Annonay, les poissons et les chansons

Un petit festival comme je les aime, pile le week-end des poissons : ceux en chocolat comme ceux qu’on s’épingle malicieusement dans le dos. Ce festival, c’est « Pas de poissons, des chansons ! », à Annonay, en Ardèche, à 75 km de Lyon, 40 de Saint-Étienne et 45 de Valence. La salle La Presqu’île, désormais labellisée SMAC, fait ainsi chaque année, en une journée et demi, sa déclaration d’amour à la chanson. En variant les plaisirs sur le même t’aime. Beau programme encore, concocté par Sébastien Étienne, le jeune directeur de cette structure associative. Ce qui y est précieux au-delà de tout, c’est cette ambiance à nulle autre pareille, comme dans ce lieu éphémère qu’est l’Aquarium, qui jouxte le Théâtre municipal : un presque bocal de rencontres, de convivialité, de concerts aussi, dans un décor de filets et de poissons. Plus d’artiste « fil rouge » par contre cette année (après David Lafore puis Yoanna) mais il est vrai que l’exercice est difficile et que tout le monde ne peut s’y prêter. Les grandes « vedettes » de cette septième  édition sont indiscutablement Paris-Combo et Yves Jamait, tout deux sur la scène de ce magnifique théâtre à l’italienne.
Ce festival organisé par La Presqu’île, en partenariat avec la ville d’Annonay, la Communauté de Communes du Bassin d’Annonay et l’association L’Oreille est Hardie de Saint-Julien-Molin-Molette.

Vendredi 30 mars : Paris-Combo, 21 h ; Yvan Cujious, 23 h.
Samedi 31 mars : Arlt, 15 h ; Chloé Lacan, 16 h 30 ; Travis Burki, 18 h 30 ; Yves Jamait, 21 h ; Zoufris Maracas, 23 h.

Le site de La Presqu’île et de ce festival, c’est ici.

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22 mars 2012. Festivals, Pas des poissons des chansons. 1 commentaire.

Portfolio : Yoanna

Très beau portfolio signé Christine Ruffin, photographe par passion, journaliste de la presse locale et chanteuse de surcroît. La suissesse Yoanna était, les 1er et 2 avril derniers, sur les différentes scènes du festival « Pas des poissons, des chansons ! » d’Annonay. Je ne saurais que trop vous suggérer l’écoute de cette chanteuse réaliste à tous les titres, d’un réalisme et d’un aplomb qui fait la chanson d’aujourd’hui, pas forcément les play-lists des radios et télés.

16 avril 2011. Étiquettes : . Festivals, Pas des poissons des chansons, Portfolio. Laisser un commentaire.

La Mine de Rien, mine réjouie

La Mine de Rien, 2 avril 2011, festival « Pas de poissons, des chansons ! », L’Aquarium à Annonay,

Les arcades voûtées de ce précaire Aquarium sied bien à la Mine de Rien. Ça fait cave jazz pour bœuf inspiré, concert digestif qui apéritive cette fin d’après-midi d’un cachet précieux. Là encore je parle de musique, du reste joyeuse, animée, pas forcément des paroles des chansons, en partie inaudibles, d’où surnagent, insolites, quelques bribes. Qui du reste sont expédiées tambour battant, à l’abattage, façon Ogres de Barback, comme si les mots avaient d’urgence un train à prendre, un TGV sans doute. Frustration ? Oui car à tout prendre une chanson s’apprécie aussi sur les textes. Mais là, ça se joue ailleurs. Comme un mix musical, jazz et manouche, dont le son est primauté. Frustration encore : tout se vit tout se bouge mais, serrés comme des sardines en cet Aquarium, il y a vraiment des pas de danse qui se perdent. Musicalement, La Mine de Rien est un peu comme Padam (cf notre précédent billet) qui lui succédera sur cette même scène : un rien de guinguette, du jazz et des musiques de l’est. Ainsi qu’une touche ska  très « Mine de Rien »qui fourmille l’épiderme et signe l’identité du groupe. Et ce n’est pas faire insulte aux membres du groupe que de dire qu’effectivement les paroles, en cette scène, sont en retrait. Dommage, car elles nous parlent d’amours (parfois impossibles, voire dangereux : « Vas-y replantes ce couteau / Moi j’attends qu’ça / Vas-y, fais-moi la peau »), de monde qui ne tourne pas toujours rond, de vies de bohème et de voyages… Et de soleil, osmose en temps réel avec un presque été qui se pointe déjà. Reste que la prestation est assez enthousiasmante et que les regrets sont vite oubliés, supplantés par l’ambiance sur et devant la scène. Mine de rien, c’est ce qui importe.

