Chanter en novlangue…

(photo DR)

Armons-nous de mauvaise foi et enfonçons le clou. Pourquoi les jeunes chanteurs et nouveaux groupes francophones s’expriment-ils majoritairement en anglais ? Un possible élément de réponse nous vient d’une circulaire du Ministère français de l’éducation nationale, adressée ces jours-ci (en pleine campagne électorale, où chacun fait ses cartons, c’est peut-être pas la période la plus judicieuse…) aux enseignants, qui, constatant que « la maîtrise de la langue française est en régression depuis vingt ans », vise à les accompagner dans leur pédagogie. On apprend ainsi que, dans le cadre d’une étude, il a été demandé à des élèves de faire une dictée d’une dizaine de lignes, pas plus. Dictée au résultat édifiant : en 1987, ils étaient 26% à faire plus de quinze fautes. En 2007, les écoliers étaient 46% dans ce cas. On s’imagine que 5 ans plus tard, la situation a encore empirée…
Quitte à écrire n’importe quoi, n’importe comment, à torpiller l’orthographe comme la conjugaison, à réduire le champ de sa pensée à mesure que recule la maîtrise de sa langue maternelle, autant donc le faire et le chanter dans cet espéranto industriel qu’est l’anglais. Un anglais alors rudimentaire, scolaire, qu’on rapprochera utilement de la novlangue chère à George Orwell. De toutes façons, l’insipide brouet qui en résultera ne servira qu’à accompagner la musique, pas forcément à alimenter de doctes traités linguistiques.
Ne pourrait-on pas développer, en milieu scolaire, des ateliers d’écriture pour tenter d’insuffler la magie du verbe en français ? C’est vrai qu’à force de réduire le train de vie de l’éducation nationale, il ne doit pas rester beaucoup de crédits pour ça… Élève Chatel, au piquet !

Sur le même sujet, on lira aussi « Je chante faux en français ».

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18 avril 2012. Saines humeurs. 11 commentaires.

A ceux qui tiennent pour importante la chanson française

NosEnchanteurs est le lien de cette autre chanson qui nous anime tant. Lieu de découvertes et de promotion il va de soi, lieu de débat aussi. En visite dans les Hautes-Alpes, à Veynes, j’ai eu le bonheur, le privilège de rencontrer des gens assez exceptionnels, parmi lesquels le chanteur Philippe Séranne qui, tel Don Quichotte, part en combat pour défendre la Chanson vivante en région PACA (Provence Alpes Côte-d’Azur). Son combat est sans doute le vôtre, dans votre propre région, il mérite d’être entendu. Et soutenu comme il se doit.

Philippe Séranne (photo DR)

Aux amoureux de poésie, de parole libre, d’engagement citoyen et de musique populaire en région PACA

qui de près ou de loin avez ainsi en partage la défense de la chanson vivante

Saviez-vous qu’en plus d’occuper avantageusement, sur les ondes des radios commerciales, le reliquat de temps de cerveau disponible de notre belle jeunesse une fois qu’elle a débranché portables et écrans, la musique anglophone amplifiée bénéficie de votre soutien généreux par le truchement de l’impôt régional ? Jugez-en par vous-mêmes en écoutant la compilation régionale des enregistrements financés avec vos deniers en 2011. Mes coups de coeur perso : l’inventivité harmonique de « Under Kontrol » et la poésie toute en finesse d' »Enculeurs de mamans », l’un des 6 titres, sur 36, qui contient des textes en français.

Je n’ai rien contre l’électro, le rock, le hip hop ni même en soi contre la langue anglaise en tant qu’outil de communication primordial en dehors de nos frontières. Mais une fois que l’on sort le jazz et autres musiques expérimentales du lot, le déséquilibre dans les aides au disque de PACA en faveur de ces esthétiques « modernes » relève de la caricature. J’affirme que la vraie différence, la vraie modernité musicale dans une société en profonde crise de sens, se trouve autant dans une parole poétique nourrissant de nouveaux rapports au monde que dans les codes communautaires dominants d’une partie des 15-25 ans.

