence et que l’énergie « rock » de Lou Dalfin est entre toutes réjouissante. Si ça n’étonne pas, ça détonne et ça fait du bien. La bande de Sergio Berardo chante dans la langue de ses pères, de ses ancêtres du Piémont : « Il ne faut pas oublier ce qu’on est, témoigner de notre identité, ne surtout pas la perdre, sous peine de devenir une chair à fast-food. »
Sept musicos sont sur scène, à se partager des instruments trad’ (diatoniques, veille à roue, cornemuses, mandoline, guimbarde…) ou non (guitares, batterie, saxo…).
Chanter est clairement, pour Lou Dalfin, une forme de résistance. C’est dire que les textes sont à l’unisson. Quant bien même nous ne pratiquions ni l’Occitan courant (en fait le dialecte vivaro-alpin) ni l’Italien usuel, le mot « libertad » est assez identifiable. Leurs textes sont truffés de références historiques, événements d’où ils puisent leur légitimité, comme ces camisards qui dirent merde au roi de France, comme cette autoroute qui se voudrait perforer, défigurer, leur antre, leur bastion.
Lou Dalfin aime à se dire pirates qui ne regardent pas la terre mais l’horizon et ont « l’optimisme de la volonté. » C’est volontaires qu’ils abordent un concert, qu’ils en font un grand moment de scène. Tout n’est pas chanté, mais même quand ils vous font des rigaudons ou des bourrées, c’est encore un acte de résistance (dommage, dites-donc, qu’il n’y ai aucun danseur, aucun quadrille, dans le public !). Comme exposer ainsi le fier drapeau occitan (croix de Toulouse sur fond rouge) pour toujours dire le droit à la différence, à la richesse de toutes les cultures. A plus d’un titre, à tous les titres, ce groupe est exemplaire !

Le myspace de Lou Dalfin.

19 septembre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. 1 commentaire.

Ah, c’est Dick !

Souvenir d’il y a deux ans à peine, concert de Dick Annegarn dans la petite salle-écrin de Roche-la-Molière…

Dick Annegarn, vieille connaissance, évidente complicité (DR)

Archive. Cor et tuba à ma droite, petites percussions juchées sur un haut praticable. Et Dick, d’abord au porte-voix, s’élance. Et sa voix, à nulle autre pareille, qu’on vient confronter à nos souvenirs, frotter à Bruxelles, aux ailes meurtries de Mireille, retrouver intacte, comme au premier jour, chaude et lassive. Voilà ce grand Duduche, ce « plouc » aux propos parfois abscons, toujours alambiqués, bricolés, d’une ruralité poétique à mille lieux de notre urbanité. Un rustique à la voix-mélodie, aux phrases-mélopées, aux mots étrangement collés, bizarrement agencés. Qui, bien sûr, joue de son personnage, crayonné à la Cabu, brouillon et fantasque, différent… Qui d’une poule nous fait un œuf. D’un œuf un bœuf. C’est un grand blond, blond comme les blés torturés de Vincent : « Théo, c’est beau un tableau vivant / Théo, il faut que tu m’envoie de l’argent. » Il y a ce peintre à l’oreille coupée. Et Jacques, ce marquis dans le maquis des Marquises. Et ces gens et ces autres lieux, photographies d’un grain fin, de belle résolution, de jolie restitution. On ne vient pas à un récital d’Annegarn pour voir un très grand concert. On vient simplement dire bonjour à l’ami, prendre de ses nouvelles chansons certes. Celle de son Soleil du soir présentement. Et entendre celles qui font mémoire, faire raisonnable provision de Tchèques, frustrés que l’on sera de toutes celles quelque peu égratignées ou carrément manquant à la pelle, ces Sacré géranium et (Quelle) Belle vallée, Tourne en rond et Ubu, institutrice et autres Bébé éléphant : une part de nous, grande part de Dick.

Le site de Dick Annegarn.

18 septembre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

Travis Burki : super Ü ?

