Barjac (11) : Frasiak et Piton en valeurs sûres

De notre envoyée spéciale, Catherine Cour… dans la cour du château,

Mercredi 3 août, en soirée :

Un rapide sprint (en montée : ce sont les plus difficiles !) en direction du château, la survie au passage du laminoir de la grille et je m’installe pour suivre la deuxième partie de la journée : Éric Frasiak suivi de Jean-Michel Piton. Deux de mes « valeurs sûres », vues et revues avec toujours le même plaisir !

Frasiak : "Ça change tout, parlons-nous"

Éric Fraziak
Éric Frasiak… il ne fait que s’améliorer au fil des ans et des spectacles. Je regrette qu’il ne tourne (pour l’instant) pour 80 % de ses dates que dans l’Est. Il fait de rares incursions à Paris, encore moins souvent dans le Sud (et je ne parle pas du sud-est !), mais j’espère que son passage et son succès à Barjac, qui constitue une superbe « carte de visite » pour les programmateurs, lui permettra d’augmenter le nombre de ses prestations (et pas que dans le Sud).
J’aime beaucoup la façon dont il écrit, les sujets qu’il aborde. Mine de rien, il en est à son septième « vrai » CD (sans compter le « live » de 2008). Ses inspirations sont nombreuses et les musiques qu’il écrit sont fortes et dépaysantes, sur des rythmes variés… et puis la qualité d’écriture est égale à la qualité humaine du Monsieur ! Il met en application ce qu’il dit dans une de ses chansons, « Parlons-nous, parlons-nous » (paroles et musique : Éric Frasiak) : « Parlons-nous, parlons-nous / De rien, de tout, un rêve fou / Ça change tout, parlons-nous / Dans ce monde qui pleure  / Quand il manque de l’eau / Aux marées de nos coeurs / Laissons monter nos mots / Dans ce monde à l’étroit / Où c’est chacun sa chance / Réchauffons de nos voix / Nos belles différences / Parlons-nous, parlons-nous. » Et moi, je dis : écoutons-le !
Il y a des indignations, des révoltes mais aussi des trésors de gentillesse, d’humanité, de douceur dans cette grande carcasse et ce look de rocker… au grand coeur ! Le public a été conquis et lui a fait une ovation amplement méritée.

Jean-Michel Piton
Entracte, puis c’est le spectacle de Jean-Michel Piton. Il nous avait déjà chanté quelques unes de ses nouvelles chansons, en septembre, quand je l’avais vu à Saint-Maximin la Sainte-Baume (une tentative de création d’un « Festival d’hiver de la chanson de parole », qui n’aura pas réussi à trouver un public lui permettant d’être pérennisé). Depuis j’avais reçu le CD et l’avais fait tourner en boucle plusieurs jours de suite. Théoriquement, je ne pouvais donc pas être « surprise » par ses nouvelles chansons.

Piton, la voix, le souffle, l'émotion (photos Cat' Cour)

…Ouais… « théoriquement »,… parce que « pratiquement », j’ai quand-même reçu le choc de son interprétation en plein coeur ! Il y a un monde entre écouter un CD et assister à un spectacle « vivant ». C’est ce qui fait tout son attrait et me pousse chaque samedi sur les routes (et plus souvent, si affinités !). Là, la voix, le souffle, l’émotion, « le plaisir fou qu’[il] prend en pleine lumière » (comme le chante si bien Anne Sylvestre) emporte le public de Barjac tout entier.
Le spectacle ne fait pas que proposer des nouvelles chansons : il reprend aussi ses « classiques », que je n’avais pas eu le plaisir d’écouter « en live » depuis longtemps : « La gosse », « Les mômes de Syracuse », sa version personnelle de « La tirade des nez » de Cyrano de Bergerac… la plus récente, « L’homme qui a fait fuir ses rêves »… et puis les nouvelles chansons où visiblement Jean-Michel met en application le titre de son nouvel album : « J’me régale » ! son bonheur d’être là fait plaisir à voir et sa voix… c’est du miel et du velours sonore qui coule dans les oreilles ! Parce qu’on peut dire que c’est un des rares « chanteurs à voix » de la scène française actuelle ! Quel souffle ! Quelles notes il est capable de tenir !
Il est difficile de comparer avec des souvenirs vieux de plus de quinze ans, mais je dirais que sa présence sur scène et son registre vocal se sont encore améliorés, amplifiés depuis qu’il a dû rééduquer sa voix et son souffle, à la suite du très grave ennui de santé qui a bien failli nous priver de sa présence, il y a à peine quelques années.

"Standing ovation" pour un Piton au sommet

Il a des trouvailles et des beautés fulgurantes dans ses textes. Voici quelques emprunts à ses dernières chansons : « Je vais vous dire quelque chose de louche / Je crois que j’ fais un métier d’ bouche / Rien qu’ d’y penser, ça m’ fout la dalle » (J’me régale) ; « Dans la poudreuse nos pas font comme / Le bruit d’un couteau dans la pomme / Et les semelles des passants / Y laissent des traces de dents (dedans !) » (Sous la neige) ; « Qu’ils bouquinent ou cruciverbent / Pourvu que l’artiste en herbe / Fiche la paix un instant » (Ragounite – c’est le nom d’une plage en Vendée -) » ; « Il en faut tourner des pages pour découvrir, étonné / Le pétale qui partage un livre par la moitié / Pour qu’aussitôt, dans la plaine, des milliers de fleurs coupées / Viennent parfumer un visage oublié » (Le rideau de perles).
Son plaisir et son émotion d’être à nouveau là, Jean-Michel a réussi à les faire passer à tout le public. Lorsqu’il décide de terminer son spectacle et de sortir de scène, c’est une « standing ovation » de TOUT le public qui l’y rappelle, encore, encore et encore ! De longues minutes d’applaudissements qui récompensent ce grand artiste de tous les efforts passés et actuels et qui lui disent « Bravo, et merci pour le partage, et c’était si beau, et à bientôt, et continuez, et on vous aime, et merci, merci, merci ! » (enfin, c’est ce que MOI, j’ai mis dans les miens !). Pour moi, cette soirée a été le point d’orgue du festival « Chansons de parole 2011 ». (lire aussi l’article « Piton se régale, nous aussi » sur NosEnchanteurs)

Et puis il y a eu un deuxième point d’orgue : celui de la scène ouverte du mercredi soir !
La soirée était chaude et j’étais encore installée à une table, dehors à prendre le frais, boire un verre d’eau et grignoter quelques biscuits tout en tapant le compte-rendu du spectacle de Gérard Morel, quand… une silhouette s’arrête à côté de moi. Je lève la tête… je lève encore (il est très grand !) et je reconnais Laurent Berger ! Je le croyais occupé à enregistrer le futur CD dont je vous ai parlé il y a peu : les papiers de la souscription venaient juste d’arriver sur la table TDS ! Il s’accordait quelques jours de vacances et venait voir des amis à Barjac. Je ferme mon ordi, rentre sous le chapiteau et j’assiste à la prestation du jeune canadien bénévole de l’association. Il a chanté presque tous les soirs et c’est très bien ! il a plein d’humour, ce garçon-là. Puis c’est Laurent Berger, accompagné par Nathalie Fortin, comme sur ses disques.

Martine Scozzesi, artiste qui nous vient du Sud-est

Quand Laurent quitte la scène c’est Anne Sylvestre elle-même qui lui succède. On assiste même à une séance de travail entre Nathalie et elle, sur une nouvelle chanson (que nous n’entendrons pas jusqu’au bout). C’est ensuite Martine Scozzesi (une chanteuse du Sud-est que je connais un peu et avec qui je corresponds), Michel Boutet et enfin Marie d’Epizon, la jeune chanteuse que Paco Ibañez avait invitée à chanter avec lui sur scène et qui avait suscité une belle émotion sur une chanson de Barbara : « Dis quand reviendras-tu ? » Plein de gens en ont parlé. Dommage que ce ne soit pas allé jusqu’à l’achat de son CD ! Éric Nadot en avait une pile à vendre et il n’en a vendu que deux (dont le mien). C’est la fin de la dernière scène ouverte de l’année.

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6 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 6 commentaires.