La chronique du récent album, La tête allant vers, sur le Thou’Chant, c’est ici ; le site myspace de La Mine de Rien, c’est là.

12 avril 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Padam, le bonheur là, tout de suite !

Padam (photo Guillaume Fromental et Hélène Bérard)

Padam, 2 avril 2011, festival « Pas des poissons, des chansons ! », L’Aquarium à Annonay,

 N’orthographiez jamais « pas d’âme » à propos de ce groupe : vous auriez tout faux ! Pariez au contraire sur le supplément d’âme d’un tel  prélèvent les airs pour les déposer en un pot commun, creuset universel non de l’uniformisation, non de la mondialisation, mais d’une célébration heureuse, harmonieuse, des cultures. Déhanchements reggae, effluves slaves, mélopées orientales… le bouquet de Padam est joli, savant et érudit florilège de musiques populaires. Que des compos originales qu’on dirait autant de joyaux tirés du patrimoine. Ca chaloupe, ça tourbillonne, les mots se disputent entre l’humour et l’amour, tenant le crachoir à une musique qui se cède pas pour autant un pouce de terrain. Y’a du Carné incarné là-dedans, presque l’ombre de Gabin aux bras de femmes : « Quand elle aime c’est pour la vie / Pour toujours à la folie »  aux bras de femmes : « Quand elle aime c’est pour la vie / Pour toujours à la folie. » Y’a les coups de foudre et les ruptures, la passion, la jalousie, valse des sentiments (pas de place pour évoluer devant l’étroite scène, c’est rageant…) : « Voudriez-vous, p’tit bout d’chou / Non sans façon, mais si j’insiste / M’accorder un tour de piste / Accrochez-vous à mon cou / Laissez aller vos deux gambettes. » Padam a pour mission de clore ce bien beau festival, en un endroit certes petit mais ô combien convivial, écrin offert à leur art. Facile pour eux d’emmener le public en des transes immobiles où corps et musiques font étrange et savant hymen. C’est fou comme le titre de leur dernier album s’impose en une telle circonstance : Bordel bonheur !

Le site de Padam.

9 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Vintrigner, cette scène Kétalui

Florent Vintrigner dans L'Aquarium du festival (photo Christine Ruffin)

Florent Vintrigner, 1er avril 2011, festival « Pas des poissons, des chansons ! », L’Aquarium à Annonay,

 Dans La Rue Kétanou, il est l’associé d’Olivier et de Mourad. Drôle de commerce d’ailleurs que cette Rue-là qui, à l’instar d’autres groupes du même acabit, Têtes de Barback ou Ogres raides, a égrené, fait des petits, parfois talentueux, qui s’égayent de partout et ravivent nos scènes. De ces groupes soucieux du vivre ensemble, épris de justice sociale et ivres de ces musiques qui toujours fêtent leurs constantes épousailles. Même sous son nom propre, avec son groupe à lui, Florent Vintrigner, c’est et ça reste ça, grand moment de bonheur follement contagieux. C’est dire que, dans l’Aquarium de ce festival sans poissons, ce tiers de Kétanou était comme chanteur dans l’eau, dans le bain, bain de jouvence il va sans dire. Fête sans retenue dans un espace restreint, torrents de notes, d’agréables portées qui portent loin, tant que les mots se dissolvent un peu dans les décibels, qu’on ne pige pas tout, que vaguement le sens du vent, de l’engagement. Et que c’est tout de même bien. C’est d’autant plus vrai quand il chante en hongrois, avec quelques mots rapportés de là-bas. Bon, les chansons de Vintrigner tiennent particulièrement la route, le choc, les verres et l’infinie tendresse. Celle pour les copains avec qui on va refaire le monde ; celle pour les femmes, pour la femme… Quatre musiciens, tous tendus sur leurs instruments (batterie, guitare, contrebasse et accordéon) en une rare fièvre, une belle idée de partage. Quoi de mieux, vraiment, pour clore telle soirée ?

Le myspace qu’est-à-lui, c’est ici.

