Mômes en Zic : l’Alors-Chante des enfants

Jacques Haurogné (ph. DR)

On se dit qu’ils ont trouvé le moyen de faire baby-sitting intelligent, d’occuper les mômes pendant que leurs parents vont se perdre dans la foule de Zebda, de Dutronc, Camille ou Presque Oui.
Ben non, c’est mieux et plus que ça même. Comme une poupée russe, le festival Alors chante de Montauban en a fait naître un autre en son sein : Mômes en Zic. Une annexe, un appendice ? Non, un vrai festival ! Avec une programmation tip top, superbe, tant qu’on aimerait rajeunir, ou gratter sa date de naissance sur sa carte d’identité pour en écrire une plus proche dans le temps.
La chanson pour enfants semble s’être débarrassée des Dorothée et Chantal-Goya d’antan, de tous ces parasites débilisant qui faisaient sans vergogne les poches et la tirelire des gosses. De nos jours, les chanteurs pour « jeunes publics » travaillent les mots, peaufinent le verbe, travaillent le poésie et l’imaginaire des enfants à partir de ce qu’ils sont, de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils rêvent. Walt Disney et Bécassine sont alors loin, qui ont laissé place à de la vraie chanson, qui prend les mômes pour ce qu’ils sont : intelligents et sensibles.

Le Zèbre à trois de Chtriky (photo DR)

Au programme cette année à Montauban : Chtriky (Zèbres à trois), Merlot (Au fond de la classe), Pascal Peroteau (Ça m’énerve), Les Wackids (L’histoire du rock’n toys), Jacques Haurogné (Les petites fabulettes : doudous perdus ; Les grandes fabulettes : l’île en eau), Petit Noof, Franz (Bas les pattes), Oldelaf (Bête et méchant) et les Saltimbrank’s (Perds pas le fil) : que du bon ! On notera le nombre d’artistes au répertoire « adulte » qui se tournent volontiers vers les (beaucoup) plus jeunes : Merlot, Chtriky, Oldelaf, Noof, même Haurogné même si ça fait longtemps qu’il courtise les préaux d’école et cours de récré. Cette heureuse initiative, qui allie la pédagogie au pur plaisir et formera peut-être les futurs bataillons de la chanson, n’est pas la seule : ainsi les Francofolies de la Rochelle qui tiendront en, juillet prochain leurs 7e Francos Juniors (avec François Hadji-Lazaro et Pigalle, Michèle Bernard, Tony Truant (des Wampas) et Dorothée de Monfreid, Merlot ainsi que la Compagnie Nid de Coucou).

Alors chante ! 27e édition, à Montauban, du 14 au 20 mai 2012 avec, entre autres, From et Ziel, Liz Cherhal, Tiou, Jeanne Plante, Les Yeux d’la tête, Moran, Berry, Chloé Lacan, Presque Oui, Dimone, L, Carmen Maria Vega, Hubert-Félix Thiéfaine, Becs bien zen, Les Grandes bouches, Zebda, Camille, Agnès Bilh & Anne Sylvestre, Clément Bertrand, Blankass, Wally et Hk & les Saltimbranks. La programmation complète ici. http://www.alorschante.com/index.php/programmation/grille-de-programmation

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5 mai 2012. Étiquettes : , , . Festivals, Pour les mômes. 1 commentaire.

Hadji-Lazaro, sa tata et son pingouin

Il fut cet éditeur courageux chez Boucherie-productions, au superbe catalogue : Clarika, Les Elles, Gabriel Yacoub, Mano Negra, Sttellla, Paris-Combo, Les Belles lurettes, Wally, Les Pires, Patrick Bouffard trio… Il fut l’âme et le pilier des groupes Les Garçons bouchers, Los Carayos et Pigalle, ce dernier  qu’il ressuscite périodiquement, pour tout un disque, pour toute une tournée. Il est cet incroyable artiste qui prélève à son tourniquet à musique un instrument, puis un autre, puis… Il joue de tout, de la vielle comme du diatonique, du violon comme de la guitare… Il est aussi cet interprète de Roland Topor, il est ce second rôle au cinoche qui, comme tous les seconds rôles d’antan, impose sa trogne unique, chez Caro et Jeunet, chez Berri, Teulé, Tavernier et autres réalisateurs inspirés. Il est, il est… Sa silhouette imposante hante les champs de la création.
L’ancien instit qu’il fut jadis, bien avant, est maintenant chanteur pour mômes, avec cet album réjouissant : « Ma tata, mon pingouin, Gérard et les autres… »qui sort ces jours-ci en disque chez Naïve, en livre-disque chez Milan. Un disque à sa sauce musicale, entre rock et musette, entre punk et folk, avec des mots faits de poésie et de tendresse, de réalisme et de nostalgie… C’est pour enfants mais les parents peuvent piquer le disque à leur gosse et l’acheter pour eux-mêmes en prétextant que c’est pour leurs rejetons. Car c’est du Hadji-Lazaro, de l’inoxydable. Avec simplement des mots plus drôles, plus curieux aussi. Ça débute par une presque bourrée berrichonne qui liste en détail une visite au zoo, puis la promenade prend l’exacte dimension du monde entier, continent par continent. Promenade au supermarché, traversée à la nage de sa baignoire… et plein de personnages, humains et animaux, même si Maman prédomine et de loin. Chaque chanson est prétexte à une musique différente, gourmandises qui peuvent ouvrir l’oreille à la découverte… Pour pas changer, c’est Hadji-Lazaro qui joue ici de tous les instruments, du dobro à l’ukulélé, de la sanza aux cornemuses, des banjos à la guimbarde : une bonne trentaine en tout. Si tous les chanteurs faisaient comme lui, les musiciens pointeraient tous chez chôm’du. Mais tous les chanteurs ne sont pas aussi doués qu’Hadji-Lazaro.