Barjac (10) : transmission de talent chez les Caussimon

Nous reprenons, avec un plus grand différé cette fois, la relation du festival « Chansons de parole » de Barjac par notre envoyée spéciale, Catherine Cour,

Mercredi 3 août, sous le chapiteau,

Cédric Laronche, un peu léger... (photos Catherine Cour)

Cédric Laronche
Bon, j’ai dit en acceptant ce challenge que je ne commenterai pas au moins un spectacle : celui que je n’aimerais vraiment pas. Seulement, maintenant que je rédige et alors que le festival est fini, je ne peux pas utiliser mon joker ici : je sais que j’en aurai besoin plus tard ! Donc je vais faire court (avec un « T » : ça va faire plaisir à mon rédac’ chef !).
En ce qui me concerne, j’ai trouvé les textes de Cédric mal ficelés et beaucoup trop « légers » ! Il discute beaucoup mais ses jokes tombent à plat et j’ai passé mon temps à laisser mon attention vagabonder, à me ressaisir et à me demander où chaque chanson voulait en arriver, quel était son sujet… ça part dans tous les sens et les textes sonnent creux.
Je n’en ai pas, pour autant, fui le chapiteau : je trouve que c’est d’une grossièreté absolue que de sortir pendant le cours d’un spectacle « vivant ». On applaudit plus ou moins, on crie « houuuu ! », on siffle, en fonction de ce qu’on ressent… mais partir, quelle qu’en soit la raison (bon, j’accepterai l’excuse de la crise cardiaque et de l’accouchement, mais c’est tout !), c’est, à mon avis, d’une impolitesse sans nom ! Ou alors il faut avoir le courage de ses opinions, s’arrêter devant le chanteur, le regarder dans les yeux et lui cracher sur les pieds (par exemple). Pourquoi pas ? Je pense que pour celui qui chante, ça ne serait pas pire que de voir les gens se lever et sortir par petits groupes, à la fin de chaque chanson. Et le phénomène empire avec le deuxième concert, qui entre en concurrence avec le repas du soir ! D’ailleurs j’ai une idée à proposer à Jofroi pour le festival 2012 : distribuer à chaque spectateur du chapiteau deux petits cartons : un en forme de sifflet, l’autre en forme de fourchette. Toute personne qui quitte sa place devrait en brandir un : ça permettrait de savoir le motif de la sortie prématurée… et ça rassurerait peut-être le chanteur sur la qualité de sa prestation : on sait bien que « ventre affamé n’a pas d’oreille ». Il est donc inutile qu’ils restent !
Mais là, j’avoue avoir consulté plusieurs fois ma montre tant j’avais hâte que le tour de chant se termine et qu’arrive une chanteuse que j’aime bien, mais que je n’avais encore jamais vue sur scène. (le Myspace de Cédric, c’est ici)

Céline Caussimon, qui blues, javate, tangote, rocke et valse les mots et les maux

Céline Caussimon
J’essaye, depuis que j’écoute des chansons et que je « découvre » des chanteurs, de ne pas partir avec des idées préconçues. C’est parfois difficile quand cette chanteuse est la fille d’un de mes acteurs et auteur-compositeur préféré ! Je me souviens, quand j’étais gamine, m’être planquée dans un placard de la salle de séjour pour pouvoir échapper à l’heure du coucher obligatoire et regarder à la télévision une pièce de théâtre où Jean-Roger Caussimon jouait. Alors quand j’ai appris que sa fille chantait, j’ai d’abord hésité à acheter le CD, tant je craignais d’être déçue par sa prestation. J’ai quand même craqué, et je ne l’ai pas regretté ! Mais je n’avais encore jamais eu l’opportunité d’aller l’applaudir sur scène. Barjac m’a offert cette joie cette année… : Jofroi en soit remercié. Je ne le regrette vraiment pas !
Cette prestation m’a permis de découvrir de nouveaux textes, qui ne figurent pas sur les deux CD d’elle que je possède… et d’admirer une chanteuse-actrice qui ne se contente pas de chanter des textes « forts » (là aussi, elle a hérité du talent d’écriture de Jean-Roger, auteur de nombreux très beaux textes mis en musique et interprétés par Léo Ferré), mais qui les joue de tout son corps et de tout son visage expressif (sur lequel je n’ai pu m’empêcher de chercher -et de trouver- des ressemblances avec celui de son papa !).
Encore une qui met à mal mon a priori concernant la non-transmission du talent entre deux générations !
Comme toutes mes chanteuses préférées, elle offre des moments tendres, des traits d’humour et des coups de gueule. Elle les blues, les javate, les tangote, les rocke, les valse avec fougue ou douceur, secondée par un virtuose de l’accordéon : Thierry Bretonnet.
J’aurais bien aimé rester discuter un peu avec elle, mais j’avais mon quart d’heure de course quotidienne à disputer : je suis partie sur les chapeaux de roues ! (le site de Céline Caussimon, c’est là)

6 août 2011. Étiquettes : , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 2 commentaires.

Barjac (9) : prendre son bien en patience

Catherine Cour, notre envoyée spéciale, s’attarde un peu sur la joyeuse troupe des « Attentistes de la vingt-et-unième heure » !

Avant l'attente, bien réviser son bréviaire de la chanson pour nourrir la conversation (photos Catherine Cour)

C’est une joyeuse et sympathique secte qui, chaque année, se reforme au moment du festival. Sa chapelle se situe devant les grilles du château, les horaires du culte sont immuables : de 19 h 45 à 21 h 00. Ensuite, sur un signal du diacre préposé à l’ouverture de la grille (moment essentiel et point d’orgue de la cérémonie quotidienne) qui lance la phrase sacrée : « Ça va bientôt ouvrir ! Poussez pas ! Ceux qui ont déjà leur billet vont à droite, ceux qui doivent les retirer à la billetterie vont à gauche ! », la secte éclate et chaque membre s’en va porter la bonne parole aux quatre coins de la cour du château. Pendant une heure, les discussions autour de la chanson française, des spectacles vus, ou à voir, de l’actualité de tel ou tel chanteur vont bon train ! Les membres-fondateurs de la secte se connaissent depuis les premières éditions du festival – des temps immémoriaux – mais ils accueillent volontiers en leur sein les nouveaux arrivants qu’ils reconnaissent à la lueur s’allumant dans leurs rétines quand on prononce quelques mots magiques, sésames de toute digne conversation : « Allain Leprest », « Jean-Michel Piton », « Gaston Couté », « Claude Nougaro », « Colette Magny », « Anne Sylvestre », « Francesca Solleville »… et, quand démarre la litanie des souvenirs, les « Ah, je l’ai vu en 1962 à Toulouse ! » ou « Savez-vous qu’elle enregistre un nouveau CD ? »« Son dernier spectacle m’a tiré les larmes », « Il était à Avignon cette année… j’ai a-do-ré ! (ou détesté !)« , « Si, si, j’ai connu Gérard Morel avec des cheveux, moi ! »
Il n’y a ni grand prêtre ni gourou : chacun, à égalité, prend la parole s’il en a envie et communie dans le grand bain de la fraternité de la chanson « de parole » (ils sont si peu nombreux à savoir qu’elle existe qu’on ne peut qu’être frères et sœurs dans son sein !)… sauf quand il s’agit de bloquer les resquilleurs qui veulent contourner le rempart de leurs corps qui se soudent de plus en plus sous la pression de la foule !
Il faut dire que certains membres de la secte sont bien organisés : ils délèguent un sacristain qui fait la queue pendant que les autres vont fabriquer les sandwiches qu’ils apporteront à leur collègue vers 20 h 30 : il en va de la survie du groupe. En échange de cette nourriture terrestre, le sacristain se dévouera encore pour garder deux ou trois places assises (si possible au centre du premier rang) pour ses collègues et ce au péril de sa vie !
Dans la secte, il y a des parisiens (qui tous tutoient Pantchenko), des provinciaux (eux ne jurent que par Trihoreau), ceux qui vivent hors de France et se font une joie de venir chaque année se ressourcer à Barjac… Et puis il y a les absents, dont on parle. Ceux qui nous ont quittés depuis l’année d’avant, ceux qui ont décidé de ne plus venir (message personnel à Chris Land, de la part de Caro et de moi : t’as tort ! Et on s’éclate bien… Bises !)

De la bonne organisation entre festivaliers dépend la survie de la secte

Là, j’étais inquiète (et je n’étais pas la seule !) en ne voyant pas Danielle et Gérard, un couple super-sympathique qui vient chaque année depuis la Drôme. Gérard a dû chouraver plusieurs cerveaux (j’ai les noms de ceux auxquels il les a piqués. Certains ne l’ont pas encore réalisé ! Chuttt !) pour être capable d’emmagasiner autant de connaissances sur la chanson… et puis il a certainement dépassé le cap des dix mille spectacles auxquels il a assisté, et il est capable d’en raconter le moindre moment ! Ce qui est formidable, c’est qu’il continue à avoir la même curiosité pour les générations qui arrivent et qu’il a sûrement déjà applaudi deux ou trois fois le jeune chanteur encore débutant que vous venez juste de découvrir !
Dernier regroupement ce soir, avant la dispersion… jusqu’à l’année prochaine ! Certains membres filent à Aizac, pour un autre festival ; d’autres iront à Conceze, en Corrèze, du 12 au 17 août…, églises plus modestes. Mais chacun espère bien pouvoir revenir à la prochaine grand’messe de Barjac, en 2012.