C’était à l’automne 2004, salle Albert-Camus au Chambon-Feugerolles. La soirée s’ouvrait par Ü, alias Travis Burki, alors de mode, fréquentant tous les festivals chanson, pas encore ouï de par chez nous. Ce fut notre satisfaction. Notre frustration aussi…

Le Ü d'Ümanisme (photo d'archives DR)

Archive. La voix impose, royale… On cherche, au mitan de la scène, dans le rond de lumière absent, qui peut donc nous chanter ainsi… Pas là. Non, il est sur un des flancs, debout, au clavier, chemise blanche et fine et noire cravate. C’est Ü et son Réalisme, comme une tangotante et probante déclaration d’intention (« U…manisme »), le préambule d’un concert hélas tronqué, aux chansons abdiquées à un timing trop court de première partie.
A l’écoute en disques, on lui donnerait toutes les influences du monde ; plus rien sur scène, il est Ü, il est unique. Le sait. Et nous de pressentir l’artiste de référence qu’il est en train, lentement, de devenir, le cocon qu’il est, Les Papillons qu’il sera un beau jour. Ce que d’ailleurs il chante, par un autre tango, celui des Producteurs, faune particulière : « Il est grand temps que ma création s’ébruite / Mon anonymat me pèse / Ils m’ont demandé de signer en bas de la page / En me faisant miroiter des liasses et des voyages. »
Il y a une indéniable empreinte vocale « Ü », une matrice d’écriture aussi, impliquée et décalée, filigranée d’un humour sans rire.
C’est entre pop et chanson académique qu’Ü se situe, univers bien restitué, souligné, surligné d’un violon joliment venu qui slave des sonorités d’ailleurs. « J’ai des étoiles plein les poches / A force de trop rêver… » : Travis Burki, notre Ü, rêve bien : ses mots agencés avec talent visent juste, touchent ce qu’il faut, comme il faut.
Il conviendrait maintenant de revoir Ü, en un récital plein. Car là, on ressort avec une impression confuse : à l’envie d’applaudir (à tout rompre même) se juxtapose la frustration, comme si la mayonnaise convoitée n’avait pas monté, comme si le format trop court l’en avait empêché.

Le myspace d’Ü, Travis Burki.

12 septembre 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. 2 commentaires.

La bonne mine d’Amélie-les-Crayons

En plein rédaction du Thou’Chant, je n’ai guère le temps d’écrire pour ce blog. Comme Amélie les Crayons d’ailleurs, occupée qu’elle doit être à écrire ses nouvelles et futures chansons. Ce papier remonte à l’automne 2004, à Saint-Genest-Lerpt, lors des Oreilles en pointe, la tournée Et pourquoi les crayons ?, bien avant le plus merveilleux encore La Porte-plume… Retour sur un récital féminin au-delà de tout, entre p’tites manies et ragnagnas, amour fou et tendresse pure…

Amélie-les-Crayons et son piano-coquelicots (photo DR)

Archive. C’est un piano tordu, courbe, tel un dessin de Folon. Où, comme dans un bouquin de Vian, il y pousse des coquelicots. A un moment du récital, on saura qu’il ne faut questionner ni les coquelicots ni les crayons. Il n’y a plus de pourquoi…
Voici l’Amélie, qui n’est pas de Montmartre (quoique, parfois, au détour d’une valse…) : ne nous mélangeons pas les crayons. Première chanson, c’est Jasmin tea, convivial rituel, donc. La dame est geisha, yeux bridés, très à cheval sur la gestuelle, sur l’apparence…
Ce que c’est qu’une nana, dites ! A passer des heures à se questionner devant sa garde-robes, à épier au fond de sa glace le prime soupçon, le cheveu gris, à squatter le paillasson de celui qu’elle traque sans pitié, à chanter – comme sa collègue Jeanne Cherhal d’ailleurs – ses règles : « Et dans une semaine, mon amour / J’te décerne la médaille du mérite / Pour m’avoir supporté tous ces jours / En te persuadant qu’une fille c’est cyclique. » Voilà d’la chanson sans ambages, franche et directe, qui plus est fraîche, pétillante comme un soda (light, mesdames !) qui vous libère la tête de toute matière à réfléchir, mais vous tend en miroir les menus problèmes du quotidien. C’est, appliqué à une réjouissante chanson pas cruche, la recette d’hebdos à grands tirages. Comme Cherhal, j’y tiens : toutes deux rivalisent en émulation dans cette niche agréable et tonique ; toutes deux ont une personnalité que je vous raconte même pas si vous ne les avez pas vues. C’est terrible, presque terrifiant : « Donnes-moi tes yeux, tant qu’ils sont encore amoureux / Que j’les cuisine un peu ! »
Amélie a tout pour être aimée. Une voix qui court d’harmonie, le charisme, la sympathie qui émane d’elle… Tout. Et un groupe complice : trois pitres à la contrebasse, au piano, à l’accordéon et à quelques autres trucs qui font des notes. Aux grimaces et aux gags, aux sourires… Tout en Amélie est grand bonheur !