François Hadji-Lazaro, Ma tata, mon pingouin, Gérard et les autres, 2012, Naïve/Universal. Le site d’Hadji-Lazaro, c’est par là.

24 mars 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque, Pour les mômes. 1 commentaire.

Rémo Gary jette l’encre

Rémo Gary à Saint-Denis-les-bourg en avril 2009 (photo Jean-Paul Thouny)

Disque-livre ou livre-disque ? Les frontières sont de plus en plus poreuses chez Rémo Gary qui repousse chaque fois les frontières de sa création. Depuis qu’il s’est affranchi de son (petit) label, qu’il est seul maître à bord après dieu (mais dieu n’existe pas), il peaufine à dessein et dessine à peaufin des objets de culture. Pas des produits, non, en tous cas pas manufacturés, ou si peu. Où la main de l’acquéreur participe et finit le travail. Hier, il fallait couper soi-même les pages de La lune entre les dents ; aujourd’hui il faut comprendre, trier puis coller avec soin les vignettes pour illustrer Jeter l’encre, livre pour enfants plié avec tout le soin de l’artisan. Rien que pour le travail d’imprimerie, on en ferait tout un billet. Cet art-là, si beau et si ludique, pas sûr que l’imprimerie nationale en soit encore capable…
Ce sont des livres et les mots qui y sont imprimés sont beau. Mais pas que beau, c’est pas bateau. Ils sont habiles, malicieux, joyeux et généreux. Inquiets aussi, et engagés dans le temps présent. C’est tout Gary.
Ce sont des livres et, cadeau, ce sont des disques. Ou le contraire. Et c’est du Gary, voix frêle et forte à la fois, tendre et passionnée. Qui ne lâche pas son os. Qui mâche ses mots sans jamais abdiquer la moindre de ses idées.
Vous connaissez, je suppose, La lune entre les dents. Ou alors vous ne connaissez pas encore Rémo Gary. Moi je viens vous parler de Jeter l’encre, sorti avec grande discrétion avant l’été 2011, du Gary « jeune public », peut être plus accessible mais qui ne change rien à rien, un opus qui n’a presque rien d’une parenthèse, un qui, tel le feu, couvait depuis longtemps sous la cendre. Rémo y propose pas moins de partager avec nos enfants un bout de complainte, à savoir « partager la plainte collective qui pourra construire demain » : « Que réclame-t-on au monde, quels désirs engageons-nous qui seraient universels. La lutte des petits… qui montrerait le chemin. Un chemin pavé de bonnes intentions, comme les cailloux du Poucet. Pour gagner, pour regagner la maison commune. »
A l’heure où les merveilleux libéraux conservateurs, aux States comme chez nous, dissuadent comme ils peuvent les jeunes d’aller voter, de dire leur avis, de participer au collectif, par peur d’être par eux jetés, Rémo Gary fait tout le contraire. En certains pays, il serait fusillé.
Ceci dit, ça ne vous dit rien du contenu, des p’tites grandes chansons du dedans de ce livre-disque. C’est du Gary vous dis-je et gare au Gary ! C’est rien que du bon. S’il vous reste deux trois sous, dix-sept euros sur votre budget de Noël, allez-y !

Rémo Gary, Jeter l’encre, 2011, Jean-Pierre Huguet éditeur. Le site de Rémo Gary c’est là. Vous trouverez ici d’autres billets sur Rémo Gary parus dans NosEnchanteurs. Pas de vidéo disponible correspondant à ce travail « pour enfants ». Pour le plaisir d’écouter un titre de Gary, voici Des coups d’pied au coeur extrait du disque Même pas foutus d’être heureux (Juste une trace/L’Autre distribution) de 2007.

