La Milca joue avec nos nerfs

Forcément, avec une telle pochette, un tel magnifique dessin, on pose le disque plus délicatement encore sur la platine on l’écoute plus attentivement. Avec ce quatrième opus, nos auvergnats de La Milca fêtent pile leurs dix ans. La Milca est un de ces nombreux groupes dans le sillon des Têtes Raides (dans l’écoute de Noir Désir aussi, et d’Ange si toutefois ils connaissent encore…) dont elle reprend parfois certains accents. L’alchimie est cependant différente, faite d’ingrédients nouveaux, judicieusement associés. Avec une approche plus amplifiée et percutante que précédemment, le terme si galvaudé de « guinguette rock » prend ici tout son son, tout son sens, sa plénitude. Même le mot « festif », ridicule à force d’être convoqué, retrouve par eux son lustre, son panache. Sans jamais nuire, ce serait dommage, aux textes. Ces Nerfs du temps sont l’air et la colère du temps présent, une chanson énervée en prise avec l’actualité, simplement passée par le filtre d’une écriture poétique. L’équilibre entre le son et les textes est bon, la production excellente. Il ne reste plus qu’à (re)trouver le savant dosage, la belle alchimie, pour porter cet excellent disque à la scène.

La Milca, Nerfs du temps, 2011, autoproduit. Le site de La Milca, c’est là. Ce billet est paru précédemment dans les colonnes du Petit Format du Centre de la chanson.

3 mai 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 4 commentaires.

Le rock à prix Coutin

S’il fallait se défaire du passé, il faudrait oublier ces filles qu’il aime (toujours) regarder marcher sur la plage, leur poitrine gonflée par le désir de vivre… Ce fut, en 1981, le tube de Patrick Coutin, énorme, de ceux qui griffent à tout jamais une génération d’une élégante cicatrice, comme on grave l’écorce d’un arbre. Son seul tube d’ailleurs, qui tient tant du hasard que de la fulgurance. Ce titre allait le propulser en pleine lumière, au moins le temps de voir comment ça se passe, de constater l’effet que ça fait, comment la tête tourneboule quand on touche la cime des ventes, quand on tutoie à ce point le chaud bizness. « Durant quelques années, ça a été rageant de n’avoir en face de moi que des gens qui attendaient que je fasse la même chose. Mais ça m’a aussi  fait rencontrer des tas de musiciens, qui ont naturellement envie de jouer avec moi. Ça me classe là où je suis. » Là où il est ? Modestement dans le rock, dans l’esprit du rock, à le vivre au quotidien, sans frime mais avec plaisir, à s’amuser, à le partager.
Loin des plateaux télé, Patrick Coutin dirigera par la suite une salle de spectacles, produira une dizaine d’albums pour lui, une dizaine pour autrui (Les Wampas, Dick Rivers…). Homme-orchestre, il est tant auteur compositeur, musicien, ingénieur du son que réalisateur. « J’ai toujours quelque chose à faire » confie-t-il, fier qu’il est de maîtriser à peu près tout dans le son, dans la façon de fabriquer le son : « C’est ça un peu, l’histoire d’une vie : essayer d’aller jusque-là où la passion vous emmène. »
Coutin n’est pas homme de calculs et ses disques ne sont pas planifiés. Si sa discographie est chaotique, c’est qu’il usine ses pièces à la main et prend le temps. En 2010, neuf ans après son précédent opus, il sort « Le bleu », un bijou country folk, un peu blues, un peu introverti, aux textes ciselés comme jamais, qui lui fait retrouver la scène. Avec The Band, le groupe qu’il se constitue, fait de François Bodin, Gilles Michel et Eric Laffont. L’entente est parfaite qui touche au pur bonheur même si le groupe sonne d’une autre façon que le disque qu’il est censé défendre : il est fait pour le rock et « Le bleu » change de couleur sur scène.
La tournée achevée, Coutin se remet vite à l’écriture et, d’instinct, compose pour ce groupe-là, entre tous idéal. Il est vrai qu’il n’a qu’une envie, celle de reprendre la route avec ses trois nouveaux compagnons. Il a certes déjà le répertoire du Bleu mais lui semble manquer quelques paroles, quelques autres notes d’évidence, du gros son ludique et lumineux, mots qui cognent et guitares qui gueulent, dans la presque démesure. C’est ce qu’il s’emploie à écrire, « comme si j’avais des choses à dire… » Et ça pisse du bras. Nait ce disque qui, plus encore que les autres, parle de lui, de ce rock qui est en lui. Tout est à l’unisson de ce renouveau, même la marche du Monde : nous sommes en janvier 2011 et l’hiver est déjà printemps qui bourgeonne de l’autre côté de la Méditerranée. Le début des révolutions au Maghreb nourrira deux textes, dont « Babylone panic », jolie métaphore pour un système qui se disloque. Car si le but avoué est de retrouver au plus vite le gros son, les textes n’en sont pas moins écrits avec délicatesse, extrême sensibilité, tant il est vrai qu’on ne se refait pas. Quitte à prendre le micro, autant asséner quelques bonnes vérités et dire le monde tel qu’il est. L’état du monde comme celui des sentiments…

