Gréco : autobiographiez-moi !

C’est une autobiographie rédigée comme un carnet de notes à prises rapides, paragraphes de deux, trois, quatre pages, rarement plus. Comme des flashs qui lui viennent de loin. Des moments de bonheur certes, mais aussi les autres qui, parfois, remontent à loin. Le journaliste que je suis entame un tel livre par devoir, parce qu’il l’a demandé et l’a reçu. Et en poursuit la lecture par gourmandise, par passion. Pour suivre cette gamine, cette jeune fille, cette adulte, dans ses blessures de vie, dont la moindre vous marquerait à jamais. L’écriture est nerveuse qui va à l’essentiel et ne s’attarde jamais. On s’imagine tout ce qui est oublié et qu’on ne saura jamais mais ce récit à ellipses vous prend aux tripes. Ça peut faire mélo mais c’est sa vie, ses deuils et ses rencontres, ses épreuves et ce siècle qu’elle vit, intensément. Un jour, on en fera un biopic, sans doute. Qui sera tout aussi passionnant, si le talent du metteur en scène rejoint celui de la chanteuse.
Au fil des pages, on croise la fine fleur intellectuelle et artistique de notre temps, de la Libération à maintenant : Jean-Paul Sartre, qui lui offre son premier texte, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Joseph Kosma, Charlie Parker, Miles Davis… Et Ferré, Brel, Gainsbourg, Aznavour qui, tous, tomberont sous le charme. Car Gréco est au croisement de tout, épicentre de la chanson contemporaine vers qui tout converge.
Chacune de ces rencontres mériterait assurément un chapitre, parfois un livre à elle toute seule. La frustration naît de là. Et s’amplifie quand s’en viennent la chanson et les chanteurs. Deux trois, au mieux quatre pages par compagnon de route, c’est souvent énervant quand on suppose tout ce que Gréco aurait pu détailler, nous révéler. Deux pages sur l’historique du Tabou, dont elle est elle-même à l’origine, c’est trop peu, pas plus grand qu’une virgule dans un paragraphe, alors que c’est de cette cave sale et encombrée que va naître tout ou partie de la légende de Saint-Germain des prés, avec tous ces gens, existentialistes ou non, qui grouillent autour de la muse Gréco, du poète Cocteau et de Vian et de sa trompinette.
Reste que ce livre est tant une bio qu’un utile repère dans le temps, dans l’histoire de la chanson, disons de Piaf à Abd al Malik, sorte d’anthologie vivante, impliquée, de la chanson, dont le guide n’est autre que la grande Gréco. Rien que pour ça, ça vaut largement l’achat.

C’est à ce jour la deuxième autobiographie de Juliette Gréco. La première, Jujube, fut publiée en 1982 chez Stock (réédition en 1993). Parmi d’autres livres consacrés à la muse de Saint-Germain-des-prés, rappelons les deux ouvrages de l’ami Bertrand Dicale : Les vies d’une chanteuse en 2001 chez Jean-Claude Lattès (prix de la littérature musicale 2002 de l’Académie du disque Charles-Cros) et Juliette Gréco : l’invention d’une femme libre, en 2009 aux éditions Textuel.

Ce livre est sorti simultanément avec le nouvel opus discographique de la dame : Ça se traverse et c’est beau, très belle thématique sur les ponts de Paris, faite de nombreuses contributions, de Marie Nimier à François Morel, de Philippe Sollers à Amélie Nothomb…

Juliette Gréco, Je suis faite comme ça, 2012, Flammarion. En vidéo, le « Déshabillez-moi » de la dame ainsi qu’un extrait de la série télévisée « Belphégor ».

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9 mars 2012. Étiquettes : . Biblio, Lancer de disque. 2 commentaires.

Randan : ces chanteurs qui se livrent

Ça vaut le coup de l’annoncer un peu en avance, ne serait-ce que pour s’organiser en conséquence. Le Salon La Chanson des Livres de Randan fête cette année 2012 sa dixième édition. Randan ? C’est un petit village de 1500 habitants, dans le Puy-de-Dôme, pas très loin de Vichy. Petit village qui, une fois par an, accueille la crème des chanteurs pour nous parler de chanson certes, mais par l’autre bout de la lorgnette, par ses livres : des autobiographies souvent, des biographies parfois, des recueils de chansons aussi.

Ainsi Nicoletta, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Valérie Lagrange, Maddly Bamy, Fred Mella, Jeanne Cherhal, Hervé Vilard, Olivia Ruiz, Allain Leprest, François Jouffa, Francesca Solleville, Hervé Cristiani, Anne Sylvestre, Leny Escudero, Kent, Serge Utge-Royo, Anne Vanderllove, Pierre Vassiliu, Armande Altaï, Emma Daumas, Gérard Lenorman et bien d’autres sont passés par là ; Ricet Barrier y venait chaque année pour y partager ses incroyables éclats de rire.

L’édition de la décennie s’organisera autour d’Isabelle Aubret et de Charles Dumont, la première pour son autobiographie C’est beau la vie parue chez Michel Lafon, le second pour son autobiographie Non je ne regrette toujours rien parue chez Calman-Lévy. A leurs côtés, pas mal d’autres chanteurs et auteurs : Leny Escudero (photo en haut), Anne Sylvestre, Remo Gary, Michèle Bernard, Michel Bühler, Jacques Bertin (photo ci-contre), ainsi que Kitty Bécaud, Ane Barrier et, entre autres, Michel Kemper, votre serviteur.

