Yéti, née en Hollande !

Yéti (au Tibet, à la fonte des neiges) ph. DR

par Claude Fèvre

Hier, jeudi 4 mai, à Toulouse. La place du Capitole bondée réclame le changement, maintenant… Dans le métro vers  20h30, je croise quelques manifestants avec leur badge, plutôt éteints, les manifestants… d’autres les regardent amusés. Je suis entre deux tours moi aussi, entre deux concerts plus exactement. Je quitte le théâtre du Grand-Rond où j’ai entendu un groupe de cinq musiciens, Les Vents Malins, en apéro concert. Je retiens surtout les arrangements entre jazz  et java, teintés de joyeuses ambiances manouches, les envolées de la clarinette (souvent je n’entends plus qu’elle ; saluons le jeune musicien : Clément  Salles) la présence du compositeur et chanteur, Ronan Le Guennec, à la voix  profonde et grave et au visage de marin, si, si… Le public était ravi, il s‘est même montré très, très chaleureux à la fin. A-t-il pour autant été généreux en déposant sa « participation libre » dans les tirelires ?  J’en étais à de sombres considérations financières, je l’avoue,  me demandant comment un groupe méconnu de cinq musiciens pouvaient aujourd’hui trouver sa place, quand j’arrivais une demi-heure plus tard au Bijou où jouait Yéti, née en Hollande (tiens, tiens !). Et là, c’est un désert ! Je n’avais jamais vu le bar avec si peu de monde et au moment du concert, il a bien fallu admettre que l’artiste allait jouer devant une salle quasi-vide. J’en avais la boule au ventre pour elle. Les quelques spectateurs présents et les techniciens ont redoublé d’efforts pour soutenir Yéti, née Jetty Swart. Je l’avais connue en 2006 un poisson sur l’épaule (!) sur notre scène, seule avec son accordéon, puis revue en trio. Notre quotidien local disait d’elle : « Yéti est plus qu’une chanteuse, c’est une artiste complète qui flirte avec le théâtre, le mime, le clown, sans retenue ni complexe. Elle est drôle, parce qu’elle est nature. Elle vous livre les divagations de son imaginaire en délire sans ambages » (La Dépêche, Ariège, 17/11/2006). Bien sûr, le journaliste modérateur de ce blog avait depuis longtemps posé sur cette étonnante artiste l’élégance de ses mots, deux ans plus tôt : « Ses chromos si beaux, ses tranches de vie virées sépia, ses décors de bord de canal et de logements petits : elle fera de la scène un vrai film populaire, un classique qu’on applaudira sans réserves. Et d’elle une star » Michel Kemper (Le Progrès 08/11/04)
Yéti nous a donné dans cet écrin de la salle du Bijou, un nouvel aperçu de ses constantes recherches musicales et vocales, avec la  même envie d’en découdre que si  la salle avait été pleine. Elle s’est souvent offert de chanter sans micro.  Elle n’a peur de rien, décidément ; elle ose. Inclassable Yéti, il faut l’avoir entendue avec cette voix qui se perche haut parfois dans les aigus, pour mieux revenir aux accents rauques de sa langue maternelle, à des murmures, des bruits, des cris… Elle use des boucles du sampler, de la flute traversière, d’un piano toy rouge, d’un moulin musical, sans pour autant laisser son fidèle  accordéon . Et dans sa jupette, rouge elle aussi, et ses bottines, Yéti garde l’allure et surtout le goût de l’imaginaire et du bricolage  de l’enfance. Le temps ne paraît pas avoir prise sur elle, sauf peut-être sur son côté garce, et ses élans de rockeuse nettement assagie. Elle a testé hier quelques chansons nouvelles qu’elle appelle des « dragons cachés sous le lit », s’amusant de son univers : « Je fais des chansons bizarres ».
Quand j’apprends plus tard, au cours de notre échange, qu’elle vit souvent aux USA où la retient son amour (qui lui reprochera ?) je me prends à craindre que son répertoire anglophone (déjà très présent) ne prenne définitivement  le pas sur le français. Mais elle ne nous a pas encore quittés, Yéti, elle sera bientôt, le 16 mai, au festival Alors Chante à Montauban puis le 30 Juillet à Barjac avec cinq autres (Evelyne Gallet, Roland Bourbon, Dimoné, Imbert Imbert, Presque Oui) pour revisiter le répertoire de Boby Lapointe. Encore une preuve que Yéti vaut le détour !

Le myspace des Vents malins, c’est ici ; le myspace de Yéti, c’est là. Contact Yéti : jettylag@gmail.com

Publicités

4 mai 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 1 commentaire.

Bruno Daraquy, pcc François Villon

Bruno Daraquy (photos Joanna Mouly)

« Frères humains qui après nous vivez / N’ayez les cœurs contre nous endurcis / Car, se pitié de nous pauvres avez / Dieu en aura plus tost de vous merciz / Vous nous voyez cy attachez cinq, six / Quant de la chair, que trop avons nourrie / Elle est pieça devoree et pourrie / Et nous les os, devenons cendre et pouldre / De nostre mal personne ne s’en rie / Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre ! » François Villon est en prison, dans l’attente de son exécution. Il ne sait pas qu’il échappera à la mort pour le bannissement… C’est là qu’il écrit cette Ballade des pendus

Théâtre libre, à Saint-Etienne, en ce 27 avril 2012. Ce n’est pas encore le spectacle qu’ils comptent réaliser. Qui du reste n’est pas encore tout à fait écrit, la mise en scène pas encore choisie, ni les décors dessinés. Mais c’est ainsi qu’il débutera, en cette geôle, dans l’ombre angoissante du gibet, confrontation entre Villon et Villon, retours sur une vie d’aventures et de poésie, de misère et de débauche. C’est la mise en appétit d’une grosse production qui viendra… Ce soir, Bruno Daraquy s’essaye pour la première fois aux habits et aux mots de François Villon.  Chemise de drap grossier, la chevelure ébouriffée, le visage mordu, émacié, aux jolies et expressives rides trop vite venues, les yeux exorbités, le geste vif, gracieux, tel est Daraquy, tel était sans doute Villon. Que nous suivons quand, avant de trépasser, il se remémore les événements, les coups d’éclats, la vie qui trop tôt se dérobe. Et ces femmes, Jeanne et Jeannette, pucelles comme putains : « Il n’est délice que foutre en cul ! » Que connaît-on de François Villon ? Deux textes remarquables, guère d’autres. Cette Ballade des pendus qu’il écrit dans sa cellule et que Daraquy vient de chanter à l’orée de son récital. Et cette Ballade des dames du temps jadis qu’il a la sagesse de ne point interpréter pour ne pas convoquer abusivement la mémoire de Brassens. Simplement le dire. Et de quelle façon !

