Hélène et le garçon

par Catherine Cour

Elle le dit avec humour pendant son tour de chant : « Je ne fais pas des « reprises » ! Ça, c’était ma mère, lorsque j’avais troué mes chaussettes ! »
Hélène, elle, s’habille des mots des autres (parfois aussi des siens) et elle les décore, les orne, les réinvente, leur redonne une nouvelle jeunesse, une nouvelle actualité, un nouvel éclairage. Comme un mannequin qui sait présenter et mettre en valeur les robes imaginées pour d’autres femmes par les grands couturiers.
J’ai sûrement dû faire, moi aussi, ce genre de réflexion idiote ! Un « vrai » chanteur se devait d’être auteur (si possible également compositeur) et les « reprises » ne pourraient jamais égaler l’interprétation originale. Eh oui ! J’ai été jeune et bête, un peu sectaire, un peu snob et pleine de préjugés… Je ne suis plus si jeune et j’espère avoir un peu mûri, avant de me résigner à devenir tout à fait blette ! Mes oreilles, ma sensibilité se sont habituées à ne plus seulement entendre, mais aussi à écouter.
Et puis j’ai subi mon lot d’auteurs-compositeurs qui auraient eu tout intérêt à trouver des interprètes… et apprécié des interprètes qui arrivaient à sublimer les chansons des autres, à faire oublier le créateur ou à apporter un nouvel éclairage à la chanson qu’ils décidaient de s’approprier. J’ai appris à apprécier ce décalage par rapport à mon « patron », cet ajout de matière qui n’appauvrit en rien l’original.
Tous les « repreneurs » n’arrivent pas à ce résultat, malheureusement ! N’est pas Piaf, Barbara, Brassens, Brel ou Serge Lama qui veut ! (Je ne cite pas ces noms par hasard : ce sont tous des spectacles que je suis allée voir récemment et dont je suis sortie avec l’impérieux besoin de foncer réécouter l’original !)
Avec Hélène Grange, pas de souci ! Vous pouvez ouvrir vos yeux et vos oreilles : c’est du grand art ! Elle prend les textes de Brigitte Fontaine, de Juliette, de Juliette Gréco et elle les fait siens. Elle bénéficie pour ce larcin de la complicité de Michel Sanlaville à la contrebasse ou à la guitare.
Le thème de ce spectacle (chansons écrites par des femmes, ou pour des femmes) permet à Hélène de proposer des auteur(e)s connu(e)s (Anne Sylvestre, Michèle Bernard, Rémo Gary, Barbara, Véronique Pestel…), et d’autres moins connu(e)s (Marie Zambon, France Léa, Jeanne Garraud, Noah Lagoutte, Claudine Lebègue, Élisabeth Ponsot, Jean-Baptiste Veujoz…). À deux ou trois exceptions près (essentiellement les Brigitte Fontaine), je connaissais presque par cœur toutes ces chansons. Eh bien j’en ai redécouvert certaines, sous un nouveau jour, un nouvel éclairage, un nouvel habillage musical. Hélène a choisi de mettre l’accent sur des mots, des idées que je n’avais pas forcément perçues dans la première « version » de la chanson.
Ce genre d’exercice m’intéresse et m’amène souvent à me demander si je serais capable d’en faire autant. Re-créer sans plagier, sans copier servilement. En respectant la lettre mais en changeant parfois l’esprit… Pas partout, pas sur tout, pas tout le temps. Il ne faut pas que ça devienne un jeu de massacre : tout changer sans but, juste pour le plaisir de modifier. Découdre entièrement la robe ne garantit pas que celle cousue avec ses morceaux soit réussie ! Il faut savoir se servir de l’ossature tout en apportant ça et là sa touche personnelle. Parfois juste un ornement, parfois davantage…
C’est ce que réussit parfaitement Hélène Grange. Elle renoue en cela avec une tradition qui n’a été bouleversée que depuis une cinquantaine d’années et qui voulait que les chansons n’appartiennent pas à un unique interprète. Elles pouvaient être « reprises » par des dizaines d’autres chanteurs et certaines versions avaient davantage de succès par un « repreneur » que par le créateur ou l’auteur lui-même !
Et puis, discrètement, Hélène présente aussi ses propres textes qui méritent d’être découverts : elle sait être à l’aise « Dans tes habits » (musique de Clélia Bressat-Blum), ou « Femme de peau » qui nous aide à être bien dans la nôtre, et dans nos fringues à nous !

Le prochain concert d’Hélène Grange, c’est un concert « chez l’habitant » à Bourg-en-Bresse… et puis des ateliers d’écriture ou de chant à Arras, Autrans… Le myspace d’Hélène Grange, c’est ici.

Un mot sur l’association qui propose des spectacles à Rians, dans le Haut-Var : animée par Hubert Dufour, luthier passionné de musique, l’association « Le chant de la Terre » s’est donnée la gageure de programmer « toutes » les chansons, toutes les musiques, sans exclusive… ce qui donne une grande ouverture sur le monde, sur les diverses cultures sous toutes leurs formes : contes, pièces de théâtre, concerts. Les spectacles sont à découvrir et l’association est à soutenir absolument !

27 avril 2012. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 3 commentaires.

Berry… Mademoiselle ? Non ! Madame !

par Catherine Cour

Pendant que certains se désolaient devant leur télévision de l’indigence du palmarès des Victoires de la musique, nous étions quelques centaines à découvrir le tout nouveau tour de chant de Berry… et, franchement, à mon avis, c’est nous qui avions fait le bon choix !
Son premier CD, Mademoiselle, lui avait valu un portrait « à suivre » et une pleine page dans le Chorus n°63 (printemps 2008), assortie des éloges de Bertrand Dicale. Le deuxième, Les passagers (dont la sortie est prévue le 23 avril) aurait sans doute été « à l’affiche », tant il tient les promesses du premier.
Ce spectacle, au Train-théâtre de Portes-lès-Valence, a ravi tout le public. Certains avaient déjà pu admirer l’artiste il y a quatre ans, lors de son premier tour de chant. C’est un des intérêts de la programmation de cette salle : fidèle, subtile, intelligente, accessible. Passionné de chanson et à l’écoute du public, Luc Sotiras accompagne les jeunes artistes qu’il pense « intéressants », et il sait à quel moment intervenir pour proposer une scène et un public tout en chaleur humaine.
Berry est accompagnée, entourée par cinq musiciens-virtuoses (de gauche à droite sur la photo du groupe : Jean-Baptiste Cortot (Batterie), Julien Baril (Clavier), Éric Sauviat (Guitare), Côme Aguiar (Basse) et Lionel Dudognon (Guitare, harmonica…) qui savent mettre en valeur sans la couvrir la voix chaude, douce et sensuelle de la chanteuse.

(photos Catherine Cour)

Les musiques du jazzman Manou et les textes de Berry s’harmonisent parfaitement. L’interprète se fait moins « désinvolte », son inspiration se fait moins contemplative que pour ses débuts. Berry s’est enrichie d’expériences, elle entre davantage dans l’action tout en gardant sa fibre poétique.
Une grande partie de ses textes est centrée sur le départ, le voyage, la découverte (de soi, des autres, de l’ailleurs…). Nous embarquons avec elle sur des rythmes parfois intimistes, folk, rock ou country… j’ai même trouvé des réminiscences de Serge Gainsbourg, sur certaines musiques et dans certaines phrases… et puis de très beaux textes, sobres, intéressants.
Les amis qui m’accompagnaient et moi avons étés séduits par le spectacle et marqués par quelques chansons (« Les mouchoirs blancs », par exemple, sont de toute beauté). Mes chanteurs « à textes » ne m’ont pas habituée, ailleurs que sur les disques, à une telle richesse instrumentale. J’ai même eu un peu peur, en entrant dans la salle et en voyant le plateau occupé par tous ces instruments ! (mes tympans se sont difficilement remis d’une récente soirée avec Jeanne Cherhal). Mais là, tout est doux, bien que très rythmé, très musical.
La chanteuse est belle* (ça n’est pas indispensable, mais c’est agréable !), sa voix tendre et satinée nous séduit et nous incite à partir faire un bout du voyage avec elle. Je ne saurais trop vous recommander de la suivre, de « Partir léger » pour « Voir du pays » avec elle. Sa tournée ne fait que commencer. Surveillez ses dates et si elle passe près de chez vous, n’hésitez pas : allez la voir. Elle mérite d’être entendue !

Le site de Berry, c’est ici(*) Note du Rédac’chef : pour autant, on ne confondra pas Berry avec Belle du Berry  (de Paris Combo), autre artiste dont NosEnchanteurs est tout aussi friand…

15 mars 2012. Étiquettes : . Catherine Cour, Lancer de disque. 2 commentaires.

