Yéti, née en Hollande !

Yéti (au Tibet, à la fonte des neiges) ph. DR

par Claude Fèvre

Hier, jeudi 4 mai, à Toulouse. La place du Capitole bondée réclame le changement, maintenant… Dans le métro vers  20h30, je croise quelques manifestants avec leur badge, plutôt éteints, les manifestants… d’autres les regardent amusés. Je suis entre deux tours moi aussi, entre deux concerts plus exactement. Je quitte le théâtre du Grand-Rond où j’ai entendu un groupe de cinq musiciens, Les Vents Malins, en apéro concert. Je retiens surtout les arrangements entre jazz  et java, teintés de joyeuses ambiances manouches, les envolées de la clarinette (souvent je n’entends plus qu’elle ; saluons le jeune musicien : Clément  Salles) la présence du compositeur et chanteur, Ronan Le Guennec, à la voix  profonde et grave et au visage de marin, si, si… Le public était ravi, il s‘est même montré très, très chaleureux à la fin. A-t-il pour autant été généreux en déposant sa « participation libre » dans les tirelires ?  J’en étais à de sombres considérations financières, je l’avoue,  me demandant comment un groupe méconnu de cinq musiciens pouvaient aujourd’hui trouver sa place, quand j’arrivais une demi-heure plus tard au Bijou où jouait Yéti, née en Hollande (tiens, tiens !). Et là, c’est un désert ! Je n’avais jamais vu le bar avec si peu de monde et au moment du concert, il a bien fallu admettre que l’artiste allait jouer devant une salle quasi-vide. J’en avais la boule au ventre pour elle. Les quelques spectateurs présents et les techniciens ont redoublé d’efforts pour soutenir Yéti, née Jetty Swart. Je l’avais connue en 2006 un poisson sur l’épaule (!) sur notre scène, seule avec son accordéon, puis revue en trio. Notre quotidien local disait d’elle : « Yéti est plus qu’une chanteuse, c’est une artiste complète qui flirte avec le théâtre, le mime, le clown, sans retenue ni complexe. Elle est drôle, parce qu’elle est nature. Elle vous livre les divagations de son imaginaire en délire sans ambages » (La Dépêche, Ariège, 17/11/2006). Bien sûr, le journaliste modérateur de ce blog avait depuis longtemps posé sur cette étonnante artiste l’élégance de ses mots, deux ans plus tôt : « Ses chromos si beaux, ses tranches de vie virées sépia, ses décors de bord de canal et de logements petits : elle fera de la scène un vrai film populaire, un classique qu’on applaudira sans réserves. Et d’elle une star » Michel Kemper (Le Progrès 08/11/04)
Yéti nous a donné dans cet écrin de la salle du Bijou, un nouvel aperçu de ses constantes recherches musicales et vocales, avec la  même envie d’en découdre que si  la salle avait été pleine. Elle s’est souvent offert de chanter sans micro.  Elle n’a peur de rien, décidément ; elle ose. Inclassable Yéti, il faut l’avoir entendue avec cette voix qui se perche haut parfois dans les aigus, pour mieux revenir aux accents rauques de sa langue maternelle, à des murmures, des bruits, des cris… Elle use des boucles du sampler, de la flute traversière, d’un piano toy rouge, d’un moulin musical, sans pour autant laisser son fidèle  accordéon . Et dans sa jupette, rouge elle aussi, et ses bottines, Yéti garde l’allure et surtout le goût de l’imaginaire et du bricolage  de l’enfance. Le temps ne paraît pas avoir prise sur elle, sauf peut-être sur son côté garce, et ses élans de rockeuse nettement assagie. Elle a testé hier quelques chansons nouvelles qu’elle appelle des « dragons cachés sous le lit », s’amusant de son univers : « Je fais des chansons bizarres ».
Quand j’apprends plus tard, au cours de notre échange, qu’elle vit souvent aux USA où la retient son amour (qui lui reprochera ?) je me prends à craindre que son répertoire anglophone (déjà très présent) ne prenne définitivement  le pas sur le français. Mais elle ne nous a pas encore quittés, Yéti, elle sera bientôt, le 16 mai, au festival Alors Chante à Montauban puis le 30 Juillet à Barjac avec cinq autres (Evelyne Gallet, Roland Bourbon, Dimoné, Imbert Imbert, Presque Oui) pour revisiter le répertoire de Boby Lapointe. Encore une preuve que Yéti vaut le détour !

Le myspace des Vents malins, c’est ici ; le myspace de Yéti, c’est là. Contact Yéti : jettylag@gmail.com

Publicités

4 mai 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 1 commentaire.

Jur nous fait son cirque, juré !

Jur (Photo DDM, N. D.)