4 août 2011. Étiquettes : . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Barjac (8) : le sacre de l’étonnant Gérard Morel

Suite et fin de la soirée de mardi, avec Gérard Morel et La Clique qui l’accompagne. Signalons au passage le numéro de Francofans actuellement en kiosque qui voit la rencontre au sommet entre Wally et notre Gégé. Barjac n’est ni Bourges ni La Rochelle et bien peu de nos collègues nationaux se mobilisent pour relater ce festival. Raison de plus pour signaler et saluer le suivi du site de Témoignage Chrétien. Consacrer un papier à Evelyne Gallet, chanteuse qui inlassablement cherche des morpions dans les bas-quartiers du clergé, ça doit ébranler la chrétienté… Bravo collègues ! MK

De notre envoyée spéciale sur le front sismique de Barjac, Catherine Cour,

Morel, précis et efficace jusqu'aux moindres détails (photos Catherine Cour)

Bon, le compte-rendu arrive plus tard que prévu ! Je dois dire, à ma décharge, que ça n’est pas entièrement de ma faute : y a des chanteurs qu’ont pas arrêté de m’ennuyer ! Je me suis fait, depuis le début du festival, une série de petites habitudes, dont celle de terminer la rédaction du « sujet » de fin de la journée précédente en écoutant les chanteurs de la scène ouverte. Je m’installe tout en haut des gradins, pour que la lumière de l’écran ne dérange personne, et je tape mon texte tout en écoutant les chanteurs qui se succèdent au rythme de deux chansons par personne.
Et là, mercredi soir, y a plein de chanteurs qui m’en ont empêchée ! Que voulez-vous, je suis incapable de me concentrer sur ma page d’écriture quand se succèdent sur la scène, accompagnés par Nathalie Fortin, Laurent Berger, Anne Sylvestre, puis sans Nathalie Fortin : Martine Scozzesi (une chanteuse du Sud-est que je connais un peu et avec qui je correspond), Michel Boutet ou Marie d’Epizon, qui, en plus, choisit d’interpréter une de mes chansons favorites : Maria Szusanna de Michèle Bernard !!!
C’est donc leur faute si je suis en retard pour rendre ma copie !

Écrire sur la prestation d’un chanteur qu’on aime et respecte profondément est difficile ! Il m’est impossible de faire abstraction de tout le vécu antérieur… et après tout, qui l’exige ?
Il faut dire aussi que Gérard Morel est un auteur-compositeur multi-registres ! J’avais beaucoup apprécié sa création, l’été dernier, d’un spectacle consacré à Victor Hugo, dans la cour du splendide château de Grignan, fief de la Marquise de Sévigné. C’était un spectacle d’un sérieux absolu. Et puis il y a eu le touchant « Leprestissimo » que j’ai eu le bonheur de pouvoir aller voir à Saint-Martin d’Herres. Leprest était dans la salle et est même monté sur scène. C’était d’une émotion rare !
Maintenant, son nouveau spectacle est plutôt dans le registre des trois « J » : « joyeux, jouissif et jubilatoire ». Il vient le créer à Barjac, haut lieu de la chanson « pas con »… ce qui n’est vraiment pas con ! Si ça marche à Barjac, ça marchera n’importe où ailleurs.
Le spectacle scénarise les chansons de son dernier (double) CD. Quand je dis « scénarise », ça n’est pas juste une image ! Le décor, d’abord : des estrades qui mettent la scène sur deux niveaux, des claustras qui découpent plusieurs espaces et donnent à la scène un petit air bucolique, un énorme lustre qui concurrence les étoiles du ciel, et puis un joli petit banc de bois peint en vert, en premier plan, qui s’avèrera abriter un piano en son sein.
Les interprètes, ensuite… Michel Kemper vous en a indiqué les noms. Je peux vous dire qu’ils semblent constituer une bande de joyeux lurons et luronnes ! ils n’hésitent pas à chambrer Gérard, mais ils nous proposent un spectacle haut en couleurs et riche en instruments variés : deux cornemuses, une scie musicale s’ajoutent aux instruments plus traditionnels : piano, batterie, cuivres, accordéon etc.
Les costumes sont étudiés jusque dans les moindres détails : la couleur des chaussures est assortie à celle de la veste de chaque instrumentiste et lorsqu’à un moment on distribue un « missel », la couverture en est, elle aussi, à la couleur de son propriétaire ! C’est à des petits détails comme ça qu’on admire les professionnels !

Gérard et Anne, comme pour un photoroman de "Nous Deux"...

Le spectacle lui-même est un petit chef-d’œuvre de drôlerie et de délicatesse, mêlées d’humour et de tendresse. Il y a, bien sûr, de nouvelles chansons. Mais il y a aussi les incontournables qu’on ne se lasse pas d’entendre Gérard chanter.
Je suis admirative devant la qualité de la plume et de l’imagination de cet homme ! pour moi, c’est bien lui le fils spirituel (aux deux sens du terme) de Boby Lapointe, de Francis Blanche ou de Raymond Devos et le frangin de Bernard Joyet, de Michèle Bernard ou de Juliette. Il cache sous des textes foisonnants et pleins de drôlerie des trésors de finesse et de douceur. Il est à la fois chanteur et acteur
Il a un humour que j’adore, pratique l’autodérision, les blagues à la pince-sans-rire et fait des réflexions improvisées qui me plient en deux de rire. Un exemple ? S’adressant au public : « Est-ce que je parle trop vite ? »… Le public : « Euh… non ! ? ! »… Lui : « Non, mais je pense que je dois avoir dépassé le nombre de mots-minute autorisé : je viens de me faire flasher à trois reprises ! Je ne vais bientôt plus avoir de points sur mon permis ! »… Huées du public contre les photographes amateurs qui ne savent (ou ne veulent, because matériel incapable de faire des photos sans éclairage… comme si un flash aidait à plus de 5 mètres !) pas débrayer leur flash et nous pourrissent le spectacle ! C’est très pénible. Ça et ceux qui filment ou photographient avec les écrans lumineux à l’arrière des téléphones portables ou des petits appareils photos. La lueur de la douzaine d’écrans qu’on a constamment dans le champ de vision détourne l’attention du spectacle. On finit par ne plus voir que ce ballet d’écrans lumineux et plus le spectacle ! Alors que je mets au défi quiconque de remarquer quand un des « vrais » photographe présent dans la salle fait une photo ! Ils ont le matériel indispensable à la prise de vues avec une lumière restreinte et n’utilisent jamais de flash ni d’écran de contrôle. Le seul indice de leur présence est le léger « chlik » de l’obturateur de l’objectif qui ne doit pas s’entendre à plus de deux mètres et se noie souvent dans la musique de la chanson…
Sinon, de moments de tendresse en minutes de franche rigolade, le spectacle finit par s’achever, trop vite à mon gré…
Je ne peux que vous recommander d’aller le voir lorsque l’occasion s’en présentera : il est si rare actuellement de pouvoir se divertir comme ça !

4 août 2011. Étiquettes : , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Barjac (7) : Gallet et Morel, politiquement incorrects

De Cat (là, je fais Cour !),

Mardi soir au château : c’est la soirée des « grands talents, grandes gueules et gros mots ».