Car Daraquy est bien plus qu’un interprète. Il incarne Villon comme naguère il le fit, et pour longtemps encore, avec Gaston Couté. Et c’est troublant, émouvant comme rarement. Villon il est, et se chante, même si l’essentiel des chansons n’est pas de lui (avec tout de même cinq originaux du maitre !), mais du créateur de ce spectacle, Jean-Pierre Joblin (qui, sur un titre, ose entremêler sa plume avec celle de Villon). Troublant, probant, épatant, nul ne saura mieux que lui incarner l’infortune de ce poète moyenâgeux, ce lettré des gueux. Filles sans cœur qu’on honore tristement, gens d’armes, bourgeois et notaires, larcins… parfois on se dit que Villon s’est un jour réincarné en Brel. Le verbe est haut, la verbe est cru mais raffiné dans l’agencement, efficace dans l’évocation. Intemporel vraiment, et porté par des musiques qui se rencontrent, se fécondent à travers les âges, admirablement servies par Laurent Bezert à la guitare et Thomas Garrigou à la basse et batterie.

Et donc Daraquy, qui a la grâce et le grotesque d’une peinture de Bruegel, qui embrase tout, les embrasse toutes, diable d’homme qui, à l’évidence, a rencontré en Villon son double.

On écoute un peu de ce spectacle ici.

29 avril 2012. Étiquettes : , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Hélène et le garçon

par Catherine Cour

Elle le dit avec humour pendant son tour de chant : « Je ne fais pas des « reprises » ! Ça, c’était ma mère, lorsque j’avais troué mes chaussettes ! »
Hélène, elle, s’habille des mots des autres (parfois aussi des siens) et elle les décore, les orne, les réinvente, leur redonne une nouvelle jeunesse, une nouvelle actualité, un nouvel éclairage. Comme un mannequin qui sait présenter et mettre en valeur les robes imaginées pour d’autres femmes par les grands couturiers.
J’ai sûrement dû faire, moi aussi, ce genre de réflexion idiote ! Un « vrai » chanteur se devait d’être auteur (si possible également compositeur) et les « reprises » ne pourraient jamais égaler l’interprétation originale. Eh oui ! J’ai été jeune et bête, un peu sectaire, un peu snob et pleine de préjugés… Je ne suis plus si jeune et j’espère avoir un peu mûri, avant de me résigner à devenir tout à fait blette ! Mes oreilles, ma sensibilité se sont habituées à ne plus seulement entendre, mais aussi à écouter.
Et puis j’ai subi mon lot d’auteurs-compositeurs qui auraient eu tout intérêt à trouver des interprètes… et apprécié des interprètes qui arrivaient à sublimer les chansons des autres, à faire oublier le créateur ou à apporter un nouvel éclairage à la chanson qu’ils décidaient de s’approprier. J’ai appris à apprécier ce décalage par rapport à mon « patron », cet ajout de matière qui n’appauvrit en rien l’original.
Tous les « repreneurs » n’arrivent pas à ce résultat, malheureusement ! N’est pas Piaf, Barbara, Brassens, Brel ou Serge Lama qui veut ! (Je ne cite pas ces noms par hasard : ce sont tous des spectacles que je suis allée voir récemment et dont je suis sortie avec l’impérieux besoin de foncer réécouter l’original !)
Avec Hélène Grange, pas de souci ! Vous pouvez ouvrir vos yeux et vos oreilles : c’est du grand art ! Elle prend les textes de Brigitte Fontaine, de Juliette, de Juliette Gréco et elle les fait siens. Elle bénéficie pour ce larcin de la complicité de Michel Sanlaville à la contrebasse ou à la guitare.
Le thème de ce spectacle (chansons écrites par des femmes, ou pour des femmes) permet à Hélène de proposer des auteur(e)s connu(e)s (Anne Sylvestre, Michèle Bernard, Rémo Gary, Barbara, Véronique Pestel…), et d’autres moins connu(e)s (Marie Zambon, France Léa, Jeanne Garraud, Noah Lagoutte, Claudine Lebègue, Élisabeth Ponsot, Jean-Baptiste Veujoz…). À deux ou trois exceptions près (essentiellement les Brigitte Fontaine), je connaissais presque par cœur toutes ces chansons. Eh bien j’en ai redécouvert certaines, sous un nouveau jour, un nouvel éclairage, un nouvel habillage musical. Hélène a choisi de mettre l’accent sur des mots, des idées que je n’avais pas forcément perçues dans la première « version » de la chanson.
Ce genre d’exercice m’intéresse et m’amène souvent à me demander si je serais capable d’en faire autant. Re-créer sans plagier, sans copier servilement. En respectant la lettre mais en changeant parfois l’esprit… Pas partout, pas sur tout, pas tout le temps. Il ne faut pas que ça devienne un jeu de massacre : tout changer sans but, juste pour le plaisir de modifier. Découdre entièrement la robe ne garantit pas que celle cousue avec ses morceaux soit réussie ! Il faut savoir se servir de l’ossature tout en apportant ça et là sa touche personnelle. Parfois juste un ornement, parfois davantage…
C’est ce que réussit parfaitement Hélène Grange. Elle renoue en cela avec une tradition qui n’a été bouleversée que depuis une cinquantaine d’années et qui voulait que les chansons n’appartiennent pas à un unique interprète. Elles pouvaient être « reprises » par des dizaines d’autres chanteurs et certaines versions avaient davantage de succès par un « repreneur » que par le créateur ou l’auteur lui-même !
Et puis, discrètement, Hélène présente aussi ses propres textes qui méritent d’être découverts : elle sait être à l’aise « Dans tes habits » (musique de Clélia Bressat-Blum), ou « Femme de peau » qui nous aide à être bien dans la nôtre, et dans nos fringues à nous !

Le prochain concert d’Hélène Grange, c’est un concert « chez l’habitant » à Bourg-en-Bresse… et puis des ateliers d’écriture ou de chant à Arras, Autrans… Le myspace d’Hélène Grange, c’est ici.

Un mot sur l’association qui propose des spectacles à Rians, dans le Haut-Var : animée par Hubert Dufour, luthier passionné de musique, l’association « Le chant de la Terre » s’est donnée la gageure de programmer « toutes » les chansons, toutes les musiques, sans exclusive… ce qui donne une grande ouverture sur le monde, sur les diverses cultures sous toutes leurs formes : contes, pièces de théâtre, concerts. Les spectacles sont à découvrir et l’association est à soutenir absolument !

27 avril 2012. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 3 commentaires.

Jur nous fait son cirque, juré !

Jur (Photo DDM, N. D.)