Ça se déroule les 31 mars et 1er avril 2012, de 14 à 18 heures le samedi et de 10 à 17 heures le dimanche (entrée à 2€) et c’est l’occasion privilégiée de rencontrer autant d’artistes, de pouvoir converser avec eux. Et de repartir, mine de rien, les bras chargés de livres dédicacés.

Le site de la Chanson des Livres, c’est ici.

29 février 2012. Étiquettes : , , , , , , , . Biblio, Festivals. 7 commentaires.

Le petit lit derrière le débit de Boby

Boby Lapointe devant Le Cheval d'or en 1958. On remarquera le nom des artistes figurant alors au programme de ce cabaret, tels Roger Riffard ou Ricet-Barrier (photo DR)

C’est l’histoire d’un gamin dont la maison rétrécit à mesure que la chanson prend de la voix et gagne en public. Nous sommes au cabaret Le Cheval d’Or, dans le quartier Mouffetard, Paris des années soixante, épicentre s’il en est de la chanson rive-gauche, de ses cabarets. Les parents Tcherniak dirigent celui-ci qu’ils réaménagent régulièrement, pour l’adapter aux techniques de la scène, pour gagner en jauge. Tant que l’appartement contigu ne cesse de rétrécir. Une fine paroi sépare la minuscule chambre du petit Gilles de la scène. Et chaque soir il s’endort juste derrière Boby Lapointe, Ricet Barrier ou Anne Sylvestre… Pour faire et parfaire une éducation, il n’y a guère plus original et pertinent. Les parents, eux, attendent en toute fin de soirée le départ du public puis des artistes pour installer leur sommier sur la scène, y tendre les draps pour mieux s’y endormir en artistes qu’ils sont aussi, au moins dans l’âme. Derrière la scène est ce récit de vie, haut en couleurs, cette « tranche de scène » comme dirait Nadot, cette part de rive-gauche qui nous amena tant d’artistes. C’est le regard d’un enfant, qui devient adolescent, puis militant durant la guerre d’Algérie, avant de faire des tas de boulots tels qu’éducateur, restaurateur, agent immobilier ou détective privé. Et boxeur, en amateur. Témoignage sincère, vivant, qui vient rejoindre la somme d’ouvrages sur Mouffetard, qui en écrivent l’histoire. A la différence près du « je ». Ce n’est pas un historien ou un journaliste qui écrit, là, mais bien un de ses acteurs privilégiés qui consigne ses aventures, son émotion, l’oeuvre de ses parents et son parcours. Comme jadis le livre de Georges Bilbille sur La Mouff’, la plume est à l’unisson du palpitant. Ce livre, Derrière la scène (les chansons de la vie), est paru en 2008 chez L’Harmattan, dans la Collection « Graveurs de mémoire ».
Si je parle ici de Gilles Tcherniak, c’est aussi pour parler de ce charmant ouvrage, fac-similé du recueil des premières chansons de Boby Lapointe, Les 12 chants d’1 imbécile heureux, publié par Ticha Lapointe (fille de) et Gilles Tcherniak pour le compte de l’association « Eh ! dis Boby ». Boby se lit aussi sûrement qu’il s’écoute et se chante. Et ce petit opuscule est trésor pour l’amateur qui y puisera des vers encore luisants d’incongruité fruitée.

Derrière la scène, éditions L’Harmattan, c’est ici ; pour commander le livret « Les 12 chants d’1 imbécile heureux » (5 euros + frais de port), s’adresser à : au-pays-de-boby@orange.fr – le site internet de l’association « Eh ! dis Boby » c’est là.

10 février 2012. Étiquettes : , . Biblio. 4 commentaires.

Dis ! Pourquoi tu chantes ?

J’ai souvent pensé que, sur certains journaux et magazines (je n’en citerai aucun, mais ça me brûle les lèvres et les doigts sur le clavier), une interview remplaçait avantageusement un article de fond, rédigé, où il faudrait alors penser son écrit, comprendre l’artiste, analyser son parcours, son œuvre, dégager des enseignements, profiler une philosophie. Une interview peu avantageusement économiser de tels efforts. Même mal menée, même creuse, elle offrira toujours de quoi remplir ses deux ou trois feuillets, de quoi mériter sa pige. C’est dire si je suis réticent à lire certaines interviews qui ne vous apportent rien de plus que ce que vous savez déjà. Et si cette interview est en pleine actualité, en pleine promo de l’artiste, soyez certains que les concurrents en tireront la même matière, les mêmes anecdotes, identiques confessions, au mot près.

Le Cirque des Mirages (photos Tit)

Si je vous parle d’interviews, c’est pour vous présenter ce livre, Dis ! Pourquoi tu chantes ?, tout juste sorti des presses des éditions Tirésias. Un imposant pavé de 464 pages, fait rien que d’entretiens, juste entrecoupés par d’élégants portfolios. De l’interview au kilomètre, oui, mais pas n’importe quelles interview et c’est là tout l’intérêt. C’est aller vraiment au cœur de l’artiste, dans le microprocesseur de la création, dans le mystère de l’art.
Ce gros livre succède aux deux précédents : Elles et Eux et la chanson (2008) et Portraits d’humains qui chantent (2009) chez le même éditeur. Nouveau lot d’artistes pour nouveau tome, avec, cette fois-ci : Alcaz, Batlik, Alex Beaupain, Le Cirque des Mirages, Daphné, Alice Dézailes, Féfé, Manu Galure, Alexis HK, Imbert Imbert, Karimouche, Tchéky Karyo, Mell, Sandra Nkaké, Thomas Pitiot, Oxmo Puccino et Carmen Maria Vega. Joli festin avec ces artistes qui mettent tout sur la table et s’interrogent sur le processus de création et sur leur place dans la chanson, leur rôle de chanteur.
Dois-je vous dire que ce livre, comme les deux précédents, est remarquable. Qu’ici on ne remplit pas des pleines pages de verbiage. On ausculte la chanson, on prend le pouls des chanteurs. Et on en apprend, pour mieux aimer encore ce genre et celles et ceux qui font vivre le chanson. Deux journalistes et un photographe font ce boulot-là, réconciliant ainsi le journalisme et la chanson : soyez certains que des pros de cet acabit, de cette trempe, sensibles et compétents, ne sont finalement pas si nombreux.
A s’offrir sous le sapin entre passionnés de chanson.

