Barbara, du bout des lèvres

Bientôt Le Printemps de Bourges où la chanson, jadis fondatrice de ce festival, y est désormais minorée, reléguée pour l’essentiel à la marge, dans un off qui, comme Avignon, squatte le moindre bar disponible, les quelques planches et deux ou trois spots qui peuvent faire scène providentielle. Bourges s’est vendu au showbiz et le showbiz se fout de tout si ce n’est l’immédiat profit. A la marge, donc, la chanson, où nous (re)trouverons Barbara…

(montage photo : M. Ismand - M. Lopez - F. Espinasse)

Il faut s’y attendre, nous allons beaucoup entendre (parler de) Barbara cette année, cause au quinzième anniversaire de sa disparition, un triste 24 novembre 1997.
Camille Simeray, de La Meute rieuse, et Sam Burgière, des Ogres de Barback, marient leurs voix pour une balade dans l’univers de la longue dame brune. « Donc de sa vie, de ses combats, de son désespoir mais aussi de son humour… » précisent-ils. A travers cette visite d’une partie du répertoire de la « longue dame brune », nous redécouvrirons nos deux musiciens sur un autre terrain de jeu que ceux qu’on leur connaît habituellement.
Il ne saurait être question ici de s’habiller en noir et de tenter d’imiter Barbara, tout en se limitant à une restitution en piano-voix de ses chansons. Rester fidèle à la lettre et l’esprit de son oeuvre, certes, mais « en proposant une interprétation et des arrangements libérés de tout mimétisme », voilà l’idée générale.
Porté par l’oeil expérimenté de Werner Büchler (homme de théâtre contemporain et peintre), le duo ose l’appropriation sans pour autant dénaturer les morceaux originels et leur beauté mélodique. Multiplier les instruments pour élargir le champ des possibles musicaux, soit. Mais ne jamais perdre de vue la prééminence des textes. Qu’ils soient chantés, criés ou encore chuchotés, ils continuent de nous bouleverser aujourd’hui tant ils parlent de chacun de nous et de nos luttes quotidiennes.

Sam et Camille (photo Werner Büchler)

Et sans faire l’impasse sur un certain nombre de standards, ne pas s’y cantonner mais aller aussi chercher quelques pépites peu ou moins connues.
Ce spectacle, Camille et Sam l’ont voulu très intimiste. Mais qu’il tende, par petites touches, jolies trouvailles ou micro-idées scénographiques, à respecter au mieux la théâtralité des textes et la poésie lyrique qui s’en dégage. En toute humilité. Il n’y a que comme ça qu’on approche Barbara selon eux. Sans déification, il va sans dire, mais sans prétention. Presque du bout des lèvres, en somme.

« Barbara, du bout des lèvres » le 12 avril à Capestang (Hérault),  les 25 et 26 avril à « La soupe aux choux » à Bourges, le 8 mai au Sentier des Halles à Paris, puis les 14 et 15 juin à Toulouse « Le Bijou ».

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11 avril 2012. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 7 commentaires.

Claude Duneton, historien de la chanson, 1935-2012

Sur mon mur facebook, ce matin, ce message de « Chanson de proximité » :

« J’apprends par Floréal Melgar le décès de Claude Duneton. Ecrivain, linguiste, conteur, comédien, etc. il était de ces gens qui devraient être nos modèles dans les médias.
Je rappelle son ouvrage incontournable sur la chanson :
« Histoire de la chanson française » (coffret – 2 volumes : Vol. 1 – Des origines à 1780 ; Vol. 2 – De 1780 à 1860, Paris : éd. du Seuil, 1998).
Et pour les amateurs de trouvailles, le 33t « La Goguette d’enfer », avec Jacques Serizier, Nathalie Solence, Christian Paccoud, Daniel Tarrare, Didier Brémont, Charlotte Maury (chansons de Emile Debraux, Hippolyte Demanet, Charles Colmance, Charles Gilles, Pierre-Jean de Béranger et Savinien Lapointe). »

L’actualité de ces dernières heures a passé sous silence le disparition de ce brillant écrivain que fut Claude Duneton qui nous laisse une trentaine d’ouvrages fort divers. Dont ces deux précieux tomes de son « Histoire de la Chanson française ». vrai pavé de 2200 pages en tout. « Mais, au-delà de l’objet, il y a un dessein monumental, dont l’ampleur laisse rêveur. Quinze années de recherches, d’efforts et d’enthousiasme pour ce qui, au final, apparaît comme une somme passionnante et définitive (…) » écrivait alors Marc Robine, autre grand historien de la chanson s’il en est, dans les colonnes de Chorus n°26 (Thiéfaine en couverture). Duneton, Robine, deux auteurs qui se devraient d’être, au minimum, dans la bibliothèque de tous les amateurs de chanson, à plus forte raison s’ils écrivent et portent eux-mêmes un regard sur la chanson. Le troisième tome ne sera jamais sorti.