Le site d’Amélie-les-Crayons.

7 septembre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

Émotions en Ville

Tant que la notoriété ne le transformera pas en évidence, il sera pour nous une bouleversante révélation. J’ai découvert Louis Ville en mai 2005, au festival Paroles et Musiques à Saint-Étienne, alors en première partie d’Hubert-Félix Thiéfaine… La dernière fois que je l’ai revu, c’était encore en cette ville, au Smoking dog, un bar où, incognito, il venait essayer, il y a deux ans déjà, les chansons de son nouvel album, Cinémas. On peut lire son portrait sur le dernier Thou’Chant.

Louis Ville (photo Pirlouiiiit – Concertandco.com)

Archive. Voix, guitare, ça peut vous paraître fade et sans relief : c’est que vous ne connaissez pas encore Louis Ville. Quitte à faire, on aurait aimé le découvrir en trio : ce sera pour la prochaine. Mais l’essentiel est là : un artiste sincère dont la voix, rugueuse à souhait (il y a de l’Arno en ce timbre, en ces caresses de mots, en cette belle violence), est habitée. Dont la voix n’est que passion qui déchire le silence, le fait fuir. Total respect pour cet homme que personne ne connaissait ici, que tous, depuis hier, tiennent en grande estime. Parce que, gueule d’amour, il crache, colère, bouscule le bien-pensant. Parce qu’il vous surprend, vous hypnotise, vous ravit, vous comble d’un talent rare, inespéré. Louis Ville ressemble à un fragile granit, mais granit quand même, pierre qui suinte, qui pleure. Il tire sur la corde des merveilles d’harmonies, des notes douloureuses aussi. L’homme est étonnant, épatant. D’emblée d’une classe que nombre de ses collègues n’atteindront jamais.

Le myspace de Louis Ville : c’est ici. Photo Pirlouiiiit – Concertandco.com

Le portrait de Louis Ville sur le webzine Thou’Chant n°6 daté de juillet 2010, actuellement sur votre écran d’ordinateur : c’est là.


3 septembre 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

Sardou s’ennuie ?

Michel Sardou vient de sortir hier son nouvel opus, Être une femme, provoquant déjà quelques réactions, de petits remous, juste ce qu’il faut pour promouvoir plus encore ce pourtant non-évènement. Ce papier remonte à avril 2001, au palais des spectacles de Saint-Étienne. Un beau concert, certes, mais avec la tenace impression que le chanteur s’ennuyait ferme… « en chantant ».

Michel Sardou, smoking ouvert et nœud pap’ défait (photo DR)

Archive. « Terres brûlées / Au vent / Des landes de pierre… » Sardou, smoking ouvert et nœud pap’ défait, avance sur scène comme en terres celtiques, en plein Connemara. Parti pour deux heures de récital devant un parterre fait de presque trois mille spectateurs. Titres récents ou plus anciens : il les enchaîne, traçant la scène de long en large «en chantant». Et ne fait justement que ça, Sardou, décontracté et déconcertant.
S’il chante avec puissance, bien servi par la sono et par dix-sept musiciens et choristes, il semble être en permanence détaché de ce qu’il interprète. Nulle passion, même quand il « accuse ». Accuserait-il le coup ? Rien, juste peut être quand il chante ce « garçon qui aime un autre garçon ». Et encore… Le spectacle est beau, bien fait, rondement mené. On en a pour son argent. Et ça ne passe pas. Terne car monotone, car monocorde. Pas parce que le chanteur ne sourit jamais d’ailleurs : à trop le savoir, il en sourit de lui-même. On a simplement l’impression que Michel Sardou fait son spectacle… tiens, pour une télé par exemple, invité chez Drucker, et qu’il en oublie qu’il est devant un public qui a fait la démarche d’entrer en contact avec lui : le feed-back est interrompu, rompu, brisé qu’il est par d’impressionnantes herses de lumières, des milliers de spots qui forment à eux seuls un prodigieux spectacle en autosuffisance.
Et les chansons du chanteur qui visiblement s’ennuie ? Apaisées, dirons-nous. Consensuelles. Belles dans la voix d’un Sardou qui est rentré dans le rang, qui n’est plus le trublion réac de la chanson. Quand on pense qu’il y a vingt ans, l’affaire Patrick Henry suscitait chez lui le pénible Je suis pour

