Tremblay, l’Ardéchois-Québécois de la chanson

Il est québécois et, toute la décennie quatre-vingt-dix, a arpenté les scènes de notre pays cousin : une bonne centaine de concerts et quelques traces discographiques dont on se souvient encore là-bas. Et puis l’amour est passé par là, a traversé son chemin, avec un sourire qui ne pardonne pas. Une ardéchoise, au cœur fidèle il va de soi. Il habite depuis en Ardèche, là où, chante un de ses confrères, la montagne est belle. Et est devenu du coup le Québéchois. De cet épicentre, il s’en va chanter un peu partout en France, poussant souvent jusqu’à l’Helvétie voisine. Dès son arrivée dans l’Hexagone, il fut stagiaire d’Astaffort, ce qui l’a jadis conduit à faire la première partie de Gérard De Palmas puis celle de Francis Cabrel au Casino de Paris. C’est à ce moment-là qu’est sorti son premier album français : Acoustique. Depuis, bon an mal an, il tourne de par chez nous, son désormais chez-lui, avec l’honneur et l’avantage d’être le québécois de programmations qui n’ont pas à contribuer au kérosène de l’avion. Il faudra attendre 2010 pour mettre sur la platine son second album, Langue de bois. A moi il me fait songer à un autre québécois, Dany Boudreau, chanson populaire de qualité qui prend souvent les atours et attraits de la variété. Variété ne serait-ce parce que l’inspiration d’Alain Tremblay est  variée. Ainsi un titre vous évoquera le folk-song et la voix de Marc Robine (L’amitié) ; un autre, qui compte le temps passé, plus Jean-Jacques Goldman (Quarante ans) ; quant à Barcelone, elle rend bel hommage à Manu Chao et à sa musique. Ça et le reste, mille fréquences pour un artiste aux accents pop, folk ou/et rock. Dire qu’il mérite notre attention est l’évidence même : il est cousin parmi nos frères de chanson, c’est irremplaçable !

Alain Tremblay, Langue de bois, 2010. Le site d’Alain Tremblay c’est là.

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31 janvier 2012. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Québec-Acadie. 9 commentaires.

Drôle de Pellerin qui nous vient du Québec…

Comme dirait Gaston Couté : "Le joli patois de chez nous est très doux / Et mon oreille aime à l'entendre..." (photo J.-F. Gratton)

Il a la tronche d’Harry Potter (d’Eva Joly aussi pour les lunettes), un peu le timbre de Gilles Vigneault et l’accent pire encore, comme Richard Desjardins. Il est québécois et son répertoire est à cent mille lieux de Garou et Céline Dion, à cent mille pleurs de Lynda Lemay. Condamné à être inconnu, donc ? Ben, non. Fred Pellerin vient en France chaque année, dans sa capitale (au Théâtre du Rond-point en 2009, à L’Européen l’année suivante), dans quelques autres villes aussi, comme s’il préparait le terrain, repérait les lieux pour l’assaut final. Et chaque année gagne en audience. A cause d’un irrésistible je-ne-sais-quoi qui met en branle un bouche à oreilles épatant. C’est un chanteur, un peu. Et un conteur, beaucoup. Dans notre esprit, un conteur est un vieux monsieur au coin du feu, cheveux poivre et sel, barbe de rigueur, la sagesse et l’expérience qui vont de mise, un peu Jean-Pierre Chabrol. Lui c’est un jeune, sous les projos de la scène. Fred Pellerin raconte les truculences de la vie et l’imparable mort au bout de toutes choses. Apte à faire rire. Et pleurer l’instant d’après, de tout aussi bon cœur.
On court le voir, l’entendre, mais il n’est pas sûr qu’on le comprenne tout à fait, cause au débit, à sa rythmique « à faire frémir », au vocabulaire de chez lui et – j’y tiens – à son accent amidonné.
Il déparle et délire : « Le mal parler français des gens de son village est pour lui fontaine de jouvence. Il aime tant sa langue québécoise bougeante et remuante qu’il la veut plus mutante encore. Il la réveille et la tourmente, la lance et la fait rebondir, la fait valser dans tous les sens, casse les phrases en morceaux, les récolte de travers, ouvre le ventre des mots jusqu’à leur faire livrer leurs plus intimes secrets, sur le champ, au gré de l’improvisation » lit-on sur son dossier de presse. Rien de plus tentant donc que d’aller découvrir ce jeune sorcier du mot. Après une grosse dizaine de dates dans l’Hexagone en octobre et novembre, il termine par Paris. Si vous avez l’occasion…

A L’Alhambra, à Paris, les 1er, 2 et 3 décembre. Pour entrer dans « Le monde de Fred Pellerin » c’est par là.

24 novembre 2011. Étiquettes : . Québec-Acadie. 2 commentaires.