Michel Reynard, Véronique Olivares, Tit, Dis ! Pourquoi tu chantes ?, déc. 2011, Editions Tirésias, 30 euros.

Alex Beaupain

Extrait de l’entretien avec Alex Beaupain : « Ce genre de bouquin est sans flatterie aucune, pour moi c’est essentiel. J’ai lu énormément de bouquins et de biographies sur la chanson parce que j’ai toujours besoin de me situer dans l’histoire de la chanson, pour prendre un terme un peu pompeux. Quand j’écris et dans ce que je fais, j’ai besoin d’être un chanteur qui a de la mémoire, c’est-à-dire que j’ai besoin de citer dans mes textes ou dans ma musique, des chanteurs que j’ai aimés. C’est une façon de faire de la chanson qui me plait et c’est aussi pour ça, quand je parle, que je suis très prudent parce que, quand je lis des entretiens sérieux de chanteurs ou de chanteuses, profondément ça m’intéresse, c’est important pour moi de savoir comment ils écrivent, comment ils exercent leur métier parce que ça me nourrit. Donc c’est ce qui explique ma prudence, j’aimerais bien que ces entretiens de certains chanteurs ou chanteuses, qui ont pu m’éblouir, ne soient pas des moments où ils ont raconté n’importe quoi, un après-midi, alors qu’ils pouvaient raconter autre chose le lendemain. »

14 décembre 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , , , . Biblio. 2 commentaires.

La chanson de Paris de Jean Lapierre

Jean Lapierre, guide d'un Paris enchanté (photo DR)

Jean Lapierre est chanteur et quelque peu historien de la chanson : en fait journaliste, conférencier et écrivain. En 2005 il a publié un très intéressant bouquin sur La chanson de Paris. Une sorte de déambulation quartier par quartier, en treize itinéraires bien conçus, de tous les lieux de Paris où, de théâtricule en Palais des sports, de lieux branchés en salles de concert confidentielles,  la chanson  trouve domicile et prend ses aises. Par le filtre de la chanson, c’est une étonnante redécouverte de la Capitale. Bien sûr, on y retrouve les hauts-lieux de la chanson, ces cabarets historiques qui ont presque tous disparus, mais aussi ces chansons qui fixent des endroits (Le poinçonneur des Lilas, Les Champs-Elysées, La complainte de la Butte, Les p’tites femmes de Pigalle…), la maison ou l’appartement de tel ou tel grand (Brassens, Jim Morrison, etc.), des anecdotes (c’en est truffé), des vrais morceaux de vraies vies avec la nostalgie de rigueur et la truculence qui s’impose.
Il y a six ans, NosEnchanteurs n’existait pas, je ne vous en ai donc point parlé de ce livre. Et là, voici que le stock s’épuise, ne reste que quelques exemplaires que l’ami Jean se fera un plaisir de vous dédicacer.
Ce bouquin est préfacé par un autre parisien amoureux de la chanson : Georges Moustaki, l’auteur du Milord de Piaf et de Votre fille à vingt ans de Reggiani. Et d’une ribambelle d’autres titres qu’il a chanté un peu partout. Extrait :
« Artistes débutants devenus depuis emblématiques, la piétaille et les stars, les anciens et les prochains, toute la faune chantante est présente dans ce livre. À cette époque, j’étais plutôt auteur-compositeur que chanteur. Je me faufilais dans les cabarets et les music-halls pour y écouter mes aînés, soutenir mes confrères et proposer des chansons à l’espèce qui se faisait rare des chanteurs qui n’écrivaient pas les leurs. Cela me permettait d’être sur tous les fronts, en première ligne ou au fond de la classe. La Fontaine des quatre-saisons, La Rose Rouge, étaient de véritables institutions. Le Tabou, Le Vieux-Colombier existaient encore. J’apprenais, je scrutais, je découvrais. J’assistais à la naissance des nouveaux venus, Colette Chevrot, Pia Colombo, Joël Holmès, Maurice Fanon, Anne Sylvestre, Pierre Perret, Jean Ferrat et, plus tard, Coluche passé de la plonge aux chansons de Bruant puis à la carrière que l’on sait, Brigitte Fontaine, Areski, Rufus, Higelin disciple de Crolla jouant de la guitare dans la cuisine de Bernadette (Chez Bernadette, rue des Bernardins), Jean Yanne et son guide-chant à La Galerie 55, Henri Garcin, Batave à l’humour anglais qui distillait ses monologues au cabaret avant d’aller brûler les planches au théâtre et se frotter aux sunlights du cinéma. Au Cheval d’or on découvrait Devos, Suc et Serre, Petit Bobo (…) ».