par Claude Fèvre

A vrai dire, je ne sais pas exactement ce que j’ai vu, entendu jeudi soir au Bijou… Il se pourrait bien que cet article soit sans queue ni tête, comme le spectacle dont il voudrait rendre compte. En scène, Jur Domingo au chant (mais pas seulement !) et trois musiciens m’ont embarquée dans un univers proprement délirant : un batteur, un guitariste, harmoniciste qui soudainement resté seul en scène (ses comparses sont assis dans la rangée centrale) se mettra à claquer des dents en roulant des yeux comme des billes pour finir dans un numéro de claquettes dentaires… si, si ! Enfin un étonnant pianiste qui se fera guitariste et accordéoniste mais si déroutant et hilarant dans son duo d’acrobates ou de jonglerie (un bois de cerf !) avec Jur.
Ces artistes-là viennent du cirque c’est une évidence confirmée par leur biographie. Artistes de la Cridacompany, compagnie franco-catalane créée à Toulouse en 2006.
Mais Jur  chante  –  en français et en catalan. Sa voix s’envole dans les sphères de l’opéra, flirte avec le  jazz, crie, murmure et son corps accompagne bizarrement les notes du piano ou le rythme de la batterie. On ne voit que ses longs bras, que son buste et ses jambes maigres soulignés par une robe toute droite, sans grâce,  retombant sur ses bottines lacées. Philippe Pagès écrit avec justesse dans son programme qu’« elle fait penser à Olive, la compagne de Popeye qui danserait chez les shadocks : il faut chercher la tendresse dans les angles droits. »
Et pour autant cette fille est belle, son visage évoque celui de Lou Doillon. Elle est franchement belle pendue au micro comme à une bouée de sauvetage. Elle est surtout capable de toutes les audaces dans sa gestuelle. Je vais être franche, sans doute en raison de son accent, je n’ai pas bien compris les paroles des chansons en français. Je n’en suis que plus déroutée car l’émotion était palpable dans le public et moi qui suis si attachée au sens des mots, je la partageais. Je captais  ici ou là quelques phrases, elles faisaient mouche, comme dans ce refrain sur un slow langoureux : « je ne veux plus sauter dans ton fleuve contaminé… » Émotion que, quelques minutes plus tard, elle rompt avec cet aveu tout net qui clôt sa chanson : « Ça ne veut rien dire » et qui revient comme une vague un peu plus tard avec « Il était fou… il avait faim, de vous, de nous… »
Jur achève le concert enfouie sous les instruments après avoir annoncé « une dernière chanson… il y a un petit souci, elle n’a pas de fin mais on va la faire quand même. »
Alors, vous l’aurez compris, c’est insolite, onirique, étrange, surréaliste, dérangeant, c’est selon… mais quelle découverte qui n’aurait pas déplu à Jacques Prévert ! Cette fille chante à tue tête et cloche pied !

Le myspace de Jur, c’est ici. En concert au 3 Baudets le 2 juin en co-plateau avec Aldebert

22 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 1 commentaire.

Yvan, qui vend du vent

par Claude Fèvre

Yvan Cujious, Le Bijou, Toulouse, 5 avril 2012,

Il vend du vent, Yvan Cujious, et dans son précédent spectacle il le chantait même comme une profession de foi… Alors, ce serait du presque rien, du pas grand-chose ? Détrompez-vous car ce vent là fait un bien fou, comme un air léger, juste ce qu’il faut pour que votre embarcation glisse sur les flots… Vous voyez ? Ou plutôt vous le sentez cet air là, « sans rien en lui qui pèse ou qui pose » ? Bien sûr, je les entends les bougons, les tristes et les grincheux, ceux qui veulent que la « bonne » chanson grince, dérange, bouscule.
Il pousse la chansonnette Yvan, c’est ça ? Hé bien oui, il la pousse et plutôt bien, avec son inimitable accent  d’ailleurs, comme hier soir dans la petite salle du Bijou où s’était donné rendez-vous un public de tous les âges emporté dans le rythme dès la première chanson : L’amour ça te met dans tous tes états et ça nous donne envie d’en rire !  C’est le premier titre du nouvel album et si les médias n’étaient pas si étrangers au monde de la chanson ils en feraient immédiatement le tube de l’été. Une mélodie qui s’entête et vous accompagne jusqu’au réveil, un refrain savoureux, ça ne trompe pas ! D’ailleurs le ton a été donné d’emblée avec la projection d’une vidéo qui fait office d’entrée en matière : ce sera joyeux, festif, enjoué  et Yvan endosse le costume, la gestuelle, les mimiques de son personnage clownesque, pour ne plus s’en départir, aidé par ses musiciens : Florent Hortal, à la guitare, le plus ancien à ses côtés dont il fait volontiers son souffre-douleur, avec la complicité des deux autres que sont Rémi Bouyssière aux contrebasse et guitare et Jean-Pierre Savoldelli aux batterie et percussions.
Le thème de prédilection d’Yvan reste l’amour, sans doute, mais  il se plaît à le décliner de bien originale façon et c’est précisément ce que nous demandons à la chanson. Citons son inoubliable amour vinicole pour la belle Margaux qui ne veut pas être aimée pour son cru, la rupture et la liquidation de communauté… d’un rein, ses amours à la chaîne qu’il s’en va voir à vélo, et tous ces petits défauts qui gâchent la vie à deux dans Finie la poésie… Mais le chanteur fantaisiste sait aussi émouvoir et même s’il ne s’attarde pas dans ce registre, il fait mouche comme dans cette évocation d’un  bambin, « On a tellement besoin de chansons quand il paraît qu’on a 10 ans », accompagné alors seulement par la guitare acoustique ou bien dans cette image comique des vieilles qui tricotent sur leur banc en papotant,  taillant « des costumes plus ou moins grands », et qui glisse au fil du texte vers celle, troublante, d’un homme qui « se voûte comme un croissant. »
Ce soir on affiche complet : Yvan Cujious sera à nouveau au Bijou pour un ultime rendez-vous avec son public toulousain fêtant la sortie de son nouvel album, J’aime tous les gens. Je suis prête à parier que le public finira debout, acclamant le trublion, l’artiste, quittant la scène dans une déambulation jazzy, digne de la Nouvelle Orléans. Et c’est aussi l’occasion de dire que ce concert donne furieusement l’envie de danser !
Le public quitte la salle avec le sourire. Il est heureux, ça se voit. Yvan vend du vent dans ses chansons, il vend du bonheur aux gens. Et s’ils achètent son album où quelques complices, non des moindres, ont mis leur grain de sel (Magyd Cherfi, Art Mengo, Jérémy Dirat, Antoine Salher, Cédric Antonelli) ils auront le privilège de découvrir en sus quelques perles comme La Boîte aux lettres, clin d’œil appuyé à nos échanges virtuels, ou Au Sénégal, enfin une solution aux maux d’amour… prendre l’avion, le large avec le bon vent d’Yvan !