28 décembre 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Pour les mômes. 2 commentaires.

Petit Noof deviendra grand (il l’est déjà !)

Vous le connaissez, Noof, ne serait-ce pour l’avoir applaudi, sous son vrai nom de Stéphane Gourdon, au sein des Wriggles, ce groupe tout rouge, tout déjanté et si vrai à la fois. Les Wriggles n’existent plus et ses cinq membres d’origine se sont dispersés dans la galaxie chanson. Frédéric Volovitch, dit Frédo (1), a créé Volo avec son frangin ; Franck Zerbib et Antoine Réjasse font D.U.O. pour le meilleur et pas que pour le rire ; Christophe Gendreau met en scène, sous le blaze de Kristof, nombre d’artistes, d’Idir à Féloche, de Karimouche au Chantier des Francos. Et Noof, le plus petit, celui à la tignasse impossible, aux grimaces improbables, aux postures démoniaques. Noof fait désormais Noof, orchestre vocal à lui tout seul. Si vous l’avez vu en scène ou avez ouï un de ses deux cédés solo, à plus forte raison les deux, vous le savez. Noof est un ouragan, un monument, un truc pas possible qui, par lui, hasard ou destinée de la génétique chantée, l’est. Noof a l’incroyable faculté d’imiter le son d’un grand nombre d’instruments de musique, et les enregistre en direct, jusqu’à nous donner la sensation qu’un véritable orchestre est présent sur scène… alors qu’il n’y en a pas !
Comme naguère Spirou a engendré le Petit Spirou, Noof à créé de lui-même Petit Noof, « le musicien le plus extraordinaire de l’univers », histoire sans doute de se faire la tirelire des gosses, de devenir millionnaire. « Tout en partageant les rires et les émotions du personnage Petit Noof, les enfants ont le plaisir de voir et d’entendre les morceaux se construire. Le tout emporté par une énergie sans limites ! » dit le communiqué de presse. Petit Noof existe donc, pour les… euh… de 3 à 103 ans ! plus si affinités. Il y a donc le spectacle. Et désormais le disque ! Eh ben, allez-y. Achetez-le pour vos mioches, la belle excuse ! Et dès qu’ils ont les yeux clos, écoutez-le rien que pour vous, pour le plaisir, pour ne pas tout à fait quitter l’écarlate tenue des Wriggles, pour vous croire encore gosse, en tous cas pas tout à fait adulte (ça fait du bien).

Noof, Petit Noff, 2011, autoproduit. Le site de Noof, c’est ici.

(1) Frédo, seul en scène, se produit également dans Est ce qu’il y a des morts ? les 5 et 6 décembre 2011 à L’Européen, à Paris, ainsi que le 9 décembre à Chartres-de-Bretagne (35). Vidéo ci-dessous :

2 décembre 2011. Étiquettes : , , . Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

L’Abécédaire de Debout sur le Zinc

A l’évidence, la chanson aime l’illustrateur Tomi Ungerer. On se souvient, l’hiver dernier, du livre-disque des Weepers Circus, « A la récré », imaginé et suivi par un certain Rémi Guichard. Le même qui nous propose aujourd’hui cet « Abécédaire en 26 chansonnettes », opèrant la rencontre entre deux abécédaires. Celui du célèbre dessinateur alsacien, créé dans les années soixante-dix et jusqu’à ce jour inédit en France. Et un autre, écrit en 1954 par Boris Vian puis mis en musique, en 1971, par Lucienne Vernay (collecteuse jadis des « Rondes et chansons de France »), interprété alors par elle et le groupe Les Quatre Barbus.  Qui renait à présent par le groupe Debout sur le Zinc. Le tout en deux conditionnements : un somptueux livre-disque ou un copieux cédé (avec livret reprenant les 26 dessins d’Ungerer) ainsi que le dévédé du making-of.
On ne parlera pas à propos de cette œuvre de commande de créativité de la part de Debout sur le Zinc. Mais incontestablement de savoir-faire et, ma foi, de grand talent, donnant aux partitions originales une orchestration, une couleur, à l’image de ce qu’est ce groupe d’au moins seize ans d’âge (leur première tournée, dans la rue, remonte à 1995, même si ce groupe de copains de Rambouillet, qui s’inscrit dans le sillage des Têtes Raides ou de La Tordue, taquinaient les notes et les portées depuis bien plus longtemps) et de désormais sept albums (le huitième, « La fuite en avant », sort au tout début du mois d’octobre 2011 ; ajoutons, pour faire le compte, un autre disque, « en public », sorti l’an passé).