On peut commander La chanson de Paris directement sur le site d’Aumage Editions : c’est ici. Le site de Jean Lapierre, c’est là.

3 décembre 2011. Étiquettes : , . Biblio. 1 commentaire.

Biblio : Dicale et ces chansons qui ont tout changé

Après Ces chansons qui font l’histoire paru l’an passé (chez Textuel/France-info), regroupant alors ses chroniques de l’été 2010, Dicale récidive avec un opus bien plus copieux encore, correspondant à celles de cet été : Les chansons qui ont tout changé (chez Fayard/France-Info). Bon, vous connaissez Bertrand Dicale et écoutez sans doute, les dévorez parfois, ses chroniques quotidiennes de huit minutes qui nous entretiennent d’une chanson, de son auteur et de son contexte. Gourmands que vous êtes, vous les podcastez même. Là, c’est plus fourni encore. Si la version radiophonique privilégie le son, la ou les chansons, ici, c’est normal, le texte prévaut et va plus loin encore dans l’histoire, dans l’argumentation, dans la précision de l’information. Comme si la chronique sonore était un apéro, une sorte de bande-son, un avant-goût de la démonstration.  Dans la bibliothèque idéale de l’amateur de chansons que vous êtes, ce nouveau Dicale se taille encore une place de choix : il est indispensable ! De Colchiques dans les prés à Marcia Baïla, de Maréchal nous voilà à Animal on est mal, la chanson prouve encore tant son empreinte que son importance dans l’accomplissement de nos vies.
L’argumentaire de presse :
« Parfois, une chanson change la donne, bouleverse la culture populaire, révolutionne le show business, modifie l’air du temps. Après, on ne chantera plus de la même manière, on ne chantera plus les mêmes thèmes, on ne chantera plus avec les mêmes intentions.
Rock Around the Clock révèle au grand public une musique nouvelle, le rock’n’roll ; Au clair de la lune devient une des premières chansons enfantines de notre répertoire populaire ; Love Me Do inaugure à la fois la Beatlesmania et l’entrée de l’Europe dans la consommation de masse de la pop internationale ; Osez Joséphine d’Alain Bashung est le premier grand tube français absolument inchantable sans accompagnement musical ; Zorro est arrivé d’Henri Salvador annonce le lien désormais indéfectible entre variétés et télévision, etc. Cinquante chansons (et quelques bonus tracks) qui ont toutes constitué une révolution sont à la fois l’objet de cet ouvrage et d’une série d’été quotidienne de sept semaines en juillet et août sur France Info. »

 

26 août 2011. Étiquettes : . Biblio. 2 commentaires.

Biblio : Le Brassens de Jacques Vassal

Nouveauté littéraire, parmi d’autres, sur le plus célèbre fumeur de pipe de la chanson que ce Brassens, homme libre de mon ami et excellent confrère Jacques Vassal. De tous les livres parus à ce jour sur Brassens (je suis loin de les avoir tous lus), ce travail monumental semble être le plus complet, un peu comme la biographie idéale, la somme totale. Tout, donc, sur sa jeunesse sétoise, ses frasques adolescentes (qu’on retrouvera dans Les Quatre bacheliers) et sa montée à Paris, la guerre et le STO à Basdorf, ses premiers poèmes, ses premières chansons, ses romans et le rêve qu’il nourrit d’être écrivain, ses rencontres féminines, Patachou qui le pousse sur scène à Montmartre, son succès qui le réjouit et sa notoriété qui l’accable…
L’argumentaire de quatrième de couverture tient en ces lignes :
« Histoire d’un artiste et de son oeuvre, Brassens, homme libre est riche d’éléments inédits qui viennent s’ajouter à tous ceux que l’auteur avait déjà rassemblés depuis plusieurs décennies. Témoignages à l’appui – notamment ceux de ses proches, d’amis d’enfance, de Serge Gainsbourg, d’Alain Souchon, de Maxime Le Forestier -, c’est toute l’existence de Brassens que raconte Jacques Vassal. Une vie qui tient en quelques mots essentiels : poésie et chanson, musique et écriture, amour et amitié, fraternité et liberté. Chanson, d’abord. Liberté, toujours. « Ma vraie place, disait-il, c’est quand je suis à ma table avec ma guitare et que j’écris une chanson. » De fait, sa vie a été une «oeuvre-vie», entièrement vouée à la chanson. La vie s’est en allée, l’œuvre est restée. Et plus vivante que jamais !

Jacques Vassal (photo DR)

Partout on la célèbre et on l’étudie, on la traduit et on l’interprète. Voilà Brassens chanté sur tous les continents. Dans toute la francophonie, bien sûr, mais aussi en Espagne et en Italie, en Grèce et en Suède, en Pologne et en Russie, en Allemagne et en Israël, en Algérie et au Chili, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, aux Pays-Bas et aux Antilles, en Argentine et au Japon, etc. C’est le dernier pied de nez de Brassens : grâce à lui, désormais, tous les chemins mènent à Sète ! Du moins, les libres chemins de la chanson. »

Jacques Vassal, Brassens, homme libre, 2011, Le Cherche Midi, collection « Brassens d’abord », 633 pages, 22 euros.

22 août 2011. Étiquettes : , . Biblio. 2 commentaires.