Le site d’Yvan Cujious, c’est ici. Le début de son nouveau spectacle, c’est pile là : http://www.dailymotion.com/video/xm3byh_yvan-cujious-teaser-nouvel-album-sortie-mars-2012_music

7 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 3 commentaires.

Claude, prête-moi ta plume

par Claude Fèvre

Cher Claude, j’espère que tu ne m’en voudras pas de venir te parler un moment… juste comme ça, avec un peu de timidité tout de même. C’est vrai, je suis un peu chavirée de t’écrire, à toi que « les mots ont pris pour une caravane, avec tes airs de désert. » Mais il faut que je te dise qu’hier c’était un peu avec tes chansons pour repères que je suis venue au Bijou, à Toulouse. J’étais de ceux que l’on avait conviés pour auditionner les candidats au prix d’écriture qui porte ton nom. Que veux-tu, il faut t’y faire.  On n’en finit pas de t’honorer dans la ville rose. Une femme prénommée Cécile (tu vois de qui je parle ?) a même participé au jury de présélection et je sais qu’elle est là, discrète, dans la salle.  C’est stupide, sans doute mais sa présence rajoute à mon trouble. Je suis assise aux côtés de quelques personnes dont la réputation n’est plus à faire dans notre région (autre motif d’émotion… rends-toi compte, Claude, Festiv’Art aux côtés d’Alors Chante, de Pause Guitare, du Chaînon Manquant…) pour écouter, regarder ces jeunes auteurs compositeurs interprètes de chanson en Midi-Pyrénées âgées de 15 à 25 ans. Ils seront huit jeunes pousses pour quatre lauréats, un en catégorie 15/18 ans et trois en catégorie 18/25, pour gagner de quoi  donner un joli coup de pouce à leur rêve. Nous serons une dizaine à en décider réunis par l’association Rue de Siam qui préside aussi à la carrière d’une certain Yvan Cujious. Tu connais bien, n’est ce pas ?
Le Bijou est décidément le lieu idéal pour accueillir ces auditions : un écrin pour la chanson, avec le confort de son et de lumières comme on peut en rêver. Le savent-ils vraiment ces jeunes qui vont chacun leur tour interpréter trois chansons ? Savent-ils que c’est un privilège ?
Bien sûr, Claude, je suis surtout venue te parler de ce qui s’est passé sur cette scène. Parmi nous certains diront qu’ils ont entendu des « pains » regrettables, que certaines voix n’étaient pas bien placées… que ces jeunes s’inspiraient d’une chanson aujourd’hui dépassée. Mais, je souhaite avant tout te dire que ces « mots tissant l’émotion »,  ces « mots de prédilection », ces « mots bruissant comme des rameaux. » ces mots que tu as tant chéris, nous ont quelque fois visités et parfois même charmés. Et c’est bien à toi que je songeais alors en donnant mon avis. Il m’est arrivé même de penser que leur goût des mots les conduisait parfois presque à l’hermétisme… me laissant personnellement sur la rive… Dommage, je n’ai parfois pas pu embarquer !
Il  ne m’est pas possible de te  donner aujourd’hui le résultat de ce concours, encore tenu secret, mais je t’offre un petit montage de citations, juste pour le plaisir de l’assemblage des mots…
Quelle étrange idée de s’exposer sur une scène éclairée (Cécile Cardinot) /Je ne veux pas attendre la lune, puisqu’elle ne m’attend pas (les Pas des Rives) / Mon esprit s’éveille soudain et je danse dans les nues (Ma Pauvre Lucette) / Mais après tout , ce n’est qu’un bijou, ce n’est qu’une parure, un p’tit peu d’aventure (Hugo Croiset)/ J’avais mes rêves et mes espoirs, mais je suis fier d’être moi (Funky Kiwi) / Les étoiles rigolent tout en filant le temps (Saturne et Pluton) Je m’offre aux heures perdues…(Lucas Solal)  Je t’aime pas-sionnément-songe (Suzanne)/
En 2009, un trio a remporté ce prix, il se nomme Pauvre Martin (photo ci-dessus)… aujourd’hui, ces trois copains, originaires du Lot ont fait leur bout de chemin. On les a vus aux Découvertes d’Alors Chante, sur la scène mythique des Trois Baudets…Les  lauréats  2012 seront-ils promis à un avenir ? Claude, peut-être ton nom sera-t-il à nouveau un précieux parrainage ?

Les sites du Prix d’écriture Claude-Nougaro, du Bijou, de Rue de Siam prod et du groupe Pauvre Martin.

5 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 9 commentaires.