8 avril 2011. Étiquettes : , . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Lantoine, entre pas moche et vraiment beau

Loïc Lantoine (photo Christine Ruffin)

Loïc Lantoine, 1er avril 2011, festival « Pas de poissons, des chansons ! », théâtre municipal d’Annonay,

« Je ne suis pas funambule, je ne brave pas la mort… » affirme-t-il néanmoins au détour d’une phrase, d’une envolée. Loïc Lantoine est sur la scène du théâtre d’Annonay et déjà ses mots déambulent de partout, se frayant mille passages entre les travées, entre nos oreilles. « Badaboum ! C’est ça la vie, ben ça résonne ! » Est-ce parfois ces vers avinés, et ces bars qui parsèment ses chansons comme les cailloux chez le petit Poucet, de peur de ne pas retrouver son chemin, Lantoine tient tant de Dimey que de Couté et de Leprest. Les trois réunis en un seul bonhomme et des mots qui parfois titubent, funambulent, tombent et fièrement se redressent, font la nique aux convenances, explosent en chemin, en ensemencent d’autres, pissent des histoires où vit la vie, où se niche l’espoir. Bon et mauvais garçon à la fois, qui vous raconte, vous chante aussi, sa vie, la vie et rien d’autre, dans ses désespoirs comme dans ses rêves de Rockfeller. Jadis, Lantoine était ce gars de la « chanson pas chantée », duo étonnant à peine négocié entre ses élucubrations et l’art singulier de son comparse et contrebassiste François Pierron. Pierron s’est trouvé depuis des camarades de jeu, qui à la guitare (Fil, qu’on connu jadis chez La Tordue), qui à la batterie, et c’est un groupe, un quatuor, qui est devant nous, a amplifier plus encore ce désormais plein chant de notre chti. La musique est presque laboratoire, du free-jazz, free-rock, free reggae, fricassée, un rien fracassée.

«Y’a toujours mon copain Pierrot / Qui pose une main derrière mon dos… » C’est terrestre, terrien, terre et à terre. Et lunaire à la fois, brillant comme l’astre, la tête dans les étoiles, en cosmonaute du verbe. C’est déferlante de mots qui ne connaissent d’académie que la nudité, celle des sentiments, des émotions toujours à vif. Qu’il se chante ou dise Norge, qu’il chuchote des mots à peine audibles ou s’engouffre en de nouvelles luttes sociales, Lantoine distille une poésie rare, étonnant et permanent feed-back entre l’intime et l’universel, entre le pas moche et le vraiment beau. Lantoine est indispensable !

7 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Le chant uniforme de Bertrand Belin

Promenade dans l'univers de Belin (photo Christine Ruffin)

Bertrand Belin, 2 avril 2011, festival « Pas des poissons, des chansons !« , La Presqu’île, Annonay,

Après-midi à La Presqu’île. Yoanna vient, en deux trois chansons tonitruantes, de signifier le début des festivités. C’est ensuite beaucoup plus doux, plus calme, reposé, avec Bertrand Belin. Trop ? Pas une note plus haute qu’une autre, pas un accord rebelle, même la batterie de Tatiana Mladenovitch, musicienne à l’allure garçonne, oscille et bat dans le même champ sonore. Belin est à la guitare, son autre collègue Thibault Frisoni à la basse. Et tous font comme longue berceuse, chant uniforme, presque hypnoptique, où circulent en vase clos des mots, des phrases, des lieux et des idées. Et pas mal de maisons, comme le fait lui-même remarquer cet élégant architecte de la chanson. Dans la salle, nombrede néophytes, tous assis, qui découvrent Belin dans cette presque torpeur estivale ; et d’autres, fins connaisseurs, tous debout, à goûter le frais de textes en partie nouveaux, tirés du nouvel opus du chanteur, un disque savoureux plébiscité par la critique. Bon, on chipotera peut-être l’heure du concert, qui se prête peu à telle écoute reposée, studieuse. Car on peut n’entendre en Belin qu’une éternelle et identique mélopée. Et vite bailler, déjà somnoler, cause à la digestion. On peut aussi, nécessaire sursaut, entrer dans le monde de l’artiste, délicieuse pop où, dans le dédale des mots, surgissent des montagnes d’élégance, des sentiments codifiés, des horreurs guerrières aussi. Tout un monde qui vit et s’agite, parfois violemment, en un espace calibré paradoxalement serein. C’est ruse du chanteur habile que d’ainsi brouiller son art… Pas de grands gestes ni de chorégraphie, même les doigts sur les cordes sont repus de calme, de discrétion. Et le concert va, lentement, profondément, à son terme. Un peu beaucoup comme à l’écoute de ses disques mais peut-il en être autrement de Bertrand Belin ? Alors on quitte la salle au départ des artistes, partagé entre « drôlement bien » et « presque décevant » mais avec l’envie d’aller plus loin, de ne pas rester sur une telle impression, de vite replonger en Belin. Autrement…

Le site de Bertrand Belin, c’est là.