Portfolio : Michèle Bernard

par Catherine Cour

Côté artiste ou côté spectateur, côté Cour ou côté jardin, la création d’un spectacle est toujours une grande aventure. Quand de surcroît l’artiste s’appelle Michèle Bernard, c’est un évènement ! Il m’est impossible de séparer son répertoire destiné aux « enfants » de celui pour les « adultes ». Tous ses textes apportent une vision de la vie, une réflexion compréhensible, quel que soit l’âge de l’auditeur.
Ce nouveau spectacle, dont le thème principal est « les cinq sens », est conçu pour être abordable par tous. Chacun y trouvera le niveau de lecture, de compréhension, adapté à son âge ; toutes les générations devraient en ressortir enchantées. La vue fait partie des cinq sens et ce spectacle, vivant et coloré, se prête à merveille à une illustration par la photo… avant de pouvoir aller le découvrir « pour de vrai » !

5 mars 2012. Étiquettes : . Catherine Cour, Portfolio. 2 commentaires.

Martine Scozzesi, chanson de parole en Provence

par Catherine Cour

Martine Scozzesi (photo F-X Emery)

Je l’ai déjà dit, il y a très peu de chanteurs « à textes » et de salles proposant régulièrement cette programmation dans le Sud-est. Il ne doit pas être facile pour des chanteurs « peu médiatisés » de trouver un public et des lieux de spectacles quand on habite cette région. Il en est de même, d’ailleurs, quand on est spectateur !
Je connais quelqu’un qui s’y produit régulièrement et que les habitués des stages de chansons de Barjac ou de Saint-Julien-Molin-Molette connaissent aussi : Martine Scozzesi. Citer ces deux villages place déjà Martine dans la mouvance des « grandes » auteurs que sont Michèle Bernard, Anne Sylvestre et toute leur « famille » spirituelle.
Elle est auteur-compositeur-interprète et reprend, bien entendu, des chansons de tous les noms que je viens de citer (et d’autres comme Véronique Pestel, Rémo Gary, Gilbert Laffaille, Juliette, etc.). Mais surtout elle écrit et compose ses propres textes. Ils ne dépareraient pas s’ils étaient interprétés par tous ces « grands » (ça leur arrivera peut-être…) et lorsqu’elle les chante, de sa voix un peu grave, intimiste, chaude et bien timbrée, en s’accompagnant à la guitare ou avec le soutien de musiciens, sur des mélodies simples et entraînantes, des rythmes variés, c’est de toute beauté !

En bonne compagnie (photo Catherine Cour)

Bien sûr, il faut bouger un peu pour avoir le plaisir de la découvrir. Que ce soit chez l’habitant, à Aix-en-Provence, dans un théâtre à Sainte-Tulle (04) ou, comme il y a quelques jours, à Marseille, dans une petite salle à quelques mètres de l’Hôtel de Ville et du vieux Port : le Tabou. Martine était accompagnée par deux nouveaux compagnons de route : Riton Palanque, accordéoniste qui joue également dans le « Ioanes Trio » et le pianiste Samuel Péronnet. Tous deux n’hésitent pas à faire les chœurs, sur certains morceaux. Leur virtuosité n’a d’égale que leur humour et la visible chaleur avec laquelle ils entourent la chanteuse. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à l’apprécier (la salle était pleine, ce soir-là) si j’en crois la chronique du Bistro blanc, à Paris : « Elle fait partie de ces chanteuses qui ont une étonnante présence sur scène. Chacune de ses chansons est un lien qu’elle tisse avec le public au rythme de ses émotions. Les mots qu’elle choisit pour le dire sont tendres, engagés, drôles ou tristes, mais jamais inutiles. Ce récital intimiste, riche et coloré, est porté par une artiste généreuse qui sait s’entourer de musiciens de talent. À découvrir ou à revoir absolument ! »
Et justement, pour la revoir ou la découvrir, elle est en train d’organiser le samedi 24 mars, à Manosque, au théâtre Jean le Bleu, une soirée « Cabaret métèque » qui va rassembler, autour de Michèle Bernard, des talents aussi variés que ceux des groupes « Ioanes Trio » ou « Joulik » et Martine elle-même.
Ça s’annonce comme une fort belle et éclectique soirée. Attention : elle va débuter à 19 heures… ne manquez pas le début ! Rendez-vous le 24 ?

Le myspace de Martine Scozzesi, c’est ici.

28 février 2012. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 3 commentaires.

Anne Sylvestre, juste une femme ?

Alice Dézailes (photo Catherine Cour)

par Catherine Cour

Il est des moments magiques au temps arrêté, qu’on voudrait pouvoir revivre encore et encore. Des moments suspendus entre bonheur et excitation, plénitude et sérénité. Comme cette fraction de seconde qui s’écoule entre le départ de la flèche de l’arc et son arrivée en plein cœur de la cible. On sait en la lâchant qu’elle va toucher son but. On est avec elle, notre souffle la porte et l’accompagne… le temps s’étire comme dans un film au ralenti.
Samedi soir, à Rives, Anne Sylvestre a offert à son public un de ces moments hors du temps où, tel Guillaume, elle a réussi à atteindre, d’une seule flèche, les quatre cents cœurs réunis par « Chansons Buissonnières 38 ».
Samedi 28 janvier, c’est Alice Dézailes qui s’est avancée en première partie, comme en repérage. A interpréter des chansons de grands auteurs (Rémo Gary, Allain leprest, Alain Nitchaeff, Jacky Hangard et Pascal Mathieu) toutes mises en musique par Romain Didier, se les appropriant d’une voix limpide, se lâchant sur une improvisation, le temps d’un scat. Ses deux guitaristes la soutiennent, la mettent en valeur comme dans un écrin : Pierre Le Gourriec sur des rythmes flamenco, Sonia Konaté davantage jazz. Tous deux s’entendent à merveille pour habiller chaudement la voix d’Alice.

Nathalie Miravette et Anne Sylvestre (DR)

Le temps d’un entracte et Nathalie Miravette s’installe au piano. Entrée d’Anne Sylvestre pour son récital Au plaisir. J’aime la complicité de ces deux femmes. Nathalie n’est pas que pianiste, accompagnatrice, orchestratrice et choriste. Elle est aussi la partenaire d’Anne. Elles se comprennent d’un regard, s’accordent dans un sourire, se soutiennent d’un geste et la joie de constater que règne cette harmonie s’ajoute au plaisir d’écouter Anne chanter ses chansons et me met à l’unisson de ces deux artistes.
Pourtant, j’ai vaguement senti une tension s’installer crescendo. Les sourires d’Anne étaient un peu retenus, les dialogues plus brefs, même si les chansons s’enchaînaient à la perfection. Et puis la surprise est arrivée d’un coup, vers le milieu du récital : Anne s’empare de quelques feuillets posés sur le piano, cherche le soutien du regard de Nathalie, lance un « faut y aller ! » et commence à chanter un texte d’une beauté saisissante ! Fort et poignant comme j’en ai rarement entendu, si ce n’est, déjà, dans sa bouche. Les mots me frappent en plein cœur et des phrases s’y gravent. Je ne connais pas le titre qu’Anne a donné à cette chanson, mais j’en ai imaginé plusieurs : C’est pas grave, C’est pas un drame, C’est juste une femme. Chaque couplet décrit des situations que les femmes doivent parfois vivre, subir au quotidien. Dans mon souvenir (et je demande à Anne de m’excuser si je modifie ses paroles, mais ce sont les phrases qui restent dans ma mémoire), la chanson débute par :
« Petit monsieur, petit costard / Petite bedaine / Petites saletés dans le regard / Petites fredaines / Petites ventouses au bout des mains / Comme des limaces / Petites crasses / Il n’y peut rien si elles ont des seins / Ça n’en fait pas un assassin / Mais c’est pas grave / C’est juste une femme / C’est juste une femme à saloper / C’est pas un drame / C’est juste une femme… »
La chanson continue, peuplée de mains baladeuses : petits patrons, petits chefaillons, petits professeurs, petits curés, petits docteurs… Et toujours ce refrain : « Mais c’est pas grave / C’est juste une femme / C’est juste une femme à humilier / C’est pas un drame / C’est juste une femme… »
C’est sous un tonnerre d’applaudissements qu’Anne termine cette chanson, avec cette conclusion : « Ne croyez pas que j’en sorte indemne, moi non plus ! » Ouh ! Je frémis encore en y repensant.
Une grande respiration, un soulagement visible d’avoir franchi le pas, et le récital reprend. Anne et Nathalie sont plus sereines : le grand stress de la création, la montée d’adrénaline qui précède la première interprétation publique est passée. C’est maintenant le bonheur et le soulagement, la joie d’avoir pu partager.
Puis, à la toute fin du spectacle, c’est l’ovation, debout, des quatre cents spectateurs. L’hommage pendant de longues minutes du public conquis à une auteure d’exception. Anne et Nathalie reviennent, saluent, repartent… et à nouveau ces regards échangés, complices, leurs sourires. On la fait ? Oui !
Anne repart vers le piano, prend une nouvelle feuille… et c’est le deuxième cadeau de la soirée, autre chanson inédite ! Je n’en crois pas mes oreilles ! Le titre ? Il pourrait être : Je n’ai pas ou L’embellie… j’aime bien le mot ! C’est une chanson plus optimiste. Anne dévide la liste des choses qu’elle espère bien n’avoir pas encore vécues pour la dernière fois. Liste universelle, intemporelle. C’est un don du ciel d’être capable de décrire, avec des mots simples, les sensations, les sentiments que tout un chacun peut ressentir sans, pour autant, pouvoir les exprimer aussi efficacement. Et dès qu’on entend le texte, on se dit « Mais, oui ! Bien sûr que moi aussi, je ressens ça, j’espère ça… tout comme elle ! » C’est ça, sa force : nous pousser à exprimer nos sentiments, nous aider à mettre ses mots sur les maux de notre vie, prendre notre main et nous accompagner sur son chemin de mots qui devient aussi un peu le nôtre.
Des bribes de ses phrases tournent encore dans ma mémoire. En fermant les yeux, j’entends sa voix résonner à mes sens :
« Je n’ai pas dit mes derniers mots d’amour / […] / Je n’ai pas fait ma dernière folie / Dernière danse devant les précipices / Le grand écart juste avant l’embolie / Mais il fallait attendre la secousse / Et l’embellie / […] / Je n’ai pas fait ma dernière marelle / […] Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour / Quand il viendra l’aurez-vous entendu / S’il échouait dans votre arrière-cour / Tâchez au moins qu’il ne soit pas perdu. »
C’est fini ! Il n’y aura pas d’autre nouvelle chanson après celle-là. Et c’est déjà si beau, si bien. C’est bien, aussi, que ce cadeau si précieux de deux créations ait été fait à l’occasion d’un spectacle organisé par une association aussi dynamique, efficace et impliquée dans la promotion de la chanson que l’est « Chansons Buissonnières 38 ». Ça n’est que justice !
Et puis se dire que c’était un spectacle d’une immense artiste, mais que chaque jour il peut être donné d’assister à des moments aussi intenses, ici ou là, là où se produisent des artistes du spectacle vivant. C’est là où il y a du partage et de l’émotion. C’est là qu’on se croisera sûrement.