Guilam, sur les traces de nos enfances

par Claude Fèvre

Presque une année que je sollicitais Guilam (primé sur notre dernier tremplin en 2010, actuellement en charge de la co-animation de l’atelier d’écriture de chansons) pour notre soirée du 14e Printemps des Poètes sur le thème « Enfances ». Il me semblait évident que cet artiste et ses deux acolytes et complices (Cédric Bailleul, accordéon, et Philippe Soulié, contrebasse, basse, tuba) seraient des passeurs de chansons, passeurs de poèmes dignes de ce thème si riche etnsi lourd de sens… Nul ne guérit de son enfance n’est-ce-pas ? Jeudi dernier, nous y étions enfin à cette soirée tant attendue où tout reposait sur la confiance. Celle que j’avais accordée à Guilam, celle que Nadine Cubilié, programmatrice de la saison culturelle de Lavelanet accorde à Festiv’Art chaque année, celle que nous espérions du public. La petite scène du théâtre de l’Ourdissoir était comble, et, ô miracle, toutes générations confondues, la plus jeune étant représentée par des internes du lycée de Mirepoix. La première partie fut consacrée à une lecture musicale de textes de Prévert où Cédric m’escortait sur des musiques de Trenet, Kosma… A cet « enfant de la troisième » qui connut une enfance pauvre et qui a su « dire non avec la tête ». C’était ensuite le tour de chant, le florilège de chansons choisies par Guilam. Avec l’ingénieuse idée de remettre à la sortie la liste des 19 chansons, ce qui offre aux spectateurs un aperçu de l’étendue de son choix. Il s’accompagne tantôt au piano, tantôt à la guitare, ou bien encore les mains délivrées de l’instrument et, son corps mince debout derrière le micro, il souligne ainsi davantage l’émotion. Car de l’émotion nous en avons eu et si les adolescents qui s’étaient regroupés en haut des gradins ont commencé par glousser et bavarder sur les deux premières chansons, L’Enfance de Brel et celle de Dimey, manifestant par là leur gêne et leur surprise (imaginons un instant ce qu’est leur univers musical), c’est dans un partage et une écoute véritables que le concert s‘est déroulé. Ce voyage en enfances, guidé par un Guilam qui ne manquait pas d’introduire les chansons avec légèreté, humour, qui se livrait aux anecdotes, aux clins d’œil à ses musiciens, a évité l’écueil du pathos, même si, on le devine, chacun a pu selon les titres, connaître un bouleversement intime. Comment ne pas être touché, voire davantage, par Plus tard quand tu seras grand, Cédric et Guilam faisant écho au duo Aldebert & Jamait ; par le texte de Cosmonaute de Loïc Lantoine ; par le Xavier d’Anne Sylvestre, où la sensibilité qu’elle affiche et la silhouette de Guilam s’accordent étrangement ; par le texte si troublant de Ton héritage de Benjamin Biolay ; par l’Enfance d’Olivier Gil, jeune talent de la scène toulousaine que Guilam a rencontré sur notre festival ; par cette interpellation du regretté Allain Leprest dans C’est peut-être… ? Oui, ce fut un bien doux voyage avec aussi quelques étapes qui ne déparaient pas, loin s’en faut, à l’ensemble. Celles des compositions de Guilam sur le texte de Dimey, sur ce Dans les couloirs du pensionnat d’Izia Loris écrit à l’atelier Plum’Art en 2010, sans parler des chansons de Guilam lui-même, comme cette Limites qui lui valut un jour sa présence sur notre scène. J’en viens à espérer que ce récital ira toucher d’autres adolescents en d’autres lieux. Parce qu’ils sont tout proches de leur enfance certes. Mais aussi et surtout parce qu’ils découvriront, là, tout ce que les ondes dont ils s‘abreuvent les privent.

Le site de Guilam, c’est ici ; son myspace, là. Sur NosEnchanteurs on lira aussi, à propos de Guilam, ces articles.

18 mars 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. Laisser un commentaire.

Au village sans prétention, chantons

par Claude Fèvre

C’était ce samedi, à Saint-Ybars en Ariège, bourgade perchée sur son promontoire à 40 km au sud de Toulouse. Par beau temps, la salle des fêtes, plantée à quelques mètres de la petite école, vous offre un panorama d’exception sur la chaîne pyrénéenne. Voilà pour le décor.
Fière de ses 500 âmes et quelques dizaines, la municipalité s’offre le luxe d’une commission « culture » qui, sous l’impulsion d’un adjoint comme on en trouve trop peu,  programme des rendez-vous avec le spectacle vivant. Je ne peux éviter de confronter ce lieu, ce public, le duo qui va entrer en scène, avec ces grand messes midi-pyrénéennes que vont nous offrir Albi (Pause Guitare) en Juillet ou Montauban (Alors chante) en mai, programmant pour une part les mêmes vedettes largement médiatisées à grand renfort de subventions aussi titanesques que leur programmation.
Essayons d’oublier un instant que l’on ne manquera pas de justifier par la « crise » la médiocrité de l’aide apportée à notre festival de l’Ariège profonde.
Samedi, c’était une soirée baptisée « cabaret » : quelques tables, des bougies, un petit Vouvray et des pâtisseries  offertes, oui, offertes ! Sur la scène un quart de queue ! Je n’en crois pas mes yeux ! Ce soir, il faudra se passer des éclairages (le budget impose des choix !) mais pour le son, tout y est ! Voici que commence le concert où Marc Maurel alias Garance, devra plonger dans le regard des spectateurs en pleine lumière. Il entre,  lunettes noires, cheveux hérissés sur la tête, en costume noir impeccable, chemise rouge (évidemment !) et pieds nus. Je suis le parcours de Marc depuis de nombreuses années et, chaque fois, j’essaie d’imaginer les pensées des spectateurs qui le découvrent dans ce look improbable… Déroutant, il l’est Marc. On ne sait jamais vraiment où il va nous conduire. « Chansons à voir », c’est le titre de ce duo piano-voix où Jérôme Abadie, compositeur, excelle non seulement comme instrumentiste (on le sentait emporté par ce piano qui était mis à sa disposition !) mais aussi comme  partenaire de jeu. Leur connivence offre à ce concert un sacré clin d’œil au théâtre ! Les textes de Marc et son interprétation, jusqu’à l’outrance parfois, vous promènent dans tous les registres. Je pense à la définition de Barbara dans ses Mémoires Interrompues : « la chanson est dans le quotidien de chacun ; c’est sa fonction, sa force. Sociale, satirique, révolutionnaire, anarchiste, gaie, nostalgique… » Oui, tout y est et je vous avouerais, pour ma part, un léger penchant pour les textes un tantinet érotiques que Marc distille avec une troublante émotion, comme dans Vivement l’hiver en début de concert ou Les bijoux en son milieu… Garance a depuis quelque temps ajouté un troisième instrumentiste, le guitariste Clément Foisseau et c’est en trio que nous le reverrons sur notre festival le 15 Août… Dans le nouveau répertoire de son deuxième album, il est à parier que nous retrouverons l’« homme moderne » changé parfois en « salop ordinaire » qui apparaît déjà au détour des « chansons à voir ». Rendez-vous pris pour l’été avec cet artiste que d’aucuns pourraient trouver trop proches de son public, trop entier, trop passionné, trop…? Moi, je me moque des détracteurs, cet artiste là je souhaite le faire connaître.