31 août 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. 1 commentaire.

Le côté obscur de Ridan

Un papier fort nuancé de novembre 2005, alors publié sur L’Oreillette, l’hebdo du festival Les Oreilles en pointe. Avec, en guise de chapeau, cet avertissement : « On préférera, de loin, le disque à la scène : à ne chanter que pour ses fans, Ridan oublie qu’il est encore chanteur en développement et qu’il gagnerait à nous persuader de son indéniable talent. »

Ridan (photo DR)

Archive. Chance : c’est la dernière d’une longue tournée de cent-cinquante dates pour Ridan. Ça, le chanteur et ses camarades de scène veulent le fêter, avec faste et envie de déconner, avec toute cette salle bondée faite tant de fans que d’abonnés à la saison culturelle et de ces festivaliers en quête d’émotions nouvelles. Chacun repartira avec son idée : le concert ne fera pas unanimité.
Valse en fond, bel accordéon qui tourne, qui virevolte. Voici les musiciens, tous habillés pareil, qui viennent nous saluer : commencerait-on le spectacle en son envers, par sa toute fin ? Ça pourrait expliquer que…
Car on dit que la première chanson est toujours sacrifiée. Le temps que le public découvre l’artiste en chair et en os, ses musicos et tous les éléments qui font le concert, la prime chanson est passée. C’est dire que c’est étrange que ce soit le « tube » de Ridan, qui passe ainsi à la trappe : « J’préfère vivre pauvre avec mon âme que vivre riche avec la leur / Et si le blé m’file du bonheur, j’me ferais p’t’êtr Agriculteur. » Comme une formalité qu’il faut accomplir, comme si le succès mérité de L’Agriculteur pesait trop à son créateur, que le reste de son unique album lui était plus important, lui ressemblait plus.
Palabres sur l’Algérien qu’il est, sur les rapports aux flics, en une poésie faites de césures joyeusement dansantes : « Tu veux qu’j’te dise / Le quotidien d’un maghrébin / Quand t’as vingt ans ? » Qu’il reprendra plus tard, en un probant reggae. C’est de la pure incantation, question sans réponse. Reste qu’elle est posée.
Le propos de Ridan est toujours digne d’intérêt. Plus même. Le verbe est total engagement. Et absolue dignité : « J’voterais pour ceux qui votent la vie / Plutôt que ceux qui votent la haine. » Les artistes ne se trompent que peu, à désormais délaisser le nom du borgne au parti de chagrin pour le titulaire de l’UMP, l’épouvantail à canaille. Toutes les chansons de Ridan (la scène est l’exacte transposition de son disque) vont dans le même sens : un monde où rien n’est rose, « piège à cons tout entouré de sentinelles », mais où l’espoir subsiste quand même, une totale contrariété entre le désir et le réel : un miroir efficace dans lequel on peut se reconnaître, à plus forte raison si on est originaire des banlieues décriées.
Comme promis c’est la fête : les fans debout, massé devant la scène, le savent qui font ovation à Ridan. Le reste du public n’est visiblement pas dedans. La faute à qui ? On ne le saura pas vraiment. Mais à s’adresser uniquement à la partie acquise de la salle, le chanteur s’affranchi de la possible adhésion du reste. Qui ne viendra pas. C’est irritant.
Autant que l’est cette pénombre qui, toujours, nimbe le chanteur et ses musiciens. Les projos sont tous derrière et, lui, devant. C’est une ombre qui chante alors. La mode passera forcément, les éclairagistes reviendront un jour qui nous permettrons de fixer les artistes autrement que dans le noir : pour l’heure, c’est sans espoir.