par Claude Fèvre

A vrai dire, je ne sais pas exactement ce que j’ai vu, entendu jeudi soir au Bijou… Il se pourrait bien que cet article soit sans queue ni tête, comme le spectacle dont il voudrait rendre compte. En scène, Jur Domingo au chant (mais pas seulement !) et trois musiciens m’ont embarquée dans un univers proprement délirant : un batteur, un guitariste, harmoniciste qui soudainement resté seul en scène (ses comparses sont assis dans la rangée centrale) se mettra à claquer des dents en roulant des yeux comme des billes pour finir dans un numéro de claquettes dentaires… si, si ! Enfin un étonnant pianiste qui se fera guitariste et accordéoniste mais si déroutant et hilarant dans son duo d’acrobates ou de jonglerie (un bois de cerf !) avec Jur.
Ces artistes-là viennent du cirque c’est une évidence confirmée par leur biographie. Artistes de la Cridacompany, compagnie franco-catalane créée à Toulouse en 2006.
Mais Jur  chante  –  en français et en catalan. Sa voix s’envole dans les sphères de l’opéra, flirte avec le  jazz, crie, murmure et son corps accompagne bizarrement les notes du piano ou le rythme de la batterie. On ne voit que ses longs bras, que son buste et ses jambes maigres soulignés par une robe toute droite, sans grâce,  retombant sur ses bottines lacées. Philippe Pagès écrit avec justesse dans son programme qu’« elle fait penser à Olive, la compagne de Popeye qui danserait chez les shadocks : il faut chercher la tendresse dans les angles droits. »
Et pour autant cette fille est belle, son visage évoque celui de Lou Doillon. Elle est franchement belle pendue au micro comme à une bouée de sauvetage. Elle est surtout capable de toutes les audaces dans sa gestuelle. Je vais être franche, sans doute en raison de son accent, je n’ai pas bien compris les paroles des chansons en français. Je n’en suis que plus déroutée car l’émotion était palpable dans le public et moi qui suis si attachée au sens des mots, je la partageais. Je captais  ici ou là quelques phrases, elles faisaient mouche, comme dans ce refrain sur un slow langoureux : « je ne veux plus sauter dans ton fleuve contaminé… » Émotion que, quelques minutes plus tard, elle rompt avec cet aveu tout net qui clôt sa chanson : « Ça ne veut rien dire » et qui revient comme une vague un peu plus tard avec « Il était fou… il avait faim, de vous, de nous… »
Jur achève le concert enfouie sous les instruments après avoir annoncé « une dernière chanson… il y a un petit souci, elle n’a pas de fin mais on va la faire quand même. »
Alors, vous l’aurez compris, c’est insolite, onirique, étrange, surréaliste, dérangeant, c’est selon… mais quelle découverte qui n’aurait pas déplu à Jacques Prévert ! Cette fille chante à tue tête et cloche pied !

Le myspace de Jur, c’est ici. En concert au 3 Baudets le 2 juin en co-plateau avec Aldebert

22 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 1 commentaire.

Yvan, qui vend du vent

par Claude Fèvre

Yvan Cujious, Le Bijou, Toulouse, 5 avril 2012,

Il vend du vent, Yvan Cujious, et dans son précédent spectacle il le chantait même comme une profession de foi… Alors, ce serait du presque rien, du pas grand-chose ? Détrompez-vous car ce vent là fait un bien fou, comme un air léger, juste ce qu’il faut pour que votre embarcation glisse sur les flots… Vous voyez ? Ou plutôt vous le sentez cet air là, « sans rien en lui qui pèse ou qui pose » ? Bien sûr, je les entends les bougons, les tristes et les grincheux, ceux qui veulent que la « bonne » chanson grince, dérange, bouscule.
Il pousse la chansonnette Yvan, c’est ça ? Hé bien oui, il la pousse et plutôt bien, avec son inimitable accent  d’ailleurs, comme hier soir dans la petite salle du Bijou où s’était donné rendez-vous un public de tous les âges emporté dans le rythme dès la première chanson : L’amour ça te met dans tous tes états et ça nous donne envie d’en rire !  C’est le premier titre du nouvel album et si les médias n’étaient pas si étrangers au monde de la chanson ils en feraient immédiatement le tube de l’été. Une mélodie qui s’entête et vous accompagne jusqu’au réveil, un refrain savoureux, ça ne trompe pas ! D’ailleurs le ton a été donné d’emblée avec la projection d’une vidéo qui fait office d’entrée en matière : ce sera joyeux, festif, enjoué  et Yvan endosse le costume, la gestuelle, les mimiques de son personnage clownesque, pour ne plus s’en départir, aidé par ses musiciens : Florent Hortal, à la guitare, le plus ancien à ses côtés dont il fait volontiers son souffre-douleur, avec la complicité des deux autres que sont Rémi Bouyssière aux contrebasse et guitare et Jean-Pierre Savoldelli aux batterie et percussions.
Le thème de prédilection d’Yvan reste l’amour, sans doute, mais  il se plaît à le décliner de bien originale façon et c’est précisément ce que nous demandons à la chanson. Citons son inoubliable amour vinicole pour la belle Margaux qui ne veut pas être aimée pour son cru, la rupture et la liquidation de communauté… d’un rein, ses amours à la chaîne qu’il s’en va voir à vélo, et tous ces petits défauts qui gâchent la vie à deux dans Finie la poésie… Mais le chanteur fantaisiste sait aussi émouvoir et même s’il ne s’attarde pas dans ce registre, il fait mouche comme dans cette évocation d’un  bambin, « On a tellement besoin de chansons quand il paraît qu’on a 10 ans », accompagné alors seulement par la guitare acoustique ou bien dans cette image comique des vieilles qui tricotent sur leur banc en papotant,  taillant « des costumes plus ou moins grands », et qui glisse au fil du texte vers celle, troublante, d’un homme qui « se voûte comme un croissant. »
Ce soir on affiche complet : Yvan Cujious sera à nouveau au Bijou pour un ultime rendez-vous avec son public toulousain fêtant la sortie de son nouvel album, J’aime tous les gens. Je suis prête à parier que le public finira debout, acclamant le trublion, l’artiste, quittant la scène dans une déambulation jazzy, digne de la Nouvelle Orléans. Et c’est aussi l’occasion de dire que ce concert donne furieusement l’envie de danser !
Le public quitte la salle avec le sourire. Il est heureux, ça se voit. Yvan vend du vent dans ses chansons, il vend du bonheur aux gens. Et s’ils achètent son album où quelques complices, non des moindres, ont mis leur grain de sel (Magyd Cherfi, Art Mengo, Jérémy Dirat, Antoine Salher, Cédric Antonelli) ils auront le privilège de découvrir en sus quelques perles comme La Boîte aux lettres, clin d’œil appuyé à nos échanges virtuels, ou Au Sénégal, enfin une solution aux maux d’amour… prendre l’avion, le large avec le bon vent d’Yvan !

Le site d’Yvan Cujious, c’est ici. Le début de son nouveau spectacle, c’est pile là : http://www.dailymotion.com/video/xm3byh_yvan-cujious-teaser-nouvel-album-sortie-mars-2012_music

7 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 3 commentaires.