Arnaud Jouffroy et Évelyne Gallet : ça dépote ! (photos Catherine Cour)

La première à s’exprimer est la haute-savoyarde et néanmoins lyonnaise Évelyne Gallet. Elle, c’est pas le genre de nana à mâcher ses mots ! (ni ceux de Patrick Font, auteur de 90 % de ses textes, le restant étant du regretté Matthieu Côte). Elle, ce sont les musiques qui la branchent.
Ça ne l’empêche pas de dire haut et fort ce qu’elle a choisi de chanter. Bien qu’elle sache aussi être douce et tendre, le restant du temps, c’est plutôt l’amour vache et son « gallet » (en forme de boulet de canon), elle a plutôt tendance à l’envoyer loin dans la mare de notre conformisme. Tant pis s’il éclabousse et fait quelques taches sur les beaux esprits bien propres sur eux… Même édentée, sa « Vieille » réussit à mordre. Son prince charmant se fait attendre ? Qu’à cela ne tienne : le jardinier fera bien l’affaire… Elle met de son côté toutes les femmes un peu « rondes » et ressort sa tendresse en évoquant « Les confitures » de sa mamy (titre de son premier CD).
Encore une qui n’ira pas à la garden-party de l’Élysée : « Monsieur le président, quand vous dites que la France / A décidé ceci, a décidé cela / Je ne suis pas d’accord, vous n’êtes pas la France / C’est déjà pas trop mal d’être chef d’État / Voyez-vous, ça me rend presque soixante-huitarde / Quand je vous vois vous prendre pour tout un pays / C’est un peu comme si moi, qui suis savoyarde / Je disais à mon mec « Appelle-moi Chambéry […] Tôt ou tard, la statue se déboulonne et croule / Les mômes et les piafs se réunissent et font / Pipi, caca dessus car une statue, ma poule / Ça fait de l’ombre au peuple et c’est le phare des cons / Monsieur le président, vous n’êtes pas la France / Mais loin de moi l’envie de vous faire la leçon / Vu que ce que je chante n’a pas plus d’importance Qu’une promesse faite avant les élections. » Gros succès pour Évelyne, qui sort sous un tonnerre d’applaudissements.

La fameuse Clique qui l'accompagne. Qui ? Morel, mais ça, c'est pour demain sur NosEnchanteurs...

Puis c’est le tour de Gérard Morel et de sa troupe (dans laquelle on reconnaîtra Hervé Peyrard, du groupe Chtriky… mais pas que !). Je n’ai malheureusement pas pu noter les noms ! (1) Mais je suis quand-même au festival pour :
1°) profiter des spectacles et en discuter avec mes collègues festivaliers ;
2°) faire quelques photos ;
3°) en faire plus que prévu pour illustrer mes comptes-rendus (il faut que mon rédac’ chef ait un large choix) ;
4°) rédiger les dits comptes-rendus ;
5°) envoyer tout ça par mail, en essayant de ne pas prendre de retard, mon challenge étant de poster à J+1 (heureusement que mes logeurs ont une connexion wifi, sinon, je me rends compte maintenant que je n’aurais jamais réussi à tenir les délais !)
6°) et, de temps en temps… manger un peu, dormir quelques heures…
Alors il m’est impossible de faire tout ça. Et de noter les noms des musiciens (par exemple).
Je ne me plains surtout pas que la mariée est trop belle : je m’amuse beaucoup à commencer à rédiger, dans ma tête, le compte-rendu que je ferai tout en écoutant le spectacle… seulement l’interface directe cerveau-fichier n’existe pas encore et l’étape dactylographique est longue et pénible !

Le récit du dernier spectacle de mardi… un peu plus tard ! Cat

(1) Le mot du rédac’chef : Suite de ce billet tard dans la nuit ou au petit matin, ce n’est pas bien grave. Quant aux ingrédients de « La Clique qui accompagne » Gérard Morel, il s’agit de, outre Hervé Peyrard déjà nommé : Françoise Chaffois, Ludovic Chamblas, Stéphane Méjean, Delphine Paquier et Alice Waring. Evelyne Gallet et Gérard Morel sont des habitués de ce blog : cherchez leur nom sur NosEnchanteurs et vous trouverez des trésors de délicatesse à leur égard. MK

3 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Barjac (6) : l’après-midi de Guilam et de Courvoisier

De notre envoyée spéciale Catherine Cour,

Mardi 2 août, en journée,

Pierron lisant Couté, rien de plus normal !

La journée des files d’attente commence tôt. C’est la projection d’un film réalisé l’année dernière entre Barjac, Antraigues… sur la vie de Francesca Solleville. Jofroi avait prévenu la veille : « Il ne rentrera pas plus de 90 personnes dans la salle, sécurité oblige ». Tous ceux qui savent lire entre les lignes se sont donc traduit la phrase par : « Il y a intérêt à arriver tôt si on veut rentrer ! ». On a donc commencé à faire la queue, debout, en plein soleil à dix heures du matin, pour rentrer dans la salle à onze.
L’équipe du festival a déjà eu à gérer la mauvaise humeur de ceux qui ne peuvent pas accéder à ces évènements gratuits, offerts aux festivaliers… mais justement, quand c’est « gratuit » et « offert », ça devient vite une obligation et pour certains « cadeaux », il y a plus de déçus que de satisfaits ! Une séance de rattrapage était bien proposée, mais son horaire la réservait à ceux qui ne pouvaient (voulaient) pas assister au spectacle de 16 h 45.
Jofroi a donc annoncé qu’à partir de l’année prochaine une participation « symbolique » de 2 € serait demandée et que, dès jeudi et la projection du film de Richard Desjardins, des tickets seraient distribués à l’avance, permettant à ceux qui arriveraient trop tard pour bénéficier d’une des 90 places de ne pas faire inutilement la queue. C’est une excellente idée !
J’aurais aussi une interrogation-suggestion : le chapiteau est-il utilisé le matin ? Je sais que les balances se font l’après-midi… mais y en a-t-il aussi le matin ? Parce que sinon, pourquoi ne pas utiliser cette structure pour y organiser les projections ? Le confort y serait moins grand que dans la salle de cinéma et la qualité d’image un peu moins bonne… mais ça permettrait à 200 personnes de bénéficier du spectacle ou de la conférence, au lieu des 90 actuels. Avec un grand écran et un vidéo-projecteur, on doit pouvoir transformer la scène et y faire des projections d’une qualité correcte. Le son, lui, devrait être excellent !
Enfin, les « faut que » et les « y a qu’à »… c’est facile de loin, mais il y a peut-être des contingences techniques qui ont éliminé cette solution
Bon, moi, comme pour le récital de Nathalie Fortin et Gilbert Laffaille, j’étais du bon côté du couperet ! Le film est très, très bien ! il donne la parole à Francesca, bien sûr, mais aussi à ses auteurs, à d’autres chanteurs (Juliette Gréco…) et même au « simple public ». Il parle de la carrière de Francesca, de ses amis auteurs, compositeurs… Francesca était dans la salle et elle a dit être très touchée et émue qu’on y parle, par exemple, de sa mère et de son enfance… J’attends avec impatience la commercialisation du dvd
Sur la placette sous le château, il y avait ensuite la présentation d’un livre sur Gaston Couté par Gérard Pierron. Hélène Maurice est venue chanter quelques chansons d’un futur spectacle basé sur les textes de Gaston Couté. C’est elle, la « chum » canadienne de Nathalie Fortin, dont le nom avait sauté de mon compte-rendu précédent. C’était suivi par un apéritif, offert par la maison d’édition.

Guilam, jeune et belle promesse (photos Catherine Cour)

Le programme de l’après-midi était intéressant. Il commençait par la découverte (en ce qui me concerne) de Guilam, un « jeune » chanteur dont la prestation s’est avérée fort intéressante. J’aurais tendance à le comparer, dans l’humour, les textes, les musiques à Pascal Mary. Il a le même genre de voix claire, la même diction précise… peut-être l’humour un peu moins féroce que celui de Pascal et un peu plus de tendresse… encore que ! Un exemple, au « Hasard » (c’est justement le titre), d’une chanson (paroles et musique) de Guilam : « Qu’y avait-il dans ce regard / Quand vous cherchiez à me croiser ? / Au début, j’ai cru au hasard / Puis ce hasard s’est répété / Et un hasard qui se répète / C’est un hasard obstiné / Le public semble bien avoir autant apprécié que moi. »

Christiane Courvoisier, en lutte, en combats

Le deuxième tour de chant était « Memoria rojas y negras » par Christiane Courvoisier.
Je jure que je n’ai pas appris à parler espagnol depuis samedi ! Eh bien là, j’ai a-do-ré ce récital. J’ai été embarquée par la fougue, la présence, la voix, l’enthousiasme de Christiane. Elle chante pourtant une période sanglante et les plaies pas encore refermées de l’histoire récente de l’Espagne : la guerre civile de 1936-1939 et ce qui a suivi… mais même sans comprendre davantage que le sens général (Christiane traduit les poèmes, les replace dans leur contexte) et quelques mots par-ci, par-là, j’ai bien failli y aller de ma larme en entendant chanter certains poèmes.
C’est cette émotion-là que je regrettais de ne pas avoir ressentie samedi. Je sais déjà depuis mon enfance que je suis plus sensible au chant des voix féminines… ça se confirme !
Et puis les chants de lutte et de combats m’attirent aussi depuis longtemps. Ce spectacle-là ne pouvait pas me laisser insensible. J’y ai pleinement adhéré. Je n’étais visiblement pas la seule : les restaurateurs ont dû attendre leurs clients davantage que les autres jours : pratiquement personne ne s’est levé au milieu du spectacle pour rejoindre une table réservée dans le village !