Le billet de train de Dick Annegarn…

Un joli pavé de 330 pages, assez indispensable

A cette époque-là, il avait, hasard extraordinaire, son clone de papier, croqué par Cabu : ce grand Duduche dodelinant, grand et maigre, petites lunettes rondes, jean et baskets, cheveux blonds… Pareil pour Dick Annegarn, grand échalas chantant, un peu paumé dans un monde si différent de lui. Hollandais vivant pour l’heure à Bruxelles, le jeune Annegarn prend le train pour Paris, là où « une nouvelle chanson arrivait : Higelin, Claude Nougaro, Marcel Dadi… » Dick n’envisage rien dans la chanson, ni disques ni carrière : il a juste, grand luxe, une année à perdre. Un de ses amis, ça tombe bien, a un pied-à-terre à Paris : « J’ai passé un week-end qui a duré quelques mois ». Dans la Capitale, l’excellent guitariste qu’il est reprend des standards américains, fait pas mal d’autres découvertes, s’imprègne de jazz. Et se constitue un répertoire français « pour tourner quelques mois en France » puis repartir : « Trenet chante « Madame, vous oubliez votre cheval ! », j’en ai fait « Ah ce qu’on est bien dans ce jardin ! » J’ai réalisé des commandes que je me suis passées à moi-même. La musique du refrain d’ « Ubu » est inspirée de « Valentine » de Maurice Chevalier. » Il chante ici et là et ça se remarque. Maxime Le Forestier a repéré cet olibrius et le présente à Jacques Bedos, directeur artistique chez Polydor. Nous sommes en 1973. Devant Bedos, Dick interprète Bruxelles. Silence, Bedos réfléchit. Et temporise : « On va voir… » « Comment, on va voir ? fait mine de s’insurger Annegarn. J’ai mon billet de train. Il est valable trois jours, il me faut un contrat dans trois jours, le disque dans trois mois et un contrat de trois ans, sinon je rentre à Bruxelles, ça en m’intéresse pas. » Dick bluffe : il n’avait pas de billet de train…

Peu ou prou, vous connaissez la suite. Mais sans doute pas vraiment. L’autobiographie de Dick Annegarn est en exergue de son livre « Paroles » : l’intégrale de ses presque deux-cent textes, dilués dans l’ordre alphabétique. La partie « bio » est partagée, en guise d’introduction, sous forme d’interview, avec Olivier Bailly. Et c’est passionnant, vivant, nerveux, trépidant. Il y a quelques mois, Dick Annegarn a sorti un nouvel album, « Folk talk » (toujours chez Tôt ou tard), où il retourne aux origines de son art, ses fondamentaux à lui, reprenant ces fameux standards américains. C’est dire si ce livre fait écho. Un beau livre du reste, au papier soyeux, au format sympa, pavé qui tient bien en mains. Qui donne envie de se replonger dans tout Dick Annegarn, dans ce qui est connu (Ubu, L’institutrice, Bébé éléphant, Mireille, La transformation, Le grand dînerAlbert…) bien sûr, et dans tout le reste, dans son métier de chanteur et ses ruptures, son statut qui, au fil des ans, est devenu sa stature.

Dick Annegarn (et Olivier Bailly), « Paroles », 2011, collection Ecrits aux éditions Le Mot et le reste ; le site de Dick Annegarn.

27 juin 2011. Étiquettes : . Biblio. 1 commentaire.

Le Livre en folie aux Francofolies…

Faut-il faire ici la promotion des Francofolies de La Rochelle ? Sans doute pas tant ce festival est connu. Notons tout de même qu’une manifestation de cette ampleur qui s’est permis de créer l’événement Malicorne l’an passé, et qui invite cette année Jacques Bertin au sein de sa programmation mérite toute notre sympathie. Le jour où Le Printemps de Bourges se remet à chanter en français et invite Jean Vasca, Rémo Gary en sera déjà à son vingtième Olympia et moi je serais directeur de Warner ou d’Universal, des deux sans doute…

Jean Théfaine et Hubert-Félix Thiéfaine, le biographe et son biographé (photo Françis Vernhet, Chorus)

Parmi les nouveautés de l’édition 2011, il en est une singulière, limite saugrenue : faire la fête – que dis-je, la folie ! – aux livres. Quitte à faire, à ceux qui nous parlent de chansons, qui suintent de portées et de paroles dans toutes leurs pages. Ce sont « Les Folies littéraires », chaque jour à 11 heures 30, une « variation d’auteurs sur un même thème. Initiée à St Brieuc l’an dernier autour du rock, les Francofolies de La Rochelle partagent, avec le Festival Art Rock, cette idée séduisante d’inviter des auteurs, à l’occasion de Rencontres Littéraires autour de la chanson. Chaque jour, réunis autour de Bernadette Bouvron (journaliste et pendant longtemps animatrice des cafés littéraires du Festival Etonnants Voyageurs à St Malo) écrivains et biographes débattront face au public.

Pour une fois que l’omerta ne me touche pas, permettez-moi de me vanter d’être du lot. Cette petite révolution se déroulera le 14 juillet.