Claude, prête-moi ta plume

par Claude Fèvre

Cher Claude, j’espère que tu ne m’en voudras pas de venir te parler un moment… juste comme ça, avec un peu de timidité tout de même. C’est vrai, je suis un peu chavirée de t’écrire, à toi que « les mots ont pris pour une caravane, avec tes airs de désert. » Mais il faut que je te dise qu’hier c’était un peu avec tes chansons pour repères que je suis venue au Bijou, à Toulouse. J’étais de ceux que l’on avait conviés pour auditionner les candidats au prix d’écriture qui porte ton nom. Que veux-tu, il faut t’y faire.  On n’en finit pas de t’honorer dans la ville rose. Une femme prénommée Cécile (tu vois de qui je parle ?) a même participé au jury de présélection et je sais qu’elle est là, discrète, dans la salle.  C’est stupide, sans doute mais sa présence rajoute à mon trouble. Je suis assise aux côtés de quelques personnes dont la réputation n’est plus à faire dans notre région (autre motif d’émotion… rends-toi compte, Claude, Festiv’Art aux côtés d’Alors Chante, de Pause Guitare, du Chaînon Manquant…) pour écouter, regarder ces jeunes auteurs compositeurs interprètes de chanson en Midi-Pyrénées âgées de 15 à 25 ans. Ils seront huit jeunes pousses pour quatre lauréats, un en catégorie 15/18 ans et trois en catégorie 18/25, pour gagner de quoi  donner un joli coup de pouce à leur rêve. Nous serons une dizaine à en décider réunis par l’association Rue de Siam qui préside aussi à la carrière d’une certain Yvan Cujious. Tu connais bien, n’est ce pas ?
Le Bijou est décidément le lieu idéal pour accueillir ces auditions : un écrin pour la chanson, avec le confort de son et de lumières comme on peut en rêver. Le savent-ils vraiment ces jeunes qui vont chacun leur tour interpréter trois chansons ? Savent-ils que c’est un privilège ?
Bien sûr, Claude, je suis surtout venue te parler de ce qui s’est passé sur cette scène. Parmi nous certains diront qu’ils ont entendu des « pains » regrettables, que certaines voix n’étaient pas bien placées… que ces jeunes s’inspiraient d’une chanson aujourd’hui dépassée. Mais, je souhaite avant tout te dire que ces « mots tissant l’émotion »,  ces « mots de prédilection », ces « mots bruissant comme des rameaux. » ces mots que tu as tant chéris, nous ont quelque fois visités et parfois même charmés. Et c’est bien à toi que je songeais alors en donnant mon avis. Il m’est arrivé même de penser que leur goût des mots les conduisait parfois presque à l’hermétisme… me laissant personnellement sur la rive… Dommage, je n’ai parfois pas pu embarquer !
Il  ne m’est pas possible de te  donner aujourd’hui le résultat de ce concours, encore tenu secret, mais je t’offre un petit montage de citations, juste pour le plaisir de l’assemblage des mots…
Quelle étrange idée de s’exposer sur une scène éclairée (Cécile Cardinot) /Je ne veux pas attendre la lune, puisqu’elle ne m’attend pas (les Pas des Rives) / Mon esprit s’éveille soudain et je danse dans les nues (Ma Pauvre Lucette) / Mais après tout , ce n’est qu’un bijou, ce n’est qu’une parure, un p’tit peu d’aventure (Hugo Croiset)/ J’avais mes rêves et mes espoirs, mais je suis fier d’être moi (Funky Kiwi) / Les étoiles rigolent tout en filant le temps (Saturne et Pluton) Je m’offre aux heures perdues…(Lucas Solal)  Je t’aime pas-sionnément-songe (Suzanne)/
En 2009, un trio a remporté ce prix, il se nomme Pauvre Martin (photo ci-dessus)… aujourd’hui, ces trois copains, originaires du Lot ont fait leur bout de chemin. On les a vus aux Découvertes d’Alors Chante, sur la scène mythique des Trois Baudets…Les  lauréats  2012 seront-ils promis à un avenir ? Claude, peut-être ton nom sera-t-il à nouveau un précieux parrainage ?

Les sites du Prix d’écriture Claude-Nougaro, du Bijou, de Rue de Siam prod et du groupe Pauvre Martin.

5 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 9 commentaires.

Dimitri sans tri (tout est bon chez lui, y’a rien à jeter…)

Pieds et torse nus, torse nu, un simple jean et le haut débit de sa voix, gouailleur des rues comme des salles, tel est Dimitri sur toutes les scènes qu’il foule. Et qui l’a vu n’est pas près d’oublier ce fauve aux chants douloureux et aux blessures magnifiques. Prolonger ou anticiper ce plaisir par le disque est comme instinct naturel. Quasi primaire, primal.
Il y a douze ans, il fut le lauréat de la prestigieuse Biennale de la chanson, le plus important concours de Belgique. Deux albums suivront, dont un en public. Quelques belles scènes et désormais un peu l’oubli… Tant d’artistes se succèdent que les fraîches émotions relèguent les précédentes aux archives. Dimitri le belge s’est établi en France, à Quimper. Il n’est pas rare, comme aux temps héroïques des années soixante où entre deux engagements en cabaret on faisait la manche, de le voir tendre le chapeau. Je m’essayais à écrire un billet tout frais, quand m’est revenu ce papier écrit sur  lui il y a quelques années. Je n’en retire pas un mot, confirme et signe :

Deux pianos, l’un à queue, l’autre à bretelles, pour ce belge, ce Dimitri, qui ne met pas deux chansons pour nous étourdir de sa gouaille, pour vous insinuer l’idée, tenace et dont on ne se départira pas, que nous avons en face de nous un artiste de la race des géants. Un rare.
Gouaille, le mot renvoie à la chanson populaire, aux piafs et autres oisillons décharnés qui crachaient une chanson trempée de passion, entre pavés poisseux des rues glauques et ferveurs d’Olympia. Nul n’est besoin de beaucoup s’instruire sur le cursus de Dimitri : sa tronche raconte son histoire, ses traits décharnés parlent de cette bohème qui – ne vous fiez pas aux chansons – n’est pas toujours tranche de pure poésie.
Gouaille, le mot lui irait bien s’il ne colorait pas tant et ne fixait répertoire. Tel n’est pas le cas. Dimitri est pluriel : bien vingt artistes cohabitent en son seul corps. Ça doit secouer, ça doit même être parfois franc bordel. Entre le chanteur à textes, celui à succès (qui aimerait voir, dans la salle, s’agiter de sots briquets) avec « tubes » calibrés « radio », le monsieur qui chante le blues, le libertaire, le titi des pavés parisiens et des cafés liégeois, le popu dans l’ivresse de certains textes, l’espace est grand qu’il occupe sur l’heure et sans heurts.
Dimitri est de la tradition de la grande chanson, mais d’un degré différent, d’une lente macération qui produit d’autres effets, en décalage souvent, en réaction parfois. C’est un nerveux, Dimitri, touches en folie sous ses doigts et voix qui ne botte pas en touche. Dans sa musette, il entasse les genres sans jamais faire désordre.
Sans jamais non plus faire l’économie de quoi que ce soit, hors la tenue de scène qui ne tient qu’à un jean : faut bien rogner sur le budget ! Dimitri est talent et émotion. Ecoutez-le chanter « Il a plus soif cet homme-là c’est sûr / Ou s’il a soif c’est d’abord d’aventures / D’un peu d’amour, d’un peu d’azur » : c’est poignant, c’est prenant, c’est bouleversant.

Le site de Dimitri, c’est ici.

29 mars 2012. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. 2 commentaires.

Tri men of Kemper

On se dit quand même que, de la forêt de Paimpont à la ville-confluent du Finistère, leur chant est des plus nature, inné, acquis. Seul le talent fait sans doute la différence. Là, à Saint-Jean-Bonnefonds, près de Saint-Etienne, nous sommes en terres intérieures où le breton n’est pas langue maternelle, loin s’en faut, et ça fait agréable exotisme. Jadis, nous nommions ce qu’ils font le folk. Souvenez-vous… C’étaient les années soixante-dix, Stivell, Tri Yann, Malicorne, Mélusine, l’âge de leurs vingt ans. Un incroyable mouvement, précieux et chaleureux. Le folk est depuis rentré dans son lit, dans son ru. Sauf dans leur région d’Armorique précisément, village celte qui toujours résiste à l’uniformisation.