Debout sur le Zinc, Abécédaire, 2011, Formulette production/L’Autre distribution. Le site de Debout sur le Zinc, c’est ici.

27 septembre 2011. Étiquettes : , , . Lancer de disque, Pour les mômes. 2 commentaires.

Le roi des papas mélange tout !

Que les nouveaux lecteurs de ce blog (la fréquentation a plus que doublé en quelques semaines) ne s’étonnent pas. J’aime à consacrer des billets à la chanson « jeune public », qui n’a guère de lieux pour vraiment s’exposer. Et je ne saurais que trop vous inciter à lire les précédents billets de la catégorie « Pour les mômes »… Aujourd’hui, la collection Les contes mélangés de Vincent Malone.

Cette collection est une des plus jolies surprises qui soient dans le monde des disques pour enfants. Vincent Malone, le « roi des papas », réputé en ce domaine, a dû rassembler à lui tous les contes récurrents de notre jeunesse et de celle de nos aïeux. Y’en avait beaucoup (du Grimm, du Perraut, de La Fontaine, d’Orient comme d’Occident et d’ailleurs, des tonnes d’ouvrages illustrés), c’était lourd et il a dû tomber. Patatrack, boum badaboum, pouf pouf ! Tout s’est mélangé ! La cata. Boucle d’or, le chat botté, Ali Baba, Le lièvre et la tortue, Le petit Poucet, Jack et le haricot magique, La belle au bois dormant, Peter Pan, Alice au pays des merveilles… Faut tout remettre dans l’ordre. Le roi des papas n’est pas doué. Ou l’est trop. Il rassemble, il assemble. De bric, de broc. Et accouple les contes, compte les couples. Deux par deux, comme chez Noé. Du coup ça devient autre chose. Du Vilain petit canard et de Pinocchio, Malone en fait « Le vilain petit Pinocchio », un canard en bois, crée aux usines Gepetto, dont le bec s’allonge, leurre de chasse qui va réjouir la canne en mal de poussin. C’est « Pierre et la tortue », « Le chat beauté », « La chèvre de madame Seguin », « La petite sirène des pompiers », « Jack et le bourricot magique » et d’autres encore. De son stylo shaker, le malin Malone renouvelle l’eau du bain commun, bouscule us et coutumes, traditions sagement consignées sur les bouquins de nos bibliothèques de gosses. Hors ce postulat original, tout est intéressant en cette collection où chaque tome est à la fois un livre et un CD, une histoire et une chanson. La façon qu’a Malone de s’adresser à son auditoire : décontractée, comme on parle, pas comme on lit. Avec parfois des mots de grands, et des considérations. Une bande son plus proche d’un cinéma interactif, de conversations de bon sens que de la sage mise en bouche d’un classique. C’est passionnant, drôle, totalement réussi. Chaque livre-disque est copieusement illustré d’un dessinateur chaque fois différent. Et le disque se termine invariablement par une chanson reprenant le thème de l’histoire…

Collection Les Contes mélangés, Naïve. Derniers numéros parus : « Pierre et la tortue« , « Le vilain petit Pinocchio« . A paraître : « Peter Pan contre Barbe-Bleue« , « Ali Baba au pays des merveilles« . Le site de Vincent Malone, c’est là. En vidéo, « Merdocu », un titre du répertoire « régulier » de Vincent Malone.

18 septembre 2011. Étiquettes : . Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Bondi rebondit sur La Rochelle

Xavier Michel et Carlo Bondi (photo DR)

Carlo Bondi et Xavier Michel sont des gens de théâtre qui font des chansons, objets kitchs, mini poèmes, souvenirs empirique d’une enfance rêvée. Manipulateurs de toutes sortes d’objets, de jouets et d’émotion sortis de boîtes en carton disposées de ci, de là comme autant d’anecdotes que ces deux frangins de scène nous distillent à coup de gentilles chamailles. Ils ont l’art de toucher le cœur des enfants et de toutes les petites filles et petits garçons cachés en chacun des parents. Au son d’une guitare, d’un mini piano, ou d’une boîte à musique, leurs inventions scénographiques font place à chaque instant à l’étonnement et leurs trouvailles ont le goût sucré de l’enfance et le parfum savoureux d’une tendre madeleine.
Ce spectacle, Chansons pour filles et garçons sorties des boîtes en carton, nouvelle création pour le « jeune public », ils viennent tout juste de le présenter aux Francofolies « juniors », à La Rochelle. Pour NosEnchanteurs, Carlo revient sur l’événement :
« Quand nous avons appris la nouvelle de notre programmation aux Francos, c’était pour nous un cadeau, une reconnaissance de notre travail.
Nous y avons fait l’ouverture du festival : nous y avons joué le 12 juillet à onze heures, à la Salle Bleue de La Coursive. 350 places, et c’était complet. Bien sûr, les premières minutes ont été un peu chargées par le tract, eh oui ! Et puis le spectacle arrive… on se sent bien, heureux d’être là ! Les enfants s’approchent de la scène, d’autres dansent, les regards sont là, si proches. Un public fait d’enfants et d’adultes, le bonheur quand on fait du Jeune Public.
Nous avons eu le temps de nous installer la veille, de faire les balances avec des techniciens extraordinaires. Je tiens à remercier Delphine Lagache, responsable de la programmation Juniors, qui nous a fait confiance. Ça a été un grand moment pour nous.
La saison prochaine, nous avons une belle et grande tournée en France avec, entre autre, les Jeunesses musicales de France : Anne Torrent en est la responsable de la programmation.
Nous avons aussi fait une tournée en Algérie avec les Centres Culturels Français de Tlemcen et d’Oran. »