Au programme des « Folies littéraires » :

12 juillet : GAINSBOURG FOR EVER avec Gilles Verlant et Loïc Picaud pour L’Intégrale Gainsbourg chez Fetjaine, Laurent Balandras pour Gainsbourg chez Textuel-RadioFrance et Philippe Maneuvre pour Rock Français chez Hoebecke ;

13 juillet : FAUSSES NOTES avec Frank Darcel pour Voici mon sang Editions de Juillet, Jerôme Soligny pour Je suis mort il y a 25 ans chez Naïve, José-Louis Bocquet pour Swing Mineur à La Table ronde et Arnaud Le Gouëfflec pour Le chanteur sans nom chez Glénat ;

14 juillet : SI J’ÉTAIS CHANTEUR JE SERAIS RIMBAUD avec Olivier Bailly et Dick Annegarn pour Paroles chez Le Mot et le Reste, Michel Kemper pour Les vies liées de Lavilliers chez Flammarion et Jean Théfaine pour Hubert Félix Thiéfaine Jours d’orage chez Fayard ;

15 juillet : HISTOIRES PARALLELES avec Pierre Mikaïloff pour Jacno chez Carpentier, Christian Eudeline pour Rock Français chez Hoebecke, Jean-Eric Perrin pour J’ai encore esquinté mon vernis en jouant le ré sur ma Gibson chez Tournon et Guillaume Kosmicki pour Free Party aux Editions Le Mot et le Reste ;

16 juillet : MUSES ET EGERIES avec Yves Simon pour La Compagnie des Femmes chez Stock (sous réserve), Alain Wodrascka pour France Gall, Muse et Musicienne chez Carpentier, Constance Meyer pour La jeune fille et Gainsbourg aux Editions de l’Archipel et Yves Borowice pour Les femmes de la chanson aux Editions Textuel.

Séance de dédicace à l’issue de chaque table ronde.

23 juin 2011. Étiquettes : , . Biblio, Festivals. Laisser un commentaire.

Dédicaces parisiennes de Michel Kemper

Photo Cathy Bistour Flammarion

Deux dédicaces parisiennes pour le livre Les Vies liées de Lavilliers le samedi 19 mars en après-midi. De 15 à 16 heures d’abord, au stand Flammarion du Salon du livre, porte de Versailles. Puis une rencontre-dédicace, de 17 à 19 heures, dans les locaux du Centre de la Chanson, dans le quatrième (24 rue Geoffroy-L’Asnier, 75004 Paris, métro Pont-Marie ou Saint-Paul, tél.01.42.72.28.99). Occasions s’il en est de se rencontrer, d’échanger deux trois mots, une poignée de mains, de causer du bouquin et, pourquoi pas, du Thou’Chant et de NosEnchanteurs…

6 mars 2011. Étiquettes : . Biblio. 3 commentaires.

Biblio : Dicale questionne Brassens

Actuellement en librairie

J’aime à ce qu’on bouscule un peu, qu’on rudoie même, ce que j’aime, ceux que j’aime.
J’aime Brassens au point de le poser délicatement tout au sommet de la chanson, en son point culminant. Mais pas de l’idolâtrer. Brassens m’est simplement un copain du quotidien, mon Jiminy Cricket à moi, coffre de trésors et catalogue des ressources à la fois. Par bonheur je n’ai pas bien le sens chrétien et ne bave devant personne ni le béatifie, le canonise. Saint et Brassens ne se conjuguent pas en moi, sauf à l’oral, pour parler des petits seins de Margot où va se réfugier son chat : « C’était tout c’qu’elle avait, pauvrette, comm’ coussin… »
Même pas idole païenne le père Brassens, juste un repère important de bon sens, de bonté, de malice, de poésie aussi.
Qui saura me dire tous ces artistes qui, pour une chanson, pour tout un disque ou pour la totale, se sont mis en bouche Brassens, se sont mis à la pipe pour à leur tour faire tabac ? Ils sont quasi innombrables. Pour la plupart avec un respect, une révérence, qui confine au religieux même et surtout quand ils entonnent La Nonne.
Aussi nombreux sont les bouquins de toutes sortes qui fleurissent souvent, et particulièrement aux anniversaires de notre trépassé. Tous aussi révérencieux, tous plus ou moins réussis, avec leur lot, souvent maigre, de révélations qui, chaque fois, font reluire plus encore la statue du commandeur.

« C’était tout c’qu’elle avait, pauvrette, comm' coussin… » Dessins (des seins ?) de Dany (extrait du livre "Brassens", 1989, Éditions Vents d'Ouest)

Là, non. Bertrand Dicale vient à son tour d’écrire son ouvrage sur Brassens. Qui s’intitule simplement Brassens ?, avec un point d’interrogation qui, forcément, change la donne. Dicale va à contre-courant, se donne le mauvais rôle, celui du méchant, s’en va titiller la douteuse sainteté dont on a affublé Brassens et énerver « brassensologues » patentés et docteurs es-brassensologie, confrérie au sein de laquelle mon estimé confrère ne se fera pas que des amis. Passionnant parfois, irritant aussi, ce livre toujours bien écrit (c’est du Dicale) est une respiration bienvenue dans une débauche d’idolâtrie, consensus lassant d’un artiste devenu, malgré lui, le plus officiel qui soit, presque pris la main dans le corsage de notre Marianne nationale. D’où vient Brassens ? Quelles sont ses sources ? Quelle est sa morale ? Est-il vraiment de gauche ? Est-il vraiment si antireligieux ?… Dicale se pose des questions et tente d’y répondre. Et se poser des questions, c’est déjà ça.

Brassens ?, Bertrand Dicale, 2011, 279 pages, Collection Pop culture, Flammarion.

5 mars 2011. Étiquettes : , . Biblio. 1 commentaire.