Tricot Machine, une maille à l’endroit, l’autre en vers

Tricot Machine (photo d'archives - DR)

Tricot Machine, 23 avril 2011, Le Pax à Saint-Etienne,

En cette veille de Pâques, la salle est pour le moins clairsemée, mais l’occasion était belle pour nos québécois de se produire en cette ville qu’ils semblent bien aimer, histoire d’occuper leur emploi du temps, entre deux concerts lyonnais (dont un en première partie de Fersen) et à trois jours d’une autre première partie, de Cocoon, dans le mythique Olympia de Paris.
Le Québec nous est un bon fournisseur de chansons en gros. Celle bien charpentée, qui fait sens et œuvre, de Félix Leclerc à Stéphane Côté, de Richard Desjardins à Michel Rivard. Et une autre, qui flatte l’oreille et nourrit grassement le show-biz de ses « plamonderies », ses Garou, ses Dion et autres rejetons, une chanson pas très regardante sur ce qu’elle chante pourvu qu’elle fasse tinter le tiroir-caisse. Tricot machine est ailleurs. Ces deux-là, Catherine Leduc et Matthieu Beaumont, couple sur scène comme ailleurs, nous font une p’tite chanson pas bien farouche, fraîche comme la rosée du matin, avec un plaisir communicatif étonnant. Leur inspiration se nourrit de restes d’enfance, de choses de l’amour, avec de vrais morceaux de bonheur dedans (« Mais c’est pas la faute du temps / Si j’frissonne / Et nos mains se repèrent / Et nos cœurs s’accélèrent »)… Et d’évocation de la nature, paysages de Trois-Rivières et de Montréal souvent enneigés, quand tombent les « peaux de lièvre » : quand, « une bûche après l’autre », on se réchauffe autour du poêle, tendrement.
Matthieu est au piano ; Catherine au concertina et au xylophone, baignée de couleurs de haut en bas. Sans plus de présentation, ces deux-là ont le don de faire copain-copain avec l’assemblée, tant qu’on s’y sent bien, à l’aise, comme une soirée entre amis, de rare complicité. Des amis du lointain, de là où la voix se charge d’un accent particulier, drôle et chantant, aux mots singuliers. Quand nos deux amis parlent, c’est criant ; ça l’est moins quand ils chantent, soucieux qu’ils sont d’une bonne élocution. Parfois, les batterie et autres claviers de leurs deux complices (leurs prestations sont à géométrie variable, du duo au sextet : là, ils sont quatre en scène) forcent le trait musical, en une pop-rock séduisante où les mots doivent tout de même se battre pour encore se faire entendre.
Il y a en leur prestation tout le bonheur du monde qu’il est franchement agréable de partager le temps d’une scène. Tricot Machine file un bien bon coton. Parce qu’ils aiment l’Hexagone, ils profitent de toutes les occasions pour y venir, pour propager ce bien-être : « Les années se suivent et nous rassemblent / Il y a toujours à partager. » C’est délicieux !

Le myspace de Tricot Machine, c’est là. 25 avril à L’International, à Paris ; 26 avril à L’Olympia, à Paris ; 27 avril à La Cigale, à Paris.

25 avril 2011. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques, Québec-Acadie. 2 commentaires.

Star acadienne, pas star ac’

Ce papier tiré de mes archives presse se veut comme un bonjour aux lecteurs acadiens de ce blog. C’était en juin 2003, au Quarto d’Unieux, dans la Loire, un Danny Boudreau venu « discrètement, en éclaireur du festival ligérien Les Oreilles en pointe ». Bon repérage qui nous instruisait alors sur cet acadien, star chez lui, inconnu chez nous.

Danny Boudreau : "Si je suis l’écho de son cri" (photo DR)

Archive. C’est une vedette en son pays d’Acadie, côte Est du Canada. Un de ceux très attachés au français, tant il est vrai que les Acadiens furent longtemps empêchés de parler leur langue nourricière. C’est dire s’ils revendiquent haut et fort l’oriflamme de la francophonie.
Danny Boudreau, un après-midi en semaine au Quarto, que voilà donc une idée incongrue… Déjà qu’on ne se déplace pas facilement pour s’en aller découvrir – quel courage, vraiment ! – ce qu’on ne connaît pas, mais alors là… C’est que Boudreau s’en venait faire, comme ça, entre deux avions, connaissance avec enfants et ados de centres de loisirs, avant de revenir, d’ici la rentrée, animer un atelier d’écriture « chansons » sur le thème, qui lui va comme un gant, de l’identité. Et quitte à rentrer en conversation, puisqu’on est chanteur, autant le faire en chansons. Danny Boudreau a une belle voix qui ne se limite pas, loin s’en faut, à un exercice vocal. L’organe est beau quand il véhicule des choses belles, sentiments, émotions, quand il suscite en nous des paysages d’images. Quand, sans lourds slogans, il insinue l’Histoire par de petites histoires, quand il parle d’un peuple, celui de nos cousins d’Acadiens : « Le souvenir brûle encore / Au plus profond de ma mémoire. »
Boudreau est de ceux qui conjuguent et réconcilient chanson de qualité et « produit » de grande consommation : c’est une écriture exigeante, qui peut se loger en un maximum d’oreilles, attentives comme négligentes. C’est fluide, passionnant. Boudreau écrit des textes qui suintent parfois nostalgie, qui parlent souvent d’exil : « Quitter mon nid / S’envoler vers la vie / Sans un aller-retour / Si loin de mon amour. » Et s’en va à la source, au bagout des bayous, interpréter Zachary Richard, celui de Louisiane, qui est pour les Acadiens comme figure de proue. « Si je suis l’écho de son cri, c’est que résonne en mon cœur la voix de mes ancêtres acadiens » dit Danny.
Nous avions osé suggérer parenté artistique, vocale aussi, entre Danny Boudreau et Francis Cabrel. Sans être criante, elle n’en est pas moins manifeste. Par la qualité de l’écriture, par certains thèmes, la façon de chanter un peu, celle de se saisir d’une guitare aussi… Par cette magie, qui leur est commune, qui fait d’une chanson un petit bijou dans lequel on entre à fond. Par cette pêche sur scène, ces deux guitares (dont celle, inspirée et majestueuse, du complice Dan Godin) qui emplissent l’espace et l’habitent. Avec Jean-Jacques Goldman aussi, au moins sur certains titres. Artiste majeur de la scène du Canada francophone, Danny s’y taille là-bas un succès enviable. On le comprend, car sa chanson procure rare entêtement : on l’emporte avec soi pour la fredonner souvent. Si ce n’est pas une définition de la chanson populaire, ça…