C’est ce que la chanson vivante – qui nous parle dans notre propre langue de nous-mêmes, de nos rêves, du monde et peut être chantée par tous – défend inlassablement face au broyage normatif et aseptisé des majors, de la télé et du show-business. Portée par des milliers d’artistes et de lieux militants qui cultivent sa différence, sa diversité et sa vitalité créative, elle résiste à l’uniformisation et à la culture du marketing-divertissement, elle aspire à faire penser, résister, contester, créer autant que rire ou pleurer.

Habitant une montagne à cheval entre Rhône-Alpes et PACA, je m’étais toujours demandé pourquoi la scène chanson marseillaise était à ce point atone comparée à la scène lyonnaise et rhônalpine en général ; et pourquoi les scènes musiques actuelles du Sud regorgent encore plus qu’ailleurs de noms de groupes anglicisés et de sons inaudibles sans bouchons. En Rhône-Alpes, la chanson représente 20% des aides au disque de la Région en musiques actuelles (32 projets sur 158 en 5 ans) ; en PACA seulement 5 à 8% (2 projets sur 36 en 2011, 2 sur 27 en 2010). Est-ce parce qu’il y a peu d’artistes de chanson en PACA, ou parce qu’ils sont moins soutenus ?

Je viens d’en vivre la démonstration : si la chanson est à ce point en marge des aides au disque apportée par PACA en musiques actuelles, c’est un choix délibéré. Bien que porté par l’une des structures professionnelles les plus actives en PACA en chanson, et co-produit par l’un des meilleurs labels et studios lyonnais du secteur, la Région n’a pas simplement présélectionné un projet d’album que je lui ai présenté parce que son comité d’écoute, composé de l’establishment local des musiques actuelles, n’a pas trouvé la « différence » qu’il recherche dans le son de mes nouvelles chansons.

Au-delà de mon cas personnel, qui se résoudra tôt ou tard à force de persévérance, le déséquilibre des esthétiques soutenues par la Région PACA dans les aides à la création et enregistrement en musiques actuelles est une dérive grave que je n’arrive pas à m’expliquer autrement que par une forme de soumission au secteur culturel commercial – dans un climat général d’allégeance de moins en moins dissimulée des politiques culturelles aux appétits privés, mais dont on pourrait espérer qu’une région dirigée par la gauche tente de se démarquer. Les répercussions sont très lourdes sur l’ensemble de la filière ; à 2 ou 3 exceptions près, la scène émergente en PACA est complètement bouchée pour la chanson. Et si je vous inflige le récit de ma déconvenue personnelle ce n’est pas par plaisir masochiste de me victimiser publiquement, mais parce qu’elle lève tout soupçon sur l’origine de ce déséquilibre : oui, il est bel et bien délibéré ; pire encore, bien que fondé sur la légitimité de la représentation démocratique et de l’impôt, il ne répond pas à une politique clairement affichée.

Je demande aux élus régionaux de reprendre la main, ou alors d’afficher clairement – pour ce qui est des musiques actuelles – que leur politique d’aide au disque est centrée, en dehors du jazz, sur les 15-25 ans et les musiques anglophones amplifiées.

Philippe Séranne

Rappelons à nos lecteurs les articles « Je chante faux en français » et « Made in Grenoble in Isère (Qui sera le dernier à chanter en français ? », déjà publiés à ce sujet.

13 avril 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 14 commentaires.

Françoise Hardy, pauvre chanteuse riche

Hardy, future exilée fiscale (photo DR)