Claude Duneton est décédé ce 21 mars 2012, à Lille.

23 mars 2012. Hommage, Les événements. 4 commentaires.

Claude Vinci, 1932-2012

par Gilles Tcherniak

Salut cher Claude,

En écrivant ces quelques mots, je me remémore beaucoup de choses de toi qui remontent fort loin.
La première fois que je t’ai vu, j’étais enfant, tu chantais chez mon père au cabaret Le Cheval d’Or. J’ai depuis ce temps là le beau son de ta voix gravé dans ma mémoire.
Pour chanter au Cheval d’Or, il fallait être Auteur, Compositeur, Interprète et tu as emporté cet « obstacle » et « l’intransigeance » de mon père. Mais ton talent à chanter les beaux textes, la poésie ont emporté cet obstacle et sauf erreur de ma part, tu as été quasiment le seul avec la grande Christine Sèvres à chanter sur la scène de ce cabaret sans être ACI !
Et puis, j’ai grandi et ai eu la chance de te côtoyer dans la vie militante. Tu étais toujours très modeste, très discret sur tes engagements et pourtant quelle force et courage pour déserter l’armée française en pleine guerre d’Algérie et agir pour une Algérie indépendante. Comme tu le disais avec humour  » Je suis passé à côté de la Légion d’honneur mais j’ai eu droit à un titre dont je suis fier: Moudjahidine d’honneur ».
Tu ne concevais pas la vie d’artiste sans démarche citoyenne et un engagement syndical résolu pour la défense des conditions de travail et de vie des artistes. Tu as  mené en permanence ta vie d’artiste et ton activité syndicale au service de celles et ceux des professions artistiques.
Voilà cher Claude, les quelques mots que je voulais te dire tout simplement. J’aurais pu te les dire de vive voix mais tu n’étais pas un homme aimant les compliments.
La seule chose que je veux encore te dire: merci et bravo Claude, l’artiste, l’homme engagé.

Claude Vinci est décédé dans la nuit de mardi au mercredi 7 mars 2012.  Ses obsèques auront lieu mardi 13 mars 2012 à 14h45, crématorium du Père Lachaise (entrée rue des rondeaux).

8 mars 2012. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 14 commentaires.

1965-2012, une nécro de Charlots…

Avant d’être Les Charlots, ils furent, dès le milieu des années soixante, les Problèmes, qui accompagnèrent longtemps Antoine, ses élucubrations et ses chemises à fleurs. Puis, sous leur nouvelle raison sociale, ces cinq-là se mirent à la parodie burlesque, faisant miel de chansons de Gainsbourg (irrésistible « Sois érotique » !), de Dutronc, même de leur ancien taulier Antoine. Certaines de leurs parodies sont impayables : on les dira cultes aujourd’hui. Le genre ayant ses limites, ils adaptèrent aussi de vieux succès d’avant-guerre (souvenez-vous de « Sur la route de Pen-Zac »…), se mirent en bouche du Boris Vian et recyclèrent des trucs folkloriques qui par eux se prenaient sur le champ un coup de jeune, d’autant plus qu’ils avaient l’art pour les coller aux préoccupations du temps. Ainsi l’écologie avec « Derrière chez moi… » ou la lutte des classes avec « Merci Patron ! » . Ce furent donc Les Charlots, d’abord cinq puis quatre avec le départ de Luis Régo (celui, ensuite, du fameux Tribunal des Flagrants délire sur Inter) qui peuvent prétendre entrer dans l’anthologie de la chanson française. Car qui ne fredonne jamais un de leurs titres ?…
Leur passage au cinéma ne restera pas, lui, dans la mémoire du 7e art : que des navets qui, même avec la nostalgique patine du temps, restent désespérément insipides.
Gérard Rinaldi, le meneur de jeu et chef de bande, deviendra même comédien à succès au théâtre comme à la télé. Et continuera, jusqu’au bout, jusqu’au cancer, à enfiler la défroque des Charlots, en un pitoyable duo censé faire fructifier la nostalgie dans ces grandes tournées style « Age tendre et têtes de bois. »
La mort de Rinaldi acte définitivement celle des Charlots, époque largement révolue. Les concernant, la nostalgie est tout de même relative.