Le site de Garance, c’est ici ; son myspace, c’est là. En vidéo, séquence émotion du spectacle “Chansons à voir”extrait du DVD enregistré au Chapeau Rouge, à Toulouse. (Note du Rédac’chef Attention gourance ! Garance est aussi le blaze d’une chanteuse dont nous avons eu l’occasion de parler dans notre relation du festival de Prémilhat)

12 mars 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 7 commentaires.

C’est la récré pour Hervé Suhubiette et Pulcinella

Hervé Suhubiette (photo Jean Sarsiat)

par Claude Fèvre

Déjà en 2004, un certain Michel Kemper dans sa chronique consacrée à ce toulousain (Mes nuits critiques, éd. Mine de crayon, p. 175) le rangeait entre Gavroche et Leprest.  Huit ans plus tard, « ce type rodé à la scène […], un acteur, un vrai » s’empare de 13 chansons de Claude Nougaro. Diable, qu’allait-il  bien en faire quand on connaît un tant soit peu les audaces du trublion ?  A n’en pas douter, il allait faire fort. Il s’était déjà brillamment illustré dans cet exercice un tantinet iconoclaste avec Brassens qu’il reprend accompagné au piano par Philippe Gelda. Dimanche dernier sur France Musique, Laurent Valéro qui accueillait Hervé Suhubiette dans son émission « Des nuits noires de monde » avait choisi de nous faire entendre sa version enregistrée au Bijou de la Cane de Jeanne…C’est franchement déglingué ! Et j’aime ça ! Traduttore traditore, traducteur traitre dit la formule…Oui, reprendre c’est traduire et Hervé le fait avec sa longue et originale histoire d’homme qui chante, qui se promène de contes musicaux en chansons pour enfants, d’animations en formations (il est directeur artistique de Voix Express), de compositions pour la scène en collaborations dans ses Fêtes à Anne Sylvestre, Allain Leprest, Gilbert Laffaille, Michèle Bernard, Romain Didier…
Pour répondre à ce qui fut au départ une commande du Conseil Général de la Haute-Garonne et de l’ADDA 31, Hervé a sollicité le jeune quartet jazz Pulcinella dont il apprécie les recherches sonores. En écoutant le travail de recréation accomplie sur Amstrong (le texte s’étire, devient une plainte presque dissonante) on comprend l’objectif d’Hervé qui accepte l’idée de « reprises » à condition d’avoir quelque chose de nouveau à en dire. Et croyez-moi, il en a à dire !
Ajoutons qu’Hélène Nougaro qui accompagne avec bienveillance les projets autour de l’œuvre de son mari, lui a confié un texte inédit « Dans les bras de l’ours » qui figure dans cet album. Certaines chansons sont peu connues et c’est un plaisir d’autant plus grand de les découvrir. Quand au contraire elles  appartiennent à notre panthéon de la chanson, on en savoure la redécouverte, comme « Il y avait une ville » et son paysage sonore dévasté.
Il me reste à voir ces Récréations Nougaro en scène, avec Suhubiette et son art consommé du spectacle.

Le site d’Hervé Suhubiette, c’est ici ; celui de Pulcinella, c’est là.

 

8 mars 2012. Claude Fèvre, En scène. 1 commentaire.

Gilles et Auguste, pour quelques pièces dans la tirelire

Gilles et Auguste (photo © Mathias Cloetens)

par Claude Fèvre

Mercredi 22 février 2012, Toulouse,

Apéro concert au Théâtre du Grand-Rond à Toulouse. Un de ces petits lieux qui s’ouvrent à des découvertes du spectacle vivant chaque soir à l’heure des rendez-vous entre copains… Quelques tables, tabourets, chaises disparates. On peut s’asseoir par terre aussi. Le ton est donné : petit vin blanc sec, à moins que vous ne préfériez un demi avec une assiette de fromages ou de charcuterie. Et les langues se délient. Mais, à 19 h tapantes… Nous sommes nombreux ce soir à nous entasser contre le bar pour entendre le duo chanson de Gilles et Auguste. On pourrait s’attendre alors à ce que cette entrée se fasse dans le bruit mais non. Ici, on connaît les habitudes de la maison… Quand le spectacle commence c’est silence et on ne commande plus au bar. Respect pour les artistes ! Gilles entame une petite histoire comme il en a le secret et questionne le public : « Pourquoi les Irlandais dansent-ils deux pas en avant, trois en arrière ? » Ne comptez pas sur moi pour vous dire la suite. Ce serait faire du tort à ce « joyeux cirque », selon les mots de Philippe Pagès, du Bijou. Et nous voici embarqués en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire dans un monde onirique où tanguent les âmes errantes, les cœurs brisés, « sur la falaise, face à la mer ». Pourtant ils ne nous laisseront jamais nous complaire dans cette mélancolie que soulignent l’accordéon diatonique de Gilles ou les arpèges du violoncelle d’Auguste. Ils mêlent à leurs chansons des moments de franche gaîté, d’humour – certes parfois cruel – où le duo fait son numéro… de cirque ! Auguste, sans doute inspiré par son prénom, danse, mime, fait de son violoncelle un bateau qui tangue, adopte une bille de clown. Oui, de clown. Et ces pitreries, les historiettes de Gilles, ses contes, donnent à ce spectacle sa teinte singulière.