Biblio : le Thiéfaine de Théfaine

Aux éditions Fayard, 437 pages

Les fans d’Hubert-Félix Thiéfaine se délecteront (en quasi simultanée de la sortie de Suppléments de mensonge, seizième album du chanteur) de la réédition, revue et (bien) augmentée, de la biographie de référence qu’est Jours d’orage, de son presque homonyme Jean Théfaine, dès aujourd’hui sur les étals des libraires.
Il faut être d’une complicité sans pareille entre biographe et biographé pour accoucher d’un tel livre, qui va fouiller dans la mémoire de l’artiste pour retracer fidèlement, avec une rare précision, un tel itinéraire. On est dans la totale confidence ; on frôle souvent l’intime. On le savait, bien sûr, depuis la parution de la prime version de cet ouvrage, en 2005, à l’époque dans une coédition Chorus-Fayard : ce luxe de détails qui ne s’inventent pas, ces précisions quasi millimétrées qui posent les balises, avant mutation, d’une œuvre rare en chanson, constante, cohérente, singulière, sans trop de racines (quoique…), sans avant et sans apprêt. L’Hubert-Félix n’est pas homme de grande confession et ne se livre bien souvent que par ses silences et ses chansons, labyrinthes et jungles à la fois, quasi surréalistes. Là, tout y est, ou peu s’en faut, trousseau de clefs pour entrer dedans, mieux comprendre encore l’artiste, nos pas pile dans les siens, dans la galère comme dans la (recon)naissance, en cet itinéraire unique du plus célèbre inconnu de la chanson, « l’exemple même de l’artiste qui s’est imposé au sommet sur la durée, en dépit du silence des médias, télévisés notamment, qui l’ont toujours trouvé trop décalé. »
Rien à dire sur la qualité de l’ouvrage : c’est du Théfaine à la cime de son art, ancien de Ouest-France et pilier de Chorus, plume respectée du métier. À lire cet ouvrage, on sait plus encore pourquoi. Rien à voir avec les stakhanovistes de la bio : lui à pris le temps, et d’abord et avant tout celui de la confiance et de l’amitié, pour tirer les vers et le portrait de l’HFT. Le résultat est impressionnant.

Le journaliste et biographe Jean Théfaine, quasi homonyme de son sujet (photo DR)

On sera notamment stupéfait par ce chapitre, forcément nouveau, délicat et douloureux entre tous, sur cette récente période où Thiéfaine fut à deux doigts de nous jouer définitivement la fille de l’air, à défaut de celle du coupeur de joints : cette tentative de suicide, cette cure de désintoxication relatée ici dans son plus simple vécu, la volonté de guérir, de se reconstruire, de s’affranchir à tout jamais de tout alcool, Entre trois grammes et cinq heures du matin.
L’ouvrage touchera les fans mais pas qu’eux. Il nous rend proche un chanteur qui, dans le dédale de ses mots, la luxuriance et la folie de son verbe, peut nous sembler lointain. D’un autre planète presque. Là, dans ces quatre cent et quelques pages, c’est l’humain qui s’invite.

23 février 2011. Étiquettes : , . Biblio. 3 commentaires.

Les Vies liées de Lavilliers

En librairie ce 10 novembre.

Ce n’est certainement pas l’auteur qui est le plus à même de chroniquer son œuvre. D’où mon embarras… Paraît en librairies ce mercredi 10 novembre un livre singulier, biographie non autorisée de Bernard Lavilliers : Les Vies liées de Lavilliers, chez Flammarion. J’en suis l’auteur. Sans se perdre dans la nuit des temps, le genèse de ce livre est lointaine, six ans et demi déjà que Fred Hidalgo, fondateur de Chorus et directeur de collection chez un autre éditeur (le livre a été à l’origine une commande des éditions Chorus-Fayard), m’a encouragé à m’atteler à ce travail qui devait être, collection oblige, un livre écrit à quatre mains : Lavilliers et moi. Beaucoup de temps et d’aventures éditoriales, d’avancées, de reculs, d’attentes, d’enthousiasme et de contrariétés aussi, la rencontre avec la belle équipe de Flammarion, tout ça pour en arriver à ce livre-là… Que vous lirez sans doute.
En voici le texte de la page 4 de couv’. Ça peut vous en donner une juste idée :
« Entre rêve et réalité, Bernard Lavilliers a plus d’une vie. Il existe en conséquence plusieurs manières de le raconter. On peut s’enfoncer avec lui au plus profond de la jungle amazonienne, se ganter de boxe, croupir dans d’infâmes geôles, se la jouer Borsalino… Ou, plus sagement, retrouver les traces d’un jeune homme dont l’ambition n’a d’égal que son talent. D’un chanteur qui, fardé pour l’éternité d’une palpitante légende, s’imposera comme un des géants de la scène et le restera.
Ce livre est un choc et fera débat. Ce n’est pas l’histoire officielle, mythographie mille fois imprimée, qui y est racontée : c’est l’envers de la légende. Longue enquête de plus de six ans qui démêle le vrai du rêve, de l’usage du rêve, où, pour la première fois, nombre de ses compagnons de route racontent leur Lavilliers, ce livre révèle la part d’ombre d’un artiste qui s’est inventé un nid pour y accoucher d’une œuvre majeure.
Après long silence, la légende s’entrouvre enfin, mettant en lumière un personnage digne des plus beaux romans. »

Sans que ça prenne le pas sur la vie quotidienne de ce blog, je compte revenir sur cet « événement » éditorial, à mesure des premières réactions et de l’actualité liée à la vie du livre. Je compte aussi sur vous, si toutefois vous étiez lecteur de cet ouvrage, pour m’en faire l’utile retour.

Michel Kemper, Les Vies liées de Lavilliers, Éditions Flammarion ; 400 pages, 20 euros.