Le site de Danny Boudreau. Et son myspace.

22 janvier 2011. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène, Québec-Acadie. Laisser un commentaire.

Sylvie Cobo, Baronne en son fief

La Baronne, 7 novembre 2010, Le Quarto à Unieux,

La Baronne (photo d'archives DR)

Face à face, un piano à queue et une batterie, et derrière bientôt vingt-cinq chœurs féminins en renfort, le partage est fait, la scène occupée. Retour au pays de Sylvie Cobo, ci-devant La Baronne, parenthèse dans sa nouvelle vie québécoise. Reste qu’ici « Dans les bars de la Croix-Rousse / La Bière coule à flots. » La Baronne se doit de donner le meilleur d’elle-même pour ces chaleureuses retrouvailles. Elle s’y emploie. On ne la connaissait vraiment qu’assise, corps-batterie incarnant tant la puissance que le rythme ; la voici d’abord et avant tout debout, libérée, à nous transporter dans son univers, dans ses chansons créées là-bas qui, toutes, nous sont inconnues. Nous connaissions le phénomène et c’est la chanteuse qui nous revient dans un répertoire où se disputent le désir, les déclinaisons de l’amour, l’empathie et l’onirisme, « loin des abysses, de l’apesanteur et des mystères. » Avec des textes de toute beauté (« Tu es le point cardinal de ma nuit fatiguée / Le miroir que j’appelle / Qui va me trouver belle… ») que nous découvrons et qui s’estompent l’instant d’après au profit d’autres, tout aussi empreints de désir, de tendre poésie, de mots rivalisant d’adresse, « histoires sans tristesse et sans gloire / et peut-être sans avenir. »
Pas une ride au talent, pas le premier cheveux blanc, La Baronne est toujours flamboyante, éternelle jeunesse, qui fascine et séduit par sa seule présence. Et sa voix chaleureuse, complice : « Dors mon amour / L’amour ça crée des liens sacrés. » On aimerait être son oreiller…
On saluera la prestation de Matt Herskowitz, au piano, qui habille de ses notes la moindre parcelle de mots avec classe et dextérité. Il méritait son solo et ce fut pour nous un rare délice.
En rappel, il y a, bien sûr, cette chanson qui lui colle aux dents et fixe nos souvenirs, Les P’tits bars, comme un p’tit dernier pour la route. Et cette reprise de Julien Clerc, Utile : « Même si c’est moi qui chante / À n’importe quel coin de rue / Je veux être utile / À vivre et á rêver. » De là à décréter La Baronne d’utilité publique…

On lira l’interview exclusive de La Baronne dans les colonnes du webzine Thou’Chant de ce mois-ci.
Pour retrouver ses nouvelles chansons, c’est ici.

8 novembre 2010. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène, Québec-Acadie. 2 commentaires.

Bori, le cousin québécois

Bori, 5 novembre 2010, salle Dorian à Unieux,

Bori (photo d'archives, DR)