2 mars 2012. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 8 commentaires.

Léo de Hurlevent, par Alain Meilland

Mars 1968. Léo Ferré est invité, pour une série de récitals, par la Comédie de Saint-Etienne. Un des jeunes comédiens de cette compagnie, qui ne dédaigne pas la chanson, loin s’en faut (son premier fait d’armes fut d’avoir succédé au futur Bernard Lavilliers, dans un spectacle de chansons et de poésies), va ainsi rencontrer celui qui est son « idole » : Alain Meilland et Léo Ferré feront plus ample connaissance quelques semaines plus tard, à Saint-Etienne toujours. Il est des amitiés qui sont faites pour durer toujours et Meilland se joindra souvent au trio que composent Léo, son secrétaire Maurice Frot et le pianiste Paul Castanier (*). Les rencontres seront nombreuses, au hasard de leurs vies artistiques respectives. La dernière fois fut en février 1992, sur la scène de l’Olympia, avec notamment Moustaki, Font et Val, Rufus et Jacques  Serizier, pour célébrer la mémoire du défunt Castanier. « Si la passion de la scène ne s’est, pour moi, jamais éteinte, je le dois essentiellement à Léo Ferré qui a décidé de mon destin, à qui je dois mon regard ouvert aux poètes et le sentiment d’être toujours resté « debout » » en dira longtemps après Alain Meilland.
Toute sa vie professionnelle, Meilland fut à la fois artiste et au service des artistes. Il fut l’un des co-créateurs du fameux Printemps de Bourges, à ses débuts totalement axé sur la chanson et on se doute bien que Meilland n’y était pas pour rien. Retraité, Alain Meilland est redevenu artiste à temps plein, application du célèbre « travailler plus pour chanter plus ». De toute façon, Meilland ne sait rien faire qu’à créer. Sa prochaine création, il la ressasse depuis longtemps déjà…
En 1980, Ferré avait confié à Meilland une bande magnétique avec les enregistrements des orchestrations des poèmes qu’il avait mis en musique, d’Aragon, de Verlaine, de Rimbaud, de Baudelaire… : « Un jour tu chanteras ainsi avec mon orchestre ». Bel et lourd héritage que voilà, transmission. C’est ce que Meilland chantera, avec en plus une vingtaine de chansons de Ferré en un récital théâtralisé où le chanteur-acteur qu’est Alain dialoguera avec son copain Léo.
Création le 13 mars 2012 dans le cadre de « Neuvy-en-Scène » (à Neuvy sur Barangeon, dans le Cher) puis tournée de mars à juin dans le département du Cher avant une tournée nationale la saison prochaine. Si quatre dates sont réservées à Bourges (du 18 au 21 mars), ce spectacle ne fera pas le Printemps pour autant. Mais c’est vrai que cette méga manifestation s’est très éloignée de la chanson : ses lignes TGV sont désormais très loin de la voix Ferré.

« Léo de Hurlevent », Scénographie d’Aline Meilland-Chertier, éclairages de Mick Bourbon, accompagnement de Meilland par Stéphane Scott.

(*) C’est pas pour tout ramener à ce livre mais on lira cet épisode avec détails dans… Les vies liées de Lavilliers, aux éditions Flammarion.

2 février 2012. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Denis Van Hecke, 1951-2012