Notons que, comme pour le précédent (Le voyage de l’ange), le cédé du spectacle Chansons pour filles et garçons sorties des boîtes en carton est sorti chez Victorie Music.

28 juillet 2011. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Festivals, Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Steve Waring rempile (de disques)

La pochette, joliment illustrée par Vincent Farges

Ça faisait tout de même sept ans qu’il n’avait sorti de nouvel album, se contentant de saluer l’exemplaire travail de réédition de ses disques chez Victorie.
Voici donc le nouvel album de Steve Waring, pour enfants, tant il est vrai qu’il ne se consacre, depuis trente ans, qu’à cet aspect de son art.
Né en 43 en Pennsylvanie, il fréquente dès son arrivée en France, en fin des années soixante, les hootenanies du Centre américain de la Capitale. Ses comparses et collègues ont alors pour nom Alan Stivell, Roger Mason, Gabriel Yacoub et pas mal d’autres qui laisseront leur nom dans l’histoire du folk français. Virtuose du finger picking et du banjo américain, Waring grave pas mal de disques instrumentaux qui n’en finissent pas d’être des références dans le genre. Puis se consacre tout entier à ce précieux statut de folk-singer pour enfants que l’on sait. Avec des chansons qui sont comme des médailles (en chocolat, c’est meilleur !) : La baleine bleueLes grenouilles ou Le matou revient, bestiaire imagé et remuant qui n’en finit pas de stimuler l’imaginaire enfantin. Tant que ces trois-là font de la figuration dans la chanson-titre du nouvel album, Timoléon. Que rejoignent d’autres bestioles encore, ourson et canard, poulette jaune et petit corbeau, hareng saur (hareng qui n’est autre qu’un poème de Charles Cros).
A presque soixante-dix balais, Waring est toujours sur ce terrain-là, enfance éternelle, enfance de cœur qu’on se donne et nous empêche d’être tout à fait sérieux, triste et sinistre dans ce déprimant monde d’adultes. Waring n’appelle d’ailleurs pas ça « chanson pour enfant » mais « chanson naïve », un peu comme une toile du douanier Rousseau ou les cailloux empilés du facteur Cheval, respiration nécessaire d’un monde fou, où il fait bon de croire… : « Un géant, ça n’existe pas / Sauf dans les bouquins / Sauf dans les histoires / Un géant ça n’existe pas / Mais j’ai envie d’y croire. » Waring est une nécessaire respiration.

Steve Waring, « Timoléon », 2011, Victorie music/Universal ; le site de Steve Waring, c’est ici.

24 juin 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Arthur H en narrateur de jours sans sommeil

On le tient pour être « chanteur de la nuit », à toujours préférer les ambiances nocturnes, un rien fatiguées, équivoques : est-ce pour ça qu’il nous conte le Prince Tudorpah, que le mal d’insomnie terrasse ? Arthur H vient de prêter sa voix à un joli livre-disque, « Le voyage du Prince Tudorpah » que tout enfant, de quatre à cent-quatre ans, prendra un égal plaisir à découvrir.
Cette histoire est à la croisée du conte musical indien, du conte oriental et des classiques européens : un rien d’universalité, donc, de possibles emprunts aussi, pour une histoire se situant, loi du genre, dans « un pays merveilleux » (le Royaume des Nuages roses) où vit Tudorpah, un jeune prince fatigué et facilement irritable. Avec la menace d’un voisin malveillant (le Vizir Kouroustan), un vieux sage enjoué (Babu) et (c’est un conte musical) un sitar magique… Et un voyage quasi initiatique à la recherche de ce remède qui est son graal. Pas mal d’autres personnages jouent leur partition dans cette belle histoire qui, à travers une agréable fiction, à travers magie et musique, nous parle quand même du sommeil et de sa nécessité, de son importance. L’argumentaire du livre-disque tient en cette phrase : « le sommeil est plus précieux qu’on ne le croit et le pouvoir de la musique est plus fort qu’il n’y paraît. »
On doit ce livre à Denis Teste et Gilles Leroux pour l’écriture et François-Marc Baillet pour les illustrations.
Les bien nommées éditions Eveil et découvertes n’en sont pas à leur coup d’essai, associant volontiers le disque et le livre à des narrateurs puisés dans le sérail de la chanson.