Ce n’est pas avec ses pochettes de disques qu’on risque de (re) connaître sa tronche. Même en concert, il y a encore peu, il revêtait un loup, pour toujours se masquer. Le voilà donc devant nous, l’homme aux sourcils ténébreux, le chanteur au visage buriné et sévère. Avec, ma foi, des textes qui ne font ni particulièrement dans la joie ni dans la dentelle. Bori chante le monde, la société et ce qu’il en perçoit ne brille pas de mille paillettes ni des feux de l’amour. C’est là, à l’écoute de ses textes, qu’on matérialise bien la mondialisation, Amérique du Nord et vieille Europe mêmes combats, mêmes injustices, mêmes laissés pour compte. Son pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver aussi.
Ce qui marque en lui c’est déjà l’extrême politesse du verbe, le soin de bien articuler, de se faire comprendre. Sauf quand il se lâche sur une sorte de rap : là vous ne captez au mieux qu’un mot sur deux, jouissant à l’aveugle d’une langue certes proche, carrément cousine, mais dans un accent improbable, rustre et poétique à la fois. L’accent, on le retrouve quand le monsieur se plaît à jaser : c’est d’ailleurs là qu’on découvre le Bori chaleureux, drôle même ? Lui, le preux chevalier prêt- à envahir les Etats-Unis avec ses chansons francophones, une avec particulièrement au timbre très aznavourien. Car Bori connaît ses classiques. Tant qu’il nous fait un mix d’Avec le temps et Ne me quitte pas, maillé serré, chopant tantôt l’accent brélien, tantôt la voix ferré. Très militant vraiment ce chanteur, cerné d’anglophonie, luttant avec ses mots et ses refrains.
Il y a certes un peu de surréalisme dans le propos de Bori (« J’ai reçu toute la lettre / Je l’ai lue dans la poubelle… ») mais surtout une bonne dose de grand réalisme, une lecture sans fard de qui nous sommes, de comment nous sommes dirigés, contrôlés. Et c’est édifiant. Comme l’artiste à les mots pour le dire, ça passe, ça coule de source, c’est tellement bien dit… « Quand seront usées nos bottines / Nos rêves de sable / Qu’on aura passé au travers / Desservie la table / Dernier rendez-vous / Avant de s’en aller… »
Sacré bonhomme, apparaissant en début de concert comme un clodo et s’en allant sous le luxe d’une ovation. Y’a d’la classe en ce bonhomme. En ses complices aussi : Michel Sanlaville (basse, contrebasse) et Jean-François Groulx (piano).

Le (très beau) site de Bori, c’est ici.

6 novembre 2010. Étiquettes : . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques, Québec-Acadie. Laisser un commentaire.

Martin Deschamps, cœur de rocker

Le sixième opus d'un étonnant chanteur

Il y a deux ans, le rocker qu’il est plus que tout s’était vêtu des habits du crooner qui sommeille en tout chanteur, au nord des Amériques. Ce fut Le Piano et la voix où il posait sur la pochette en chemise blanche et nœud pap’, certes défaits. Où surtout, d’un chant reposé, il allait plus encore dans l’infinie tendresse, dans l’amour. Avec On veut la paix, son nouvel opus, il reprend tant son tee-shirt noir que son collier fétiche et renoue avec un band, un gang, coupable d’un rock puissant, pleinement maîtrisé. Si la chanson-titre pourrait facilement être un nouvel hymne à la paix, c’est néanmoins le chant de l’amour que Deschamps laboure encore et toujours, par toutes ses déclinaisons : « J’te bois dans mon verre, j’te vois partout / La nuit tu es là dans mes rêves les plus fous » (Le Meilleur de moi). Le meilleur de lui, Martin Deschamps le donne depuis son entrée sur la scène musicale, en 1996, dominant d’une tête « L’Empire des futures stars. » Puis prenant celle du groupe Offenbach (qu’il retrouvera furtivement en 2005 sur l’album Nature) avant de se lancer dans une remarquable et énergique carrière solo dès 2000, dont On veut la paix est la 6e trace discographique. Hors quelques rares virées dans l’Hexagone, Martin Deschamps reste inconnu en France et c’est grand dommage : il pourrait facilement nous apprendre ce que rock veut dire, ce que la chanson a y faire dedans, ce que l’étonnant artiste qu’il est peut nous transmettre comme feu sacré. NosEnchanteurs puise son lectorat partout où se chante le français, chez nos lointains cousins québécois donc. Et lorgne de près sur ces terres francophones qui ont souvent beaucoup à nous apprendre sur nous et notre langue. À ce titre, Martin Deschamps est simplement exemplaire.

On lira aussi, sur ce blog, l’article « Martin Deschamps, qui en pince pour le rock. »

En scène ce 23 octobre au Jolodium à Notre-Dame-des-Prairies (Québec), le 26 octobre au Théâtre Telus à Montréal, le 28 octobre à la Ferme Rouge de Gatineau. Les autres dates sur le site de Martin Deschamps.

22 octobre 2010. Étiquettes : . Lancer de disque, Québec-Acadie. Laisser un commentaire.

Desjardins, diable d’homme…

Je vous ai déjà entretenu, sur ce blog, du québécois Richard Desjardins, dans une formule solo. Là, c’était avec ses musiciens cette fois. Qui plus est juste à côté de chez moi, dans la modeste mais confortable salle d’Unieux, lors des Oreilles en pointes il y a quelques années. Difficile de trouver les justes mots pour narrer un tel concert : Richard Desjardins est indiscutablement au dessus du lot.