En avril 2010 sur les bords du canal de l'Ourcq © Johan Gouteron

Tel père tel fils. Le papa était violoncelliste ; le fils le sera sans tarder, dès six ans. A sept, il entre à l’Académie de Bruxelles pour étudier cet instrument ainsi que la musique de chambre. Etudes au Conservatoire royal de Bruxelles puis au Conservatoire royal de Mons, il acquiert un bagage qu’il ne cessera de faire fructifier au contact d’autres musiques, d’autres artistes. Les amateurs de chansons  se souviendront de l’avoir vu qui avec Higelin dans les années 80, qui avec Dick Annegarn, Catherine Lara, Didier Odieu ou Xavier Lacouture. Depuis 2007, il accompagnait Christiane Stefanski avec avoir travaillé sur des inédits de Prévert avec Vanina Michel (cf ci-dessous en vidéo), une connaissance de longue date. Pour l’anecdote, Ven Hecke partagea sa première scène à l’âge de seize ans avec David Mc Neil, au Théâtre 140 de Bruxelles. Mais résumer à la stricte chanson l’itinéraire artistique de Denis Van Hecke serait trop réducteur : lui ne considérait pas la musique par un genre mais en son ensemble. Blues, rock, jazz, tout lui était coutumier. Magie de violoncelles, acoustiques comme électriques, tant que naît, en 1990, son « Cello électrique à cinq cordes » et son fameux solo autobiographique « Escapades et Décalages » où il avait pour compagnons cinq de ses violoncelles.
Denis Van Hecke est décédé ce lundi à Ransart, près de Charleroi.

13 janvier 2012. Hommage, Les événements. 10 commentaires.

Cesária Évora, 1941-2011

« Elle chante un peu voilé
Souple comme le vent
C’est une mélodie sans paroles
Hors du temps
Elle chante les yeux fermés
En fléchissant le cou
Plongée dans un pays très éloigné de vous

Mais d’où lui vient
Cette infinie douceur
Cette sensualité mélangée de pudeur
Ses belles mains quand elles se posent
sur une épaule ou sur mon bras
Tout se métamorphose
On oublie la mort on s’en va »

Au moment d’apprendre le décès de Cesária Évora, nous revient comme le feraient des vagues cette chanson de Bernard Lavilliers, Elle chante, en 2004, interprété en duo avec Cesária, qui a pour thème la voix de la diva, sur ce qu’elle lui inspirait, sur l’infinie tristesse qui se dégage de la saudade, cette « présence de l’absence » comme Lavilliers aime à la définir.
Après vingt ans de carrière internationale, de vie itinérante, la chanteuse cap-verdienne avait décidé en fin août de cette année de mettre un terme à sa vie de chanteuse, cause à ses problèmes de santé. Son dernier album fut, il y a tout juste un an, un disque de duos : en fait ses plus beaux duos à travers le monde (d’Angola à Cuba, de la Pologne au Portugal, de la Grèce au Mexique, pas moins d’une quinzaine de pays représentés, notre pays l’étant, sans nulle surprise, par Lavilliers).
Nul n’a jamais vue Cesária Évora se produire autrement que pieds nus, en souvenir et en soutien aux sans-abri, aux pauvres de son pays de Cap Vert. On se souviendra de sa voix rauque, chaloupée, si belle et si profonde, qui signe à tout jamais la reconnaissance internationale des îles du Cap Vert dont elle est, de toute évidence, l’ambassadrice. C’est par le titre Saudade qu’à l’orée des années quatre-vingt dix elle conquit le public. Son succès ne s’est jamais démenti.

17 décembre 2011. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 1 commentaire.

La bise à Bécaud

2011 est décidément l’année des commémorations. Il y a celle, écrasante, de Brassens. Mais d’autres morts fameux cognent aussi au bois de leur cercueil. Comme Yves Montand il y a quelques jours. Comme, c’est son tour, Gilbert Bécaud, décédé le 18 décembre 2001. Le « Monsieur 100 000 volts » de la chanson est, depuis sa disparition, en court jus. A croire qu’il est vraiment mort. On ne l’entend plus, on ne le chante pas. Par pudeur, par décence, ne m’objectez pas la Star Ac’ et son Orange pressée…
Warner va tenter de ressusciter Bécaud, le temps d’un cédé, pas même 33 tours, avec la crème de ses actuels vendeurs : Luz Casal, Alain Souchon, Olivia Ruiz, Julien Clerc, Alex Beaupain, Renan Luce, Serge Lama, Lynda Lemay, Bénabar en duo avec Gérard Darmon… Même Ayo, Anggun et Peter Cincotti pour chacun un titre… en anglais : un disque français sans anglais n’étant, sachez-le, plus vraiment un disque. Même Eddy Mitchell et Johnny Hallyday, l’un en semi-retraite, l’autre en coma dépassé, sont du lot. Même Patrick Bruel, preuve supplémentaire que Bécaud est vraiment mort.