Le voyage du Prince Tudorpah, 2011, éditions Eveil & Découvertes.

21 mai 2011. Étiquettes : . Pour les mômes. 1 commentaire.

Gil Chovet, simplement « trois petites notes »

Gil Chovet (photo DR)

Il est un de ces brillants inconnus de la chanson. Sauf qu’ici et là, là où il est passé, des ribambelles de gosses fredonnent encore et pour longtemps ses « tubes ». C’est un chanteur pour jeune public (il crée aussi de remarquables chansons pour grands, mais a l’incurable modestie de ne pas le faire savoir, de ne jamais les interpréter, encore moins de les graver…) dont la production discographique est, sinon rare au moins totalement discrète (l’un de ses derniers albums, La balade en parasol, en 2002, avait obtenu le cœur Chorus). Sans plus de tambours, sans moins de trompettes, il vient de sortir, aux éditions lyonnaises Lugdivine, son nouvel opus, dont le seul titre contient en lui toute la modestie de l’artiste : ça se nomme Trop petites notes et pis c’est tout. Lui, c’est Gil Chovet, un artiste que le chanteur Christopher Murray, un ami à qui j’emboîte le pas, tient pour grand. Les enfants aussi. Son nouvel opus s’adresse aux petits à partir de… disons deux trois ans pour faire bon poids. C’est tout tendre, forcément. Ça nous parle de pas mal d’animaux : de girafe pour les plus grands et d’araignées, de grillons et de mille-pattes pour les plus petits. Et de tas d’autres à deviner. Ça nous rappelle au bon souvenir de Boucle d’or, ça joue avec beaucoup d’objets, de la petite cuillère aux pinces à linge, des allumettes aux lunettes. C’est intelligent. Ça nous instruit même des choses pratiques : « Je suis le roi, le roi du nettoyage / Le virtuose de la serpillière / Je n’suis qu’un homme / Un homme de ménage / Mais je te dis, droit dans les yeux / Que j’en suis fier. » C’est le cas idéal, un cœur à prendre sûrement… mais « Il faut qu’on s’aime / Oh c’est si bon on c’est si bon / Il faut qu’on s’aime… / Qu’on sème des potirons. »L’utile et l’agréable, en quelque sorte.

Gil Chovet, Trois petites notes, 2011. Pour commander le disque, voir le site des éditions musicales Lugdivine ; pour contacter Gil Chovet : gilles.chovet0131@orange.fr et 04 77 90 90 58

26 avril 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Contes de (Chantal) Grimm

Veaux, vaches, cochons, poules et canards… les animaux veulent quitter la ferme ! (à partir de deux ans)

Chantal Grimm est une de ces artistes au répertoire « adulte » qui, un beau jour, se sont tournés vers le jeune public, investissant avec intelligence et sensibilité un terrain trop longtemps laissé en jachère, juste labouré ou par des enregistrements tirés du folklore ou par les marchands de soupe qu’ont été (que sont encore, hélas) cette autre Chantal G. et ses bécassines et clones insipides.
Déjà coupable du Grand Dodo (les chansons de son spectacle La Légende du dodo, inspiré de comptines du monde entier, chez Enfance et musique, 2007), Chantal Grimm vient de sortir un épatant livre-disque pour nos bouts d’choux : La Petite fugue des animaux, réécriture, à sa manière, d’un conte connu : « En donnant une chanson à chacun de ses héros, j’ai voulu que tous, petits et grands, aient envie de chanter l’opéra des animaux. » Ce très beau livre-disque est illustré par Valentine Favre.

La discographie disponible de Chantal Grimm, cette fois-ci chanteuse pour adultes, cette « passionnaria de la revendication féminine des années 70 » (dixit Serge Dilaz, sur Chorus), est composée de Rappels (réédition en 2004 des 33 tours Variation en femmes majeures de 1978 et Apprentissage de 1982) et Nous les rêveurs en 2003. Ainsi que de Poétesses de la Renaissance (Collection Poètes et chansons, chez EPM, 2002). Chantal Grimm a par ailleurs participé de belle façon à l’Anthologie de la Chanson française/La Tradition concoctée en 2004 par Marc Robine (chez EPM). Un disque extrait de cette anthologie, rassemblant des chansons interprétées par Chantal Grimm, devrait bientôt paraître sous le titre Ancêtres méconnus de Brassens.