Voilà maintenant quatre ans que nous avons fait la connaissance de ces deux artistes et ils n’en étaient pas à leurs débuts.  Je continue de me demander pourquoi diable ont-ils tant de mal à être diffusés ?  Comme tant d’autres me direz-vous…  Dans cette ville de Toulouse, ils viennent d’accéder à la scène du Bijou, ce qui est en soi une reconnaissance… Mais ce soir, pourquoi étaient-ils programmés en apéro découvertes, ce qui signifie au « chapeau »… enfin, plus exactement à la tirelire ?  C’est en effet le rite au Grand-Rond. Des tirelires sont placées sur les tables et on rappelle gentiment au public qu’ils ne doivent pas oublier de glisser quelques pièces avant de partir. Je sais aussi que les artistes ne bénéficient pas de l’assiette de fromage ou de charcuterie après leur prestation. Gilles et Auguste sont du crû, ils sont chez eux… Mais imaginons le coût pour un musicien qui doit en plus se loger à l’hôtel. Bien sûr, pendant ces soirées d’apéro concerts, on peut se dire que quelques programmateurs vont se déplacer ou qu’ils auront l’opportunité de contacts fructueux. Mais ils se font de plus en plus rares ces programmateurs, on le sait bien. Ce théâtre possède une salle de spectacle avec une programmation où Gilles et Auguste me paraissaient dignes de figurer. Et puis, où les « vrais » débutants peuvent-ils alors se faire connaître, si ceux qui sont aguerris prennent la place ?

Pour terminer sur une note optimiste, le passage de Gilles et Auguste sur notre scène Festiv’Art l’été dernier leur a valu d’être repéré par le Festival Bernard-Dimey. Qui sait, peut-être vont-ils  faire de belles rencontres à Nogent au mois de mai prochain ? J’aimerais tant qu’ils puissent offrir encore longtemps la dégustation de leur univers poétique et joyeux.

Le myspace de Gilles et Auguste, c’est ici. Contacts : Gilles Connan au 06 64 35 94 20 ; Auguste Harlé au 06 71 73 28 08 ; gilles.auguste@gmail.com. Lire un article du quotidien La Dépêche sur Gilles et Auguste.

24 février 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 2 commentaires.

La Reine des Aveugles, sous de faux airs d’Aldonza

La Reine des Aveugles : une tenue et une posture à faire tourner de l'oeil (photo DR)

par Claude Fèvre

Avant-hier après-midi, « coups de pousses » du festival Détours de Chant au Bijou, à Toulouse. Ceux, nombreux, qui sont fidèles lecteurs de NosEnchanteurs, se souviennent peut-être que j’allais y retrouver la petite sirène Lizzie. Mais à 16h30, après avoir quitté mon petit village transi de froid sous la neige, c’est le duo de La Reine des Aveugles qui m’a cueillie tout juste réchauffée d’un gros chocolat chaud et surtout de l’accueil si chaleureux du Bijou où transitent les mordus toulousains de la chanson .
Me voici, impatiente de redécouvrir Emilie Perrin que je connais dans son Duo Parleur avec Nicolas Dimier depuis 2003 où ils ont été finalistes de notre premier tremplin Festiv’Art… Elle y excelle en facéties, en coups de marron, dans un répertoire de « pitreries chantées » selon les mots prononcés par Philippe Pagès en page d’accueil de leur site. Que nous réserve son association, depuis  dix huit mois environ, avec un autre déjanté : Claude Delrieu ? Claude – pur produit du terroir ariégeois, empressons-nous vite de le souligner ! – c’est le musicien prêt à tout.  Lui-même auteur compositeur, il n’aime rien tant que de s’acoquiner avec le premier poète, musicien à condition qu’il soit aussi risque tout que lui … Les aventures artistiques, ça le connaît ! Ici, en Ariège, nous l’avons vu en 2005 trois soirs durant à La Charmille (petit lieu hélas disparu) où il invitait ses amis musiciens de tous poils. Plus récemment on l’a vu accompagner le texte de Philippe Léotard dans Pas un jour sans une ligne pour la Compagnie toulousaine Beaudrain-de-Paroi, et sans doute certains d’entre vous le connaissent aux côtés de Loïc Lantoine… Est-ce assez pour évoquer le personnage au talent sans frontières ?
Auprès d’Emilie, compositeur et arrangeur de ses textes,  il devient homme orchestre, jonglant avec grosse caisse au pied, sampler… se saisissant de la guitare électrique dont il tire des sons  étranges pour s’emparer ensuite de son accordéon : main gauche   sur les touches et main droite sur les cymbales… Enfin, un festival de sons… Et pourtant, le set commence dans un  minimalisme qui m’a mise sous tension… J’attendais obscurément que tout explose ! – ce qui n’a pas manqué en effet.
Voici la Reine des Aveugles : elle est vêtue d’un petit corset lacé dans le dos du plus bel effet érotique, surmonté d’un chemisier rouge garance (Claude arbore une chemise du même ton de rouge), d’une jupe de dentelle noire découvrant des bas résille et chaussée de bottines aux hauts talons… une tenue à vous faire chavirer, messieurs… Des documents vidéo nous la montrent vêtue de cuir… Elle nous promène, nous malmène, nous bouscule, nous amuse aussi, dans son musée imaginaire où se côtoient une vieille qui se fait la belle avec l’héritage, des adolescents au portrait acide mais  tellement vrai,  Audrey dans sa souffrance de fille que l’on persécute à l’école – trop grosse, trop moche –  puis cette femme qui revendique de vivre en toute stérilité, celle qui dit sa peur ne  pas avoir le temps, celle qui a égaré son amoureux, celle qui nous raconte son rêve d’une nuit et finit avec ce texte – coup de poing final – de Jacques Brel, emprunté à L’homme de la Mancha : « Mais chassez donc vos nuages et regardez moi telle que je suis… Ne me parlez plus de Dulcinéa… Je suis Aldonza, la putain. »
En attendant que ce duo puisse sortir un album – « ça coûte cher » dit Emilie à la spectatrice qui lui réclame son CD – en attendant que vous puissiez les voir prochainement en scène, c’est à Claude Nougaro parlant de Léotard que j’emprunte la conclusion : « J’aime les poètes qui claudiquent sur les marelles du mystère d’être. »
Mystérieuse Reine des Aveugles qui parle à notre imaginaire, à nos peurs, à nos colères.