Gilbert Bécaud mérite sans doute mieux qu’une opération commerciale sans âme, sans lendemains. A la condition toutefois de se remettre dans l’Histoire, dans le contexte, Bécaud est un des très grands de la chanson, qu’il a bousculé sans ménagement, par une audace que bien peu de jeunes artistes sauraient encore se permettre. Bécaud est boule d’énergie, chien dans le jeu de quilles du conformisme. Le rock n’est pas encore né, en tous cas pas en France et ce chanteur fou est exutoire. En février 1955, quatre mille jeunes, emportés par son énergie, ravagent l’Olympia, en cassent les sièges et ruinent les vitrines voisines : la séance est d’anthologie, la note à payer aussi. Savez-vous qu’en 1957, au sortir d’un nouvel Olympia (il en fera 33 !), le théâtral Ionesco écrira de lui : « La banalité, l’imbécilité des paroles et de la musique sont aggravées, chez Gilbert Bécaud, par sa voix. Une voix qui ne vient ni de la tête, ni de la poitrine, mais de très bas, du ventre ou du gros intestin, une voix non pas langoureuse mais visqueuse, entre la défaillance et la convulsion » ? Olivia Ruiz et sa voix acidulée peuvent reprendre Les tantes Jeanne, ça n’aura jamais la pétillance, le culot d’un Bécaud dans une société engluée de convenances, catholique, coincée du cul, gaulliste à outrance. Nathalie, dont le Kremlin a du se féliciter (après beaucoup de suspicion tout de même), est née au plus froid de la guerre froide. C’est sur un négro-spiritual qu’il créera L’orange, en 1964, après avoir vu à la télévision un reportage sur le lynchage d’un noir par le Ku Klux Klan : c’est, à ma connaissance, la première chanson intentionnellement anti raciste et anti xénophobe française (deux ans avant Les crayons de couleur d’Hugues Aufray ; treize ans avant Lily de Pierre Perret).
On n’en finirait pas d’écrire sur Bécaud. Ce ne peut être l’objet de ce blog et je vous renvoie facilement sur les ouvrages de références (dont Chorus n°3 du printemps 1993, dossier de Marc Robine). Et vous invite à réécouter Gilbert Bécaud, d’une oreille fraîche, aussi alerte que la plupart de ses chansons. Ça vaut largement le coup !

15 novembre 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 10 commentaires.

Cora Vaucaire, 1918-2011

Petit billet, en forme d’hommage, à Cora Vaucaire, décédée ce samedi. Venue de Marseille à l’âge de quinze ans dans la Capitale pour y faire carrière au théâtre, Geneviève Collin (si son premier nom de scène fut Michèle Dax, elle prendra son nom de Vaucaire en épousant Michel Vaucaire, auteur de chansons qui fut entre autres celui du « Non, je ne regrette rien » de Piaf) y est devenue la chanteuse que l’on sait, la « Dame blanche de Saint-Germain des Prés » (toute de blanc vêtue) par opposition, par contraste avec la « Dame noire » que fut Juliette Gréco. Son nom est d’ailleurs profondément associé à ces cabarets, cette mythique « rive-gauche » qui fut longtemps le lit de la chanson : le Caveau Thermidor, L’Echelle de Jacob, L’Ecluse, le Collège Inn, Chez Gilles, La Tomate et d’autres encore… De Léo Ferré à Maurice Fanon, d’Aragon à Jacques Debronckart, de Jacques Prévert à Rutebeuf, le répertoire de cette grande dame, diseuse-chanteuse d’exception, fut riche de plus de mille titres, interprétés avec le talent que l’on sait. C’est elle qui, dès 1955, inventa la formule des « Chansons à la carte » : les spectateurs cochaient les chansons qu’ils désiraient entendre en seconde partie du récital. Son dernier album – public – de 1999, « Aux Bouffes du Nord », s’organise encore ainsi, avec des titres qui souvent revenaient, tels « Madame Arthur », « La Complainte de la Butte », « La Complainte du roy Renaud », « Frédé », « Pauvre Rutebeuf », « Trois petites notes de musiques », « Le temps des cerises » ou « Les feuilles mortes ». Son dernier album studio remonte, lui, à 1976. Cora Vaucaire a reçu à trois reprises le Prix de l’Académie du disque Charles-Cros. C’est à l’évidence une figure marquante de la chanson, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, qui a prit congé de nous hier, dans une discrétion qui n’a d’égale que sa carrière, privilégiant toujours les petits lieux aux grandes scènes.