Le site de Chantal Grimm. Chantal Grimm, La Petite fugue des animaux, 2010, L’Archipel.

31 janvier 2011. Étiquettes : . Lancer de disque, Pour les mômes. 1 commentaire.

Pierre Chêne : on ne reste pas de bois

Des poèmes et des chansons : vingt-deux titres enthousiasmants !

En ce jour de Noël, je vous ferai grâce des trente millions d’exemplaires vendus de Petit papa Noël, l’absolu standard s’il en est. L’ami Dicale vient de nous en faire d’ailleurs, aujourd’hui même dans sa chronique de France-Info, un bel historique.

Non, en cette période de sapin, c’est de Chêne qu’il me plaît de parler. De Pierre Chêne. Sauf à ne vous être gavé autrefois que de Dorothée et de Chantal Goya, vous connaissez. Il est vrai que ça fait pile trente-cinq ans et une dizaine d’albums que ce délicat monsieur vient nous parler et nous chanter dans l’oreille de sa voix chaude et onctueuse qui, parfois, fait songer à Trenet. Tout est poésie chez lui, même s’il titre son album d’une des chansons qu’il y a dedans, Je ne serai jamais poète car : « J’écris le mot oiseau et l’oiseau s’envole, J’écris le mot source et l’eau s’enfuit dans les roseaux… » Reste que quand il insinue le mot chanson, c’est tout un univers qu’il développe, d’une grande richesse, qui rime juste et fait presque danser les mots. Quelques verrs font parfois chansons, parfois beaucoup plus. Qui chaque fois se lovent dans des mélodies très travaillées, toutes aussi chaudes que la voix du chanteur. Avec un quatuor à cordes ici, une kena là. Et une flûte traversière, des chœurs d’enfants, guitares et charango, percussions et claviers… C’est joyeux, ludique, comme dans un bouquin bien dessiné, bien écrit, gorgé de couleurs. D’ailleurs le livrert est abondamment illustré. Et vous savez par qui ? Par Pef, qui signe dedans trente dessins, pas moins.
On tombe facilement sous le charme de cet album. Reste que c’est pour vos enfants et qui vous êtes priés de bien vouloir leur offrir, pas de le garder pour vous.

Site de Pierre Chêne. Pierre Chêne, Je ne serai jamais poète, 2010 Victorie Universal

25 décembre 2010. Étiquettes : . Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Les (grandes) vacances de Romain Didier

Un livre-disque chez Gallimard-jeunesse musique

C’est dans l’attente d’un deuxième assaut de neige, imminent selon météo-France, que j’ai envie de vous parler, à contre-courant, à contre-vague, de Vive les vacances, le livre-cédé de l’ami Romain Didier. Pas tout à fait à rebours du temps puisque les vacances c’est dans moins d’une semaine. Mais celles de Didier nous parlent de plages, de dauphins et de brassards qu’on se met autour des bras, de galets, de pédalos, de mer et de coquillages, de planches à voiles et de soleil. Et de températures très nettement au-dessus du zéro. Transits sous la couette, le poêle au mieux de son tirage, ça peut nous faire rêver.
À taquiner sur son clavier aux  touches noires et blanches des contes pour enfants, Pantin Pantine ou Pinocchio, avec Leprest, avec Mathieu, il fallait bien un jour que l’ami Romain Didier réalise un album du début à la fin, de la première note au dernier mot. Pour les gosses. Là, sauf les dessins, il a tout fait. En se faisant aider quand même un tout petit peu au chant par des titulaires de cet âge-là, quand on prend sa pelle et son râteau pour faire des châteaux de sable.

(illustrations d'Aurélie Guillerey)

C’est délicieux. Du départ au retour, c’est l’aventure des vacances par toutes ses étapes : plage, balade, grand soleil et jour de pluie, fête foraine, soirée crêpes, camping… Le grand Romain Didier a mis son art à la dimension des plus petits, retrouvant ses yeux d’enfants, laissant courir sa plume et ses notes. On peut envier nos enfants à l’écoute d’un tel disque. On peut le leur emprunter aussi, sans se cacher.
La couverture est faite d’épais carton, le disque est à l’intérieur. C’est plein de dessins, remarquables illustrations d’Aurélie Guillerey. Des images qui nous rappellent celles d’antan, qu’on trouvait dans nos livres d’apprentissage de la lecture, un peu Daniel et Valérie. Même charme. Y’a même des pleines pages de jeux, de rébus et de charades. C’est excellent !

Vives les vacances, 12 chansons de Romain Didier, dès 4 ans. Gallimard-jeunesse. 19,90 euros.