Patrick Coutin, Babylone panic, 2012. Le site (tout beau, tout neuf) de Patrick Coutin, c’est ici.

1 mai 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Ce romand de Zedrus…

C’est un helvète, un romand, qui signe, de son micro, d’un Z qui veut dire Zedrus. Ou pourrait le faire, tant il aime la provocation, l’éternel décalage. Qui aime à se définir comme un Brassens trash. Rien que lire, à une certaine époque, le titre de ses chansons (Salopard, Vieux con…) validait l’affirmation. Zedrus vient de sortir son cinquième opus, toujours autoproduit, dans l’attente sans doute d’un producteur plus courageux que d’autres, qui ose l’impertinence adoubée au talent. La galette se nomme « Dans la différence générale » : sortons cette différence du silence ambiant et mettons-là en exergue : c’est franc, direct, sans ambages, sans vaseline. Autoportrait désillusionné (« Eh ben cochon ! / C’est pas le produit qu’on m’avait vendu ! Pour affronter la société / Mieux vaut être con / Con sans sommations »), solitudes, vies bridées (« Avec les lois qu’ils ont votées à l’Assemblée / J’ai perdu pour un oui pour un non / Ma liberté d’expression et d’érection »), vies sans fard, pas forcément sans cafard ni sans regrets… Il y a un peu de foule sentimentale en Zedrus, un type qui a envie de tout donner, de tout aimer, de vivre libre, mais se heurte à la réalité de notre monde, là où « Tout va mal » : « Et j’aboie, j’aboie, j’aboie / Dans une bouteille à la mer. » Dit comme ça, c’est pas avenant, sauf que Zédrus a l’art et la manière de (bien) le chanter. Si comparaison vaut raison, on associera Zedrus à La Blanche : l’univers y est presque pareil, avec ce cynisme comme ultime bouclier. Et cette tendresse qui, parfois, plane sur les vers et s’attarde plus longuement ici sur une magicienne qui « du fil de fer barbelé fait un porte-jarretelles », là sur l’épouse et la maitresse (« Avec elle, je finirai mes jours / Avec toi, je ne les vois pas passer »). Et sur l’amour d’un père, magnifique chanson qui rappelle le meilleur de l’autre romand qu’est Sarcloret. Ecoutez Zedrus, écoutez la différence !

Zedrus, Dans la différence générale, 2011, autoproduit, distribution Disques Office en Suisse, L’Autre distribution en France. Le site de Zédrus, c’est ici. http://www.myspace.com/zedrus En concert les 27 et 28 avril 2012 à La Médaille d’Or de Saignelégier (Suisse), le 4 mai à « On connaît la chanson » à Volvic (63), le 12 juin au Zèbre de Belleville à Paris et du 11 au 17 juillet à « Allonz-y Franc’off » à La Rochelle. Et ce dimanche 29 avril en débat sur « Les mots des chanteurs romands » au Salon du livre et de la presse de Genève avec, à ses côtés, les chanteurs Blandine Robin, Denys Surdez et Thierry Romanens ainsi que votre serviteur.

26 avril 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 9 commentaires.

Christian Camerlynck : deux sinon rien !