18 septembre 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Allain Leprest, 1954-2011

Allain Leprest (photo Francis Vernhet)

C’est les médias qui vont être embêtés : un grand de la chanson meurt et on n’a même pas d’images. Ou si peu. Pas pensé en temps utiles, oublieux. Allez, je rêve. Comme si radios et télés allaient en parler…

Le crabe a maintes fois lutté au corps à corps avec Leprest. Il a toujours perdu. On a vu Leprest dans les pires états et l’Allain s’en est toujours relevé. Fatigué, certes, chancelant, titubant, mais debout, digne, gracieux, l’œil vif et malicieux, comme invincible. Là, c’est lui qui a choisi de se donner la mort et ça ne pardonne pas.
Faut pourtant lui pardonner. Quand on a le palpitant trop gros on encaisse mal les coups du sort, les désillusions, les tristesses de coeur. C’est la faute à personne, c’est la faute à la vie qu’est parfois mal faite…
Nous sommes nombreux à être chagrin en ce 15 août, une part de nous se fait la belle, l’Allain et ses deux « l » s’ébattent plus haut que nous, bien plus haut. Donnes le bonjour de notre part, Allain, à Gagarine, si tu le croise dans ses révolutions, dans les tiennes. Ce soir y’aura une étoile de plus dans le ciel et pas n’importe laquelle. Pas une star de pacotille, breloque de show bizness, non. Une simple et modeste loupiotte qui nous apporte un peu de sa lumière, qui de ses bras dessine des trucs de gosses, des choses de grands, des parts de rêves, des tranches de vies. Et, malgré tout, de l’espoir.
On ne fera pas ici l’éloge du défunt. On sait qui fut Leprest ou on ne le sait pas, que les disques ne restitueront qu’en partie. Si tant de ses confrères se le sont mis en bouche, c’est que son verbe était rare saveur. « Nu, je suis né nu / Nourri de vin sauvage / Et de corsages émus » : il n’était qu’émotion. Un très grand de la chanson est mort que le grand public ne sait pas. Que des fidèles, des quêteurs de chansons, fouilleurs et fouineurs de vers, des frères. Couté est mort il y a cent ans et on en parle encore, on le chante plus encore même. Leprest sera pareil, qui toujours grandira.
A-t’il choisit le lieu de son trépas, toujours est-il qu’il est mort chez Ferrat, ou presque. A Antraigues, en Ardèche. On fera désormais double pèlerinage, double ration, double peine. La Volane se chargera plus encore de larmes, au risque de sortir de son lit, de noyer le Rhône. Le chagrin est à ce prix et la chanson en grand deuil, comme rarement.

(bien d’autres billets sur Alain Leprest à lire sur NosEnchanteurs)

15 août 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 25 commentaires.

Gaston Couté, le 28 juin 1911…

Gaston Couté, 1880-1911

Il y a pile cent ans aujourd’hui, le 28 juin 1911, qu’au terme d’une courte vie désordonnée, tourmentée, miséreuse, mourrait le chansonnier Gaston Couté, à l’hôpital Lariboisière, à Paris. Mort d’une « vie qui lui a valu la gêne, les longues journées sans pain, quelquefois sans gîte ; tout le cortège lamentable des privations, de souffrance dont s’accompagne la bohème, cette bohème qu’on chérit, qu’on glorifie et dont on crève (1). »
Pas de date de péremption pour ce poète-paysan, cet anar du verbe : l’œuvre, à la fois intemporelle et d’une folle actualité, que nous laisse Couté ne cesse de se requinquer au fil des ans, de se diffuser parmi nous, de devenir populaire au sens de populeux, même si les vieux ch’nocs d’Académie ont définitivement fait le deuil de ce poète-là : lui leur survivra, et de loin.

« Et si le pauvre est imbécile
C’est d’avoir trop lu l’Evangile ;
Le fait est que si Jésus-Christ
Revenait, aujour d’aujord’hui,
Répéter cheu nous, dans la lande
Ousque ça sent bon la lavande
Ce que dans le temps il a dit,
Pas mal de gens dirin de lui :
« C’est un gâs qu’a perdu l’esprit !… » »

Gaston Couté, « Le gâs qu’a perdu l’esprit » (extrait)

(1)    Victor Méric, in « La Guerre sociale », novembre 1911.