Desjardins et ses musiciens (photo Steven Hunt)

Archive. Nous ne connaissions Desjardins qu’en solo, piano et guitare. Cette formule là n’est certes pas orchestre symphonique, mais c’est tout comme : ça ne saurait être mieux. C’est grand luxe et ça fait peur : on se dit que ça tuera l’intimité de cet homme précieux. Ben non, ça fait duvet où tombent les notes comme la neige de Kanasuta, son pays, là où « les diables vont danser ». L’homme est rare et, si la salle n’est pas tout à fait pleine, le public vient de parfois bien loin. On sait qu’on ne vient pas voir un concert, mais bien écouter Desjardins : c’est subtil, c’est autre chose. Regardez cet élégant et énigmatique visage, taillé à la serpe, qui semble tiré d’une aquarelle d’Hugo Pratt. La poésie et la passion se lisent sur ses traits et se prolongent long des bras. Regardez ces doigts sur le piano… Desjardins parle abondamment. Un flot de paroles, comme digue qui rompt. La voix est belle, majeure, nous entretenant des ouvriers maltraités, de révoltes qui grondent, d’une démocratie qui tarde, de guerres : « L’heure est venue / De caler les loups / Et chanter nos amours / Épouser nos sens / Et mêler nos sangs / Montant de la terre / Un parfum de fer / Déterré / La hache de guerre ». De politique aussi, où l’on s’aperçoit que l’artiste se plaît à une saine ingérence et aime à griffer : pauvre ministre, à l’intérieur… Desjardins nous chante des histoires peuplées de vie. Des paysages aussi. Son pouvoir d’évocation est tel que, chaque fois, nous y sommes, dans son pays de Kanasuta, « là où les diables vont danser » : il y a la chaleur humaine, et le vent froid et sec. Certes, vu l’accent et la densité du propos, vous loupez bien un mot sur deux ; vous vous rattrapez sur l’idée, le sens, sur l’émotion. L’artiste est volupté, il est aussi colère qui ne négocie aucune indignation : « Il m’est avis que le jour du jugement dernier, le bon Dieu aura besoin de bons avocats ». Il est aussi entrain, fait de ce bois dont on sculpte les trappeurs, de ce whisky qui vous fait entrer en danses, en transcendances. Aucun « tube » en ce concert : ni Lomer, ni Tu m’aimes tu, ni Quand j’aime une fois c’est pour toujours… Seul Boom-Boom… Pas besoin. Voici un chanteur qu’on ne tiendra pas pour juke-box : son utilité sociale et artistique est ailleurs. Vous y étiez, vous le savez. Ou on vous l’a dit. Ce concert-là est sans aucun doute l’un des plus beaux qui nous aient été offert aux Oreilles en pointe et ailleurs. Vous y étiez et vous lui avez fait cette incroyable ovation : celle qu’on réserve aux plus grands. Aux carrément géants !

Le site de Richard Desjardins.

2 août 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, Québec-Acadie. 2 commentaires.

La Baronne, tout d’une grande !

Ça c’est un bon vieux papier, de décembre 1997 (au Majestic de Firminy) c’est dire ! Sylvie Cobo, dite « La Baronne », une chanteuse « locale », triomphait alors sur les scènes de Rhône-Alpes. Étrangement, le « journaliste chanson » que j’étais déjà ne l’avait pas encore épinglée à mon catalogue. Chose faite. Quelques années après, Sylvie quitta la Loire, quitta la France, pour rejoindre son amoureux au Québec. Deux disques là-bas, sous son vrai blaze et puis plus de nouvelles. La rumeur la disait même avoir abandonné la chanson, être devenue bûcheronne. La chanteuse bûchait sans doute autrement puisque La Baronne va nous faire en novembre prochain son retour au pays, lors de deux soirées des Oreilles en pointe. Occasion s’il en est de revenir sur cette splendide artiste.

Sylvie Cobo, dite "La Baronne" (photo DR)

Archive. Si j’étais directeur artistique dans une de ces multinationales du disque, je signerais un contrat, là, tout de suite, sur un bout de table, sur un timbre-poste même, pour être sûr de l’avoir, prestigieuse, à mon catalogue. Et de ne pas me la faire piquer par un autre.
Si j’étais un chanteur à succès, je ne prendrais pas La Baronne en première partie de mon Olympia de peur d’être déjà oublié et congédié lors de mon entrée en scène. Car le showbiz est très cruel…
Si j’étais l’organisateur de cette soirée, je la reprendrais pour la prochaine saison, parce que c’est évident. Mais en sachant, vu l’ampleur de la rumeur, qu’il faudrait penser à une plus grande salle.
Si j’étais un programmateur intelligent, sensible et avisé à la radio ou à la télé… Mais, suis-je bête, c’est un poste de travail qui n’existe pas !