On trouve ce livre un peu partout : le commander à votre libraire si besoin. Vente par correspondance sur les sites habituels. On peut aussi le commander directement à l’auteur, qui se fera le plaisir de le dédicacer à votre (pré)nom. Prix : 24 € (dont 4 € de frais de port). Pour tous renseignements : michel.kemper@laposte.net

6 novembre 2010. Étiquettes : . Biblio, Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 11 commentaires.

Des nouvelles de Thiéfaine…

Hubert-Félix Thiéfaine (photo DR)

Les amateurs d’Hubert-Félix Thiéfaine – ils sont nombreux – seront ravis de savoir la prochaine réédition de Jour d’orage, la biographie événement de Thiéfaine par (Jean) Théfaine, parue initialement en 2005, chez Fayard/Chorus. C’est ce que l’auteur, mon collègue journaliste et ami Jean Théfaine, annonce sur son blog : « En 330 pages, je tentais un portrait de cet artiste monumental auquel, jusque-là, hormis une monographie de Pascale Bigot, publiée en 1988 chez Seghers, peu d’ouvrages avaient été consacrés. Essentiellement parce que l’ombrageux Jurassien n’a jamais aimé ce genre d’exercice. Pour moi, il avait fait exception (…). Cinq ans ont passé. Il était temps de reprendre la bio de HFT et de la compléter. Sous le même titre, mais avec une couverture nettement plus conforme à l’image qu’on se fait de l’hombre, elle paraîtra au premier trimestre 2011, toujours chez Fayard, augmentée d’une centaine de pages. De nouveaux témoins ont accepté de venir à la barre et, surtout, Hubert lui-même m’a de nouveau ouvert sa porte. C’est à livre ouvert qu’il raconte notamment comment sa vie a basculé un soir d’août 2008, comment il s’est reconstruit, comment il repart de plus belle. »

Pour mémoire, le dernier album de l’Hubert-Félix, Amicalement blues (textes de Thiéfaine sur des musiques de Paul Personne) remonte à 2007. Il y a tout juste un an est sorti le coffret 78-88, composé des 10 albums de cette période (de Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir à Eros Über alles), en « vynil replica » (CD noir), avec un livre de 80 pages fait de documents personnels et exclusifs de Thiéfaine.

24 octobre 2010. Étiquettes : , . Biblio. 2 commentaires.

Biblio : le Ferrat de Pantchenko

On a tous son propre Ferrat, au sens où nous avons tous une histoire, un souvenir, une émotion qui nous relie à Jean Ferrat, bien souvent à l’une ou l’autre de ses chansons.
Mon plus lointain souvenir à moi, le plus fort aussi, c’est ma maman à moi, qui aimait plus que tout entendre La Montagne parce que ça parlait d’un HLM : « il faut savoir ce que l’on aime / et rentrer dans son HLM… » Comprenez que c’était son rêve, pour quitter le taudis pourri de la rue des fossés où elle et ses six gosses vivaient entassés, où les jours d’orage elle installait de ci de là casseroles et seaux pour recueillir cette pluie qui tombait chez nous, sur nous, sur la table comme dans nos lits. Un jour, Colette, ma sœur aînée, est venu nous chercher à l’école – je devais être en grande section maternelle je crois – et, étrangement, nous n’avons pas pris le même chemin pour rentrer à la maison. La route, forcément à pied, me semblait longue. Arrivés, nous sommes entrés dans ce grand et bel immeuble, cet appartement tout nu, qui serait pour longtemps notre maison, place du 8-mai 1945 à Bar-sur-Seine. L’eau y coulait chaude dans le lavabo, les vitres sentaient encore le mastic, les plinthes la peinture. Tout était à meubler et la vie à ré-inventer. C’était notre HLM, comme celui de la chanson. Maman n’a jamais voulu entendre, comprendre les propos de Ferrat, elle ne pouvait pas : elle l’avait tant rêvée « son » HLM, tant économisé, sous après sou, pour la caution ! Nous y étions. Et des années durant, nous avons mangé, un dimanche sur deux, du poulet aux hormones… C’est dire quand La Montagne passait à la radio, respectueux silence, comme un hymne à notre nouvelle vie !
Il y a plus de cinq ans, sur son lit de mort, j’ai chanté à Maman cette chanson-là. C’était la sienne, même pas un malentendu. Qui plus est Ferrat était le chanteur de ces petites gens, de cette môme de Saint-Ouen, de tous les sacrés Félicien… Et de ma maman. De tous ces gens qui en ont eu, comme vous, comme moi, le cœur gros quand Ferrat, à son tour, s’en est allé.

Daniel Pantchenko (ci-dessus, photo Francis Vernhet) doit avoir, lui aussi, des tas d’histoires, passées et récentes, le reliant à Ferrat. Mon collègue de Chorus, qu’on connaît pour sa rigueur, pour son soucis de l’extrême précision, nous fait revivre le chanteur, courir sa vie sur près de six cents pages, de ses premières scènes, notamment celle en 1954 en levée de rideau d’Aznavour à L’Échelle de Jacob, jusqu’à cette fin d’hiver 2010, à Antraigues-sur-Volanne. Une somme, dit-on. C’en est une, livre qui longtemps fera référence. C’est la vie d’un homme, couchée sur papier, nimbée de respect. C’est son œuvre aussi, disséquée, analysée. Un livre utile, pour comprendre plus encore l’importance du bonhomme et ce qu’il nous laisse.
Daniel Pantchenko, Jean Ferrat « Je ne chante pas pour passer le temps », 570 pages, 2010 Fayard.

4 octobre 2010. Étiquettes : , . Biblio, Chorus. 1 commentaire.

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