(Quelques nouvelles, au passage, de NosEnchanteurs. Si le blog avait franchi en décembre dernier son record historique en dépassant les 20 000 connexions, il a doublé la mise en janvier 2012 avec 41784 connexions sur l’ensemble du mois soit près de 1 350 connexions par jour, auxquelles il convient d’ajouter les presque 350 abonnés du blog. Merci pour votre fidélité)

1 février 2012. Étiquettes : , . Catherine Cour, En scène. 12 commentaires.

Mathilde Braure, tout à fait oui

La Mathilde est revenue ! (ph. Cat Cour)

par Catherine Cour,

Vous ne me connaissez pas encore assez pour savoir que j’ai un fort faible pour les belles voix féminines, les ACI « de paroles » et les accompagnements à l’accordéon… Une bonne partie de mes chanteurs favoris rentre au moins dans une de ces trois catégories, voire toutes ! Alors, chromatiques ou diatoniques, je craque pour les femmes à bretelles !
L’été dernier, je compulsais le volumineux programme du festival off d’Avignon lorsque je suis tombée sur un titre aguicheur (pour moi !) : « Accordéons nous ». Le nom de la chanteuse m’était totalement inconnu… Mathilde Braure ? Jamais croisée. Mais le texte de présentation se terminait par « spectacle parrainé par Presque Oui », et ça, pour moi, c’était déjà un gage de qualité, si j’en avais eu besoin.
J’ai donc risqué mes oreilles dans une petite salle, pas vraiment comble, et j’ai été accrochée par la personnalité, l’humour, la tendresse, la gouaille, l’autodérision de Mathilde. Ses réflexions à l’emporte-pièce, ses textes pleins de vie, de bon sens et de poésie m’ont fait passer cette heure vingt de spectacle comme s’il n’avait duré que cinq minutes.
Je me préparais à acheter trois ou quatre CD à la sortie de la salle, ce que l’âge de la chanteuse me laissait présumer… eh bien non ! J’ai pu acheter le badge « Accordéons nous » et souscrire au futur CD de Mathilde. En échange de ce soutien, je me suis vu offrir un CD 4 titres (l’explication de ce cadeau inhabituel vaut son pesant de cacahuètes. Autant que les commentaires sur la vie quotidienne au camping ou les explications sur le décor de la scène, luxueux tout autant qu’imaginaire !)
Depuis cet été, grâce à une mailing liste discrète mais efficace, je reçois régulièrement des infos sur les spectacles de Mathilde (souvent au nord de Paris ou en Belgique… mais j’espère bien qu’elle descendra un jour dans le Sud), sur l’état d’avancement du CD, le nombre des souscripteurs. C’est sympa !
Et puis j’ai un peu fouillé sur le net pour en savoir plus à son sujet : Mathilde Braure, c’est aussi la blonde accordéoniste qui forme avec Mathilde Delannoy, la brune percussionniste, le groupe des Belles Lurettes. Vous entendez également sa voix en duo avec Presque Oui sur Sur le balcon du disque Peau neuve. Tout ça fait un peu peu pour justifier une chronique sur NosEnchanteurs. Le texte en serait encore resté longtemps à l’état d’envie si je n’avais reçu, il y a quelques jours, un mail de Mathilde et un lien pour une vidéo très « amateur », mais qui donne une petite idée de la prestation de la dame.

Alors je me suis dit que ça vous donnerait peut-être envie de rejoindre l’actuelle presque centaine de souscripteurs du futur CD. J’espère seulement qu’il ne faudra pas attendre une trop belle lurette avant de le recevoir ! Le myspace de la dame, c’est là.

4 janvier 2012. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 1 commentaire.

Les mille et une nuits de Michèle Bernard

Par Catherine Cour

Ça se nomme « Les nuits de la chanson » et se déroule tous les ans, en fin novembre au Domaine d’O, à Montpellier.
Cette année, les deux nuits étaient programmées le vendredi 25 et le samedi 26 novembre, début à 19h30, tellement le plateau était fourni ! Depuis trois ans que Michèle Bernard y invite des artistes à l’accompagner dans ses « Cartes blanches », les heureux habitants de Montpellier et de sa région avaient déjà pu (re)découvrir, sur scène, Entre 2 Caisses, Évasion, Jeanne Garraud, Rémo Gary, Juliette, Allain Leprest, Katrin’ Wal(d)teufel. Il y avait même eu la visite-surprise d’Anne Sylvestre, un soir d’émotions partagées, de bonheur et de larmes aux yeux…
Cette année, la dernière de ces « Cartes blanches » (chacun espère que le contrat amical liant le Domaine d’O à Michèle Bernard sera renouvelé) fut un feu d’artifice de jeunes chanteurs. « La relève » selon Michèle. Ces jeunes pousses de la famille de la chanson vivante, celle qui s’exprime en bon français, qui aime, rit ou pleure, revendique, conteste, proteste, chante ses rêves… Il y avait du monde sur scène, du talent, des talents multiples. Et la joie d’être là, ensemble. De partager un moment de bonheur collectif, si rare dans ce métier de solitaires. Les atomes crochus se sont crochetés, les voix accordées, des personnalités complétées : la « mayonnaise » a pris, osmose partagée.
C’est Michèle Bernard, discrète mais présente tout au long de la soirée, qui présentait chacun de ses invités. Elle était le fil rouge de cette nuit magique, accompagnée par les deux musiciens-chanteurs que sont Sandrine de Rosa et Michel Sanlaville (Michèle travaille avec eux sur un nouveau spectacle, concept « multi-générations », qu’elle va créer pendant tout février 2012 au théâtre Antoine Vitez à Ivry). Plus tard dans la nuit, nous allions même avoir la primeur de deux de ses nouvelles chansons.

Ane Sila et Michèle Bernard (photos Catherine Cour)