Ses plus récents opus discographiques remontent à il y a onze ans : deux albums en simultané parus au défunt Loup du faubourg, dont un entièrement consacré à Jacques Debronckart. Christian Camerlynck nous revient sur nos platines avec encore deux albums (Se défaire et Duos), grand luxe après grande accalmie. Deux albums (l’un en duo avec le pianiste Jean-Paul Roseau, l’autre où ce même Roseau se voit adjoindre un violoncelliste et une violoniste) gravés il y a quatre ans, le reste n’étant que le temps passé à trouver les moyens de les sortir enfin. Camerlynck  est depuis toujours interprète, « chanteur-comédien » précise-t-il avec raison, se mettant en bouche un peu du meilleur de chaque artiste, de ceux qu’il tient pour référence : cette double livraison fait la part belle à (entre autres) Félix Leclerc, Jean-Roger Caussimon, Allain Leprest, Maurice Fanon, Romain Didier, Anne Sylvestre, Léo Ferré, Henri Tachan, mais aussi Brahms ou Bach. Et Laurent Sillano, et Camerlynck soi-même, par deux titres. De fait, chaque album de Christian Camerlynck est anthologie en soi. Avec toujours la préciosité de la voix, de la diction, le respect du verbe, la théâtralisation du mot, sa mise en scène, sa mise en oreilles. On en oublie même le créateur : on écoute la chanson, on la vit. C’est La vie d’artiste sans le Léo, Nu sans l’Allain, Verdun sans le Joyet… Les textes vivent leur vie, autonomes, désincarnés, sans lourde tutelle, sans qu’ils soient obligés de toujours vivre les mimiques de leur auteur, les mêmes éternelles intonations… C’est l’art de Camerlynck de nous rappeler ce qu’est un interprète, sa grandeur, par son exemple où il combine modestie et pur talent. Cette nouvelle paire de disque est exemplaire, qui s’impose dans toute discothèque chanson qui se respecte.

Christian Camerlynck, Duos et Se défaire, 2012, autoproduits. Pas de vidéo de Camerlynck et c’est dommage. Seulement un blog et son myspace hélas pas vraiment à jour… Sur Camerlynck, lire dans NosEnchanteurs : « Camerlynck, la bosse du bonheur ». On commande ces disques à : chris.camerlynck@orange.fr

25 avril 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 7 commentaires.

Aron’C, bonne graine de chanson rock

C’est tout rock, tout nerveux. Mais c’est chanson et c’est tout en français. Ils sont deux, Aron, et Tom, tous deux d’Aix-en-Provence, tous deux auteurs-compositeurs. Seul Aron chante, en une voix prenante et tragique, artificielle mais profonde, où on retrouve tant Bertrand Cantat que Mano Solo, Da Silva que pas mal d’autres timbres singuliers de la scène rock. Quitte à prendre le micro, Aron se met en voix une chanson en prise avec le monde d’aujourd’hui, inquiète des maux du monde. Je ne sais ce qu’Aron’c suggérera aux rédacteurs des Inrocks. A ceux de NosEnchanteurs, ils seront l’une des (très belles) preuves qu’on peut faire vivre un rock intelligent dans la langue de Voltaire et de Camus.
Du contenant au contenu, ce deuxième album (le premier remonte à il y a quatre ans) est réalisé avec le même grand soin et pose les jalons d’une enviable carrière à venir. De la bonne graine donc, quoi qu’ils puissent en dire, dont on ne séparera pas la douce ivresse d’une musique plaisante, nourrie pour le coup d’une bonne dizaine d’autres musiciens et choristes. La formule scénique à venir sera forcément plus modeste puisqu’en duo, mais pas pour autant en acoustique.

Aron’C Mauvaise graine, 2011, le myspace d’Aron’C, c’est ici. (ce billet a été précédemment publié dans Le Petit format)

24 avril 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 1 commentaire.