Ewen, Delahaye, Favennec, samedi 24 mars 2012, Saint-Jean-Bonnefonds,

Gérard, Patrick, Mélaine : le trio EDF ! (le courant passe). Photo DR

« Dans la forêt des rêves / Marchaient Viviane et Merlin / Main dans la main… » Ah ! Viviane et « ses jolis seins de soleil dans son corsage » ! Légende cousue de rêves, venue de la nuit des temps… Sur scène, trois bardes, crinières blanches, nous la chantent, nous l’enchantent. Comment vous dire ? Ce sont des tronches, des trognes, des trombines, des personnages hauts en couleur, tirés de je ne sais quelle bédé (de Bourgeon sans doute), de quel livre d’enluminure, du Barbaz Breizh ou d’un Cheval d’orgueil… Tout trois guitaristes. Et pareillement violonistes. Et chanteurs et conteurs. Seul Ewen se distingue qui fait flèches de tous bois, ajoutant à son arc le diatonique et le banjo. Tout trois unissent leurs voix à n’en plus faire qu’une : « J’vous dit que le plus beau métier / C’est d’chanter ! » C’est entre traditionnel et folk-song, ces trois font pas le tri : ils prennent tout ce qui vient nourrir leur fringuant appétit. L’inspiration se nourrit d’hier et de demain, en v.o. comme en v.f., de voyages au long cours de Kemper à Concarneau, de pubs en bars, de filles en filles, même si régulièrement elle hante ces années soixante-dix, comme un regret : « On était jeunes on était beaux on était vifs. »
Ils le sont restés et leur prestation est rare élixir de jouvence. Un bonheur qui vous déride, d’une énergie jamais prise en défaut. Les p’tits jeunes ont tout à apprendre d’eux. A eux trois ils égalent sans mal Tri Yann, la dramaturgie en moins que du reste ils n’ont pas besoin. C’est nature, vous dis-je… Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Mélaine Favennec puisent peu dans le pactole de la tradition ; ils la font vivre, tout simplement, en y surajoutant leurs chansons très contemporaines dans l’inspiration, dans les préoccupations. D’actualité aussi, comme celle sur Jérôme Kerviel le trader. Ou cette autre sur la guerre d’Algérie, au moment où on fête les cinquante ans des accords d’Evian. Pour autant ce n’est pas l’essentiel de leurs chansons. Car, s’ils ne sont pas tout à fait chauves, ils sont carrément chauvins : rien n’est mieux à leurs yeux que Quimper (en breton : Kemper – j’y accorde de l’importance) et les monts d’Arrée, que cette terre qu’ils emmènent avec eux sur la route et nous font partager. Il y a dedans tout l’humus d’une culture idéalisée, d’un art de vivre et de chanter ; il y a tout l’imaginaire en son sein. Et ceux, gorgés de soleil dans son corsage, de la fée Viviane.

Le myspace de EDF (Ewen, Delahaye, Favennec) c’est ici !

25 mars 2012. Étiquettes : , , , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Guilam, sur les traces de nos enfances

par Claude Fèvre

Presque une année que je sollicitais Guilam (primé sur notre dernier tremplin en 2010, actuellement en charge de la co-animation de l’atelier d’écriture de chansons) pour notre soirée du 14e Printemps des Poètes sur le thème « Enfances ». Il me semblait évident que cet artiste et ses deux acolytes et complices (Cédric Bailleul, accordéon, et Philippe Soulié, contrebasse, basse, tuba) seraient des passeurs de chansons, passeurs de poèmes dignes de ce thème si riche etnsi lourd de sens… Nul ne guérit de son enfance n’est-ce-pas ? Jeudi dernier, nous y étions enfin à cette soirée tant attendue où tout reposait sur la confiance. Celle que j’avais accordée à Guilam, celle que Nadine Cubilié, programmatrice de la saison culturelle de Lavelanet accorde à Festiv’Art chaque année, celle que nous espérions du public. La petite scène du théâtre de l’Ourdissoir était comble, et, ô miracle, toutes générations confondues, la plus jeune étant représentée par des internes du lycée de Mirepoix. La première partie fut consacrée à une lecture musicale de textes de Prévert où Cédric m’escortait sur des musiques de Trenet, Kosma… A cet « enfant de la troisième » qui connut une enfance pauvre et qui a su « dire non avec la tête ». C’était ensuite le tour de chant, le florilège de chansons choisies par Guilam. Avec l’ingénieuse idée de remettre à la sortie la liste des 19 chansons, ce qui offre aux spectateurs un aperçu de l’étendue de son choix. Il s’accompagne tantôt au piano, tantôt à la guitare, ou bien encore les mains délivrées de l’instrument et, son corps mince debout derrière le micro, il souligne ainsi davantage l’émotion. Car de l’émotion nous en avons eu et si les adolescents qui s’étaient regroupés en haut des gradins ont commencé par glousser et bavarder sur les deux premières chansons, L’Enfance de Brel et celle de Dimey, manifestant par là leur gêne et leur surprise (imaginons un instant ce qu’est leur univers musical), c’est dans un partage et une écoute véritables que le concert s‘est déroulé. Ce voyage en enfances, guidé par un Guilam qui ne manquait pas d’introduire les chansons avec légèreté, humour, qui se livrait aux anecdotes, aux clins d’œil à ses musiciens, a évité l’écueil du pathos, même si, on le devine, chacun a pu selon les titres, connaître un bouleversement intime. Comment ne pas être touché, voire davantage, par Plus tard quand tu seras grand, Cédric et Guilam faisant écho au duo Aldebert & Jamait ; par le texte de Cosmonaute de Loïc Lantoine ; par le Xavier d’Anne Sylvestre, où la sensibilité qu’elle affiche et la silhouette de Guilam s’accordent étrangement ; par le texte si troublant de Ton héritage de Benjamin Biolay ; par l’Enfance d’Olivier Gil, jeune talent de la scène toulousaine que Guilam a rencontré sur notre festival ; par cette interpellation du regretté Allain Leprest dans C’est peut-être… ? Oui, ce fut un bien doux voyage avec aussi quelques étapes qui ne déparaient pas, loin s’en faut, à l’ensemble. Celles des compositions de Guilam sur le texte de Dimey, sur ce Dans les couloirs du pensionnat d’Izia Loris écrit à l’atelier Plum’Art en 2010, sans parler des chansons de Guilam lui-même, comme cette Limites qui lui valut un jour sa présence sur notre scène. J’en viens à espérer que ce récital ira toucher d’autres adolescents en d’autres lieux. Parce qu’ils sont tout proches de leur enfance certes. Mais aussi et surtout parce qu’ils découvriront, là, tout ce que les ondes dont ils s‘abreuvent les privent.

Le site de Guilam, c’est ici ; son myspace, là. Sur NosEnchanteurs on lira aussi, à propos de Guilam, ces articles.

18 mars 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. Laisser un commentaire.