La nuit a débuté avec la lumineuse présence d’Anne Sila. Cette jeune femme rayonne littéralement de joie et de chaleur humaine. Nous l’avions déjà admirée à Prémilhat. Elle cumule les talents de chanteuse, d’auteur-compositeur et de violoncelliste. Et possède une voix d’une rare pureté, un rythme qui s’exprime aussi bien sur le jazz que sur les chansons « classiques », en français. Elle ose scatter sur le Göttingen de Barbara d’une façon telle qu’on se demande pourquoi diantre Barbara ne l’avait pas fait avant ! Et puis ses propres compositions sont à découvrir absolument. « En live » pour l’instant… en espérant qu’un disque voie bientôt le jour…
Coko lui succède. Il reprend des chansons de son premier cédé mais il en interprète aussi de son tout nouveau, Vivant spectacle. Il y prouve son éclectisme de chanteur « écolo-engagé » et de tendre poète, comme dans Le papillon et ma sœur :
Un papillon s’est posé
Moi, je n’ai jamais osé
Sur ton visage arrosé
De larmes
Jeune fille de quinze ans
Accepte un peu ce présent
Qui nous dit, en se taisant
Tes charmes
Liz Cherhal vient, elle aussi, de publier un nouvel album. J’ai adoré l’humour (noir) des Panneaux blancs et des autres chansons qu’elle a interprétées avec une présence, sur scène, un aplomb qui attire la sympathie et l’adhésion du public… et pas que du public ! Nous avons vécu, à Montpellier, la naissance de quelques duos (peut-être éphémères, mais qui sait ?). Le premier composé de Liz Cherhal et de Thibaud Defever (Presque Oui). Ces deux-là se sont complétés à merveille. Sketches improvisés, évidente complicité dans l’humour et le dialogue musical. Tous les spectateurs ont visiblement apprécié le spectacle, si j’ai pu en croire les applaudissements nourris ! Un autre « couple » qui m’a semblé bien fonctionner, c’est celui composé par Lily Luca et la même Liz Cherhal. Les chœurs assurés par Liz et Anne sur une ou deux chansons des chansons de Lily étaient ébouriffants !
L’entracte est venu ensuite. Trop vite, à mon goût. Jusqu’à ce qu’en sortant de la salle, je voie, déjà installés sur un petit podium monté dans le hall d’entrée, Michèle Bernard elle-même et ses deux musiciens. Ils nous ont offert quelques chansons, dont deux nouveautés extraites du prochain spectacle de Michèle, Sens dessus dessous, qu’elle va créer au théâtre Antoine Vitez d’Ivry en février 2012. Pendant ce temps, la direction du Domaine d’O nous régalait de châtaignes grillées et d’une dégustation de vins du pays. Que demander de plus ? Ragaillardis par cette collation, nous étions prêts à continuer pour la deuxième partie une nuit si bien commencée
De retour dans la salle, c’est Elsa Gelly qui nous attendait sur scène pour nous offrir une partie de son prochain spectacle, comme à Prémilhat : voix seule, a capela. La chanson dépouillée, réduite à l’essentiel mais la voix d’Elsa lui insuffle une telle richesse, une telle vie, une telle intensité qu’elle en rend superflus les accompagnements musicaux habituels. Il faut oser ce tête-à-tête entre le texte et la voix. L’exercice ne tolère aucune faute, aucune approximation, aucun fléchissement dans la concentration. C’est comme une gravure, une aquarelle peinte en direct : pas de repentir possible, pas de correction, pas d’appui sur la musique. Ici, chaque note est forgée devant nous, chaque mot, chaque geste, chaque regard devient dialogue entre le spectateur et l’artiste. Elsa a tenu et gagné son pari une nouvelle fois. Et, pour une fois, je ne dirai pas que j’attends le CD avec impatience. J’espère qu’il existera, bien sûr ! Mais je sais qu’il ne pourra pas rendre la présence et l’intensité de ce spectacle « vivant », ô combien ! Il fait partie à mon sens, des spectacles à admirer en direct et en live…
Le suivant sur scène était Presque Oui, et il a su faire preuve d’une belle maestria avec sa guitare pour nous ramener du monde enchanté d’Elsa. Il y est parvenu, avec ses chansons poétiques ou pleines d’humour et de dérision (et même les trois à la fois !). Pour lui aussi, son dernier CD, Ma bande originale, sorti début 2011, a déjà été chroniqué ici. Je ne vais pas recommencer : je suis tout à fait d’accord avec ce qui en a été dit ! Il se produit trop rarement dans le Sud, mais pour l’avoir déjà croisé à quelques reprises (dont un mémorable co-plateau autour des chansons de Boris Vian, à Vauvert, en compagnie de Clarika, Kent, Yves Jamait, Agnès Bihl, Serge Utgé-Royo, Bernard Joyet, Anne Sylvestre…) je sais déjà que je vais me régaler le 7 avril, quand il se produira à Venelles (ou le 14 avril, à Lambesc) !
Pour nous mener au bout de la nuit, c’est Lily Luca qui avait été choisie. J’imagine que c’était elle, la benjamine de la soirée… mais je n’en suis pas vraiment sûre ! Et puis, qui s’en soucie, quand le talent est partout au rendez-vous ? Pour elle aussi, un nouveau CD est en vente depuis peu… Je l’avais déjà entendue à deux reprises (dont une sous le chapiteau de Barjac en 2010, où elle avait également suivi l’atelier d’écriture d’Anne Sylvestre) et sa présence dans l’association des « Zondits » me laisse à penser que cette jeune femme va monter haut ! Elle n’est pas aussi Fragile qu’un de ses titres semble le dire. Je la sens plutôt solidaire de La Margot, qui fait baver tous les nigauds en ondulant devant eux… et ça, « Faut faire avec ! » Il faut d’ailleurs la voir et l’écouter, même sans les chœurs de Liz Cherhal et d’Anne Sila (mais ça sera peut-être moins rigolo… encore que… ?)
Et puis toute la troupe des invités est revenue nous chanter en chœur quelques chansons dont un très émouvant Le temps de finir la bouteille. Michèle, visiblement émue, a évoqué la présence d’Allain Leprest qui était son invité pour la dernière des nuits de 2010. Et puis les jeunes, « la relève », ont également chanté quelques chansons de Michèle, bouclant la boucle d’une nuit que je recommencerais volontiers pendant quelques années encore, tant le plaisir est grand d’entendre tous ces chanteurs, ces musiciens ! Qu’ils soient talents confirmés ou « jeunes pousses », ils ont (nous avons) tous en commun l’amour de cette chanson d’expression française, l’amour du spectacle vivant et ce sont de telles soirées qui nous confortent dans ces choix. Puissent les responsables du Domaine d’O (et ceux d’autres lieux qui pourraient proposer de telles programmations) entendre mon vœu… Comme c’est bientôt Noël, puissent-ils l’exaucer !

PS : Oui ! Je sais ! Ce texte est beaucoup trop long et le rédac’chef doit encore être furieux… mais, comprenez, ils se sont mis à sept pour nous enchanter ! Je ne pouvais pas faire plus cour(t)… Lisez-le en sept fois, s’il le faut… Cat.

6 décembre 2011. Étiquettes : , , , , , , . Catherine Cour, En scène. 3 commentaires.

Anne Baquet, on ne s’en lasse pas

De passage au off d’Avignon, en juillet dernier, Catherine Cour nous a entretenu d’Anne Baquet. C’est au tour d’une de ses amies, Felice Olivesi, de revenir sur cette artiste pour le compte de NosEnchanteurs.

Anne Baquet, lors de son précédent spectacle, en février 2010, déjà au Théâtre du Ranelagh (photo Pascale Angelosanto)

La dernière fois que je suis allée au Ranelagh, à Paris, c’était pour voir Les enfants du Paradis. J’étais alors en troisième. Je ne me souvenais pas de ce magnifique décor de bois sculpté ! Même sans spectacle, ce théâtre vaut à lui seul le coup d’œil.
Pas longtemps. Le noir se fait et le rideau s’ouvre sur une immense silhouette, dans la pénombre de la scène. Une voix off, profonde, avenante, celle des contes de Noël (Jacques Frantz), nous raconte le début de l’histoire, tandis que notre héroïne nait devant nos yeux attendris, sous les injures de sa mère…
« Elle était une fois… » est une histoire complète, égrenée par les chansons. Anne Baquet voltige entre tous ses personnages, avec une incroyable force d’évocation. On a l’impression d’avoir une foule sur scène, bigarrée qui plus est… On suit l’héroïne à travers le temps et les lieux : une chambre d’enfant, un concert de rock (« Jaaaason !! »), les cours de théâtre, de danse, de chant, les planches de Deauville…
Le spectacle m’a totalement fascinée, comme le précédent. Difficile à expliquer. Il y a à la fois énormément de générosité et de délicatesse. Une façon de raconter les choses en regardant les faits droit dans les yeux, et en laissant les émotions suivre en conséquences imprévues. Ces émotions qui arrivent sans prévenir n’en sont que plus fortes ! Les épisodes de la vie de l’héroïne sont drôles et poignants, difficiles mais enthousiasmants, ridicules et attendrissants… Le cœur tourbillonne dans tous les sens avec les personnages de l’histoire. Et la mayonnaise prend.
Le public est proprement emballé par une artiste qui sait très bien nouer les rubans autour d’une salle entière. Peu à peu, les applaudissements semblent plus encourager l’héroïne, vaillante artiste en devenir, que féliciter la chanteuse accomplie qui l’incarne… Nous sommes dans l’histoire jusqu’au cou. On y est bien.
C’est toujours un peu triste quand ça s’arrête, non ? … alors reprenons-en une petite part !
Le pianiste, Damien Nédonchelle, du genre « flegmatique exalté » (mais si ! ça se peut) est ab-so-lu-ment génial. Bien sûr, il ne fait pas que jouer du piano : il chante, il danse, il montre un entrain joyeux à gambader autour du piano… il est… divin !
Anne Baquet est plus fée que jamais. D’un geste léger, d’une étincelle dans le regard, d’un mouvement du pied, elle crée ses personnages, plus solides que le réel, devant les yeux émerveillés des spectateurs. Les oreilles de ces derniers s’émerveillent tout pareil au(x) son(s) de la (des) voix qui sortent du joli gosier de notre chanteuse (mais combien sont-ils, là-dedans ?). Des trémulations de la chanteuse russe arrosée de vodka aux douces intonations de l’enfant qui s’endort, Anne Baquet, l’air de rien, fait ce qu’elle veut de sa voix, et en « rit, de se voir si belle… » !
Rythme, virtuosité, rires et serrements de cœur, temps suspendu en plein vol…. il y aussi tout ça dans le spectacle. Le tout est enveloppé dans les élégantes lumières de Jacques Rouveyrollis, qui ponctuent phrases et apparitions de personnages avec beaucoup d’efficacité.
C’est tous les vendredis et samedi à 19h, et les dimanches à 11h30, jusqu’en mars prochain.
Qu’en dire d’autre ? Ah oui : j’y retourne !