Le hollandisme émasculeur de riches risque d’imposer (c’est le cas de le dire) le départ de quelques de nos (grands) artistes vers l’étranger. Ainsi, après Patriiiiiiiiiiiiiick Bruel, c’est au tour de Françoise Hardy, cette pauvre, pauvre chanteuse riche ! Tout à fait à la pointe de l’actualité sociale et de la souffrance des peuples, l’hebdomadaire Le Point ose : « Hollande va-t-il mettre Françoise Hardy à la rue ? » La star des sixties et muse de jeunes chanteurs bobos en quête d’une plume médiatique craint de ne plus pouvoir faire face à l’ISF si les français prennent le hollandais pour président. Car cet ultra-gauchiste d’Hollande menace les hauts patrimoines. « Je crois que la plupart des gens ne se rendent pas compte du drame que l’ISF cause aux gens de ma catégorie, explique-t-elle. Je suis forcée, à pas loin de 70 ans et malade, de vendre mon appartement et de déménager. » Avec des revenus certes fluctuants mais quand même de 150 000 euros, la star de l’astrologie qu’elle est aussi (elle a dû lire dans ses cartes ou son marc de café la victoire de la gauche pour s’exposer ainsi…) craint de ne plus pouvoir faire face à ses factures, charges et impôts si le drapeau rose flotte sur l’Elysée. Si elle semble d’accord avec le principe de l’impôt, elle ajoute : « mais pas pour taxer un patrimoine qui vous a coûté des fortunes à acquérir, et qui vous coûte déjà des sommes folles en entretien, charges et assurances. » Si j’ai bien compris : ça coûte une fortune de devenir riche, alors si en plus on paye une fois qu’on l’est… Pauvre riche ! J’aimerai lui expliquer ce qu’est la pauvreté, mais c’est peine perdue, combat vain. Vous, les pauvres, cessez sur le champ d’acheter les disques de cette dame qui s’appauvrit à mesure qu’elle devient riche. Et convenez avec moi qu’il y a vraiment des baffes qui se perdent !
Osée autant qu’hardie, Françoise risque de s’installer à Londres ou à New-York. Ce sera bien fait pour Hollande ! Encore un grand talent de perdu pour la France…

12 avril 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 31 commentaires.

Faut-il achever les vieux chanteurs ?

Leny Escudéro, un de ceux de qui les p'tits jeunes ont tout à apprendre... (photo DR)

Depuis toujours le jeunisme m’emmerde. Pire, me révolte. Or c’est une religion en France qui ne veut voir en son miroir et dans ses oreilles que l’illusion d’un élixir d’éternelle jeunesse, suffit de voir les politiques à toujours draguer les porteurs d’acné. Ils n’en veulent que pour les jeunes, toutes leurs initiatives sont tournées vers eux. Ou alors, carrément à l’extrême, pour les vieux de chez vieux, cibles de choix pour la qualité de leurs mains toutes tremblantes devant l’urne (pas la funéraire, pas encore, mais celle où on vote dedans avec sa main droite). En chanson, une fois qu’on a célébré le bel âge de Gréco (pas le peintre, non : l’ex muse de Saint-Germain des prés) et d’Aznavour, d’Aufray qui est pareillement aux fraises, on ne veut parler que des jeunes, au nom du génie de la jeunesse, de la relève, de la sacro-sainte « émergence ». Je vais faire ici divergence.
Peut-on être chanteur à plein temps sur toute sa carrière ? A-t-on le droit d’être quarantenaire, cinquantenaire ou plus en restant chanteur ? Doit-on s’excuser de son âge ? A-t-on le droit d’être chanteur à plein temps et tout le temps ? A-t-on le droit de bouffer ? Bien sûr, faudrait être con pour me dire « non ». Une fois dit ça, les programmateurs s’empressent à ne surtout pas les programmer, les décideurs à les décider, les organisateurs de festivals à les inviter.
Car la prime est aux d’jeunes. Et la déprime aux vétérans.

Anne Sylvestre : comptez ses passages télé et dans des festivals... (photo DR)