Nico*, le rouge et le noir

Il est vêtu de rouge et de noir, rajoutant singulièrement à l’ambiance, à la dramaturgie. Les musiciens sont impassibles, impliqués mais sans passion apparente, volontairement en retrait, comme un orchestre mécanique au seul service du chanteur, sans tête ni notes qui dépassent. Il y a par ces trois-là (Quentin Lagoutte au piano, Aëla Gourvennec au violoncelle, Jean-Baptiste Cognet à la guitare) un aspect vieillot, tour de chant « traditionnel » comme à l’époque des Montand et des Brel, au temps du métier considéré comme un art et non comme un vulgaire bizness. Brel justement, dont un peu beaucoup de l’adn anime ce tout jeune chanteur, ce lyonnais, ce Nico* (prononcez Nico étoile ; en étasunien : Nico star). De Jacques Brel et de Matthieu Côte, même frénésie, même rentre-dedans aux convenables convenances.
Nico* à déjà tout du classique qu’il pourrait devenir. Car hors modes, sans âge, décalé. D’une qualité d’écriture et d’interprétation qu’on lui envie. Avec, malgré son jeune âge, de vieilles colères, d’amères désillusions : « Avant d’être morose / Avant d’être aigri / J’ai goûté aux roses / Des princesses orties. » Sombres histoires de cœur et de cul, de solitude, Nico* n’inspire la joie que par le bonheur de le voir vivre, trépigner, presque immobile, dans son rond de lumière. Amours sublimés ou vomis, libidineux ou lumineux (« Là où la tendresse / Est féconde / Ses fesses cachent la Source du monde »), Nico* sait sa gamme qu’il courre d’une chanson l’autre, dans une quasi symphonie piano-violoncelle qui épousent des mots jamais là par hasard, qui s’entrechoquent à l’interstice d’un vers, qui trinquent ensemble. « Mes doigts gardent la mémoire / De tes lèvres brûlantes… » chante joliment l’artiste. Tout en nous garde précieusement la mémoire de telles émotions, d’un tel récital. Rare, forcément rare…

Le site de Nico*, c’est ici.

Ce papier remonte à il y a plus d’un an, capté sur la petite scène d’A Thou bout d’Chant, à Lyon. On retrouve Nico* le jeudi 22 mars 2012 DERNIERE MINUTE : CONCERT ANNULE ! à la Maison de Guignol à Lyon, dans le cadre d’un co-plateau avec From & Ziel, épatant duo dont Chorus disait : « La théâtralité de ce chant, limite slam, de cette voix mi-rauque mi cassée, est d’une rare évidence, qui fait fable de tout bois, de tous animaux, des gens, du monde (…) C’est dense au possible, ça ne s’écoute pas distraitement, ça se savoure comme un met rare (…). Le duo est nickel, l’association parfaite. » Hélas pas de vidéo de l’ami Nico*, mais sympathique lot de consolation avec ces images de From & Ziel :

Petits problèmes techniques depuis deux jours sur NosEnchanteurs : il est très difficile voire impossible de poster des commentaires. Si vous échouez dans vos tentatives, envoyez votre commentaire ou sur ma page facebook, ou par mél : michel.kemper@laposte.net

16 mars 2012. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 3 commentaires.

Au village sans prétention, chantons

par Claude Fèvre

C’était ce samedi, à Saint-Ybars en Ariège, bourgade perchée sur son promontoire à 40 km au sud de Toulouse. Par beau temps, la salle des fêtes, plantée à quelques mètres de la petite école, vous offre un panorama d’exception sur la chaîne pyrénéenne. Voilà pour le décor.
Fière de ses 500 âmes et quelques dizaines, la municipalité s’offre le luxe d’une commission « culture » qui, sous l’impulsion d’un adjoint comme on en trouve trop peu,  programme des rendez-vous avec le spectacle vivant. Je ne peux éviter de confronter ce lieu, ce public, le duo qui va entrer en scène, avec ces grand messes midi-pyrénéennes que vont nous offrir Albi (Pause Guitare) en Juillet ou Montauban (Alors chante) en mai, programmant pour une part les mêmes vedettes largement médiatisées à grand renfort de subventions aussi titanesques que leur programmation.
Essayons d’oublier un instant que l’on ne manquera pas de justifier par la « crise » la médiocrité de l’aide apportée à notre festival de l’Ariège profonde.
Samedi, c’était une soirée baptisée « cabaret » : quelques tables, des bougies, un petit Vouvray et des pâtisseries  offertes, oui, offertes ! Sur la scène un quart de queue ! Je n’en crois pas mes yeux ! Ce soir, il faudra se passer des éclairages (le budget impose des choix !) mais pour le son, tout y est ! Voici que commence le concert où Marc Maurel alias Garance, devra plonger dans le regard des spectateurs en pleine lumière. Il entre,  lunettes noires, cheveux hérissés sur la tête, en costume noir impeccable, chemise rouge (évidemment !) et pieds nus. Je suis le parcours de Marc depuis de nombreuses années et, chaque fois, j’essaie d’imaginer les pensées des spectateurs qui le découvrent dans ce look improbable… Déroutant, il l’est Marc. On ne sait jamais vraiment où il va nous conduire. « Chansons à voir », c’est le titre de ce duo piano-voix où Jérôme Abadie, compositeur, excelle non seulement comme instrumentiste (on le sentait emporté par ce piano qui était mis à sa disposition !) mais aussi comme  partenaire de jeu. Leur connivence offre à ce concert un sacré clin d’œil au théâtre ! Les textes de Marc et son interprétation, jusqu’à l’outrance parfois, vous promènent dans tous les registres. Je pense à la définition de Barbara dans ses Mémoires Interrompues : « la chanson est dans le quotidien de chacun ; c’est sa fonction, sa force. Sociale, satirique, révolutionnaire, anarchiste, gaie, nostalgique… » Oui, tout y est et je vous avouerais, pour ma part, un léger penchant pour les textes un tantinet érotiques que Marc distille avec une troublante émotion, comme dans Vivement l’hiver en début de concert ou Les bijoux en son milieu… Garance a depuis quelque temps ajouté un troisième instrumentiste, le guitariste Clément Foisseau et c’est en trio que nous le reverrons sur notre festival le 15 Août… Dans le nouveau répertoire de son deuxième album, il est à parier que nous retrouverons l’« homme moderne » changé parfois en « salop ordinaire » qui apparaît déjà au détour des « chansons à voir ». Rendez-vous pris pour l’été avec cet artiste que d’aucuns pourraient trouver trop proches de son public, trop entier, trop passionné, trop…? Moi, je me moque des détracteurs, cet artiste là je souhaite le faire connaître.

Le site de Garance, c’est ici ; son myspace, c’est là. En vidéo, séquence émotion du spectacle “Chansons à voir”extrait du DVD enregistré au Chapeau Rouge, à Toulouse. (Note du Rédac’chef Attention gourance ! Garance est aussi le blaze d’une chanteuse dont nous avons eu l’occasion de parler dans notre relation du festival de Prémilhat)

12 mars 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 7 commentaires.