Jeancristophe, rose bonbons

On tiendra pour acquis l’admiration de Jeancristophe envers Gainsbourg : ce disque le respire en ses sillons. On pourra convoquer d’autres noms aussi, tel Katerine bien sûr, mais en nettement mieux. Comment le dire ? Ce disque (le second de Jeancristophe, quatre ans après L comme lui qui, déjà, donnait le ton), rose & pop, est tant une totale réussite qu’un acte courageux, mise à nu sans string et sans fard, pas même ce rose à lèvre dont il se badigeonne sur la pochette. C’est un regard sur lui, sur qui il est, ou qui elle est, le boy addict (« Je n’ai qu’une obsession / C’est les garçons »), sur ses passions (« D’amants aussi j’attends l’incendie »), ses phantasmes (« Envoyez-moi la Garde suisse »), ses douleurs, son mal-être, carnet intime joliment calligraphié, d’une patte sensible et habile. C’est un disque d’amour, d’envie d’amour, fait d’amitiés particulières, sans l’ombre d’une femme si ce n’est maman. C’est la vie en rose, avec les épines qui vont avec. Où l’enfer est dans l’enfermement. Propos souvent graves mais ton presque badin, dansant, coloré pop des années quatre-vingt, parfois baraque foraine qui tourne manège, qu’on imagine tant sur sa platine qu’en boîte de nuit.

Jeancristophe, Ma vie en rose, 2011, autoproduit. Le site de Jeancristophe, c’est ici. www.mavieenrose.biz (ce billet a été précédemment publié dans les colonnes du Petit format du Centre de la Chanson).

23 avril 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

La glotte de Lascault

Déconcertant et réjouissant. Toute une année, Lascault, cherchant « au fond de (lui) ce qui pouvait faire surface », est sorti de sa grotte pour nourrir sa glotte. Dès qu’une idée lui traversait l’esprit, il en tirait trois quatre vers, parfois plus. Et son esprit est souvent traversé d’idées. Au final ça se nomme Haïku pour la beauté du vocable, pour sa sonorité. Et comporte soixante titres ! Dans ce fatras de mots, foirefouille du verbe, il y a à boire et à manger : banales considérations, simples observations, parfois l’amorce de colères et d’indignations quand les expulsions ou les attaques contre les roms s’invitent… L’écoute, on le devine, est différente d’un autre disque, la notion de chanson plus abstraite, quoique. C’est autre chose, rôts de mots, ronds dans l’eau, fulgurances, incongruité fruitée, avec parfois des traits plus lumineux que d’autres. Selon, on sera irrité ou totalement séduit, suffit d’y entrer, parfois d’en sortir. Tel est Lascault qui, depuis une décennie, s’aventure en des expériences singulières, négligeant souvent son propre chemin d’écriture. Mais écriture il y a, aux sources même. Qu’un excellent quatuor de cordes (le Quatuor Atlas, en fait le même Lascault qui aime à se couper en quatre et musiquer ses mots !) vient surligner, en adoucir le rugueux, faire délicieux contrepoint.

Michel Lascault, Haïku, 2011, autoproduit. Le site de Lascault, c’est là. (Ce billet est une version augmentée d’une chronique parue dans les colonnes du Petit format du Centre de la Chanson).

21 avril 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 1 commentaire.

Lily Luca, la vie qui pointe

Lily Luca (photo Carole Reckinger)

Autant la voix que la façon de chanter de Lily Luca font volontairement gamine. Du reste, les petits dessins (entre Le Petit Nicolas et Le journal d’Henriette si vous avez une culture bédé…) sur le digipack et le livret la représentent dans l’enfance de son art. Si la tonalité appelle donc la naïveté dans la forme, les sujets abordés font nécessairement contraste et c’est là que réside l’intérêt de telles chansons. Le point de vue est à la hauteur de la posture : trois pommes à genoux, à constater des réalités de grands, qui attirent et qu’elle rejette. Ce n’est pas nouveau dans la chanson (rappelez-vous Le copain de mon père de Leprest…) mais là c’est tout un album, et c’est pareil en scène. Lily campe ce personnage et regarde le monde ainsi (de toute façon « J’ai pas envie d’être adulte, de tout comprendre »). Mais, comme le dit Michèle Bernard à propos de Lily Luca : « On sent la vie qui pointe ses dents cruelles et les premières fêlures du cœur. » Il n’est pas évident, si vous découvrez Lily Luca, que vous accrochiez à la première écoute. Insistez. Ce disque bizarre (orchestration inclue, il va de soi), étonnant, presque incongru, vous deviendra alors précieux et, charmant pléonasme, sortira souvent du lot.

Lily Luca, Mon meilleur profil, 2011, Les Z’ondits. Le site de Lily Lucas, c’est là et son myspace ici. (ce billet a été précédemment publié dans les colonnes du Petit format du Centre de la Chanson).

17 avril 2012. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 3 commentaires.