6 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. 1 commentaire.

Katerine en « pire two pire »

Katerine, Francis et ses peintres, 2 avril 2011 au festival « Pas de poissons, des chansons ! » d’Annonay,

Philippe Katerine, serial-killer de la variété (photo DR)

Pas en slip blanc et sous-pull rose cette fois-ci Katerine, et sans « banane », mais en smoking et noeud pap’, comme tous ses musiciens d’ailleurs, ces « Francis et ses peintres » comme ils se nomment (excellents musiciens au demeurant pour jolies orchestrations). En un répertoire qui se veut être une parenthèse dans la tournée : dix dates, pas plus, et des tubes comme s’il en pleuvait. Pas les siens, non, ceux d’autrui, souvent des trucs fadasses qui, hasard ou destinée, ont trouvé jadis les faveurs et ferveurs du public. Katerine – ça doit être ça son « projet » – va, par une interprétation volontairement stupide, puérile, les rendre plus fadasses encore, ennuyeuses et creuses (ce sont des tubes, normal). Et les enfiler les unes après les autres, comme on enfile des perles d’aculture, le bel exploit !
Ah ! Katerine, ce « chanteur qui révolutionne la pop française à coups d’élégantes excentricités » coupable ici de la pire des médiocrités, que veut-il nous dire, nous faire comprendre, que veut-il nous chanter ? Ah bien sûr, ni Au fur et à mesure de Liane Foly ni Confidences pour confidences de Jean Schulteis, ni Capri c’est fini d’Hervé Vilard ni Partir un jour des Two be three ne sont des chefs-d’oeuvre de la chanson, pas plus que « C’est la ouate que j’préfère » ou le sirupeux duo Céline Dion-Garou de Sous le vent qui ne soulève plus qu’indifférence…
A tout ces succès (inclus aussi Elle est ailleurs de Bachelet, Belle île en mer de Voulzy et Les yeux de ma mère d’Arno), Katerine oppose méchamment, bêtement comme il sait l’être, avec sa mine d’ahuri, une interprétation qui ridiculise plus encore ce qui est chanté. Pourquoi ? Pour souligner quoi ? Pour nous dire quoi ? Il peut faire la même chose, faire subir le même traitement à des chansons de Brel, de Barbara, de Caussimon ou de Leclerc
(pas les chars, Katerine, le chanteur !), même à la prose de Voltaire, d’Hugo ou de Camus s’il le veut, il obtiendra le même résultat. Une telle interprétation nivelle n’importe quel texte par le bas et l’abat. Tueur de chanson, le bel exploit ! Qui te vaudras, Katerine, à coups sûrs les bravos de ton public (que tu prends pour des cons) et des rock-critiques, des Inrocks ou de Libé. Faire passer Carlos (le chanteur, pas l’autre) ou Mylène Farmer pour ce qu’ils sont et bien pire te vaudra des médailles.
En dernier titre, le Louksor j’adore du dénommé Katerine. Là la colère s’atténue : sans nullement cette fois-ci forcer le trait, Katerine balance un de ses succès-à-lui, bien tube, bien creux. On se dit qu’il vient  seulement, peut être, sans s’en vanter, de rendre hommage à sa famille, de s’autoclassifier dans l’arbre généalogique de la chanson, subdivision « bonobos », croisement du singe et des bobos. A la réflexion, je crois que Katerine est un gars honnête : comme il le chante aussi… « T’es ok, t’es bath, t’es in »

Le site de Katerine, c’est ici.

5 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. 1 commentaire.

Yoanna, croix blanche et fil rouge

S'il ne faut en retenir qu'une... (photo DR)

Toute la semaine, en léger différé, nous reviendrons sur la 6e édition du festival Pas de poissons, des chansons ! qui vient de se dérouler à Annonay. Avec, à tout seigneur tout honneur, Yoanna, boule d’énergie et rayon de soleil à la fois. Fil rouge de ce festival, elle fut de partout. Pour notre plus grand plaisir…