Felice Olivesi.

(vidéo d’un précédent spectacle au Ranelagh)

30 novembre 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 1 commentaire.

Elsa Gelly, la chanson à nu, à nulle autre pareille

Elsa Gelly, vendredi 28 octobre 2011, 5e Rencontre de la Chanson francophone, ferme de la Ganne,

Par Catherine Cour,

Elsa Gelly, la chanson dans tous ses états...

Comment est-il possible de faire tenir autant de talent dans une si petite pièce, d’une si petite commune ? Et pourtant…
Pour moi, Elsa Gelly fut d’abord, il y a quelques années, ce spectacle solo sur des textes pleins d’humour de Vincent Rocca. Puis sa voix sur deux CD des « Grandes gueules » et des spectacles en Avignon. Et cette soirée émouvante, un soir de Janvier 2011 à Saint-Martin d’Hères, pour le Leprestissimo monté par Gérard Morel, avec Hervé Peyrard, Romain Didier, Katrin’ Wal(d)teufel et Elsa Gelly. Ce soir-là, Allain était dans la salle, ému, et il est monté sur scène interpréter deux titres avec la troupe. Formidable souvenir !

(photos Catherine Cour)

Ce vendredi à Prémilhat, Elsa nous a proposé l’ébauche d’un nouveau spectacle restant à finaliser. C’est déjà de toute beauté. Là, cet espace réduit, cette toute petite de la scène du domaine de la Ganne, est devenu l’actuel et provisoire épicentre de la chanson vivante, par cette performance physique et vocale impressionnante : voix nue, pieds nus, Elsa se met à nu et reprend a capela des chansons connues ou moins connues du répertoire de variétés (A bout de souffle et Vie, vie, violence de Nougaro, Allumez le feu d’Hallyday, Joyeux Noël de Barbara, Nu de Lesprest, L’amour est une forteresse de Fugain, Fils de et Morts les enfants, de Brel et de Renaud, finement imbriqués…). L’émotion est présente du début à la fin. Interprétations très personnelles, revues par la sensibilité de l’artiste et servies par une voix claire, pure, aguerrie par des années de chansons jazz ou de variétés. Son travail sur la voix, sur les textes, sur l’occupation de l’espace physique et sonore, Elsa le condense, le concentre, l’épure, avec une économie d’effets visuels qui maximise le poids des mots et l’impact des émotions.
L’ébauche va évoluer, jusqu’à devenir un spectacle. C’est un beau brouillon, une superbe étape dont nous venons d’être les témoins privilégiés. Le public des « Cartes blanches à Michèle Bernard », les 25 et 26 novembre prochains, au Domaine d’O, près de Montpellier, va pouvoir en juger : Elsa y est programmée et je ne manquerai pas ces soirées pour un empire ! Nous nous y retrouverons, nombreux.

30 octobre 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène, Festivals, Rencontre de Prémilhat. Laisser un commentaire.

Emma, clown et chanteuse, extra et lucide

De notre envoyée spéciale Catherine Cour, Istres le samedi 24 septembre 2011,

Ça faisait un moment que je désirais voir un spectacle d’Emma la Clown, en entier. Je l’avais vue et entendue chanter cinq minutes sur le dévédé n° 1 de « Tranches de scènes » consacré à Anne Sylvestre. Fort jolie voix… Certes, le bouche-à-oreilles des collègues de Barjac est élogieux à son sujet, mais je ne sais pas si j’aurais fait quatre heures de route pour aller la voir si…
Si je n’avais pas, d’abord, pu la croiser « pour de vrai » à l’Européen, à Paris, le 22 janvier dernier. Elle était une des quatre invitées d’Anne Sylvestre et j’avais hérité du rôle de son « faire valoir » ! D’une cornemuse en pièces détachées aussi, et de l’envie irrésistible de voir ce que cette nana pouvait raconter si on lui laissait un peu plus de temps ! Je viens d’en avoir la preuve : elle est pleine de ressources et d’invention ! On sent qu’elle s’éclate à dialoguer et à improviser avec le public
J’avais repéré depuis longtemps ce spectacle, à Istres. La scène du théâtre de l’Olivier s’était déplacée, ce jour-là, jusqu’à la plage de la Romaniquette, au bord de l’étang de Berre. Il faisait beau, pas trop chaud, avec juste ce qu’il faut de vent pour qu’on se sente bien.
Mais que venait faire cette caravane juste en plein milieu de la plage ?
Une centaine de chaises étaient posées devant, en arc de cercle. Sur le sable, un grand tapis, des coussins sur lesquels on nous incite à aller s’asseoir (les adultes ! pas les enfants : Emma est un clown pour adultes, ne confondons pas !). J’ai évité le premier rang, ayant encore en mémoire le spectacle parisien !
Le public commence à s’installer… la fenêtre de la caravane s’ouvre et Emma dirige la manœuvre, la commente. Quand elle estime que tout le monde est là… Bing ! La cloison de la caravane s’ouvre, se déploie et le plateau est dévoilé. C’est le salon d’une voyante extra-lucide tel qu’on l’imagine. Emma occupe tout l’espace, y compris et à s’y choisir une « cliente » pour prédire son avenir. L’heureuse élue bénéficie de toute l’attention d’une vraie voyante extra-lucide, de cadeaux, de conseils destinés à rendre possible ce qu’Emma a détecté dans son futur : l’arrivée d’un prince charmant moderne qui lui apprendra ce qu’est vraiment l’amour et transformera sa vie. Que ce futur radieux soit conditionné par le port d’un sachet de tisane contre la peau ou d’un collier « magique » autour du cou ne sont que des inconvénients mineurs et temporaires.
Je ne vais pas dévoiler le reste du spectacle, les gags, les jeux de mots, les personnages qui interviennent, les effets spéciaux, les truquages… Je vais juste vous dire qu’Emma est drôle, qu’elle sait rebondir et tirer profit de tous les mots échangés avec le public. On sent qu’elle maîtrise l’art de l’improvisation, du spectacle de rue. Un moment chanté permet de constater qu’elle pourrait sans difficulté basculer du côté obscur de la Force et devenir « chanteuse » à temps complet.
Mais certainement que l’attrait du dialogue, de l’imprévu est trop fort pour lui faire abandonner sa carrière de comédienne-actrice-danseuse-chanteuse-metteur en scène-mime…
Je ne m’en plaindrai pas !
Elle propose en parallèle un tout autre spectacle : une conférence qu’elle donne en duo avec la pédiatre et écrivain Catherine Dolto. Les vidéos des extraits du spectacle, sur son site, ont l’air jubilatoires. Je compte d’ailleurs bien aller jubiler avec elles le 12 novembre à Cavaillon !
Et si votre route vous amène à croiser la caravane d’Emma, un conseil : suivez-la et faites halte avec elle sur une place, un bout de chemin, une plage, un champ… et demandez à Emma de prédire votre avenir. Je ne suis pas voyante extra-lucide pour deux sous, mais je peux vous prédire que vous ne le regretterez pas ! D’ailleurs je me suis bien juré que la prochaine fois que ça m’arrivera, je m’installerai au premier rang. Des fois qu’Emma me choisisse comme sujet d’étude !

14 octobre 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 2 commentaires.

Merlin l’enchanteuse

Par Catherine Cour

Michèle Merlin, la chanson est sa vie (photo Laboratoire Alpi'n)

Profession ? Chanteuse ! Chanteuse « de proximité », chanteuse « de piano-bar », chanteuse « pour noces et banquets », chanteuse « d’animations », chanteuse « d’orchestre »… Mais d’abord et avant tout chanteuse, chanteuse, chanteuse !
Ils et elles sont des centaines, des milliers peut-être, à chanter tous les soirs dans la France entière, encore plus loin des médias que tous les chanteurs « de paroles » dont nous sommes friands. On les croise par hasard, dans un restaurant, une discothèque ou sur un podium de fête de la musique. On ne connaît pas leur nom, on ne sait pas où les revoir si on en a envie… Alors je vais vous parler d’une de ces « anonymes » : mon amie Michèle Merlin.
Elle n’a pas de CD à vous vendre à la fin des deux, trois ou quatre heures de son tour de chant, et pourtant elle peut interpréter plus de six cents titres dans une douzaine de langues. Elle n’écrit pas, ne compose pas : elle « reprend » les succès de maintenant ou d’hier, les chansons de variété, les airs d’opéra, les valse-musette, les airs de jazz… Elle chante tous les répertoires : Édith Piaf, Barbra Streisand, Jean Ferrat, Ella Fitzgerald… comme des chansons de Zaz ou de Juliette (je ne désespère pas de lui faire rajouter un jour Anne Sylvestre ou Michèle Bernard à son répertoire).
Elle chante et c’est tout ce qu’elle aime faire !
Elle est cigale jusqu’au bout de la voix, fille du sud et du soleil, voix chaude et tempérament de feu, pour mettre l’ambiance dans les soirées qu’elle anime. Cigale, vous la rencontrerez surtout l’été (l’hiver, elle est prof de chant) à la terrasse d’un restaurant ou dans le salon d’un casino, sur le podium d’un bal public ou chez des amis qui fêtent le mariage de leur fille. Et vous resterez stupéfaits par la souplesse, la force, la douceur, l’amplitude, la chaleur de sa voix.
Même si vous avez l’habitude d’aller écouter des récitals de chanteuses lyriques (de celles qu’on dit « à voix », comme si celles « à textes » ne chantaient pas bien !), vous serez émus, bouleversés, enthousiasmés par les sensations que peut faire naître la proximité d’une telle interprète, l’impact de sa voix à quelques mètres de vous.
Michèle fait dans la performance d’un soir, dans l’éphémère. Pas de studio d’enregistrement, pas de magnétophone, pas de caméra pour figer l’instant de grâce fugace, la note qu’elle cisèle et qu’elle tient… tient… tient… Vous emporterez juste le souvenir ébloui d’une voix unique et de l’interprétation très personnelle d’airs que vous croyiez connaître et que vous (re)découvrirez, grâce à elle. L’exercice est parfois périlleux : le principe du piano-bar, c’est de répondre immédiatement aux demandes des convives. Ils peuvent donc vous faire passer d’une chanson lyrique du style « Porgy and Bess » à une autre qui déménage dans les graves (genre Zucchero – « Baila morena ») et revenir à un répertoire plus classique comme celui d’Édith Piaf ou de Barbara avant de s’emballer sur « Chasing pavements » d’Adele.