Nicolas Vitas, question d’équilibre

A lire le curriculum de Vitas, on s’instruit tant de son passé de rockeur que de celui de bluesman, beaux bagages pour la suite pour qui sait les poser. Après plus de dix ans de scène et une furtive carrière vouée à la chanson festive, voici l’osmose, par le truchement de l’écriture, par des textes – les siens – qui font le pont entre passé et futur, qui sont ce à quoi il aspirait : « J’ai enfin trouvé l’équilibre entre la musique que je fais et l’homme que j’ai envie de devenir. » Il lui aura suffit de poser des idées sur le papier, des rimes qui peu à peu s’organisent et voient grouiller les vers pour que se révèle un singulier auteur. Car, outre la bonne humeur qui vous accueille dès le premier titre, le swing qui vous accompagne sur certains titres, ce sont bien ici les textes qui vous happent, vous retiennent. Dans l’énergie comme dans la pure et belle nostalgie. Et vous font revenir.
On se dit surtout que ce grenoblois qu’est Nicolas Vitas n’est pas arrivé en chanson par hasard. Il y a en lui pas mal de références, et un peu de l’histoire de cet art. Des intonations ou des clins d’œil ici à Nougaro, là à Bourvil, des saveurs d’Anis, des airs à la Bill Deraime, un peu de Minvielle et des tournures stylistiques qu’on verrait tant dans le stylo de Goldman que dans la plume de Lesprest. On se pose la question : d’où vient cet art nouveau ? De l’idée sans doute d’écrire pour les autres, au sein notamment d’un collectif issu des Rencontres d’Astaffort. Et je est un autre et c’est probant. Cet homme – dont certes le paternel est professeur de français – qui se prévaut d’une solide culture américaine, nous fait là une belle leçon de chanson, faisant la part belle tant à la musique qu’à ces paroles qui ne causent pas pour ne rien dire.
C’est dire si ce premier disque est frustrant : un cinq titres qui vous laisserait sur votre faim si la platine ne repartait pas au tout début pour un nouveau tour. Un disque pour démarcher le futur, pour finaliser un album dont on s’impatiente déjà.

Nicolas Vitas, Des airs, 2011, autoproduit. Le site de Nicolas Vitas, c’est ici ; son myspace là.

Ce billet est le 800e article publié sur NosEnchanteurs.

14 avril 2012. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 1 commentaire.

Natacha Ezdra, sa France, sa montagne, son Ferrat

Doublement adoubée, par Jean Ferrat lui-même de son vivant et par la commune d’Antraigues-sur-Volanne, partenaire de ce disque, Natacha Ezdra ose toucher le sacro-saint patrimoine, ce que d’autres avant elles ont essayé avec des succès fort divers. La tâche est difficile, de telles chansons ayant depuis longtemps laissé l’indélébile timbre de Ferrat au creux de nos oreilles. Disons-le tout de go, Ezdra s’en tire fort bien, d’autant plus que la prise de son est « en public » (à Antraigues, Barjac, Grenoble et Paris), exercice casse-gueule par excellence. Belle voix, évidente passion, énergie à partager que les sillons retiennent et nous restituent fidèlement, l’entreprise est non seulement louable elle est de plus franchement réussie. Au passage, Ezdra réintègre dans la maison Ferrat ce que le sage d’Antraigues avait musiqué pour Daniel Guichard, Mon vieux : ça ne dépare pas de l’ensemble, bien au contraire. Le choix des titres (18 chansons, pour plus d’une heure d’écoute) est certes assez convenu mais agréable. Aux grands classiques (Ma France, Nuit et brouillard, La Montagne, Camarade…) s’adjoint d’autres moins en vue, comme ce Tu verras, tu seras bien magnifiquement interprété. Et ces deux chansons écrites par Henri Gougaud, Un jour futur (qui donne son sous-titre à l’album) et La Matinée, ici en duo avec Serge Utge-Royo, pilier s’il en est d’Édito Musiques. Du très bon boulot.

Natacha Ezdra chante Jean Ferrat, Un jour futur, 2010, Édito Musiques/(rue stendhal) ; le site de Natacha Ezdra, c’est là. En concert le samedi 21 avril 2012 à Viricelles (Loire) et le dimanche 22 à Autun (Saône-et-Loire). Ce billet est précédemment paru sur Le Thou’Chant.