Elle est suisse mais c’est pas forcément mis dessus, pas gravé comme sur un couteau. Du reste, la neutralité, ça doit pas être son truc. Pas plus que ses collègues Sarcloret, Bühler ou Romanens. Elle est chanteuse. Et rentre-dedans, guerroyant de son chant avec son poitrail d’accordéon. Voyez comme sont les gens, comme est la presse. À longueur d’articles, pour la décrire, on ajoute à son soufflet les mots « punk », ou » rock » ou… que sais-je encore. On a dit « ska », on a dit « trash », tout pour réduire le mot « chanson », le minorer, presque l’excuser, pour ne surtout pas la mettre dans cette case de « chanteuse à l’accordéon » qui renvoie aux gouailleuses d’autrefois qui s’époumonaient en des méli mélos d’anthologie colorés de rouge aux lèvres et de bleus partout ailleurs. Or Yoanna fait dans la chanson, pile dedans. Avec son lourd instrument à bretelles. Un peu comme Zaza Fournier ou Chloée Lacan, un peu comme Michèle Bernard, un peu (beaucoup ?) comme Claudine Lebègue. Un art qui vient de loin avec un discours et des préoccupations d’aujourd’hui. Dans sa manière de s’exposer, un peu sans gène (elle ferait cinoche qu’on la comparerait à Arletty), désinvolte, pas grossière, non, mais pas raffinée non plus. Encore que… Ses chansons, lieux de perdition, nous parlent presque toutes d’amour, à sa manière il s’entend, sans princes charmants, sans que ça dure tout l’temps.
Là, en ce festival, elle est « fil rouge », en solo, pas peu fière de ce statut mais angoissée. À chaque fois imaginer l’harangue nécessaire pour un public en partie nouveau, un d’avant Belin ou de Lantoine, un de juste après Katerine, un de plein jour, l’autre de franchement nuit. À chaque fois créer la frustration qui fera vendre son disque. À chaque fois étonner, détonner, faire mouche, impressionner. Elle a le culot et le talent. Une fois elle fait même récital complet, offert au public du midi, vraiment cadeau. Là avec sa copine et collègue violoncelliste, d’apparence très classique, sublime duo qui s’échangent des sourires complices et, de ci de là, partagent les mêmes gros mots. L’une sample du pied, l’autre rythme des pieds et percussionne avec tapage : ça fait belle harmonie.
C’est devant un public familial, avec plein d’enfants, sans négocier le moindre titre. Comme cette chanson sur l’avortement. Ou cette autre, prélevée à Brassens : « Quatre-vingt quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant… »
Et en un final qui n’en finit pas, au cœur du public, un pot-pourri de chansons engagées, en fait rien que du Renaud, qui nous livre plus encore l’adn de la dame : « Mais bordel, où c’qu’c’est qu’j’ai mis mon flingue ? » Yoanna tire et chante à vue. C’est franchement réjouissant, à marquer d’une croix blanche et toujours s’en souvenir !

Le site de Yoanna, c’est là !

A mes lecteurs – De très sérieux problèmes techniques nuisent depuis quelques jours au bon déroulement et aux fonctionnalités de ce blog : ce ne sont que deux ordinateurs (deux vieux Mac) qui viennent de me lâcher traitreusement l’un après l’autre au moment même où (étonnant hasard) ce blog fêtait (hier dimanche) sa cent millième connexion… J’en suis désolé, il me faut trouver d’urgence de quoi surmonter cette difficulté. MK

4 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Annonay : la chanson en queue de poisson

Yoanna, flanquée de son accordéon (photo DR)

Au pied des Monts du Vivarais, en Ardèche, Annonay est situé à 75 km de Lyon, à 45 de Valence et 40 de Saint-Étienne. C’est de là (voyez ma grande érudition) que les frères Montgolfier, gonflés et pas peu fiers, firent s’envoler leur montgolfière. La très intéressante et dynamique salle de spectacle La Presqu’île (désormais labellisée Scène de Musiques Actuelles, label partagé avec deux autres salles du sud du département) y célèbre chaque année le 1er avril à sa façon. Avec elle, pas de poissons, des chansons, rien que des chansons ! Durant un jour et demi, sur trois lieux, la chanson s’empare de la cité pour faire fête. Et en général c’est pas triste. Ainsi la cuvée 2011 est composée de : Loïc Lantoine et Florent Vintrigner le vendredi 1er avril en soirée et de Yoanna, Bertrand Belin, La Mine de rien, [Katerine, Francis et ses peintres] et Padam le samedi 2.
Depuis l’an passé et l’inénarrable David Lafore, un artiste s’incruste en « fil rouge » au début du concert de chacun de ses collègues, un peu à la manière du fil rouge autour des parts de crème de gruyère dont il faut d’abord se débarrasser sans écrabouiller le délice laitier : c’est à Yoanna qu’échoit ce rôle, cette suisse flanquée d’un accordéon, qu’on pourrait voir comme une résurgence de la chanson réaliste sauf que le réalisme de Yoanna est quand même bien loin de ces grandes dames d’autrefois qui s’époumonaient à nous faire pleurer. Chez elle pas de violents trémolos mais des textes percutants et drôles, rengaines trempées punk, funk et ska. Compromis hésitant entre Yvette Horner et les Béruriers, elle est autre et belle part de l’Helvétie, vrai phénomène scénique au charisme réjouissant, poids plume et grande gueule qui, par ses harangues et son chant délicieusement (outrageusement ?) rebelle, sait mettre le public de son côté, quand bien même elle chante l’avortement, l’anorexie, l’inceste ou la prostitution, même et surtout quand elle fustige les machos crétins. Un phénomène que cette Yoanna : en fait le cursus idéal pour la mission que lui confie le festival Pas de poissons, des chansons. C’est que, pour se saisir du micro avant des Loïc Lantoine ou Katerine et postillonner dedans, il faut en avoir. Elle dont le premier disque s’intitule Moi, bordel sait y faire…