Pour aller plus loin avec La Reine des aveugles c’est ici, Claude Delrieu c’est là, et le Duo Parleur c’est par là. Contact : lareinedesaveugles@free.fr

6 février 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 4 commentaires.

La bosse des maths et des chansons

Est-ce la formule mathématique de "La Valse à mille temps" de Jacques Brel ? (photo DR)

par Claude Fèvre

Bigre, en voilà une idée ! Marier les mathématiques et la chanson (!?) donc l’amour du beau texte…
Eh, bien figurez-vous que certains (nombreux !) le font, comme vous l’allez voir sous peu…
C’est la découverte que j’ai faite lors du dernier Festival Bernard-Dimey, 11ème du nom.
J’en suis restée baba, bouche bée, interloquée, perplexe…
Mais comment une telle alchimie peut-elle exister ? Toutes mes valeurs s’effondreraient-elles d’un coup ?
C’est que le prof de lettres que j’étais (et que je reste) garde souvenir de combats fratricides, de luttes intestines, de phrases assassines versées au compte/comte (??)  de la fâcheuse et légendaire incompatibilité d’humeur entre les matheux et les littéraires.
Qui n’a pas connu cette mésentente ne connaît  rien à la vie des conseils de classe, sensés procéder à l’orientation des jeunes cerveaux.
Bref, je vous laisse à vos souvenirs, à votre histoire personnelle, à vos bulletins trimestriels…
Revenons au festival Bernard-Dimey.
Démonstration : la fameuse rivalité est un leurre, une ineptie !
Voici des noms ! Oui, n’hésitons pas, à nous la délation !
Je vais citer en tête le tout nouveau président de l’association Bernard-Dimey : Yves Amour, non content d’être prof de maths et de sévir en tant que tel, s’offre même  le délit d’inspection… Oui, vous avez bien lu !
Le festival a le soutien de la Région Champagne-Ardennes en la personne de Jean-Claude Daniel, président de l’Office régional culturel… lui aussi prof de maths. Et de 2 !
Ce festival est ardemment suivi par le président de « Chants de Gouttières », Fred Castel, lui-même prof de maths, formateur de surcroît auprès des aspirants…
Et pour clore le tout, un homme s’est distingué au cours de cette édition en offrant un texte écrit en hommage à Bernard Dimey. Hé bien, je sais que vous allez douter de ce que j’écris  :  il est prof de maths ! Nous avons appris qu’il s’agissait de Yves Paquelier, lui-même auteur compositeur interprète… Et de 4 !
E = mc2… Une quantité d’énergie pas possible sur ce festival… Maintenant que  j’en connais la source, il me faut recruter pour Festiv’Art. Allez, aujourd’hui c’est décidé, je m’en vais faire la chasse aux profs de maths…

Note du Rédac’Chef : Pour faire écho à ce billet de l’amie Claude, cette vidéo trouvée sur la toile, qui unit mathématiques et chanson :

27 janvier 2012. Étiquettes : , , . Claude Fèvre. 7 commentaires.

Vocal Cordes, un et un ne font ni une ni deux

Vocal Cordes (ph. Festiv'Art 2011)