(suite de la journée de mardi dans pas longtemps)

3 août 2011. Étiquettes : , , , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Barjac (5) : Galure et Bihl reçoivent au château

De notre envoyée spéciale Catherine Cour,

Lundi 1er en soirée, cour du château :

Châpo ! Manu Galure (photo d'archives DR)

Le premier spectacle de ce lundi soir était celui de Manu Galure. Je le « suis » depuis quelques années, et je trouve que son évolution est impressionnante. Il était déjà à l’aise sur scène, la première fois que je l’ai vu… depuis sa coiffure a raccourci, mais maintenant il est devenu une vraie « bête de scène » qui s’éclate, occupe tout l’espace, bouge, joue de nombreux instruments, de sa voix et de son corps, et met le feu à la scène et au public. Le piano de montagne était bien là, mais le temps imparti n’a pas permis à Manu de lui mettre le feu… par contre « Berlin lycanthropes » a remporté un vrai succès. D’ailleurs c’est tout le spectacle qui a été ovationné, même si le tour de chant de près de deux heures a été réduit au format imposé par le festival : pas de cascades, pas de galure-abat-jour, pas de theremin (c’est un instrument de musique très « spécial »). Nous avons quand-même eu quelques beaux discours, et la chanson chantalgoyesque de fin ! J’ai adoré les rires du public quand il comprend ce que Manu est en train de chanter !!!
Prochaine étape pour Manu : la deuxième partie de la cour du château. Il a d’ailleurs commencé, puisque Agnès Bihl l’a fait revenir pour un final très acrobatique !

Son coeur fait Bihl (photo Catherine Cour)

Le deuxième artiste du soir était donc Agnès Bihl.
Elle aussi, j’ai suivi son évolution et j’avoue avoir été bluffée en voyant se transformer la petite jeune femme révoltée qui s’appuyait sur la force de ses textes en une jeune femme dont les textes, toujours percutants, s’habillent désormais de davantage de poésie ou d’humour. Ses musiques sont plus « chantantes », sa chorégraphie plus diversifiée… et elle aussi « habite » la scène et joue avec le public.
Elle nous a fait la bonne surprise de demander à Anne Sylvestre de chanter avec elle, en duo, « Non, tu n’as pas de nom ». Très belle rencontre, respect et connivence visibles.
Et puis, en fin de spectacle, c’est Manu Galure qui revient pour un duo beaucoup plus « animé » qui obtient un franc succès !
Tous les spectateurs que je croisais étaient ravis de leur soirée.

En scène, Galure sans galuron (photo Catherine Cour)

Et, après la fin du concert dans la cour du château (baptisée l’Espace Jean Ferrat depuis l’année dernière), une petite centaine d’acharnés redescend jusqu’au chapiteau pour faire le bœuf… ou l’écouter.
Lundi soir, il y a eu une vingtaine de participants : entre autres j’ai noté les noms de ceux dont la prestation m’a bien plu : Bruneau Duchâteau, Liz Van Duck (d’Orléans), Manu Galure, un « petit jeune » qui me semble avoir un bel avenir dans la chanson, comme la jeune femme qui lui succède : une certaine Agnès Bihl…
C’est vraiment sympathique, cette coutume ! Mais ça fait coucher tard !

(Entre abonnements et très nombreuses connexions, NosEnchanteurs a connu plus d’un millier de lectures hier, les billets les plus consultés étant évidemment ceux consacrés aux « Chansons de parole » en cours à Barjac. Merci pour cette fidélité. MK)

3 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 3 commentaires.

Barjac (4) : éloge à Jean Duino

De notre envoyée spéciale sur le front de la chanson de parole, Catherine Cour,

Laffaille, Fortin et une "chum" canadienne (ph. CC)

Lundi 1er août,

La journée commence par la remise du prix Jacques Douai (lire notre billet précédent)… en fait, il y a deux récipiendaires depuis quelques années et le jury a décidé d’ajouter un hommage à Marc Chevalier « de son vivant », tant qu’à faire !
Avant la remise des prix, Gilbert Laffaille et Nathalie Fortin ont décidé d’offrir un petit concert au public du festival. L’ennui est que le concert a été programmé dans la petite salle de cinéma (jauge : 90 places assises, plus deux escaliers !) et que 150 ou 200 personnes souhaitaient y assister ! Premiers arrivés, premiers servis (quelques resquilleurs, malheureusement…), mais c’est vraiment râlant de se voir fermer la porte au nez ! surtout après une heure de queue sous le soleil… bon, j’étais du bon côté de la porte, mais solidaire avec les festivaliers « lourdés ».
Le mini-concert de quatre chansons a pris de l’ampleur à la demande générale. Nathalie en a profité pour inviter une « chum » Canadienne à venir chanter « La Manicouagan » : Hélène

Sous le chapiteau
Ma page d’écriture et le travail sur les photos du dimanche m’ont pris davantage de temps que prévu. Je suis arrivée trop tard pour assister au premier concert du jour. Trois collègues, consultées, m’ont dit avoir apprécié le tour de chant des deux chanteuses de Juja Lula, très « vivant », très décalé. Dommage pour moi ! J’essaierai de croiser à nouveau leur route.

Jean Duino, inspiration exotique et images colorées

Le deuxième concert était celui d’un chanteur que j’apprécie beaucoup : Jean Duino. Je l’ai d’abord « connu » par chanteurs interposés : j’avais vu son nom en auteur des paroles de deux chansons que j’aime bien : « Qui », mise en musique et interprétée par Véronique Pestel et « Ceux qui ont bien tourné » par Bernard Joyet. Deux gages de qualité qui m’ont incitée à aller l’écouter dans ses concerts, lorsque j’en ai l’opportunité. Je n’ai pas regretté et comme j’ai la chance qu’il soit de vers chez moi, je peux en profiter souvent (la prochaine fois, ça sera le 20 août à Port de Bouc)
J’apprécie son écriture subtile, simple et rigoureuse, les histoires qu’il raconte, son inspiration exotique et les images colorées qu’il nous suggère, les rythmes qu’il emploie. Je trouve dans ses vers la même finesse, la même intemporalité et la même complétude que dans les chansons écrites par Anne Sylvestre ou Michèle Bernard, mes deux références dans les auteurs actuels !
Et puis c’est un homme sympathique et abordable, ce qui ne gâche rien.
Il a lancé depuis quelques mois une souscription pour son prochain CD et il a un projet en cours de réalisation : il a écrit une chanson qui va être enregistrée par un collectif d’auteurs-interprètes. Entre autres Gilbert Laffaille, Nathalie Miravette, Joël Favreau, Clément Bertrand, Bernard Joyet, Gilles Roucaute, Allain Leprest, Pierre Margot, Jehean…
Le bénéfice en sera versé à l’association « Ange », qui lutte pour la guérison de l’épendymome, une des « maladies orphelines ». Pour l’avoir reprise en chœur avec les spectateurs de Barjac, je peux vous dire que le texte en est assez jouissif et même un tantisoit subversif ! Encore un qui ne sera pas invité à la garden-party de l’Élysée… ou peut-être, en 2012… Il y a même un site dédié au projet, qui porte le titre (encore énigmatique) de la chanson, et sur lequel on pourra suivre son évolution. Le seul indice que je suis autorisée à vous donner, tant que ça n’est pas finalisé : trouvez les consonnes qui vont entre les voyelles… (le site de Jean Duino)

En parlant « souscriptions », j’ai aussi récupéré sur la table d’Éric Nadot, de TDS, un flyer pour celle du futur album de Laurent Berger. Encore un chanteur que j’ai découvert récemment, grâce à l’association « Chansons Buissonnières 38 », qui propose tous les ans une superbe programmation. J’ai adoré ses textes et sa personnalité.