Pour l’anecdote, j’y ferais séance de dédicaces des livres Mes nuits critiques et Les Vies liées de Lavilliers le samedi 2 avril, à partir de 19 heures à L’Aquarium, à côté du théâtre municipal.

Festival Pas de poissons des chansons, 1er et 2 avril à Annonay (Ardèche). Le site, c’est ici !

24 mars 2011. Étiquettes : . Festivals, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Orly le samedi, avec ou sans chapeau

Retour sur le festival d’Annonay. Et, pour l’heure, sur le passage remarqué d’Orly Chap. C’était ce dimanche de Pâques et ça sonnait bien.

Chap, chapô, chapeau ! (photo Christine Ruffin)

Beau brin vraiment de bonne femme que cette Orly là. A mille lieux d’une Lolita, Chap est jeune baroudeuse du son et de la scène, les pieds bien sur terre, la voix poussée qui explore en live ses propres cordes autant que les méandres de l’amour. Une voix prenante, séduisante, un peu Ruiz en moins marquée, un peu (beaucoup ?) Mama Béa dans la douce folie, dans la tourmente, quand elle se fait presque volcan, avec incandescence. Affublée d’un petit chapeau bordé de plumes violettes, presque le chic du clown, son visage barré d’un large sourire, elle fait gamine dans un monde de grands, de pièges, de labyrinthes, de magie, de sentiments : « Irons-nous au paradis / Des enfants mal grandis ? » Un peu comme Alice soulevant la Chap, toujours en déraison, explorant avec curiosité, avec avidité, ce drôle de monde parfois si cruel. Et l’amour donc, le grand, le vrai, présence et absences inclues. De l’amour passion, du surjoué, de l’excessif, à la dimension de ses portées, du rimmel pour ses riffs. De la pétillance, poussières d’étoiles et Bouille de lune. Belle scène, belle énergie. Et l’envie de tenter de nouveaux titres, test d’un album à venir. Tout semble possible. Avec David, son très classieux bassiste en derviche immobile, à ses côtés, la dame nous sert son set avec application, conviction. Et faste. Du bon, du très bon Chap.

Le myspace d’Orly Chap.

8 avril 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

La chanson de Koumekiam

Belle attraction que ce Koumekiam-là. Oserai-je dire passionnante ? Son postulat de départ, sur scène comme en disque, est son identité artistique, étiquetée « Chanson-slam ». Comme s’il fallait opposer les deux et, à l’inverse, s’extasier de leur hymen. Du reste, nombre de slameurs se réclament, que je sache, des plus grands de la chanson, Brel en tête, en guise d’adn de leur commerce vocal, de leur foisonnement verbal. De toutes façons Koumékiam semble bien ailleurs, plus loin, au-delà des étiquettes, sauf à se les coller toutes. Faisons donc fi du code-barre et actons le réel talent de notre intermittent : « Intermittent putain quel pied / Tu touches tou’l’temps même quand tu crées / Intermittent avec deux t. » Voici donc son identité, celle d’artiste. Qui tient particulièrement bien la scène, accompagné qu’il est par un guitariste-bassiste-beat-boxer.