Le site de Ridan, c’est par là.

29 août 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

Chédid, c’est tout Louis, ça !

Restons sur cet homme précieux qu’est Louis Chédid, fournisseur, Au jour le jour, en refrains dignes et mémorables. Après la rencontre, le concert. C’était en mai 2004, lors du festival Paroles et Musiques, salle Jeanne-d’Arc à Saint-Étienne.

« Si j’te disais ce que j’vois v’nir » (photo DR)

Archive. Teneur rock pour ce vétéran de l’absolue jeunesse, qui s’entoure d’un quartet audacieux, fait pour moitié de musiciens d’Aston-Villa, et s’en va énergiquement balancer sa drôle de comédie humaine. Car Louis observe le monde qu’il chronique de son chant attachant, parce qu’authentique, sans rémission, sans concession. Pas de doctes mots pour ce philosophe de bon sens, juste « deux trois choses que j’ai apprises de cette chienne de vie », du contenu, du contenant de notre pauvre monde. Mais « T’as beau pas êtr’ beau / J’t’aime comme j’t’aime. » Car c’est bien d’l’amour que ce regard attendri sur la planète. Et comme qui aime bien châtie bien… Oh, ce n’est pas du tir à vue que cet inventaire qui se dessine d’une chanson l’autre : juste un doigt pointé là où ça fait mal, là où la société tourne maboule, là où la plus élémentaire dignité oblige réaction. Sur cette télé-réalité de merde, sur cette Terre qui se dégrade, sur… Tant de maux peuvent nourrir les mots que Chédid n’est pas en peine de chansons. S’il entonne « tout passe, tout lasse, tout casse… », il ne cesse d’avoir répertoire au moins utile sinon franchement nécessaire : le citoyen-chanteur qu’il est fait œuvre de totale salubrité. « Si j’te disais ce que j’vois v’nir » lance-t-il en mémoire d’Anne, la fille martyr qui tenait journal : « Elle ressort de sa tanière / La nazie nostalgie. » Un ange passe… Émotion. Il est des mots dont on ne peut s’habituer. Tout statique qu’il puisse être en scène, Louis Chédid vibre autant que son public, avec qui il entretient tendre complicité. Au cœur de son concert, la formation est alors en ligne, en bord de scène. Convivialité renforcée, ça frère entre salle et plateau : tous sont amis, des vrais, mus d’un compagnonnage sans âge ; tous se font la belle, libérant folle énergie. Chédid est ainsi fait. Et c’est tout Louis ça !

26 août 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

La chanson et son Jules

C’est est un dont je n’ai jamais tari d’éloges même si, parfois, je ne comprends pas tout dans ses dédales de mots, ses constructions foutraques et fantasques. Ce papier remonte certes à mai 2001 mais, juré, n’a pas pris une ride…

Nicolas Jules (photo DR)

Archive. Il aurait pu triompher dans une insipide chanson médiatique. Par bonheur, il nous en invente une autre, sensible et déjantée. Faux décontracté et vrai timide, à moins que ce ne soit le contraire, le fort mignon Nicolas Jules a bien réussi, hier, son entrée dans la grande famille du festival Paroles et Musiques. Gueule d’ange, on lui donnerait le bon dieu sans confession, sans concession non plus. Pour le coup on aurait raison. Sauf qu’il bouleverserait nos sentiments et foutrait un boxon dingue dans les mots qui servent à les décrire. Jules « peut dire n’importe quoi » et du reste ne s’en prive pas. Il juxtapose des mots en se jouant de leur sonorité, les lance et constate leur rencontre, leur réponse, fait des rimes à sa manière et sécrète une inédite poésie aux très particulières règles. « Les vers ne parlent pas au bout des lignes » dit celui qui professe ne pas être ennemi du jeu de mots. L’essentiel de son répertoire parle d’amour. Avec des mots, Mesdames, inconnus à vos oreilles, délaissant là encore ceux trop usités pour créer un nouveau vocabulaire du tendre, abrupt parfois, touchant toujours : « Donne-moi ta bouche, donne-moi tes reins / Donne-moi tes os que j’les donne à mon chien. » Nicolas Jules c’est de l’impressionnisme appliqué à la chanson. Dit comme ça, ça simplifie… sauf que c’est peut-être une forme de cubisme, que rien n’est sûr avec lui si ce n’est qu’il a allumé le Magic-Mirrors d’une chanson nouvelle et fraîche qu’on aimerait entendre à nouveau. Lui est terrien, sa chanson est terrible.