par Claude Fèvre

Vocal Cordes, un duo ? Sans l’ombre d’un doute. Ils sont bien deux en scène : Aurèle Salmon pour la voix (et quelle voix !), Ludovic  Hellet pour la contrebasse. Après quelques tours et détours du côté d’un trio, voire d’un quartet, et parce que les hasards de la vie font parfois bien les choses, ni une ni deux, se dit un jour Aurèle, c’est décidé je n’aurai plus qu’un seul partenaire ! Certains spectateurs – certes un brin fleur bleue  –  décèlent chez ces deux-là une telle complicité qu’ils aimeraient voir en eux un couple dans la « vraie » vie… mais non ! Et c’est peut-être tant mieux…
Mais, c’est une autre histoire !
Aurèle et Ludo donc… un duo ? Euh… pas tout à fait car cette contrebasse que Ludo promène aussi ailleurs (jazz manouche, musiques improvisées, contes musicaux, école de musique, hôpital) devient avec Vocal Cordes un personnage à part entière que l’on câline, bouscule à l’occasion… Et c’est donc en embrassant tendrement son instrument que Ludo joue de tout son corps avec le gigantesque instrument. Il joue de ses doigts, de l’archet sur les cordes, en rythmiques et en bruitages, pour escorter la voix d’Aurèle qui raconte des histoires. Les mots sont savamment agencés par Aurèle pour amuser, attendrir, pour peindre un univers coloré où il fait bon s’égarer. Et lorsqu’ils s’aventurent dans des reprises ils le font avec une telle ingéniosité qu’ils nous offrent de véritables « re-créations ».
Si je vous parle de ces deux là aujourd’hui c’est parce que je viens de les quitter.  Enfin presque… Nous nous étions donné rendez-vous mercredi dernier aux B.I.S à Nantes, où ils vivent. Belle occasion pour se revoir, pour prolonger nos rencontres en Ariège où ils sont venus deux fois et plus (quelques belles soirées à domicile en prolongement de notre Festiv’Art 2009 et 2010)… pas de programme précis, sinon celui de mettre peut-être à cette occasion là un peu plus de lumière sur leur duo original.
Dans ce grand rendez-vous du spectacle vivant, je me sentais petit Poucet avec mon festival dont le budget global n’atteint pas celui de la communication du plus modeste rendez-vous estival. Alors qu’étais-je venue faire dans cette galère ? Hé bien, revoir quelques artistes comme Aurèle et Ludo,  quelques structures amies, et surtout rester ouverte à toute rencontre, approcher ce milieu où je suis bénévole et militante.
Ce n’est pas sans amusement que j’observais ces hommes (oui, surtout des hommes !) affairés, l’ordinateur portable  sur les genoux… Et que dire du passage de François Hollande et d’Eva Joly ??
Loin de cet affairisme, je n’ai pourtant pas été déçue et peut-être le duo Vocal Cordes aura-t-il lui aussi à se réjouir de nos déambulations parmi les stands… et de nos  rencontres suscitées ou fortuites ?
Gardons espoir que ces talents de l’ombre trouvent le chemin d’un public avide de découvertes, amateur de textes ciselés et de musiques toujours renouvelées, enrichies de toutes les rencontres de leurs auteurs.

Le myspace de Vocal Cordes, c’est là. Dernier album, sorti à l’automne 2011 : « Open Valse »

22 janvier 2012. Étiquettes : , . Claude Fèvre, En scène. 1 commentaire.

Lizzie, sirène perdue entre ciel et océan

Lizzie, frisson en plein été (photo SoFrench.net)

par Claude Fèvre *

« Des racines partout mais on m’attend toujours ailleurs »… ainsi parle Lizzie. Levée quand elle s’apprête à quitter la scène à la fin de son set… Une jeune, très jeune artiste de la chanson ; elle écrit, compose et chante d’une voix qui ne laisse pas indifférent. Cette voix nous avait déjà fait frissonner dans une belle nuit d’août sur notre tremplin Festi’Art… Première apparition en 2008 qui lui valut de trouver des mécènes parmi les spectateurs – plus précisément des dons pour s’acheter sa nouvelle guitare. C’est assez rare pour souligner ce petit miracle qui en dit long sur les échanges avec les spectateurs de Lavelanet, au cours de notre festival.
Cette année là, j’avais eu le sentiment de voir réapparaître nos égéries des années 70, longs cheveux lâchés, robe  fleurie tombant sur les pieds nus, guitare folk posée sur le cœur… et c’est tout. La voix de Lizzie s’envolait sur ses accents de fado nostalgique dans la nuit pyrénéenne… Les mots nous emportaient sur des rivages lointains, falaises du Portugal, rives de Gdansk en Pologne, ou Tennessee… à la poursuite des songes d’une Amérique  oubliée.
Lizzie est revenue une deuxième fois sur la scène du tremplin et c’est sur celle du Bijou que je l’ai retrouvée le 1er décembre dernier… J’étais accompagnée d’une jeune amie brésilienne à qui j’offrais cette rencontre musicale et lusophone ! Elle n’a pas été déçue, croyez-moi.
Là, une envie m’a soudainement habitée… l’envie de proposer à cette jeune artiste mon expérience  théâtrale pour donner un peu plus de « corps » et de sens à son set. Enthousiaste, elle a dit oui. Rendez-vous était pris pour janvier à Avignon où elle a ses racines.
Là-bas, en quelques heures, un personnage s’est dessiné, une ballade sans frontières est née… Nous étions accueillies au Théâtre des Vents, adorable petit théâtre où l’on rêve de venir faire partager ses créations  avec une quarantaine de spectateurs.
Dès le début de son spectacle Lizzie prend le spectateur par la main et l’entraîne dans son chant d »‘âme fragile », de sirène égarée… Nous voici embarqués avec pour compagnons sa guitare, son accordéon, son bagage de pianiste bien rangé dans sa petite valise où s’entassent pêle-mêle sa passion pour Chopin, pour la chanson française, sa connaissance de la country, et ses amours pour la culture portugaise…
Au fond, pourquoi chante-t-elle, Lizzie, pourquoi vient-elle se joindre à la longue cohorte des jeunes artistes qui rêvent de se faire entendre ? Pour nous offrir un voyage tendre, nostalgique, où le vent et les embruns font frissonner la peau… SaudadeSaudade
On pourra vivre et revivre ce voyage le samedi 4 février dans le cadre du Festival Détours de Chant. Où ? à Toulouse, bien sûr… Au Bijou à partir de 16h30.

Le myspace de Lizzie, c’est ici ; Détours de chant c’est là ; le Bijou c’est par ici ; le Théâtre des vents c’est par là.

* Claude Fèvre, nouvelle venue sur ce blog, se veut être une « plume secondaire » de NosEnchanteurs. Professeur de lettres classiques, elle est militante de la chanson, engagée dans le festival de « découvertes » Festiv’Arts.

19 janvier 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 2 commentaires.

%d blogueurs aiment cette page :