14 décembre 2010. Étiquettes : . Lancer de disque, Pour les mômes. 3 commentaires.

Pascal Parisot, comme une bête…

"Au fond d'sa caverne il dessinait des gazelles avec un niveau / De première année d'maternelle / Pauvre homme de Cro-Magnon"

Ses grosses lunettes noires lui donne un vague cousinage avec Marcel Gotlib, le dessinateur à la coccinelle. Ça tombe bien, le lorrain Pascal Parisot, il y a encore peu chanteur « pour grands » et passé avec instruments et bagages chez les « plus petits » (depuis son précédent disque, Les Pieds dans le plat), a lui-aussi des tas de Bêtes en stock. Tant qu’il en fait des chansons. Des petites bêtes : souris, pou, mouche tsé-tsé, abeilles, pigeons et crapaud. Des grosses aussi : vaches et hiboux, gnous et caribous, caniche, chiens et chats, et homme de Cro-Magnon qui, si j’ai bien compris, sent le poney. Car, la chose est ici entendue, l’homme est aussi animal : « Alors voilà en gros, pour pas faire compliqué / On est des animaux habillés / Une énorme bande de bestioles / Auxquelles il ne manque même pas la parole / On est des bêtes / Comme les vaches et les caribous. »
A l’approche des fêtes, si vous désirez glisser dans la hotte du bonhomme rouge des disques sympas pour vos petits, le Bêtes en stock de Parisot ne sera pas de trop. Et leur deviendra vite indispensable. Musicalement riche et irréprochable (c’est fou tous les instruments qu’on peut jouer à deux personnes seulement…), rythmé et joyeux, faits de portées qui accompagnent subtilement mots et animaux, ce disque est complètement bête(s) mais grandement intelligent. Ça donne envie à son tour d’entonner ces p’tites chansons (les versions instrumentales suivent sur le cédé), de se les approprier en famille.
Une réussite, vraiment !

Pascal Parisot, Bêtes en stock, 2010, Naïve. Le site de Parisot, c’est ici.

30 novembre 2010. Étiquettes : . Lancer de disque, Pour les mômes. 2 commentaires.

C’est Sophie la plus Forte !

Avec un livret fait de dessins de… Sophie Forte

On l’a connue actrice, de cinéma comme de théâtre. Humoriste chez France-Inter et en one-women-show pour cinq spectacles sur les routes de France et d’ailleurs. Et chanteuse, sa passion depuis toujours. Un premier album éponyme en 2004, joliment réussi, et pas mal de concerts. Puis un ventre qui s’arrondit et allait nous la transformer, la Sophie. La première fille, les couches et les tétées changent de fait le répertoire de la jeune maman. Du coup, le public se rajeunit diablement. On se couche aussi plus tôt : les concerts se déroulent en aprèm. Bain de jouvence et inspiration renouvelée : Sophie Forte devient chanteuse pour enfants. Pas dans la catégorie facile : elle laisse vacante les cases Goya et Dorothée et s’en va jouer ailleurs, près des rives sensibles qui sont les siennes. Elle observe ses gamines (une deuxième est née entre-temps, entre deux albums) et écrit des chansons. Qui nous parlent des choses de l’enfance, certes. Qui sont joyeuses, pimpantes, comme l’est cet âge. Mais dont toutes, ou presque, sont matière à réflexion, à discussion. Ainsi ce troisième album, Chou-fleur, dont l’adaptation scénique s’intitule : Tout ce que vos enfants ont toujours voulu savoir et que vous n’avez jamais osé leur dire. Tout… Sur les doutes, le chagrin, la sexualité, les rêves, sur la vie qui passe, sur les interdits (elle nous fait même le coup du père Brassens et de sa Ronde des jurons : même inspiration qui lui fait écrire Les Grands mots)… Sur les sans-abris aussi, dans un très beau duo avec Henri Dès, Les gens qui vivent dans la rue :
Je n’sais pas mon chéri
Où était leur maison
On peut changer de vie
Pour un tas de raisons
On peut fuir un pays
Parce qu’il est en guerre
Être né à Paris
Et trouver la misère

S’il y a des chanteurs qui cantonnent les gosses dans une enfance étroite, d’autres les aident à grandir, à comprendre le monde. Sophie est très Forte pour cela.

Sophie Forte, Choux-fleur, 2010, Victorie/Universal. Sophie Forte au Théâtre de La Gaîté Montparnasse , à Paris, jusqu’au 26 décembre (tél.01.43.20.60.56) ainsi qu’à Loudéac (22) le 29 octobre, et Bonneuil (94) les 5 et 6 novembre. Le site de Sophie Forte

23 octobre 2010. Étiquettes : . Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

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