Chanter sur toutes les scènes de l'existence (photo Catherine Cour)

« Mais avec une voix comme la sienne, pourquoi n’est-elle pas davantage connue ? Pourquoi ne la voit-on pas à la télévision, ne l’entend-t-on pas à la radio ? » Parce qu’elle a fait des choix de vie, que son côté « cigale » lui a fait refuser des opportunités lucratives qui l’auraient sûrement fait connaître, mais l’auraient aussi éloignée des siens. Elle assume ses choix sans amertume et partage généreusement avec son public et ses élèves son amour de la chanson sous toutes ses formes.
Elle n’a pas choisi le côté le plus facile du métier de chanteur. Après plus de trente ans de carrière, elle connaît encore, parfois, les galères des jeunes chanteurs pour trouver des contrats fiables lorsque les restaurants de la Côte d’Azur ferment à la fin de la saison, lorsque le bouche-à-oreille l’oublie, quand le propriétaire d’une salle décide de changer ses plans en dernière minute.
Mais elle a un métier : chanteuse ! Et elle réussit à en vivre et à trouver tellement de bonheur dans les applaudissements, le plaisir du partage, les témoignages d’amitié, d’admiration de son public qu’il n’est pas question, pour elle, d’envisager autre chose
Et c’est tant mieux pour ceux qui ont la chance de pouvoir l’apprécier « en vrai » !
Si vos vacances de l’été 2012 vous amènent dans le Sud-est, regardez sur son site, prenez contact avec elle pour savoir où elle se produit et venez apprécier le spectacle !
Vous, au moins, vous saurez qu’elle s’appelle Michèle Merlin et vous ne viendrez pas par hasard l’écouter. Ça lui fera plaisir…
Et puis si vous vous demandez ce que c’est que cette version « étrange » d’Aguas de marços que vous pouvez entendre sur son site, je vous explique : c’est un texte écrit par Juliette et qu’elle chantait dans son précédent spectacle « Bijoux et babioles », mais qui ne figure sur aucun CD. Il n’y a que les spectateurs du « live » qui peuvent se souvenir de Juliette entrant sur scène en poussant un caddie bourré de sacs-poubelle (qu’elle balancera petit-à-petit dans le public) en chantant cette version écologiste de la chanson originale. Pour ceux qui ont manqué ça, Michèle vous offre un moyen de faire comme si vous aviez assisté au spectacle.
Et puis mon conseil : sortez ! Allez voir des spectacles « vivants », des chanteurs « pour de vrai ». Petite ou grande salle, chanteur connu ou inconnu. Ça n’est pas parce qu’ils sont inconnus qu’ils n’ont pas de talent : la preuve !

15 septembre 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 3 commentaires.

Solleville en Terres de résistance

Par Catherine Cour, au festival Terres de résistance, à Martigues le 4 septembre 2011,

Précastelli et Solleville (photos Catherine Cour)

C’est un festival convivial qui est organisé par le Parti Communiste et ouvert gratuitement à tous ceux qui souhaitent y assister. Il se tient dans les Jardins du Prieuré et propose, deux jours durant, divers stands, un petit vide-greniers et une animation sonore et festive. La clôture du festival 2011 a été assurée par Francesca Solleville.
Qui avait décidé de mettre son récital sous la double tutelle de ses deux grands amis (et auteurs-compositeurs), tous deux décédés à Antraigues à un an d’intervalle : Jean Ferrat et Allain Leprest. Francesca retrouvait, pour l’occasion, son pianiste « historique » (elle a fait remarquer qu’ils travaillaient ensemble depuis plus de 34 ans) : Michel Précastelli (qui ne se contente d’ailleurs pas d’être accompagnateur : c’est également un grand compositeur de musique pour de nombreux artistes comme Colette Magny, Véronique Pestel et bien d’autres). Elle a prouvé qu’elle était capable de surmonter ces épreuves et d’en sortir encore plus forte. C’est une battante, Francesca !

"Donnez-moi la phrase qui pleut / Celle qu'on dit le coeur frileux / La bouche peinte à l'encre bleue"

Elle a ravi l’auditoire en chantant, toujours avec la même fougue, le même enthousiasme, la même conviction, les chansons anciennes ou récentes de son répertoire. Les années semblent ne pas avoir de prise sur elle ! Leprest l’avait deviné lorsqu’il lui a écrit en 1996 J’suis caillou (musique Gérard Pierron) : « Née au monde dans une fronde / J’ai inventé les étincelles / Je suis lisse dans la main ronde / Tranchante dans le poing rebelle / Je suis le verbe du voyou / J’ suis caillou. »
Je pourrais même dire qu’elle est roc, fondation solide et ferme sur qui peuvent venir s’appuyer les revendications des camarades en lutte. Et puis elle sait aussi être tendre en évoquant la mémoire de sa mère : Sarment (texte d’Allain Leprest, musique de Gérard Pierron – 1994) : « Je reviens chanter doucement / Sans bravos et sans boniments / Dans ton oreille doucement / Maman / Paisiblement, furtivement / Ma mémoire comme un aimant / Remonte ta source en ramant / Maman. »
Un détail qui ne trompe pas, quant à l’affection du public pour Francesca, et sa connaissance de son répertoire : à chaque fois, je constate qu’il n’y a pas ce temps d’hésitation entre la fin de la chanson et le début des applaudissements que je remarque lorsque je vais écouter d’autres chanteurs, quand le public qui ne connaît pas bien les chansons se demande si c’est « bien fini » et s’il peut commencer à applaudir. Il attend que quelqu’un donne le signal ou que la lumière baisse avant de démarrer. Là, pour Francesca, les applaudissements fusent tout de suite, forts et nourris, preuve que tout le monde connaît et apprécie les chansons et l’interprète. Cette après-midi fut vraiment un moment intense et de pur bonheur de se retrouver ensemble et de partager le talent de cette artiste si généreuse.

Francesca prépare actuellement un nouveau disque dont la lettre de souscription est téléchargeable sur son site Facebook. Je ne saurais trop vous conseiller d’y participer afin que ce projet voie le jour.

Un petit jeu-concours que je lance (le lot du vainqueur ? Un abonnement gratuit d’un an à NosEnchanteurs… petits veinards !) et dont je donnerai la solution dans quelques jours, si personne n’a trouvé avant : dans une chanson Francesca modifie volontairement UN mot du texte original, lorsqu’elle la chante « en live ». Par contre elle a respecté le texte lorsqu’elle l’a enregistrée sur CD. Ma question : quelle est cette chanson et quel est ce mot ?

7 septembre 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 7 commentaires.