Mon challenge était d’écrire aussi sur « la vie autour du festival ».
Il y en a peu, entre les projections du matin, les « apéros » offerts par les uns ou les autres, les heures d’attente devant le chapiteau ou les grilles du château… et puis les spectacles ! mais comme il faut bien vivre et se nourrir, je vais parler un peu des restaurants.
Il y en a beaucoup, à Barjac. Toutes les qualités sont représentées, de la crêperie-pizzéria au restaurant « traditionnel » et à ceux « de luxe ». J’en ai fréquenté pas mal, pour les tester, et j’ai adopté cette année « La gargouille », un restaurant de cuisine régionale de grande qualité et de prix très correct : menu à 25 € (entrée, plat principal, dessert) ou carte. Il se cache un peu en retrait de l’église et propose des tables sur la rue Jean Moulin ou sur une terrasse tranquille, abritée par une immense voûte de pierre. Le propriétaire peut vous raconter les vignobles qui composent sa carte des vins aussi bien que le vivier où il s’approvisionne en truites ou le récoltant des champignons qu’il vous sert, la recette de chaque plat ! Pour moi, c’est la preuve qu’il est passionné par ce qu’il fait et, en général, la cuisine qui est servie dans ce genre de restaurant m’a rarement déçue.
J’y achève d’ailleurs cette rédaction.

2 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 6 commentaires.

Barjac : Laffaille et Fortin, doués et Douai

Gilbert le récipiendaire (photo Catherine Cour)

Pour la cinquième année consécutive, le prix Jacques Douai vient d’être remis à l’occasion du Festival « Chansons de Parole » qui accueille l’association du prix Jacques Douai, avec l’aide de l’ADAMI et de la SACEM.
Le Prix Jacques-Douai distingue un artiste, une personnalité ou une structure qui, par son action ou son œuvre artistique, fait vivre la chanson francophone, le répertoire et les idéaux portés par Jacques Douai : célébration de l’art de la chanson, respect et souci d’élévation du public, émancipation par la culture et l’éducation populaire.
Le Prix Jacques-Douai 2007 à été remis à Gérard Pierron ; celui de 2008 à Rémo Gary et à la MPT de Beaucourt ; celui de 2009 à Hélène Martin et Philippe Forcioli ; celui de 2010 à Véronique Pestel et à Bernard et Dany Keryhuel, animateurs des Chant’appart.
Il récompense, cette année, Gilbert Laffaille et Nathalie Fortin.
Les membres du jury sont Ethery Pagava-Douai et Georges Moustaki (présidents d’honneur),Michèle Bernard, Jacques Bertin (président), Jacques Bonnadier, Francis Chenot, Didier Desmas (trésorier), Jean Dufour, Marie-Hélène Fraïssé-Bérimont, Elizabeth Gagnon, Philippe Geoffroy (secrétaire), Pierre Jobin, Jofroi, Cyril Lafaurie, Tariel Lourdin, Hélène Mathieu, Floréal Melgar, Jean-Claude Mézière, Christine Pagava-Boulez, Martin Pénet, Francesca Solleville, Jean Sommer, Anne Sylvestre, Jacques Vassal, Gérard Pierron, Luc ou Sylvie Renaud, Rémo Gary,Hélène Martin, Philippe Forcioli, Véronique Pestel et Bernard ou Dany Keryhuel.

2 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, Festivals, Les événements. 3 commentaires.

Portfolio : Agnès Bihl à Barjac

C’était hier lundi, tard, dans la cour du château de Barjac. Avec Agnès Bihl pour star d’une chanson qui ne connaît pas de paillettes mais pèse son poids d’émotions, de colères aussi, dans une posture joyeuse, évidente marque de fabrique de cette artiste. Dans l’attente de la correspondance de notre envoyée spéciale sur le front de la chanson, Catherine Cour, voici quelques-uns de ses clichés. On retrouve Agnès Bihl sur NosEnchanteurs (elle a son rond de serviette sur ce blog) par cette interview extraite du Thou Chant et par ce billet de mai 2010.

Sachez que vous êtes de plus en plus nombreux à fréquenter ce blog, à vous y abonner aussi. De tout l’Hexagone, du Québec, de Suisse et de Belgique aussi, vous suivez l’actualité de Barjac, cet étonnant épicentre d’une chanson frondeuse et belle. Merci. MK

2 août 2011. Étiquettes : . Barjac, Catherine Cour, Festivals, Portfolio. Laisser un commentaire.

Barjac (3) : Marianne Aya-Omac, Jofroi

Dimanche 31 juillet, le château

Après une rapide migration vers le château, une longue attente devant les grilles obstinément fermées (mais ça permet d’intéressantes conversations avec d’autres fondus de chansons), Jofroi nous communique le nom des lauréats du prix Jacques Douai 2011. Il s’agit de Nathalie Fortin, la pianiste attitrée de Gilbert Laffaille et de Francesca Solleville… mais pas que !

Le deuxième lauréat est Gilbert Laffaille lui-même. Le hasard fait bien les choses… et il paraît que c’est vraiment un hasard !
Et puis un hommage sera fait à Marc Chevalier, du duo « Marc et André »… mais pas que !

Marianne, le triomphe faite femme !

Il est pratiquement 22 heures quand nous pouvons enfin écouter la première partie du spectacle du soir : Marianne Aya Omac.
Une Montpelliéraine (en fait, l’ex chanteuse du groupe Ginkobiloba) qui emballe tous les spectateurs, pourtant blasés, de Barjac. Longues minutes d’applaudissements à la fin de chaque chanson, rappels, ovation debout : la belle met le feu et est adoubée « vedette » par un public réputé « difficile » ! J’ai peu d’infos sur son parcours, à part ce qu’elle en dit pendant le spectacle et ce qui figure sur son site, mais je peux dire que c’est dans ce qu’elle propose que se trouve un des futurs de la chanson « populaire » : rythmes, voix, textes… tout est innovant et plaisant et entraînant. Elle me fait penser, dans un registre différent, à Karimouche, une autre jeune chanteuse qui explore des voies (des voix) différentes. La voix, les textes (en français, en anglais, en espagnol, en « trompette ») de Marianne sont davantage formés par le gospell et le spectacle de rue, les rythmes tziganes que ceux de Karimouche. Mais son charisme réunit toutes ces influences et les fédère sous la bannière d’un message humaniste de paix et de fraternité. La « femme-trompette » a encore des surprises pour nous… c’est du moins tout le mal que je nous souhaite !
Et là, Joëlle est d’accord avec moi : « En entendant Marianne, on se demande comment elle peut gérer cette extraordinaire puissance vocale… Puis on renonce à s’interroger, tant elle sait nous embarquer avec elle. »
Tout ce qu’on peut lui souhaiter, c’est de trouver d’aussi bons auteurs que cette « Françoise », une habitante de son village, qui a écrit le texte d’une des dernières chansons que Marianne nous a interprété. Comme le dit Bernard Joyet : « Là, j’ai eu les poils des bras qui se sont hérissés… et ça n’était pas parce que j’étais trop près de l’écran de la télé ! »
Un autre texte, « Homme Femme », paroles et musique Marianne Aya Omac : « Derrière chaque couleur / Derrière chaque apparence / Derrière toutes nos différences / Se cache une vérité / Nous sommes tous et toutes / Les perles d’un même collier / Toutes unies par le même fil / Le fil de la vie / Nous avons tous et toutes / La même responsabilité / De choisir, d’agir / Pour l’avenir / Et pour la paix / Nous avons tous et toutes / Le même rêve secret / Le même rêve sacré / De nous réaliser en toute dignité. » (NosEnchanteurs avait déjà parlé de Marianne : lire « Que Marianne était jolie »)

Jofroi, maître des lieux et vedette en son chez-lui

Après l’entracte, place au maître de la programmation du festival : Jofroi, qui crée là une dizaine des chansons de son nouvel album. Beaux textes, belles musiques, musiciens très pros, éclairages un peu trop « rouges » à mon goût, et qui ne mettaient pas en valeur la belle chemise rouge de Jofroi… et pour une fois qu’un chanteur ne s’habille pas en noir, c’était dommage de ne pas en profiter !
Le temps s’était mis de la partie : mes deux pulls sont restés sur mon sac !
Bon… puisque mon challenge, c’est de donner mon ressenti, je dirais que Jofroi continue sur le sentier qu’il s’est tracé, et que ses mots, ses textes, sont la continuation de ceux de ses précédents albums. Il reste fidèle à lui-même, dans ses images, sa poésie. C’est bien, c’est « de la belle ouvrage »… mais ça m’a laissée sur ma faim ! J’aime bien être un peu surprise, un peu déstabilisée ou un peu amusée et là, je n’ai pas trouvé cette palette d’émotions. J’ai entendu de la belle poésie, un fleuve calme et puissant qui roule des mots bien policés, alors que j’aurais aimé être aussi vivifiée par un petit ruisseau de montagne, un peu roulée et écorchée sur ses cailloux… surtout avec le torrent d’émotions qui venait de nous secouer un quart d’heure auparavant !
Jofroi a commencé sa prestation en disant « Ça ne va pas être facile ». Je pensais qu’il faisait référence à : prendre la suite de Marianne, mais je crois maintenant qu’il pensait plutôt à son propre spectacle, qu’il créait là, à Barjac, chez lui, devant « son » public. Il s’en est bien sorti, mais le vainqueur du jour du public, ça a été Marianne Maya Omac… que Jofroi lui-même avait découverte avant nous, puisque c’est lui qui l’a programmée ! Tu quoque mi fili !