10 avril 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 9 commentaires.

Les Mouzac tricotent et fricotent avec le père Brassens

Retour à la discothèque raisonnée du brassensologue qui est en nous. Et remarquez que ça rime avec œnologue. Ça tombe bien, je m’en vais vous parler d’un grand cru…
Malgré leur nom, Sale petit bonhomme, qui déjà trahit la source, ces deux-là, Jean-Jacques et Aurélien Mouzac, père et fils, ne cherchent pas à faire du Brassens à tout prix, quand bien même ils consacrent à nouveau (1) un album entier au natif de Cette (2). Le Brassens ils l’ont en eux, depuis le temps qu’ils l’aiment et le chantent. C’est un peu beaucoup de leur respiration, l’addition de leurs globules rouges et de leurs globules blanches.
Je ne vais pas hiérarchiser l’émotion, pas classer les repreneurs du vieux, ce ne serait pas raisonnable et, du reste, il n’y a nulle compétition. Mais, quand même, ce disque-là, je le tiens très près de mon palpitant, plus que d’autres. C’est du Brassens il va de soi et c’est autre chose, d’un peu différent, d’infiniment respectueux mais pas calqué. Y’a même pas le prétexte de transposer tonton dans un autre univers (celui des Mouzac est par essence un peu jazzy, un peu swing), de lui faire subir des outrages pour retrouver le rugueux d’origine. Il n’y a l’enjeu ni du scandale ni de la performance. Les Mouzac tirent simplement la pelote de leur Brassens (jolie pochette soit-dit en passant), avec les instruments qui sont les leurs et le renfort de Thierry Heraud à la contrebasse. Avec ma foi des orchestrations intelligentes, inédites, sensibles, bien vues. Avec un peu d’électrique ici, des petites percussions là, un harmonica… Et on est confondus, le cul par terre, avec l’émotion de cette relecture, d’une belle écoute, d’un sacré coup de chapeau qu’on ne peut que saluer. Avec aussi l’impression de découvrir plus encore Brassens ce qui, convenons-en, est une gageure. Permettez-moi d’extraire trois titres en particulier : d’abord Sale petit bonhomme tant il fallait qu’elle est soit, puisqu’ils en ont fait leur raison sociale ; Pour me rendre à mon bureau ensuite, une chanson de Jean Boyer, de 1945, qui raconte les restrictions et réquisitions des transports en temps de guerre, une des « chansons de jeunesse » de Brassens que tonton gravera finalement en 1980. Et En attendant, la chanson hommage des Mouzac à leur maître et ami Brassens.
C’est du beau, c’est du bon. Bien sûr que ce disque s’impose comme un indispensable pour les amateurs de Brassens. Mais, je vous jure, pas que d’eux !

(1)    Avant de prendre le nom de groupe de « Sale petit bonhomme », les Mouzac avaient sorti, en novembre 2005, sous le nom de « Brassens de père en fils », un cédé de cinq titres : Une petite fleur…
(2)    A la naissance de Brassens, Sète s’écrivait ainsi.

Le site de Sale petit bonhomme, c’est ici ; et Sale petit bonhomme sur NosEnchanteurs, c’est là.

Pas de vidéo sur YouTube de « Sale petit bonhomme » correspondant à ce répertoire Brassens. En voici une autre, en grande formation et sur d’autres chansons, au Local, de Poitiers, en 2009 :

9 avril 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque. 3 commentaires.