On lira mon article « Gaston Couté, le chardon de la chanson française » sur le site Les Influences

28 juin 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Ricet Barrier, 1932-2011

« Cré vingt dieux, c’est l’été, les vacanciers sont arrivés… » (photo DR)

Bien sûr, ses heures de gloire sont lointaines, conjuguées à un passé que nos fainéantes mémoires font mine d’oublier. Pensez, La servante du château (prix de l’Académie du disque) a cinquante-deux ans déjà, frappée de ménopause pour nos disques lasers. Les plus vieux d’entre nous se souviendront de Saturnin, ce canard caractériel à voix de Ricet Barrier qui déambulait nonchalamment, entre belettes et marmottes, sur des écrans télévisuels qui ne savaient pas encore la couleur. Les amateurs de chanson d’humour (où l’amour se nichait toujours quelque part) et de gouaille malicieuse se souviendront aussi de ses chansons (450 en tout !), d’ Isabelle, v’la l’printemps aux fameux Les vacanciers et autres Les spermatozoïdes en avance d’une époque, un chapelet de mémorables succès radiophoniques, dont Les Frères Jacques reprirent certains pour leur donner plus de voix encore. Ne croyez pas que le Ricet se soit ensuite reposé sur ses lauriers ; simplement ses disques et nouvelles chansons passèrent sous silence, même pas de la censure mais une imbécile indifférence qui profite à l’amnésie. La moustache franche, le sourire aux lèvres et cette bonne humeur qui toujours le caractérisait, ce côté rigolard qui l’emportait chaque fois sur les coups de la vie, c’était ça Ricet. Et Ricet s’est barré ce matin, a quitté son coin de massif central pour aller amuser les angelots, les faire pisser de rire sur leurs petits nuages : s’il pleut demain, ca sera grâce à lui. Je me souviendrais toujours de l’ami Ricet qui, pour un oui, pour un non, sortait sa guitare pour vous en régaler d’une ou deux. Il n’avait pas d’âge, Ricet, et ses rides c’était d’avoir trop ri. C’est un éternel gamin qui vient de mourir à soixante-dix-neuf ans. Ça va pas nourrir les « unes » de demain ni ouvrir le JT ce soir, mais c’est un coin de bonheur chevillé à la chanson qu’on aime qui soudain s’en va. Salut Ricet, on t’aime.

21 mai 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 4 commentaires.

Ferrat, quatre saisons à Antraigues…

Désormais sans lui… les boules ! (photo DR)

De partout s’agite une chanson aux abois, qui miaule aux radios et que seules l’habitude et la médiocrité justifient. Les ondes vomissent de banalité.
La chanson, la vraie, a depuis longtemps fui la modulation de fréquences qui ne module plus rien. Leprest, Gary, Solleville, Sylvestre, Bernard, Paccoud, Desjardins, Léa, Lacouture, Didier, Lantoine et bien d’autres sont ailleurs, dans le cœur des gens à défaut de l’être dans le poste.
Ferrat a quitté la troupe, sans tout à fait la déserter. Il est en nous, en nos tripes, en nos émotions, nos souvenirs. Nos bonheurs autant que nos indignations. Le sage est allé aux truffes, à fouiner dans le dedans de la terre, s’y reposer. C’était il y a quatre saisons déjà.
Un an sans Ferrat. Mermet rediffuse son bel et sensible hommage, France3 tente la commémoration, l’ami Pantchenko dédicace à tours de bras. Et nos lèvres de se surprendre à toujours murmurer Ma Môme, Ma France, La Montagne, Que serais-je sans toi, Sacré Félicien

On lira l’hommage d’il y a pile un an, sur NosEnchanteurs. C’est ici.

13 mars 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Le Championnat du Monde des Brassens !

Brassens à La Villette : ça l'affiche bien !

À vos reprises et à vos moustaches ! Car nous vient le « Championnat du monde des Brassens ! », rien que ça ! C’est ce qu’organise Joann Sfar, l’allumé dessinateur et scénariste de BD, musicien de surcroît et par ailleurs talentueux réalisateur du film Gainsbourg, vie héroïque, en partenariat avec la Cité de la Villette et le site Dailymotion. Quésaco ? Faites une vidéo de vous reprenant une chanson du père Brassens. Vous avez le choix, il y en a bien plus que deux cent. Mais… Mais n’oubliez surtout pas de vous parer, même vous mesdames, mesdemoiselles, d’une moustache de Brassens, celle « en tablier de sapeur », l’inimitable : c’est obligatoire ! C’est un label, comme un code-barre. Quant à la pipe, rien n’est dit…

Dessin de Jean Solé, extrait de "Mélodimages" (1992, Vents d'Ouest)

Votre œuvre sera dès lors susceptible de participer à l’exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la Villette, à Paris, du 15 mars au 21 août : chaque mois, « les dix vidéos les plus plébiscitées » y seront diffusées. Tous renseignements utiles et inscriptions sur Dailymotion.
Rappelons que le père Brassens a cassé sa pipe il y a trente ans cette année (le 29 octobre 1981). Qu’on risque de nous le rappeler souvent dans les mois qui viennent. Et qu’à tout prendre une telle opération est nettement plus joyeuse (et participative) qu’une de ces lugubres commémorations à la Michel Drucker, qui plus est sur son canapé rouge portant encore l’indéfectible trace de pas mal de faux-culs.