Thomas Pitiot, chansons généreuses et colorées

Le soir, à la « scène ouverte », il y avait de nombreux inscrits dont quelques connaissances : Martine Scossezi (qui a fait la première partie de Marianne Maya Omac, il y a peu, à Sainte-Tulle), Paul Meslet, Thomas Pitiot… et une douzaine d’autres ! (dont un instit qui nous a interprété un jouissif « tango des mogettes »… des fayots, quoi !)

(suite de ce « Barjac en léger différé » demain sur NosEnchanteurs)

1 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 2 commentaires.

Barjac (2) : Philippe Thomas, Dominique Ottavi

De notre envoyée sur place, Catherine Cour,

Lorsque j’ai dit que je n’avais pas apprécié la prestation de Paco Ibañez, ça a fait réagir une amie Varoise : Joëlle Lantéri, une autre fondue de chanson « de parole ». Elle a essayé d’impulser un « festival d’hiver » à Saint-Maximin la Sainte-Baume, dans un lieu splendide : le cloître du couvent de la chapelle royale. Malheureusement les 120 spectateurs nécessaires à la rentabilité du projet n’étaient pas tous au rendez-vous et seul Jean-Michel Piton a pu y être programmé…
Joëlle m’a donc écrit son ressenti :
« Paco, c’est d’abord le timbre de sa voix. Elle est, je crois, unique, singulière. Elle ne s’impose pas mais capte le public. Paco et sa langue (ses langues !) ibérique nous surprend, nous étonne, nous invite au voyage, à la rencontre. Particulièrement celle de Pablo Neruda et de sa liberté souveraine »

Dimanche 31 juillet – le chapiteau

La journée commence mal : le marché bio et ses clients occupent une grande part des places de parking et je tourne une demi-heure avant de pouvoir me garer. La conférence de Daniel Pantchenko sur son livre « Je ne chante pas pour passer le temps » est commencée et a fait le plein : impossible de rentrer dans la salle. Une amie qui a pu y assister me dit qu’elle l’a trouvée intéressante et instructive : Daniel Pantchenko l’illustre avec des chansons de Jean Ferrat, qu’il éclaire d’anecdotes et relie à la vie de l’artiste.
En début d’après-midi, sous le chapiteau, deux artistes se succèdent. Celui qui essuie les plâtres n’est pas forcément le plus mal loti : celui qui hérite du créneau 18 h 30 – 19 h 30 doit capturer fermement (et dans les deux ou trois premières chansons) l’attention des spectateurs qui balancent entre rester apprécier le spectacle ou filer avant la fin pour avoir le temps de dîner avant d’aller faire la queue devant les grilles du château.

Philippe Thomas (photos Catherine Cour)

Ce dimanche, le premier programmé est un jeune chanteur lauréat du prix « Vive la reprise 2010 » : Philippe Thomas. Il associe des musiques rythmées, un peu rock, un peu folk, parfois tziganes, à des textes très travaillés, où chaque mot porte. Des sujets fort différents comme tout chanteur « à texte » qui se respecte… j’ai bien aimé l’histoire de son copain « Manu » et de son vélo ou celle de Roselyne et de son amoureux de la caisse du Carouf. Il a de l’humour, de l’autodérision. Ça me plaît bien. « Roselyne, elle vit avec un lion / Elle vit avec un con / Qu’a les pieds sous la table / Du poil de la main au menton / De la barde au bidon / Et ça se dit louable. » Et sa conclusion : « Voyez-vous, pauvres sots, adeptes du sofa / Passifs assoiffés, fainéants du cabas / La jalousie, peut-être, fera lever vos fesses / Si je dis qu’un amant peut se cacher aux caisses. » (le site de Philippe Thomas, c’est là)

Avec Ottavi, convenons que les choses se corsent !

Le deuxième chanteur du jour est Dominique Ottavi. Je le connaissais comme écrivain, parlant du Sud, de la Méditerranée, des contes de son pays : la Corse. Je ne le savais pas chanteur. Bon, je suis restée jusqu’à la fin sans être vraiment emballée ni par la voix, ni par les textes, ni par les musiques, ni par l’interprétation… tout est « pas mal », mais rien n’accroche vraiment. Et pourtant les sonorités du provençal et du corse, du nissart et de l’italien me sont familières. Ça n’est donc pas parce que je ne  comprends pas la langue que je n’ai pas adhéré au spectacle proposé, même quand Dominique Ottavi nous propose un titre nommé « Allegria » : la liesse ! (le site de Dominique Ottavi, c’est ici)

(suite de la journée de dimanche par le prochain courrier)

1 août 2011. Étiquettes : , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 2 commentaires.

Barjac en léger différé (1)

De notre envoyée spéciale à Barjac, Catherine Cour,

Inauguration : le maire de Barjac tient le micro (photos Catherine Cour)

Traditionnellement le festival est inauguré par une représentation publique et gratuite, sur la place du village. Le maire de Barjac, le président de l’association et Jofroi, le programmateur, y sont présents. 2010 était une année de transition et d’hommage après le décès de Jean Ferrat qui parrainait le festival depuis ses débuts. 2011 continue la lignée du festival et Anne Sylvestre a accepté d’en être la marraine (à condition qu’on ne l’appelle pas « marraine » lorsqu’on la croise dans les rues de Barjac !). Elle était déjà une des aficionados du festival, elle y a ses marques, ses habitudes et sa nomination une d’une logique imparable !

Le MEJ trio sur la place de Barjac, c'était hier et vous y étiez

Trentième anniversaire oblige, le spectacle offert cette année était un hommage à Georges Brassens par le groupe Toulousain Mej Trio.
Le festival continue, le soir, dans la cour du château. Après l’heure habituelle d’attente devant les grilles et la ruée sur les sièges et les gradins (le premier soir affichait « complet »), le spectacle commence sous une bise glaciale. Moins forte mais plus froide que le mistral de l’année dernière.
Gérard Pitiot et ses trois musiciens nous offrent une heure de poèmes « des Caraïbes et d’Afrique », mis en musique. Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, mais aussi Paul Éluard, Robert Desnos…

Paco Ibañez, entre deux anecdotes...

Entracte et spectacle de Paco Ibañez, dans un vent de plus en plus froid. Le contraste est frappant (et m’a bien amusée) entre Anne Sylvestre, qui refuse de « se raconter » entre les chansons, disant que si elle écrit, c’est justement pour ne pas avoir à s’expliquer autrement, et cet autre chanteur dont on peut dire qu’il chante entre deux anecdotes ! Il invite même Gérard Morel à l’accompagner… mais juste pour trinquer !

Mon ressenti sur cette première soirée ?
Je n’apprécie que rarement la mise en musique de poèmes que je connais déjà. Elle ne m’apporte rien et me gêne même, parfois. Les percussions étaient splendides, Gérard Pitiot a une belle voix… mais côté « voix masculines », je préfère celle de Jean-Michel Piton, par exemple. Je n’ai pas vibré… plutôt grelotté de froid !
Et je ne parle pas Espagnol. Je suis donc passée à côté d’une grande partie du spectacle de Paco Ibañez… et quitte à ne rien comprendre, je préfère ne rien comprendre en compagnie d’Angélique Ionatos ! Mais ceci est un choix tout à fait personnel

Un accent québécois...

Le spectacle terminé, les plus résistants des festivaliers descendent jusqu’au chapiteau où se tient le « bœuf » quotidien. Là, le festival n’a pas encore vraiment commencé. Un seul artiste s’est inscrit : c’est un jeune Québécois qui travaille bénévolement à l’organisation du festival et qui nous régale de chansons : certaines de sa composition et des reprises de chansons canadiennes ou françaises. Je peux dire que, pour moi, ça a été le meilleur moment de la soirée !

(suite à lire demain…)

31 juillet 2011. Étiquettes : , , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 8 commentaires.