Qu’Emmanuel de Bonneville, le pianiste, ne m’en tienne pas rigueur : même si La Baronne est l’exact nom du duo qui l’associe à Sylvie Cobo, c’est bien cette dernière qui, sur scène, est La Baronne, fougueuse et majestueuse, lionne à crinière rousse, instinctive, prodigieuse, déjà très grande. On a comparé cette dame à de nombreux artistes. Mais c’est bien au-delà ! Elle est la rencontre et la fusion de quelques grandes voix de la chanson. D’abord de Danielle Messia, chanteuse trop vite disparue, dont on pouvait prédire la plus grande des carrières. Le timbré est le même, la fragilité autant que l’assurance de la voix. Il y a aussi évidemment un peu de Mama Béa, quand le corps de La Baronne se met en transe et arrache de ces sons étranges et beaux ; il y a du Stella Vander et du Magma dans la voix et dans la recherche d’une langue qui n’existe pas. Il y a, de manière appuyée, du Nina Hagen et, parfois, tout en douceur, des choses et la façon de les chanter qui font songer à Angélique Ionatos, à Noa aussi. Il y a la force de toutes ces chanteuses andalouses et puis, il y a la structure nonchalante et prégnante de Kent, à tel point qu’on se demande parfois si La Baronne ne serait pas Kent au féminin. Convoquer sur un article tout le gratin de la chanson fait plaisir, surtout si c’est pour affirmer une telle chanteuse. Sylvie Cobo écrit les textes qu’elle interprète. Des trucs simples, voire simplistes, mais qui se baladent bien entre nos oreilles. Même s’il serait sans doute judicieux pour elle de se trouver un grand parolier (pour l’avenir), son répertoire s’écoute. Et ses mots font parler son corps qu’elle utilise comme une fantastique caisse de résonance qu’elle frappe pour en tirer sons et percussions. Femme-orchestre, chanteuse et batteuse, qui dit que son corps est un tambour. C’est une gamine à l’air frondeur qui se joue de vous le temps d’un spectacle, et qui joue avec vous, fière de vous montrer ce qu’elle sait faire. Et si elle chante aussi en espagnol, c’est que ça lui procure des sourires, des airs malins, une candeur étonnante autant que la puissance d’une femme mûre et sûre de soi, qui n’aime et n’appelle que «les histoires d’amour compliquées». Elle a l’aisance de la jeunesse, le talent et l’avenir. Sa place est faite sur une scène internationale qui n’attend qu’elle. Bon vent !

Écoute de quelques titres récents de Sylvie Cobo. La Baronne, samedi 6 et dimanche 7 novembre 2010 au Quarto d’Unieux (le 6 en première partie de Clarika).

1 août 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, Québec-Acadie. 1 commentaire.

C’est un Desjardins extraordinaire !

Parmi les grandes heures du festival Paroles et Musiques, la mémoire retiendra le récital solo de Richard Desjardins. C’était en mai 2001, salle Jeanne-d’Arc à Saint-Étienne. Le chapeau de ce papier, le lendemain dans la presse, était : « Il faut l’avoir vu une fois pour savoir qui est Richard Desjardins, fulgurance et talent mêlés, définitivement grand ! »

Richard Desjardins, chanteur de surcroît (photo DR)

Il est chanteur québécois et dieu sait qu’ils sont nombreux de nos jours. Ou pas tout à fait, une fois ôtés les boutons de Dion et l’autre loup de Garou. C’est en terre de conscience et de fraternité que Richard Desjardins est l’égal de Félix Leclerc et de Gilles Vigneault. Pas les gnomes de Plamondon. A l’évidence Desjardins n’est chanteur que de surcroît. Pour le plaisir, pour le médium, pour que ses mots arrivent à nos oreilles. Pour aussi que la dignité des peuples soit prise en compte. Desjardins est un philosophe, non de salon mais de la terre. Sa faconde au si bel accent et son talent sont à ce service- là, cherchant désespérément le bonheur et de quoi l’étayer. Il fait de nous des «antilopes de la nuit buvant aux sources confidentielles», des vigilants, des «dénonçants», lui qui est vaste espace sauvage de toundras et de lacs gelés, meurtri de forêts endeuillées par les coups à blanc de l’homme blanc ou de qui veut lui ressembler. Desjardins est grave et facétieux, pan de respect de la dignité de chacun. Par un corps à corps avec son grand et noir piano, avec cette guitare qui l’arme ensuite, il nous amène à nous regarder. Il est bouleversant, fragile et immense à la fois, tenant la scène de manière poignante, déchirante. Et nous chante l’amour d’une façon autre… Voix râpeuse, fulgurance du verbe qui conjugue calme, quête et tumulte, Richard Desjardins chante une «réalité qui n’est peut-être qu’un manque d’illusion» et tente de peser ce que vaut l’Homme. Autant de mots portés sur des portées qu’on emporte avec soi, dans l’espoir que ses chansons changent la vie, qu’elles puissent nous changer un jour. Quand on aime une fois Desjardins, on l’aime pour toujours.

Le site de Desjardins, c’est ici.

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11 mai 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, Québec-Acadie. Laisser un commentaire.

Lejeune, qui nous vient d’Acadie

Oep.logo09067C’était hier jeudi sur la scène du Quarto, à Unieux, dans le cadre du festival Les Oreilles en pointe.