Le myspace de Nicolas Jules. Aux Trois baudets, Paris, ce 27 août ; à La Talaudière (près de Saint-Étienne) le 4 septembre ; à La Rochelle le 10 septembre et à Nantes le 18 à Nantes.

24 août 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. 1 commentaire.

Un Brel peut en cacher un autre…

Un patronyme célèbre peut être sinon un passe-droit au moins un puissant accélérateur de carrière. Demandez aux charmants rejetons de notre petit Président… Demandez aussi aux enfants Souchon, Chédid, Higelin, Voulzy et autres Hallyday… Ça peut aussi, revers de la médaille, être un réel obstacle…

Bruno Brel, héritage et descendance (photo Elsa Hucki)

Lui se nomme Brel, Bruno Brel. Le neveu. Pas un qui profite de son blaze pour hanter nos lucarnes télévisuelles, non. D’ailleurs, il n’y passe jamais. Ou si peu. Mais il chante, qui plus est depuis longtemps. Depuis la fin des années soixante-dix où, comme son tonton, il fit ses classes dans un cabaret bruxellois. Avec, dès le début, un répertoire bien à lui. Et une écriture, une vraie, puissante, racée, presque héréditaire. En refusant longtemps de faire le Jacques. Puis, héritage et descendance oblige, en maillant dès 1988 ses propres récitals des chansons de l’oncle disparu.
Connaissez-vous Bruno Brel ? Avez-vous eu cette curiosité d’entendre un autre son d’un autre Brel ? Iriez-vous applaudir quelqu’un qui est Brel sans l’être ?
Peut-être pas plus que nous irions applaudir un autre Ferré, un autre Brassens, un autre Leclerc, tant ils sont uniques.
Reste que Bruno Brel l’est tout autant. Qui plus est d’une force peu commune, d’un talent exceptionnel. Il y a quelques temps de cela, mon ami Serge Féchet l’a invité dans sa petite commune de Viricelles, joli écrin d’une grande chanson. J’y suis allé, je dois dire, plus par politesse que par conviction d’un artiste que je ne connaissais pas. Seulement de nom, c’est dire.
Le choc fut rare. Car c’est Brel qui est là, devant vous. Le Brel, le Bruno, dont on tente alors d’oublier l’ascendance. Certes, il y a l’accent, les intonations qui, parfois, souvent, trahissent. Et de ces titres prélevés à l’héritage, Bruxelles et Amsterdam, Les Vieux, Ces gens-là, Madeleine… Mais il y a la part, bon poids même, du neveu, par ses chansons comme par son art, accompli, qui ne doit à personne. Et l’émotion, dont les larmes vous trahiront dès que le salle s’éclairera. Ainsi quand il évoque le génocide rwandais par une chanson presque enfantine : « Et puisque Dieu est sévère / Elle priait même pour Dieu / Et elle jetait des cailloux / Dans La Rivière Bambou. » Quand, en des accents bréliens, il évoque La Terre de Picardie comme d’autres conteraient leur plat pays… Ou quand il se permet cette chanson jamais gravée par l’oncle, Hé ! m’man, affaire de famille et femme trompée : «Et tant pis si les fenêtres jasent / Et tant pis si jasent les bourgeois. »
Brel en scène c’est lui à la guitare et son complice Martial Dancourt aux accordéons. Du sobre, de l’efficace, de l’inaltérable. De l’émotion donc. Et de l’humour, de la dérision aussi, du talent à profusion, tant qu’on se dit que c’est trop pour un seul homme, qu’il pourrait en faire profiter d’autres plus connus que lui. Et une scène totalement habitée. Une leçon pour nous qui sommes parfois entrés à reculons. Leçon qui nous dit que Brel est Brel. Et que Bruno est un de ces grands chanteurs qu’il nous faut connaître.

Le site de Bruno Brel.

22 août 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. 2 commentaires.

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