Anne Baquet : MA preuve que Dieu n’existe pas !

De notre envoyée spéciale en Avignon, Catherine Cour,

Le Canard Enchainé en parle comme d'un "Baquet-cadeau" ! (photo Catherine Cour)

MA preuve que Dieu n’existe pas, du moins pas le Dieu juste et bon de mes leçons de catéchisme. Sinon, comment admettre qu’une seule personne (et pas très grande, la personne !) puisse accumuler autant de dons et de qualités, alors que ………. en est totalement dépourvu(e) (les points de suspension sont là pour vous permettre d’écrire le nom d’un « chanteur » sans voix, sans talent et dont le charisme est encore plus faible que celui d’une chaussette de footballeur après des prolongations ! On en a tous au moins un dans nos expériences de spectateur. Perso, j’inscrirai volontiers Carla Bruni, mais
1°) je n’aime pas tirer sur les ambulances et
2°) je ne serais plus jamais invitée à la garden-party de l’Élysée !… Euh… ??? Mais je ne suis PAS invitée à la garden-party de l’Élysée !!! Et la prochaine, c’est juillet 2012 ? Je ne risque donc RIEN !)

Je ne vais pas vous copier la biographie d’Anne Baquet : il en existe de fort bien documentées sur internet. Juste vous dire qu’elle a une voix splendide (formation de chanteuse lyrique oblige, elle chante sans micro et vous l’entendez même au fin fond de la salle ! quels trilles ! quelle maîtrise ! quel souffle !), qu’elle joue comme une excellente actrice (qu’elle est également), qu’elle mime (oui, aussi !), qu’elle fait quelques acrobaties (monter et descendre en sautant du haut d’un piano à queue, par exemple !), qu’elle danse… (c’eût été étonnant qu’elle n’ait pas cette corde-là à son arc !) et surtout qu’elle ne se prend pas au sérieux (elle est capable de chanter faux é-queu-ceu-près) et qu’elle nous entraîne dans deux voyages fort différents : un monde fantastique, tout traversé de rêve et de poésie… et puis d’humour, aussi ! ou une pièce de théâtre bien ancrée dans la réalité.
Je vous parle de ses deux derniers spectacles, qui « tournent » pour l’instant et qu’il est possible de voir un peu partout en France.
– Le plus ancien, Non, je ne veux pas chanter, est une suite de chansons de fantaisie, de poésie, légères, anecdotiques, oniriques, complètement farfelues, ou douces et mélancoliques. On rit beaucoup, et puis un peu plus tard on est juste intensément là, à écouter dans un silence religieux, avec seulement l’envie que la chanteuse ne s’arrête pas… Il existe un DVD du spectacle qui permet de retrouver la magie de ces instants.
Elle était une fois…, le spectacle qu’elle vient de créer en Avignon est davantage « linéaire » : c’est un « conte musical » qui raconte une histoire avec un début, une fin, une quinzaine de personnages tous incarnés par Anne. C’est une performance que les éclairages de Jacques Rouveyrollis permettent (on comprend immédiatement qui parle) et que le talent d’actrice et de mime d’Anne met formidablement bien en valeur !
Enfin, juste pour bien prouver qu’elle n’est pas un être humain comme les autres, elle est d’une gentillesse, d’une humanité incroyables ! Ses remerciements ne sont pas que de la politesse, elle est abordable après chaque spectacle, elle dédicace sans se lasser, malgré sa fatigue, tant son bonheur est grand (et visible) de pouvoir échanger avec son public. Là aussi, qui ne connaît pas quelques chanteurs dont la longueur du tour de tête est inversement proportionnel avec la taille du talent ? Eh bien, Anne, c’est tout le contraire : talent immense et gentillesse d’un même niveau.
Il est encore temps d’aller l’applaudir à Avignon, au théâtre du Balcon à 19 h 15 (arriver 45 minutes en avance et réserver : le bouche-à-oreille fonctionne et c’est souvent plein !). C’est parfaitement réalisable en sortant du spectacle de Bernard Joyet, au théâtre des Vents : il est à cinq minutes du Balcon !
Et puis, sinon, ces deux spectacles vont continuer à vivre leur vie (que je souhaite longue !) et je ne peux que vous conseiller d’aller les voir… une fois, dix fois… j’en suis toujours sortie émerveillée ! Je vous souhaite le même plaisir.

Le site d’Anne Baquet.

30 juillet 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. Laisser un commentaire.

La verve de Nicolas Bacchus

De notre envoyée spéciale en Avignon, Catherine Cour,

Nicolas Bacchus et Lucas Rocher (photo DR)

Toujours à Avignon, mais tard, quand les boutiques sont fermées et que les pieds commencent à ne plus vouloir avancer, si vous avez envie de terminer la soirée sur une note gaie et des jeux de mots lestes (ou l’inverse), c’est à Nicolas Bacchus qu’il faut faire appel. Il tient salon à partir de 22 h 50 au cinéma Utopia, dans le centre-ville et nous offre, en première partie, un récital de Lucas Rocher : un jeune auteur-compositeur-interprète dont Nicolas produit le premier disque : Beau moqueur… mais je ne suis pas sûre que l’écouter mette tant de baume au cœur que ça ! En tout cas, c’est une découverte qui mérite le déplacement ! Ses textes sont déjà très travaillés, sa voix bien posée… mais ce qui m’a subjuguée (en plus de son physique de jeune premier ténébreux et de sa beauté assassine), c’est sa virtuosité à la guitare ! Je ne peux pas croire que quelqu’un d’aussi jeune ait déjà une telle maîtrise technique et une telle sensibilité dans le jeu. C’est bien simple : je vais devoir me mettre à croire à la métempsychose et essayer de justifier une telle aisance en pensant qu’il est la réincarnation d’une longue lignée de guitaristes virtuoses ! Et puis j’aime bien les gens capables d’auto-dérision… leur tête enfle moins que celles des gens qui se prennent trop au sérieux : « Je suis le garçon facile / Le benêt qui se noie / Dans un battement de cils / Dans une jolie voix / Des jupons volatils / Une couette ou un bas / Sont des pièges futiles / Voilà tout, c’est comme ça ! / Je ne sais pas dire non / À l’appel imbécile / De boulets en canons / De parfums en textile / Si les jeux du regard / Ne font de mal à personne / J’ai gagné mes cafards / Depuis, je les collectionne. »
Ensuite, c’est le tour de Nicolas Bacchus, que l’âge n’assagit pas et qui continue de trublionner, de s’indigner et de contrepéter à longueur d’album. Son quatrième opus (qui sert de base à son spectacle actuel) ne déroge pas à sa règle : appeler un chat « un chat » et refuser de rentrer dans un quelconque moule (dans une quelconque aussi, d’ailleurs… mais, bon… !). La gouaille de la recette du « filet mignon », pleine de sous-entendus, est aussi jouissive que sa description de la difficulté de vivre de nos jours pour un vampire (Trouble ode) ou ses coups de gueule sur Les gens de mon pays (paroles et musique de Thomas Pitiot) : « Les gens de mon pays s’enferment / Se barricadent l’épiderme / Les gens de mon pays s’enfoncent / Ils piétinent les fleurs / Ils n’offrent plus rien que des ronces / Au nouveau visiteur. » Alors, bien sûr, Nicolas dérange les programmateurs de spectacles qui ne veulent pas faire fuir le public « bien pensant » ou les rares subventions des communes. Il dit ce qu’il pense… et il en rajoute une couche dans la provoc’, alors il est catalogué « ingérable ». Il tape aussi bien sur le bourgeois que sur le syndicaliste… alors il est blacklisté par les organisateurs de festivals « institutionnels ». Il paye cash sa grande gueule qu’il ne sait pas fermer et ses choix de vie qu’il ne sait pas taire… Heureusement qu’il y a aussi des grandes dames de la chanson « engagée », des Anne Sylvestre, des Juliette, pour l’accompagner sur un bout du chemin et témoigner de l’estime qu’elles lui portent. Elles nous tracent la voie et nous disent d’aller écouter ce que Nicolas a à nous dire et qui est plus profond que ce que sa gouaille veut nous dissimuler. Suivez-les donc, dans la joie, vers la verve de Nicolas Bacchus.

Le site de Nicolas Bacchus, c’est ici ; celui de Lucas Rocher, c’est là. On peut lire aussi les chroniques des récents disques de Nicolas Bacchus et de Lucas Rocher par Michel Kemper sur le Thou’Chant.

30 juillet 2011. Étiquettes : , . Catherine Cour, En scène. Laisser un commentaire.

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