Francesca Solleville au turbin, à l’Européen

par Chantal Bou-Hanna

C’est cet ancien music-hall de presque 140 ans que Francesca Solleville a choisi pour y fêter son 80e  anniversaire et la sortie de son nouveau CD. Dans cette belle architecture circulaire, une Francesca rayonnante, vêtue de noir,  arrive sur scène : déjà, les applaudissements n’en finissent plus. « Faut que j’y aille ! » nous dit-elle quand le calme revient, comme pour se donner du courage. Et elle commence avec la première chanson de sa longue  carrière, un texte d’Aragon : Un homme passe sous la fenêtre et chante. Coup d’envoi pour deux heures d’un plaisir inouï. Suit un très beau texte écrit pour elle par Anne Sylvestre, qui est parmi nous (Vingtième, Européen ou autre Limonaire, on la croise très souvent dans les salles parisiennes ; elle a cette grande qualité humaine de savoir écouter et applaudir les autres chanteurs), Passeuse, passerelle (« …Toujours de vous à elle / Et toujours d’elle à vous / Je me  voue / Et si à son tour elle veut me rester fidèle / Passeuse passe temps / Je chanterai longtemps »).
C’est Gilbert Laffaille qui suit et lui prête sa plume pour Chanter encore. Toujours très coquette, Francesca nous dit que ça va être difficile, que Gilbert lui a fait des mesures compliquées, du 5 /4 ou que sais-je, et, avant de se lancer dans cette nouvelle chanson, paniquée elle nous dit en ébouriffant ses cheveux d’un geste familier qu’on lui connait bien : « j’espère que Gilbert Laffaille n’est pas dans la salle ». Bien sûr que si, il est là !!! On le lui dit, elle feint de ne pas entendre en scrutant le public dans l’ombre. C’est une très belle réussite soulignée par Nathalie Fortin qui fait signe à Francesca que tout s’est bien passé. Francesca de surenchérir « Ah ! Nathalie est contente », à ce moment du fond de la salle surgit la voix forte très reconnaissable de Gilbert Laffaille « Moi aussi je suis content ! » Applaudissements dans le public et visage radieux de Francesca !
Puis à travers un très beau texte de Thomas Pitiot, La promesse à Nonna, notre belle Francesca chausse sa casquette de grand-mère, de cette Nonna qu’elle est ! Francesca a éduquée sa petite fille Lola à ses propres idées politiques dès le plus jeune âge de la vie fœtale et ce petit bout de fille a fait promesse à Nonna de toujours brandir haut et fort un poing serré. Belle promesse…
Suit 200 mètres (Mexico 1968, JM Brua), chanson ô combien de fois entendue, mais ce soir on a encore l’impression de la découvrir tant Francesca l’interprète avec une conviction et une énergie fabuleuses. Tonnerre d’applaudissements ;  Francesca à peine essoufflée nous chuchote « je ne vous ferai pas le 400m ». Rires complices du public.
Place à l’émotion, difficilement soutenable, Allain Leprest retrouve une fois de plus ce soir sa place par l’intermédiaire de Francesca (une chanson parmi de nombreuses, Francesca nous offre beaucoup de Leprest ce soir, dont Sarment : « il suffisait qu’on lui dise un mot, un seul pour qu’il nous écrive une chanson », nous rappelle-t-elle), une chanson dont il lui a fait cadeau en juillet de l’an dernier Des impairs pour un impair (« La langue bleuie les bras ballants / Pesant d’oubli, le cœur moins lourd / Trois p’tits tours autour d’un nœud coulant… / Priez pour les morts d’amour… ». Une émotion qui nous ramène vers ce terrible 15 août… « Allain m’a demandé de la chanter, alors je la chante » (ceci suite à des remarques de la part de certains spectateurs choqués lors de précédents spectacles, avait-elle expliqué lors d’une récente émission sur France Culture). Ainsi va la soirée, une allusion au père alcoolique dont Francesca nous confie avoir souffert. Sur scène ce texte écrit par François Morel, Papa (« Les ivrognes ça fait marrer / Quand on les voit à la télé / Tant mieux si toi ça te fait rire / Pardon moi ça me fait frémir… ») prend une dimension fabuleuse tant Francesca se l’approprie avec une sensibilité à fleur de peau et une souffrance qu’elle ne cherche pas à dissimuler.

Précastelli et Fortin (photos Chantal Bou-Hanna)

D’autres très belles chansons (accompagnées à la contrebasse par Olivier Moret et à l’accordéon par Bertrand Lemarchand) par d’autres non moins beaux auteurs, je ne veux pas en faire un catalogue, je relate simplement des faits ou des moments qui m’ont touchée dans la soirée.
Hélas tout a une fin, l’heure tourne, plus fatiguante pour Francesca que pour son public qui ne se lasse pas, un bis, un seul ! Francesca nous annonce que la chanson suivante serait bien faite sienne par le président actuel… La France de Ferrat !!! Avec, s’il vous plaît un piano à quatre mains, à savoir celles de Nathalie Fortin et celles de Michel Precastelli. L’interprétation est époustouflante ! S’en suit une belle standing ovation, qui ne s’arrête plus. Francesca reviendra saluer trois fois puis s’échappera non pas pour un repos bien mérité mais  dans le hall de ce beau théâtre pour la séance de dédicaces/discussions. Et je m’aperçois avec surprise que si son public a dans l’ensemble une moyenne d’âge un peu élevée, la relève est assurée par un autre public, beaucoup plus jeune, plutôt masculin, impression personnelle, qui se précipite pour acheter Un, deux voire trois cédés et se les faire dédicacer. Et là c’est fou de voir que cette belle Francesca aux yeux si bleus et si pétillants, qui pourrait être la Nonna de tout ce nouveau public, succombe encore avec une tendre complicité au  charme non dissimulé de  cette belle jeunesse conquise par cette  très grande dame.
Un dernier mot pour conclure ces quelques lignes : un immense Merci Francesca, nous t’aimons. Continue à passer ta vie sur tes cordes vocales, à y funambuler, pour notre plus grand plaisir, comme te l’écrit si bien Jean-Michel  Piton. Chante encore, chante encore…

11 mars 2012. Étiquettes : . Chantal Bou-Hanna, En scène. 19 commentaires.

C’est la récré pour Hervé Suhubiette et Pulcinella

Hervé Suhubiette (photo Jean Sarsiat)

par Claude Fèvre

Déjà en 2004, un certain Michel Kemper dans sa chronique consacrée à ce toulousain (Mes nuits critiques, éd. Mine de crayon, p. 175) le rangeait entre Gavroche et Leprest.  Huit ans plus tard, « ce type rodé à la scène […], un acteur, un vrai » s’empare de 13 chansons de Claude Nougaro. Diable, qu’allait-il  bien en faire quand on connaît un tant soit peu les audaces du trublion ?  A n’en pas douter, il allait faire fort. Il s’était déjà brillamment illustré dans cet exercice un tantinet iconoclaste avec Brassens qu’il reprend accompagné au piano par Philippe Gelda. Dimanche dernier sur France Musique, Laurent Valéro qui accueillait Hervé Suhubiette dans son émission « Des nuits noires de monde » avait choisi de nous faire entendre sa version enregistrée au Bijou de la Cane de Jeanne…C’est franchement déglingué ! Et j’aime ça ! Traduttore traditore, traducteur traitre dit la formule…Oui, reprendre c’est traduire et Hervé le fait avec sa longue et originale histoire d’homme qui chante, qui se promène de contes musicaux en chansons pour enfants, d’animations en formations (il est directeur artistique de Voix Express), de compositions pour la scène en collaborations dans ses Fêtes à Anne Sylvestre, Allain Leprest, Gilbert Laffaille, Michèle Bernard, Romain Didier…
Pour répondre à ce qui fut au départ une commande du Conseil Général de la Haute-Garonne et de l’ADDA 31, Hervé a sollicité le jeune quartet jazz Pulcinella dont il apprécie les recherches sonores. En écoutant le travail de recréation accomplie sur Amstrong (le texte s’étire, devient une plainte presque dissonante) on comprend l’objectif d’Hervé qui accepte l’idée de « reprises » à condition d’avoir quelque chose de nouveau à en dire. Et croyez-moi, il en a à dire !
Ajoutons qu’Hélène Nougaro qui accompagne avec bienveillance les projets autour de l’œuvre de son mari, lui a confié un texte inédit « Dans les bras de l’ours » qui figure dans cet album. Certaines chansons sont peu connues et c’est un plaisir d’autant plus grand de les découvrir. Quand au contraire elles  appartiennent à notre panthéon de la chanson, on en savoure la redécouverte, comme « Il y avait une ville » et son paysage sonore dévasté.
Il me reste à voir ces Récréations Nougaro en scène, avec Suhubiette et son art consommé du spectacle.