Une journée au Machez’Arts…

De notre envoyée spéciale Catherine Cour, le 26 août au « Machez’Arts » de Machézal (42)

Ça a débuté il y a deux ans par une fête entre copains. Qui ont remis ça l’année suivante et, comme ils sont tous artistes (plasticiens, sculpteurs, chanteurs, danseurs, régisseurs…), ont décidé de l’ouvrir au grand public. Un public qu’il faut savoir motiver… Avec Michel Grange (tout droit venu de sa Bourgogne voisine) et Michèle Bernard au programme, ma motivation était assez forte pour me faire braver la pluie diluvienne et les bouchons d’un vendredi de grands retours de vacances…
C’est un festival qui dure toute une journée, ponctuée d’activités. L’atelier « Brico-fleurs » de Maryse Comtet et Séverine Marin, où la créativité des enfants peut librement s’exprimer, une expo de tableaux dans le hangar, une autre de sculptures mises « en situation » dans le verger… Et puis les évènements : on calme les plus impatients avec « Fusée spatiale » par Daniela Bastos-Cruz, conte chanté, dansé et mimé, qui soulève l’enthousiasme des petits et des plus grands. Jean-Jacques Charliot et l’accordéoniste Frank Lincio interprètent ensuite des chansons de Brassens, Dimey, Morel ou Leprest…
C’est ensuite Bernard Cupillard qui récite des fables de La Fontaine, nous prouvant que les grands auteurs sont immortels et que la nature humaine n’a pas beaucoup changé en plus de trois cents ans !
Les bancs qu’on avait rentrés le matin sous le hangar, lorsque quelques gouttes de pluie étaient tombées, sont ressortis pour laisser place à la danse et aux performances plastiques de Claire Charliot : « Réminaissance » et de Daniela Bastos-Cruz & Adrien Herda.
Puis c’est le récital de la lyonnaise Sophie Gentils. Ses textes ironiques et tendres soulèvent l’admiration du public et la mienne. Elle a vraiment une écriture très personnelle et son interprétation est bluffante d’autodérision et d’humanité mêlées. C’est une découverte que je suis ravie d’avoir faite au détour de ce festival impromptu.
Migration en direction du verger pour un concert de musique irlandaise du duo Zora-Jeanne & Trevor Lane. C’est très bien joué, très entrainant. Le terrain en pente n’autorise pas la danse, mais le cœur y est. Même si les pieds ne suivent pas, les mains battent en rythme.
Puis c’est le moment attendu par tous, grands et petits, de l’envol des toiles réalisées par Fabien Harel. Il a gonflé à l’hélium une centaine de ballons blancs, les a accrochés à des toiles peintes et roulées. Des volontaires les portent en procession jusqu’au pré voisin. Chaque toile est lâchée tour à tour et grimpe dans les airs pour rejoindre celles qui l’ont précédée. En trois minutes tout est dit ! C’est une procession d’animaux fantastiques qui prend ainsi son envol. Le léger vent qui souffle les emporte rapidement au loin. C’est beau, très poétique… comme tout acte « gratuit ». Où vont-ils atterrir, quelles régions, quels paysages vont-ils survoler, que penseront ceux qui les trouveront… à moins que ces œuvres ne s’abîment en mer ?
L’organisateur avait dit « pensez à prendre une petite laine ». Vu la météo, c’est d’anoraks qu’il fallait s’équiper ! La salle de spectacle est un pré pentu à l’herbe fraîche et humide. Couvertures et coussins sont appelés à la rescousse. Ça rappelle un peu les veillées des colonies de vacances… et justement, le copain à la guitare arrive pour nous chanter quelques chansons de sa composition ! Que ce copain s’appelle Michel Grange et que ses textes soient écrits d’une plume classique autant qu’ironique ou tendre, ça n’en est que meilleur ! Il les distille, les détaille, de sa voix douce et précise. Ses yeux malicieux scrutent le public, à la recherche de rires qui ne se font pas attendre lorsqu’il nous présente « la grande joufflue, la p’tite fragile, les deux copines du centre-ville ». Et puis c’est la tendresse du Marin tranquille qui nous emporte : « Ne serai pas marin de Loire / Alors que j’en suis un enfant / Petit pêcheur inconséquent / Qui ferrait trop tôt ou trop tard / Au bercement des clapotis / Au dodelinement des heures / Jetterai mes gants de haleur / Pour mieux caresser ma chérie. »
Et « sa chérie », ou plutôt sa copine de rimes, de musique et de chansons depuis leurs débuts communs sur les scènes lyonnaises, elle arrive ! C’est Michèle Bernard. Grande, très grande auteur de textes intemporels, incontournables, essentiels, dans la lignée de ceux qu’écrit sa sœur en chansons : Anne Sylvestre. Compositrice de musiques pour habiller ses textes, ceux de ses amis ou  parfois des poèmes qu’elle choisit de mettre en musique. Interprète à la voix souple, douce et puissante, pure, limpide et déliée. Je l’écoute depuis son premier disque, primé au printemps de Bourges 1978… eh bien maintenant encore sa voix « en direct » est capable de me couper le souffle et de me faire naître dans le creux de l’estomac cette même sensation qu’on ressent lorsqu’un ascenseur démarre trop vite ! Je sais qu’il y a d’autres moyens de s’envoyer en l’air, mais celui-là fait partie de ceux que je préfère.
Ce samedi soir, Michèle, accompagnée au clavier par Jean-Luc Michel, offre son récital « Duo » dans lequel elle reprend d’anciennes chansons comme des plus récentes. Les « incontournables » : Nomade, Les petits cailloux, Maria Szusanna, Je t’aime, Qui a volé les mots ?, Maintenant ou jamais… Oui, bon, d’accord ! TOUTES les chansons de Michèle Bernard sont des incontournables… C’est pour ça qu’il faut aller l’écouter ! Et acheter ses CD, bourrés de chansons toutes aussi belles les unes que les autres.
Et puis, cerise sur le gâteau, grande première mondiale, nous avons eu droit, sous les étoiles de Machézal, nous avons eu droit au duo tant attendu entre Michel et Michèle : « Aimons-nous, amis » (paroles : Michel Grange, musique : Michèle Bernard). J’ai bien cru voir qu’il y en avait un de très ému pour l’occasion !
Et c’était déjà fini ! Le temps de déguster un vin chaud et une roborative soupe à l’oignon, nous sommes repartis chacun dans son chez-soi. J’emportais du bonheur dans ma musette !
Merci à Marie-Hélène, Jean-Michel et tous les amis, les bénévoles de Machézal, d’avoir pensé à partager ces bons moments avec nous ! Longue vie à Machez’Arts et à 2012, j’espère…

1 septembre 2011. Étiquettes : , , . Catherine Cour, En scène. 1 commentaire.

Barjac (13) : résistances…

Je traîne de plus en plus les pieds à l’idée de rédiger ce qui va être mon dernier compte-rendu des spectacles proposés par le festival « Chansons de parole » 2011. J’avoue m’être bien amusée à le faire, avoir apprécié que ça me permette de partager ces moments avec des personnes qui n’ont pu y assister (même si ça n’est que MON ressenti et que je sois incapable d’analyser les lignes mélodiques d’une chanson, le contexte culturel d’une autre ou que j’ignore la discographie d’un troisième. D’autres spectateurs le feront, ailleurs, et mieux que moi !)
Je regrette juste de ne pas avoir réussi à susciter davantage de commentaires à ces « articles » chez les autres festivaliers. Ça n’est pourtant pas faute de les avoir sollicités : « Je donne mon avis, mais vous, pourquoi ne pas écrire le vôtre, si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je dis ? »Enfin, les réactions viendront peut-être, plus tard… ou pour d’autres festivals, d’autres spectacles, lorsqu’un lecteur de ces « chroniques » voudra faire partager une découverte, raconter un bon moment passé lors d’un spectacle, quelque part en France ou dans la francophonie… J’aimais beaucoup, dans le défunt Chorus, lire les comptes-rendus des festivals d’ailleurs : Belgique, Canada… j’ai beau être une grande voyageuse, je me limite, pour l’instant à la France et à la Suisse, mais j’aime bien savoir ce qui s’est passé ailleurs.Enfin, là, à Barjac, le dernier soir, dans la cour du château, nous avons pu voir et entendre Flow, suivie de Richard Desjardins.

Flow, une énergie impressionnante

Flow, le tam-tam-brousse de mes amis branchés « chanson à texte » me l’avait fait découvrir il y a deux ans. J’avais reçu un mp3 de la part d’un copain Belge (qui le tenait d’un ami de Montpellier. Comme quoi, la bonne chanson, ça n’a pas de frontières !) avec ce commentaire : « Tiens, écoute-ça et dis-moi ce que tu en penses ! » Le souvenir de ma réponse, « Il a des textes intéressants mais une drôle de voix, ton copain », le fait encore rigoler des mois plus tard !
Depuis j’ai apprécié de nouveaux textes et me suis habituée à la voix de Florence Vaillant… autrement dit : Flow. J’ai lu avec intérêt un long entretien qu’elle a accordé à Francofans il y a quelques mois et j’étais ravie d’avoir enfin l’opportunité de la découvrir sur scène. Je savais, toujours par mon ami, qu’elle y avait une belle présence : je confirme ! La voix et le physique sortent des normes et peuvent surprendre, mais moi, j’adore. Et puis l’énergie qu’elle déploie sur chaque texte est impressionnante ! Que ce soit « Le sourire d’un môme », « Avignon », « Coca », « Shalom » ou « Poufiasse », j’apprécie les paroles, la puissance de la voix et le jeu de scène qu’elle nous offre.
Le public également, qui la redemande !