Koumekiam (photo Frédéric Perrono)

Et, quitte à faire, profite du micro pour décrire le monde tel qu’il le voit. Sa « chanson » vaut souvent édito. Rien de ce qui travaille la société n’est absent du débat de Koumékiam. Rien. Identité, immigration, peuples en guerre, axe du bien, axe du mal… Koumékiam ne slame ni ne chante : il balance, uppercut, cogne vos tripes et vos consciences. Sans grand ménagement. Sans négocier sa colère, il joue, se joue, de la sonorité des mots. Il y a l’absurde de Davos là-dedans, et le talent de Devos. L’absurde n’est pas le même. Encore que. Les sens sont sans dessus dessous, le cul par dessus tête, comme ce monde dans lequel on baigne, qu’il pourfend. Aux longs monologues scandés s’intercalent parfois des chansons, que perce l’émotion qui ne doit rien à la savante organisation des mots. Les siennes, parfois en roumain, comme cette autre de Nougaro : un haletant A bout de souffle qui sied bien à Koumekiam, à sa frénésie.

Le myspace de Koumekiam.

7 avril 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

David Lafore en huit actes

Vendredi 2 avril, 21 heures. Un théâtre à l’italienne, ça en jette. Et, lui, David Lafore, à déjà arpenter cette scène toute grande, étrennant son nouveau statut de « fil rouge ». Fil rouge, comme celui qui, une fois tiré, libérera la Vache qui rit… Timide « Bonsoir ». De toute façon, l’est pas prêt, l’artiste. Il s’accorde. Un peu sa guitare mais surtout du temps. Puis, enfin, déplie, déploie son discours ou ce qui en fait fonction. Présentation : « Je suis chanteur ». Remarquez que ça tombe bien. Premier titre, un écrit pour que ce soit chanté par une femme. Par défaut, il le fait aussi bien : « Je suis toute mouillée… » Et un deuxième en presque rappel. Puis, ça y est, le pli est pris, d’autres. Une écrite, hardiesse du propos, pour Dutronc. Et puis cette autre, adorable : « Je suis ta petite culotte… » Tout est Lafore, cahin-cahotant, plaisant, coquin, incongru. C’est pas dit pour autant qu’il ait ainsi conquis le public d’avant Leprest. Mais Lafore sème pour les moissons futures…

Lafore, profession trublion (photo Frédéric Perrono)

23 h 30, L’Aquarium. Le public de Koumékiam est tout autre, plus prompt sans doute à adopter un tel trublion. L’est plus jeune. Et ci-devant debout. Deux trois chansons, plus même, pour cette nouvelle première partie. Dont « 20 francs, 20 francs, le cunnilingus / Pas 1 franc de moins, pas un franc de plus / 20 francs, je suce / Pour la Saint-Valentin / Fini les baratins / Faite lui fondre le bonbon. » Déjà un sommet de l’œuvre laforienne…
Samedi 3 avril, midi. Concert apéro qu’ils ont dit. Qui plus est gratuit. Attraction dans la ville en ce jour de Pâques. On est venu, comme ça, peut-être après l’office, pour voir. Du coup, on entend. Le public est familial, calé sur les chaises pour entendre chanter. C’est Lafore qui officie. Il a laissé tomber le pull, fringué comme pour un banquet de noces, un peu le cousin qu’on sait rigolo, statut social bien établi. Et qui, d’un coup, vous balance des torrents d’atrocités. Confusion des genres, l’effet se lit sur les visages : « L’amour est tombé / Je te fais la baise / La bite en biais / Vite fait mal fait / bye bye et salute. » Sur cette tranche horaire-là, faut voir les tronches… Quelques applaudissements, parce que ça se fait. Et Lafore d’insister dans ses chansons limites. Même ce petit bijou qu’est « J’ai massacré tout un pays. » Bon appétit !
La Presqu’île, 15 heures. Lafore s’incruste en nos toutes jeunes habitudes. Avec déjà les tubes de pas même vingt-quatre heures. En cet endroit, en cette heure, l’humour prend ses aises, la provoc aussi : « Si on voulait le ramener à une dimension cosmique, mon spectacle serait un trou noir. » Lafore se le joue chanteur raté, poète minable. Aux bribes les petits applaudissements ; aux chansons les ovations. Il le tient, son public.
Même lieu, 16 h 30 ou plus. Il a dû se faire remonter les bretelles, le Lafore : il en fait trop, il prend tout le lit. Retard sur l’horaire. Là, deux chansons seulement, vite fait, bien faites. Remarquez qu’en avant-Paccoud, vaut mieux se la faire sobre…
L’Aquarium, 19 heures : toujours frais et pimpant, toujours Lafore, sa petite culotte mouillée et ses chansons trempées de plaisir… Lafore est comme gimmick, encré dans le biorythme festivalier.
21 heures, théâtre. A nouveau le grand jeu. Il y a manifestement du Desproges en lui, autodérision, fausses confessions, proximité de la distance. On ne sait ce qu’il va faire, lui non plus sans doute. Longues impros. Et des chansons : « Ces beautés sont en moi / Sous mes paupières / C’est pour ne pas les voir / Que j’ai les yeux ouverts. » Ce mini concert d’avant Mengo est tout autant de l’art. La salle le sait qui le lui rend bien, tant qu’il se la joue vedette, rock-star même. Déluge de tubes encore. Et Sur ma mûle, délice quasi surréaliste, sommet de l’art laforien.
Minuit dans L’Aquarium. Huitième et dernier acte d’un festival qui déjà s’achève. Le parrain Lafore est tout autant attendu que le groupe qui suit. On rie d’avance de ses chansons, de ses réparties. Sûr qu’on s’en souviendra longtemps, très longtemps. De toutes façons, tous ses disques ont été vendus, ça prolongera d’autant le franc délire…