Le site d’Hervé Suhubiette, c’est ici ; celui de Pulcinella, c’est là.

 

8 mars 2012. Claude Fèvre, En scène. 1 commentaire.

Souad Massi, paroles de femme orientale

Souad Massi (photo DR)

Souad Massi, 3 mars, salle Daquin à La Ricamarie,

C’est un concert décontracté. Avec  des guitaristes qui prennent du plaisir et le montrent, heureux d’être ensemble, prêts à toujours plaisanter, à rivaliser d’audace et de talent, à rire, à chambrer leur patronne même, même si le répertoire de Souad Massi, entre mélancolie, tristesse et espoirs, ne porte guère à ça. Il n’y a vraiment que le « vieux », Rabah Khalfa, percussionniste, virtuose de derbouka s’il en est (son solo à cet instrument est un très grand moment) et ombre vocale de la chanteuse, qui semble réguler, un peu, cette presque cours de récréation, cette scène enjouée et productive, d’une bienveillante attention.
Souad Massi est une des plus intéressante folk-singer actuelle. Elle ne serait pas sans faire songer à Joan Baez si son chant était un peu moins intime, s’il se mettait à observer les soubresauts du monde.  A hausser le ton. Mais telle est Souad Massi, dont la voix offre un merveilleux écrin aux sentiments, à la nostalgie, aux regrets et aux souffrances. Reste que, sous ses mots délicats, parfois entre les mots, c’est une autre idée de la femme orientale qui se profile, une posture, une attitude qui fait de son chant réel engagement.
Depuis une décennie qu’elle se produit sur scène, le suave chant de Souad  fait référence et nombre de ses chansons sont déjà des grands classiques. Raoui, Yemma nekdeb aalik, Mesk Ellil, Ya ssi Hmed… qu’ils soient folk oriental ou chaabi, c’est un chapelet de succès, presque une anthologie déjà. Et tout est miel (j’ai dit miel, pas mielleux), admirable partage. Sur scène comme avec le public. Moment précieux, oui, entre tous.
Un titre en français, un seul, que lui a écrit l’ami Cabrel. Sauf à être né de l’autre côté de la Méditerranée, on peut donc ne pas comprendre le traitre mot. Mais on sait, par intuition ou pour en avoir lu des traductions, l’orientation de la belle. Son chant nous est alors pages blanches sur lesquelles nous projetons nos images, nos représentations, nos tendres rêves, des paysages et des visages, une idée du bonheur et ce qu’il faut faire pour y arriver. Son chant est étonnamment parlant pour qui ne parle pas sa langue. D’autant que ses sonorités empruntent tant à l’arabo-andalou qu’à une musique plus universelle encore car teintée d’une sono mondiale folk où sont une partie de nos repères.

Le site de Souda Massi, ici.

7 mars 2012. Étiquettes : . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 2 commentaires.

Caussimon, encore et toujours…

Je me plais à croire que tous les lecteurs de Nos Enchanteurs connaissent Céline Caussimon. Mais n’en suis pas tout à fait sûr. Malgré le nom et les arts de la scène qu’elle tient de son père, Céline mène sa vie d’artiste avec beaucoup de discrétion. Trop, sans doute. Elle mène sa barque, tranquillement, entre théâtre et chanson. De fait elle n’est ni totalement dans l’un, ni entièrement dans l’autre. Et pas dans leurs cercles respectifs.
Son dernier album en date, Le moral des ménages, remonte à 2007, juste complété par un trois titres en janvier 2009. Depuis, elle a fait d’autres chansons, bien sûr. Qu’on ne connaît donc que peu, ou pas du tout, ses nouvelles chansons (dont la vidéo ci-dessous nous en dévoile une). D’où l’intérêt de cette série de concerts, chaque dimanche à 19 heures, au Lucernaire, Paris 6e. Avec Thierry Bretonnet à l’accordéon, désormais son partenaire et complice de scène.
Reste qu’une partie de son actuel répertoire remonte au dernier opus discographique. Voici ce qu’à l’époque en disaient Le Canard Enchainé et Chorus.
« Partant de soucis domestiques et d’objets du quotidien, comme un four à micro-ondes et des spaghettis, Céline Caussimon, étrange fée du logis, se met à réchauffer les neurones et les notes qui dormaient dans sa cafetière et ça donne de bien curieuses historiettes avec une façon acerbe de détourner les clichés dominants (…) On pourrait la situer, ce qui n’enlève rien à son originalité, entre Brigitte Fontaine (pour l’énergie et la poésie un peu barrée mais sans la camisole) et Anne Sylvestre (pour la mélancolie acide et raffinée, surtout quand elle ne chante pas pour les enfants). Sur scène, le courant passe tout de suite. » (A.A., Le Canard enchainé, janvier 2008)
« Caussimon ne fait pas dans le détail mais dans le commerce de gros. La ménagère de moins de cinquante ans qu’est Céline regarde le monde, scrute son caddie, fait ses comptes et agite sa boîte à neurones : elle fait thématique de l’angoissante modernité, mondialisée, pixellisée, du micro-ondes à la macro économie, s’insurgeant à contre-courants, en tous cas « pas dans l’sens de la marche » de toute « branchitude ». Car que peut-on opposer à tout ça ? L’amour ! Non le supposé haut débit qui n’active pas la connexion, non la malbouffe qui fait la malbaisée : Céline s’initie à l’amour bio et cela lui fait l’effet… de serre. C’est sa valeur refuge, ça et l’infinie tendresse (…) Rarement disque fut si cohérent, si précis, si massacreur et pourtant si ludique, si joyeux. » (M.K., Chorus, printemps 2007)
Je tiens Céline Caussimon pour une grande de la chanson. Pas pour de qui elle tient, simplement pour ce qu’elle est. Pour cette nature un peu rebelle, pour cette personnalité sans pareille qui tranche tant d’avec la plupart des chanteuses. Et pour un je ne sais quoi de classieux, un grand luxe de l’esprit.

Céline Caussimon, chaque dimanche à 19 heures, au Lucernaire, Parie 6e, jusqu’au 1er avril. Son site c’est ici.

3 mars 2012. Étiquettes : . En scène. 6 commentaires.

Page suivante »

%d blogueurs aiment cette page :