4 mars 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Gérard Pierron : « Quand on chante Couté… »

Au chapitre des célébrations de l’année 2011, il en est une qui concerne tant la poésie que la chanson : le centenaire de la disparition de Gaston Couté. Toute cette année, sur NosEnchanteurs, nous reviendrons régulièrement sur ce poète paysan, cet anarchiste qui ne hante pas, loin s’en faut, nos belles anthologies de poésies. Pas plus qu’il ne semble hanter ces fameuses célébrations du Ministère de la Culture. Si tant de plumes viennent de s’enflammer sur la présence pour le moins controversée de Louis-Ferdinand Céline, aucun de mes confrères ne semble avoir remarqué l’absence significative de Gaston Couté dans le Catalogue des commémorations officielles de la République. Anar jusqu’au bout des doigts, Couté aura réussit même son centenaire : sans tambours ni médaille… libre !

Le texte qui suit est extrait de la préface du livre Gaston Couté, le temps d’amour à paraître en février chez Piqu&colégraphe. En fait un choix de textes (avec partitions et disque « Le discours du traîneux » joint) fait par le chanteur Gérard Pierron, grand amateur de Couté s’il en est. C’est d’ailleurs Pierron qui signe cette préface

"Gaston Couté, le discours du traîneux", à L'Européen, à Paris, ce mois de février

« Quand on dit, quand on chante un auteur de cette trempe, est-ce que l’on se bonifie avec le temps, est-ce que l’on prend des défauts ? Une oeuvre d’un tel tonneau peut-elle être toujours mieux dite ? Son interprète ne connaîtra ni l’ennui, ni la lassitude. Il s’agit là d’un grand classique, véritable trésor littéraire mal connu, voire non reconnu.
Lisez-le à voix haute, il vient du parler populaire et paysan. Que ces écrits, grâce à vous, retrouvent la parole. Vous en saisirez toutes les saveurs, les parfums et les nuances. Vos racines, votre mémoire cogneront à votre porte, c’était hier et c’est aujourd’hui. Que vous soyez de Bourgogne, du Midi, du Québec, dîtes Gaston Couté avec votre accent. Si cela chiffonne certains intégristes patoisants, et il y en a, ça n’est pas grave. Riez-en, mettez-y du cœur, tout simplement.
La musique de ses vers porte ses images comme le souffle du vent envole son chapeau… Posez-vous sur l’épaule de ce bourru de paille et chantez-le comme le ferait un oiseau. Cet pouvantail-là ne porte pas l’habit vert, son épée est un soc de charrue. Immortel, il règne sur les champs de blé à perte de vue.

Ô villages sans emploi
Sans boulanger
Battus par des vagues d’or
Comme des îles perdues
Dans les moissons…

Aucune machine agricole, aussi moderne qu’elle soit, ne pourra rien contre lui. Aucun de ces monstres à tout faire, shootés par une radio diffusant une fausse énergie, ne pourra clouer le bec de cet épouvantail accueillant aux oiseaux, qui marche inlassablement, chaussé des godillots de Van Gogh à qui il ressemble le plus. Qui marche, qui marche sur ce qu’il reste des chemins qui ne sont pas encore mangés. Qui marche, traînant avec lui sa horde de peineux, de trimardeux, de galvaudeux, ses filles engrossées, son p’tit porcher, sa Françouèse et son gros Charlot de cœur. » GÉRARD PIERRON

"Gaston Couté, le discours du traîneux" (photo DR)

Gaston Couté, le discours du traîneux, avec Gérard Pierron, Hélène Maurice et Bernard Meulien, le 13 février à La Bouche d’air, salle Paul-Fort, à Nantes ; et du 24 au 27 février 2011, à L’Européen, à Paris.

26 janvier 2011. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 4 commentaires.

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