Brassens version country

Ce n’est évidemment ni le premier ni le dernier à cuisiner Brassens avec ses propres ingrédients, sa propre sauce. C’en est même devenu un grand classique, pour certains un passage obligé, presque un CAP chanson à lui tout seul, option « moustache, guitare et pipe ». Les brassensologues doivent en avoir de pleines étagères. Donc, voici Christian Valmory, par ailleurs rédacteur chez notre estimé confrère Vinyl. Valmory cuisine, lui, le vieux à la sauce country, et c’est agréable même si, question de goût, il aurait pu remuer la sauce plus longtemps encore, façon Nashville. Valmory n’a pas prélevé que les « tubes » de tonton Georges, pas sélectionné que les « inconnues » non plus : seulement ses préférées, celles qu’il aime chanter plus que tout, de La tondue à Oncle Archibald, de L’assassinat au Vieux Léon, du 22 septembre au Gorille… Douze titres et, comme on s’acquitte de dime ou de gabelle, un titre en plus, un cadeau, un hommage au maître : A l’enterrement de Georges Brassens, paroles et musique de Christian Valmory, comme l’exégèse en léger différé de la cérémonie mortuaire à Sète, avec, par ordre d’apparition en scènes, les copains, les copines éplorés, des filles de joie et des hôtesses de l’Olympia aux escargots de Prévert, des gendarmes de Brive-la-Gaillarde à sa bonne Jeanne : « Si au fond du ciel une grosse voix / Fait tonner un merde de l’au-delà / Ne croyez pas que c’est un mot de Dieu / C’est Georges Brassens qui s’amuse un peu. » Discret, un rien timide, Valmory n’a pas fait grand cas de cet opus dans les médias, tant que cet album avait échappé à notre vigilance. Pour l’avoir exposé le week-end dernier à Randan, le voici chamarré, épinglé au tableau de chasse de NosEnchanteurs, où, entre nous, il a toute sa place.

Christian Valmory, La country de Brassens, 2007, autoproduit. Le myspace de Valmory c’est ici.

4 avril 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque. 5 commentaires.

Bartone et son éternel double

Antoine Barailler fut quelques années durant le chanteur et parolier du mythique groupe stéphanois Les Raoul-Volfoni, nom prélevé aux illustres Tonton flingueurs d’anthologie,  avant de s’élancer dans une carrière au national, sous le nom de Bartone, signant deux albums (l’un plutôt chansons, Cador, en 2005 ; l’autre plutôt rock, Les enracinés, en 2007) chez Jive-Epic/Sony puis, faute de disque d’or, de se voir rendre sa liberté. C’est chez les bretons d’AvelOuest qu’on le retrouve à présent avec un troisième opus plus léger dans le ton, joyeux, sorte de chanson qui se bénabarre un peu dans une très agréable variété. La pochette et la photo intérieure du digipack donnent le ton, entre le sage homme inséré dans la société et son double, sauvage qui sommeille en lui. Un peu comme le Jérôme Moucherot de la bédé (de François Boucq ; Les pionniers de l’aventure humaine et autres albums). C’est l’idée prédominante dans ce disque que l’homme et son double, le soumis et l’aventurier, l’adulte et l’enfant qu’il n’est plus, lesuper-héros qu’il n’est désespérément pas, la teigne qu’il n’a jamais été, le quadra dégénéré que son miroir reflète, le sérieux et le rêveur : « Trop souvent le nez en l’air / Et du vent dans le cerveau / Trop souvent co-locataire / De son vieil ami Pierrot / En mission sur Apollo. » L’homme et son double, ça s’applique aussi à la femme, il va de soi. Ou plutôt au désir de femmes… C’est plaisant d’entendre de telles mises en scènes, de telles représentations, très cinématographiques dans l’écriture, ce qui est depuis toujours la marque de fabrique de Bartone. Deux titres sont ici partagés l’un avec Candide, l’autre avec Suzanne Combo. Un album plaisant, qu’il n’est pas surprenant de poser souvent sur sa platine… Play !

Bartone, Du sable… dans les poches, 2011, Avel-Ouest. Cet album, sorti en magasins uniquement en Bretagne, sera réédité nationalement à l’automne avec nouveau visuel, nouveau clip et titres inédits. Le site de Bartone, c’est ici.

1 avril 2012. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 1 commentaire.

Des lendemains que Grange chante…

Le jour de l’armistice, je reste aussi dans mon lit douillet, la musique qui marche au pas… Et je n’aime pas les « jours de ». D’ailleurs y’en a tous les jours. Et puis, entre nous, j’attends pas Noël pour gâter mes gosses, pas la fête des mères pour penser à maman, pas la Saint-Sylvestre pour écouter un disque d’Anne, pas la fête du travail pour enfin bosser. Eux, dans les tranchées, ils n’attendaient pas le 11 novembre pour chanter La Chanson de Craonne… Tout ça pour vous parler de cet épatant livre-disque (qu’on m’a offert il y a peu) : Des lendemains qui saignent, partagé entre Jacques Tardi, Jean-Pierre Vernet et Dominique Grange, sorti en novembre d’il y a plus de deux ans, dans une intelligente co-édition Casterman/Juste une trace (comme le fut précédemment le 1968-2008… N’effacez pas nos traces ! de Grange et Tardi). Je parle du livre-disque, sachant que le disque de Dominique Grange existe aussi seul, avec cependant un livret qui reprend pour partie les illustrations de son Tardi de mari.