Le site de David Lafore, c’est .

6 avril 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Portfolio : Allain Leprest (2)

Même s’il nous semble le connaître par cœur, chaque rencontre avec Leprest est un autre bonheur. Son récital à ce festival où les poissons chassent les chansons en fut un. Ravis en tous cas de le retrouver les tifs au vent, chevelure à nouveau indomptée, promesse de lendemains qui forcément décoiffent. Heureux d’à nouveau savourer sa chanson de geste, longs bras qui fendent l’air et dessinent l’émotion aussi sûrement que la voix, que les mots. Étonnement satisfait d’à nouveau pester à chaque trou de mémoire, de devoir lui souffler de loin les mots, les siens qui, pour tant les fredonner, sont tous aussi nôtres : Allain est comme ça dont les vers hémophiles se répandent sur la nappe, sur le zinc, sur la scène. Contents de retrouver Bilou et Saint Max, de mutuellement prendre de nos nouvelles, d’estimer la fidélité, de mesurer l’amitié, de faire ensemble étapes de compagnons. Et, le temps de finir la bouteille, de faire fête jusqu’à la prochaine.

Portfolio de Frédéric Perrono, membre du Club-photo de la MJC d’Annonay.

5 avril 2010. Étiquettes : . Pas des poissons des chansons, Portfolio. 1 commentaire.

La bonne santé de M’a t’il dy

C’était ce samedi midi sur la scène de l’Aquarium, à Annonay, lors du festival Pas des poissons, des chansons, avec M’a t’il dy, un trio rhônalpin.

Vous l'ai-je dit, Mathilde est revenue ! (photo Frédéric Perrono)

Elle se prénomme Mathilde ; son groupe M’a t’il dy. Elle fut d’abord solo, puis vite duo. Très acoustique. Percussions et pointes rock vinrent avec le trio. En fait, à eux trois (Mathilde Beasse et les frères Jérôme et Lionel Aubernon), ça fait nombre d’instruments. Et sans doute pour eux le plaisir d’en changer comme je change de chemises, plus vite même. Du piano-jouet aux claviers pour grands, de la batterie au violon électrique, des accordéons aux guitares et à toutes ces choses qui font des sons et émettent des ondes, la scène est envahie. Envahie pareillement de chansons qui nous dessinent le quotidien, un coup de crayon pour la tendresse, un autre pour une mordante ironie qui cache mal le mal-être : « Alors on court vers notre sort / On ferme les yeux bien fort / Jusqu’à ce qu’ils soient humides / Comme ça on voit pas le vide… » Idées noires, état de crise, vies banales, Vie de merde comme se nomme le nouvel album bientôt dans les bacs. Y’a d’l’amour en ce répertoire, qui aimerait se conjuguer au présent mais n’est souvent qu’à l’imparfait : « Regrettes-moi / Juste pour me faire plaisir / Juste pour me faire souffrir. » Vieillesse, alcool, délaissée, la chanson de M’a t-il dit est sociale, qui aborde volontiers la marge, les douleurs, les blessures, les souffrances. Chansonthérapie pour cette infirmière qu’est Mathilde dans le civil ? Chanson et santé toujours, elle convoque même Bernard Joyet au chevet de son art, par ce très beau texte qu’est Le Gérontophile. Dans l’idéal de notre dame, il est un remède, je vous le donne : « Libérez 68 et rendez-nous la frite / L’égoïsme en faillite / Je voudrais tout de suite retrouver 68. » Des pavés pour pilules du bonheur, intéressante pharmacopée…

Le myspace de M’a t’il dy, c’est ici.

5 avril 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

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