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Pascal Lejeune et John Boulay (photo Blandine Croizier)

Il nous arrive du petit pays d’Acadie, péninsule au-dessus de l’estuaire de Saint-Laurent, fière contrée canadienne qui a su, contre vents violents et marées de larmes, préserver ses fières racines francophones. Pascal Lejeune est vedette de par chez lui. Et, voyez notre ingratitude, anonyme en nos contrées. Là-bas il se produit avec pas mal de musiciens ; ici il nous est venu avec son mandoliniste et camarade d’enfance John Boulay, formule à ce jour inédite, partage de notes en portées d’amitié. Une vraie musicalité, rien que du bonheur déjà. Quelques-uns ont eu l’audace, même si ses souliers n’ont pas encore beaucoup voyagé, de comparer Lejeune à Félix Leclerc. Cette idée m’est revenue durant tout ce récital, insistante, tenace, comme une évidence. Il y a en Lejeune la trace du vieux, cette façon de poser ses mots, d’oser un regard sur les autres et sur l’amour, cette tendresse qui n’est pas absente de sévérité, d’un bon sens que seule la terre sait fertiliser. Pascal Lejeune est folk-singer comme on dit au nord des Amériques. Quelques cordes de guitares, d’autres vocales, et c’est une chanson qui naît à l’adresse d’âmes en détresse (admirable ce Train qui n’est pas à l’heure, à l’adresse d’un que l’insupportable train-train quotidien conduit au suicide…), d’amours évanouis, de braises autrefois ardentes à ranimer « à la maison, en décembre / pour une nouvelle saison qui commence / pour remettre nos corps dans la balance ». C’est du bel ouvrage que celui-ci, passionnante chanson dans laquelle il est facile et confortable d’entrer, faite de mots simples assemblés avec élégance. C’est un bon gars que celui-là, un de ces humains armé d’humour et de simplicité qui, d’emblée, sait se faire copain. Pour longtemps.

13 novembre 2009. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques, Québec-Acadie. 4 commentaires.

Angel Forrest, autres ailes, autre désir

Archive. Je vous parlais de Martin Deschamps, mémorable souvenir de son passage au festival Les Oreilles en pointe en 2002, avec dans ses bagages la choriste Angel Forrest. La divine Angel est revenue l’an passé, en vedette cette fois-ci, à ce même festival. Autres émotions…

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Angel Forrest : tout, par elle, est craquant, tout est croquant (photo Marcel Dubois)

Salle pleine ce dimanche au Quarto, foule de partout et du monde au balcon. Tous venus pour applaudir à tout rompre la belle, l’Angel venue des lointaines Amériques, cette forestière et ses deux beaux bûcherons. Angel Forrest nous revient six ans après Deschamps, en vedette à son arrivée sur scène, en star au terme de deux heures d’anthologie. Elle est d’un naturel déconcertant, à de suite tutoyer le public, à toujours s’ajuster la robe, à commenter ses bourrelets, ôter ses bottes même. C’est plaisant, ça nous botte. Angel s’exprime en français de là-bas mâtiné d’un terrible accent. Mais c’est en Étasunien qu’elle chante. Et chanter est peu dire. C’est tout son corps (et quel corps !) qui s’exprime, une voix belle, ample, puissante, qui vient de loin, de ses tréfonds. On lui couperait le micro qu’elle n’en serait pas plus faible. C’est du folksong, du rock n’roll, du blues. C’est toutes nos Amériques en une chanteuse de rêve, icône du bonheur. La salle vibre comme jamais, incandescente. L’osmose vraiment, show éblouissant. Parfois, Angel convoque d’autres textes que les siens, du Pink Floyd ou du Tina Turner, toujours avec aisance. Et c’est énorme ! Deux heures ainsi, un public de tous les âges, vite debout à saluer la dame. Et cette chorale, ces stagiaires qui l’avaient précédée, cette « clinique musicale » comme on dit au Québec, la rejoignant alors. Comment dire le bonheur, sauf à le chanter ?

2 novembre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts, Québec-Acadie. Laisser un commentaire.