Richard Desjardins, en solo guitare (photos CC)

Dernier entracte de la dernière soirée. Et dernier artiste programmé… Et c’est là que je sors mon joker, précieusement économisé, mais que j’espérais bien garder dans ma poche, tant les artistes programmés à ce festival sont tous des gens fort sympathiques et qui ne demandent qu’à être connus. Ce n’est d’ailleurs pas que je ne VEUX pas en parler de Richard Desjardins, mais plutôt que je ne PEUX pas en parler !
Bon, tant pis ! Je vais être la risée de tous les amateurs de chanson, de tous les amoureux de l’œuvre et des prestations de Richard Desjardins, mais j’avoue (avant d’essayer de trouver un trou de souris à ma taille) : je me suis endormie pendant le concert ! j’ai honte… mais mon corps a voté l’extinction des feux. Je ne peux donc parler que des trois premières chansons… et encore…
J’avais écouté quelques uns des précédents cd de Richard Desjardins, avais lu que son engagement ne portait pas que sur la chanson, mais qu’il avait également une conscience politique, qu’il menait des combats écologiques (Barjac et sa région sont, pour l’instant, décorés de nombreuses affiches « Non au gaz de schiste » et un des films de Richard Desjardins, présenté en avant-première, est « Trou story », sur l’exploitation des ressources minières. Il y a donc une forte convergence).
J’avais bien quelques doutes sur ma résistance à la longueur de certains textes, à leur poésie très lyrique. Et le spectacle « guitare-voix » était certainement d’une beauté sobre et dépouillée… mais sa monotonie (non ! pas sur la tête, le coup de matraque, Michel !) m’a cueillie à la fin d’une semaine fatigante… et j’ai plongé dans les bras de Morphée. Les applaudissements, à la fin de chaque chanson, n’ont pas réussi à m’en sortir. (Cette anecdote va faire bien rire ceux qui me connaissent et qui savent que mes meilleures nuits durent, au mieux, trois heures, généralement entre trois et six heures du matin. JAMAIS à onze heures du soir !)

C’est ce que je qualifierais de fin de festival en queue de poisson !
Désolée… j’essaierai de faire mieux l’année prochaine (si je ne me fais pas virer pour non-professionnalisme avant !)
Mais je vais profiter de la brièveté de mon dernier sujet pour parler d’un ami qui œuvre dans l’ombre au festival et dans de nombreuses salles de spectacle : Éric Nadot et son association qui devrait être reconnue d’utilité publique : « Tranches de scènes ». Il propose GRATUITEMENT aux artistes de diffuser les informations qui les concernent : sorties de CD, dates et lieux de concerts. De même les internautes peuvent consulter gratuitement ces informations sur le site de Tranches de Scènes, à la rubrique « Qui chante ce soir ? ». Il est possible d’affiner la recherche par artiste, par département… C’est génial et c’est indispensable quand, comme moi, on habite une région où il ne se passe pas grand-chose comme spectacles de chansons « de parole » mais qu’on n’hésite pas à faire des kilomètres pour aller voir des artistes qui nous plaisent. Toujours dans le but de diffuser au maximum l’œuvre des artistes, Éric tient une grande table dans une salle du château de Barjac, où il vend, sans aucun bénéfice pour lui et en sacrifiant son temps (il ne peut jamais assister à un des spectacles du chapiteau) les cd que les chanteurs de la liste lui confient. Ceux qui veulent soutenir son action peuvent le faire en adhérant à l’association, ce qui leur permet, pour 50 €, de recevoir 4 dvd (à choisir parmi les 9 déjà parus, chacun centré sur un artiste et sa « famille » d’amis chanteurs, ou en attendant les futurs à paraître) et de participer à une liste de discussion fort intéressante où les amateurs de chansons s’échangent des informations sur la programmation de diverses associations, les spectacles à venir de chanteurs qu’ils aiment, font des comptes-rendus de spectacles auxquels ils ont assisté (ceux sur Barjac commencent à arriver). Éric vient juste de décider d’ouvrir cette liste de discussion aux internautes qui souhaitent y participer, même s’ils ne sont pas adhérents à TDS : un mail à Éric et un petit mail de présentation en arrivant sur la liste… et le tour est joué ! Le dernier DVD en date, c’est Bernard Joyet et le numéro dix, qui ne devrait pas tarder, aura pour vedette Michèle Bernard. Merci pour tout, Éric !

Et merci Michel, de m’avoir donné l’opportunité de jouer à la journaliste. Barjac, c’est fini ! Je te rends la plume, tout en espérant avoir, un de ces jours, l’occasion de t’envoyer un nouveau témoignage « coup de cœur » pour un de ces artistes ou un spectacle que tu es dans les premiers à recommander d’aller voir… et puis ça m’étonnerait qu’on ne s’y croise pas un de ces jours !

Bons spectacles et bonnes rencontres à tous.

Cat (qui, malgré son nom, n’arrivera jamais à faire cour…t)

8 août 2011. Étiquettes : , , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 13 commentaires.

Barjac (12) : Cormier et Barrier sous chapiteau

Reprenons le cours des événements, avec notre Catherine bien nommée : Barjac, donc, pour la relation de la dernière journée festivalière. Feuilleton d’ailleurs très suivi, il suffit de constater le nombre incroyable de connexions depuis une semaine (plus de 1600 lectures jeudi dernier !), de nouveaux et fort nombreux abonnements aussi. Merci pour cette fidélité. A vous maintenant de faire connaître plus encore ce blog. D’un simple clic de souris, vous pouvez le propager utilement sur les réseaux sociaux. MK

De notre envoyée spéciale, Catherine Cour,

Jeudi 4 août : le dernier jour

Voilà que je commence, avec un petit serrement de cœur, la litanie des « dernière fois »… avec déjà l’espoir de revenir en 2012 découvrir ou revoir les artistes que Jofroi et l’association « Chant libre » regroupent pour nous pendant quelques jours. L’édition 2012 aura lieu du samedi 28 juillet au jeudi 2 août. Qu’on se le dise ! (moi, j’ai déjà retenu chez mes logeurs… Inc’h Allah !)

Claude Cormier, un pacte entre amis (ph. CC)

La dernière journée est placée sous le signe du Québec. Ça a d’ailleurs commencé la veille et continué le matin avec la projection de plusieurs films de Richard Desjardins, l’apéritif du jeudi offert par la Délégation Générale du Québec à Paris (dont l’ambassadeur était présent à Barjac) et la programmation de Claude Cormier en première partie du chapiteau, puis la vedette internationale : Richard Desjardins le dernier soir, dans la cour du château.

Sous le chapiteau : Claude Cormier

La plaquette dit qu’il est « pêcheur de métier ». Eh bien il prouve qu’il sait aussi pêcher les mots et les notes de musique ! Mais je demande une deuxième audition, parce que même en ayant beaucoup écouté de nombreux chanteurs canadiens d’expression Française (depuis La Bolduc aux Cowboys Fringants en passant par Robert Charlebois, Ginette Reno, Félix Leclerc, Édith Butler, Gilles Vigneault, Fabienne Thibeault, Lynda Lemay et autres Diane Dufresne ou Pauline Julien) je peine un peu à comprendre certains de ses textes. Par exemple « Un pacte entre amis » (paroles et musique de Claude Cormier) : « On est parti sur un nowhere / Dans une minoune qui a fait la guerre / Deux, trois t‐shirts dans une valise / Pourvu que ça nous déguise / On n’avait pas beaucoup d’argent / S’payer une bière de temps en temps / Voler du gaz dans un Fifth wheels / D’un big shot de la ville / Mais faudrait ben se t’nir tranquille / On a roulé dans les one way / Cruisé les serveuses d’un café / Finir couché à l’hôpital / C’est l’organe qui me fait mal / On aurait voulu travailler / Jouer d’la musique pour s’amuser / Se faire payer parce qu’on fait rien / Comme les politiciens / Mais faudrait ben qu’on s’prenne en main. » Bon, eh bien, c’est pas à la première écoute que je vais pouvoir la chanter en duo avec lui ! Heureusement, s’ils ne figurent pas dans la pochette du CD que j’ai acheté, les textes sont sur son site !

Arrive ensuite une autre « fille de… » et ça commence à m’exaspérer ! J’arrivais à Barjac, droite dans mes bottes et ma carapace de certitudes dont un postulat : le talent, c’est pas génétique (et j’avais de nombreux exemples pour étayer cette assertion) et vlan ! après Anne Baquet et Céline Caussimon (dont je connaissais le talent depuis quelques années déjà), voilà que monte sur scène une troisième artiste qui flanque à bas mes a priori !

Valérie Barrier : du Ricet à la loupe ?

Valérie Barrier. La fille de Ricet. La bouille de Ricet à ses débuts, son sourire, ses yeux, en version féminine (avant la moustache, quoi !). Et puis le poids des mots et le choc des photos, on aurait pu inventer ce slogan pour elle : elle envoie une sacrée claque quand elle chante, quand elle joue (dans le sens « actrice » du terme), quand elle interprète ses chansons que, cette fois, je découvre.
Je me suis laissée emporter par ses mots, j’ai fait la connaissance de « Béni », j’ai mangé un tajine au « P’tit Alger », appris à mourir avec « Le militaire », admiré le courage et l’inconscience du « P’tit costard », sauté avec elle au cou du facteur roux, tellement « C’est bon »… eh, oui, je confirme ! Un récital de Valérie Barrier, c’est bon ! Je regrette simplement de ne pas l’avoir su plus tôt et je vais essayer de m’offrir une nouvelle dose, tant je suis parfois frustrée par le format imposé à Barjac : une heure, c’est souvent trop bref. C’est le cas en l’occurrence. Merci Valérie !

(suite et fin demain)

7 août 2011. Étiquettes : , , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 4 commentaires.

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