Ce travail sur 14-18 fit l'objet d'une spectacle avec Grange et Tardi sur scène (photo JP Verney)

Bon, Dominique Grange ce n’est pas particulièrement la voix d’une Lolita ni d’une Céline Dion. Les mots sont pâteux, la voix est rugueuse, sans véritable charme, en tous cas sans chichis. Car ce n’est pas son commerce à Grange. Elle ne fait pas particulièrement dans la belle chanson, celle qui concoure au plus beau prix, à une Victoire. Non. Quand elle ne chante pas les pavés de la rue Gay-Lussac, elle raconte les ouvriers en grève. Ou revient sur la Commune. Ou sur ces tranchées, chemins des dames, litanies de morts pour la France. L’œuvre de Dominique Grange s’inscrit, presque anonyme, dans le grand livre de l’Histoire de ce pays et de valeurs quasi universelles, comme témoignage un peu, comme indispensable mémoire surtout. Elle transmet, parfois surajoute pour dire et chanter ce qui est tu ou méconnu.  Ainsi ces « Petits morts du mois d’août » où, au détour d’un champs de bataille, d’une strophe, elle rétablit : « Ils vinrent de toute part / Sénégalais, Normands / Corses, Basques, Occitans / Algériens, Savoyards / Auvergnats ou Bretons / Et quoi qu’il leur en coûte / Tous ont rejoint le front / Petits morts du mois d’août. »

Dominique Grange, Jacques Tardi, Jean-Pierre Verney, Des lendemains qui saignent, 2009, Casterman/Juste une trace.

Deux vidéos ci-dessous : Le ravin des enfants perdus, chanson de Dominique Grange extraite du disque Des lendemains qui saignent et un court entretien avec Jacques Tardi, que je tiens depuis longtemps pour le très grand de la bande dessinée française.

31 mars 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 1 commentaire.

Barkan – Richepin : des gueux d’hier aux SDF d’aujourd’hui

« Ici, deux gueux s’aimaient jusqu’à la pâmoison, et cela m’a coûté 60 jours de prison. »

C’est « une peinture poétique de l’univers des gueux, des sans-logis, des SDF ». En 2011 ? Non, en 1876, par Jean Richepin. Bon an mal an, force est de considérer que le monde n’a pas beaucoup changé, que la vague du progrès social s’est retirée, que les indignés de maintenant sont les gueux d’hier : mêmes bivouacs, même misère. Et même maréchaussée pour s’en occuper… Après long congé, Jean-Guy Barkan nous revient à la chanson. Et revient sur cette Chanson des gueux qu’il avait jadis enregistrée, en 1976, chez RCA, y ajoutant de nouveaux titres. Renouer avec le métier par une telle production, entre ethnologie et actualité socio-politique, est à l’honneur de Barkan et en dit long sur son approche. Si la direction musicale et les arrangements (de Jean-Claude Dequéant) sont différents de l’origine, subsiste un son propre au folk-song des années 60-70 et c’est bien agréable. Les timbres de Corringe, de Joan Pau Verdier et d’autres chanteurs de l’époque ne sont pas loin. Ça vaut document. Mais plus encore. En convoquant le passé – celui du peuple et le sien – Barkan remet la chanson à sa juste place, à chroniquer le monde, à tenter de le faire changer.

Jean-Guy Barkan La chanson des gueux, 2011, autoproduit. Le site de Jean-Guy Barkan, c’est là. www.jean-guy-barkan.com (cette chronique est précédemment parue dans Le Petit format du Centre de la Chanson)

La première vidéo, La chanson des gueux, remonte à décembre 1982, court-métrage pour FR3 Alsace avec, entre autres Jean-Guy Barkan (dans le rôle du poète) et Jean-Marie Koltès ; le second un montage anonyme trouvé sur YouTube sur une chanson de Richepin chantée pat Jean-Guy Barkan,

 

30 mars 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

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