Martin Deschamps, qui en pince pour le rock

Archive. A quelques jours du début du 19e festival Les Oreilles en pointe, pour lequel je réalise chaque année l’hebdo L’Oreillette, j’ai envie, en ressortant ce papier de novembre 2002 encore tout trempé d’émotion, de vous parler du québécois Martin Deschamps, un gars qu’on ne connaissait alors pas. Ce fut son premier article de presse en France. Cette rencontre – un des plus grands moments du festival – marquera pour toujours mes souvenirs de scène.
Deschamps064« Celle que je vais chanter est une nouvelle. Mais ça veut pas bien dire grand-chose : pour vous ce sont toutes des nouvelles ». Martin Deschamps est depuis quelques minutes sur la scène de La Forge et tout le public lui est déjà acquis, ami, frère. « C’est mon premier concert en Europe mais je sens déjà les vibrations. Et ça fait bonne communication ! ». Deschamps fait dans le gros son, le gros rock, taillé dans la passion de textes amoureux, de mots généreux. Il est fulgurance, il est contagion, qui virevolte, électrique, dans un espace scénique qu’il épouse, qu’il fait sien. Lui, « l’archange qui va chasser sa peine en chantant des louanges », est l’évidente révélation des Oreilles en pointe. Et la surprise, teintée d’un curieux sentiment… Martin Deschamps est handicapé, une unique jambe pour prendre son pied, un seul bras, pas d’avant, qui se termine par une pince. Cela l’empêcherait-il de se la jouer rock n’roll, de frotter claviers et de pincer guitare, lui le cœur battant d’une chanson régénérée ? Que nenni, il est tout et fait tout, appuyé du reste par une formation redoutable, d’extraordinaire complicité, et d’une choriste, Angel Forrest, que, my god, on lui envie déjà.
Prestation au-delà des mots, au-delà de ses maux : si Martin s’en va conquérir la France (c’est son souhait autant, je vous le jure, que le nôtre), il en prend le chemin. Entre autres par l’ancien succès d’Adamo devenu, plus que tout autre titre, le manifeste de Deschamps : « C’est ma vie, c’est ma vie / Je n’y peux rien / C’est elle qui m’a choisi / C’est ma vie / C’est pas l’enfer, c’est pas l’paradis ». Vous pouvez pratiquer mille scènes, côtoyer autant d’artistes, fréquenter tous les concerts ou presque, jamais vous ne rencontrerez un type tel que Deschamps. Non parce qu’il est Différent physiquement, la chose est entendue. Mais parce qu’au-delà de son strict répertoire, il a quelque chose en surplus à vous donner : le goût de vivre, la pêche, la patate, un je-ne-sais-quoi qui ruine vos p’tites misères et vous permet d’envisager la vie autrement. Deschamps est simplement foudroyant. C’est en cela, et seulement en cela, qu’il est différent.

On peut découvrir Martin Deschamps sur son site.

31 octobre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts, Québec-Acadie. Laisser un commentaire.

Du Côté de la chanson québécoise

Par la consécration du grand festival de Petite-Vallée en 1999 ; puis par les albums
Rue des balivernes (2001) et Le Cirque du temps (2006), Stéphane Côté était alors entré dans notre horizon chanson, par une fort jolie porte qui plus est. C’est dire si on attendait depuis qu’il nous donne de ses nouvelles. C’est chose faite et ça se nomme Des nouvelles, justement : « Avez-vous des nouvelles des valeurs de la vie / Situées dans l’échelle du destin garanti ? / On a appris qu’elles s’étaient effondrées / Les cours des jours en ont fait des marchés ».
Stéphane Côté033 Rien de révolutionnaire en ce disque, Côté ne bouleverse pas la donne, n’invente aucun concept, n’imagine pas une hypothétique chanson de demain. Non, il ne fait que s’inscrire à merveille dans une saine tradition par des chansons chaleureuses, profondément humaines, faites de « mots d’amour qui comblent sans quémander ». Côté prend le temps, peaufine ses mots gorgés de notes. Et s’inscrit de plain-pied dans l’histoire de la chanson québécoise. Pas celle que le showbiz exporte dans l’Hexagone : plamondonneries, Dion & Garou et pire encore. Non, celle qui aime le verbe, qui sculpte les émotions à l’intuition, au toucher, sans calcul. Je disais il y a quelques temps de cet artiste : « Il y a en Coté une patte, une empreinte à nulle autre pareille, une façon d’aborder nos vies et de prendre du large, de la hauteur, de les considérer non par une petite fenêtre mais dans une dimension intemporelle, quasi universelle. C’est une sorte de quête, la recherche d’un meilleur sur terre, de relations humaines autres, où on se rencontre, où on se raconte : « Emportez les anges au ciel mais laissez-nous l’illusion de cœurs encore humains sur terre ». Ce ne sont qu’itinéraires, vies qui passent, racines… Espoirs et illusions sans doute, sorte de foi en l’Homme sans nul doute, il y a en ce Côté une sorte de lumineuse naïveté qui vous galvanise sur l’instant, qui vous fait croire l’espace d’une chanson, le temps d’un récital, que tout est possible. Dit comme ça, ça fait songer à l’autre québécois qu’est Gilles Vigneault : c’est aussi nécessaire ». Le nouvel opus du québécois confirme largement l’impression.
Ce nouvel album est sorti fin août. C’est vrai que le Québec et ses disquaires nous sont géographiquement loin. Un peu moins quand on sait que Stéphane Côté s’en vient visiter la vieille Europe dans quelques semaines (les 28 et 29 octobre à Lutry, en Suisse ; le 30 octobre à Delémont, en Suisse : le lendemain à Saint-Imier, chez les Helvètes toujours ; enfin les 2 et 4 novembre à Paris). De quoi faire provision de chansons et de disques.

15 septembre 2009. Étiquettes : . Lancer de disque, Québec-Acadie. Laisser un commentaire.

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