Autant on déploiera la tapis rouge pour les « vieux » de la variété (prenez le planning, année après année, de L’Olympia ; voyez le carton annuel de la tournée Age tendre et têtes de bois et de ses spectacles clones ; voyez qui pose ses fesses fatiguées sur le canapé rouge de Drucker…), autant on flingue à vue les vieux artisans.
Deux témoignages pour nourrir cette réflexion :
De Michel Fugain : « Le jeunisme ambiant est une impasse sociétale et donc forcément artistique » (Le soir, 5 janvier 2011, propos recueillis par Thierry Coljon)
De Sylvain Richardot, l’un des trois de Chanson Plus Bifluorée :« Et ne parlons pas de radio : France-Inter fait désormais de la politique de d’jeunes ; ils sont totalement dans ce plan-là en pensant que ça plait aux auditeurs. A part chez Meyer, Mermet et deux ou trois autres, il n’y a plus rien pour « écouter la différence » ! Les autres ne puisent que dans le listing des artistes labellisés. C’est du bon, mais ce n’est que la nouvelle scène et quelques dinosaures. Nous et plein d’autres – c’est-à-dire la majorité  –  ne sommes plus dans cette histoire ! France-Inter, c’est désormais sens unique. On n’a pas besoin de ça, on a besoin d’ouverture. Il faut vraiment parler de ça, du fait que la culture est à ce point cloisonnée en France… C’est monstrueux, on court à notre perte ! (…) Dans les festivals aussi, on nous le fait bien comprendre. Pourtant, on remplit les salles, on fait du mille partout. Eh ben les mecs s’en foutent. A qui les sociétés civiles donnent-elles des subventions ? A la nouvelle scène française ! Il n’y en a que pour elle ou peu s’en faut ! Si tu prends la nouvelle scène, t’es subventionné. Mais si tu prends Leprest, Didier, Michèle Bernard, Anne Sylvestre… ou Chanson Plus, ton festival n’aura pas une tune. Même s’il fait du monde, ce que savent les gens du métier : tout le monde le sait ! Mais le problème reste. Il faudrait faire un équilibre entre les jeunes talents, les « carrières » et les grands : un tiers chacun et on a tous gagné. Mais là, c’est du 2% pour nous et 98% pour les d’jeunes ! Si, à Chanson Plus, on a la chance de s’en tirer par la scène, les autres crèvent ! On dit qu’il existe un racisme anti-vieux, mais c’est vrai, j’en atteste ! (…) Tous les programmateurs de festivals ! Foulquier nous l’a dit : « Je vois ai déjà pris il y a quatre ans ; si je vous reprends à nouveau, ils vont me tomber dessus et je paume mes subventions ! » C’est dit de façon crue, mais c’est la stricte vérité ! On est dans la merde avec ça ! » (Chorus n°53, Automne 2005, propos recueillis par Michel Kemper).
Le d’jeunisme est une des religions des médiocres.

9 avril 2012. Étiquettes : , , , . Saines humeurs. 23 commentaires.

Crime de lèse-Hallyday

Poï poï ! pauvre Enrico Macias, seul chanteur (avec l’inénarrable Didier Barbelivien et l’immodeste Carla Bruni) à soutenir encore le petit candidat-président lors de son meeting de l’autre dimanche à Villepinte. C’est que, de Doc Gynéco à Faudel, il en manquait de ses collègues depuis la dernière fois… Désenchantés sans doute, déçus du faible retour sur investissement. Il manquait même et surtout l’aqueu Johnny, pharaon de la variétoche et phare de la chanson, qui brillait par son absence. Il valait d’ailleurs sans doute mieux pour lui qu’il soit ailleurs.
Car, souvenez-vous, c’est quand même pour notre idole des jeunes que Sarkozy, fan de chez fan, a cassé de la manière que l’on sait le bouclier fiscal et ainsi tari une source de revenus de l’Etat. Pour le faire revenir en France, lui qui avait quitté l’Hexagone pour la Suisse où on paye (beaucoup) moins d’impôts, surtout si on est riche.
L’ingrat Johnny, à qui Sarko a même offert un concert parisien généreusement payé par les contribuables que nous sommes (deux millions d’euros, une paille), n’est jamais revenu de ce pitoyable exil. Sauf pour faire son beurre dans l’Hexagone. Sa morale est indexée à ses intérêts et le fric est apatride. Chez ces gens-là, monsieur, on n’vit pas, on compte.
Et voilà que, magie électorale ou rédemption divine, Sarkozy, par ailleurs doublure lumière de la Le Pen, se converti au Mélanchisme, rien que pour faire bisquer Hollande et troubler le jeu. Notre président-candidat veut désormais taxer ces exilés fiscaux, qualifiés de tous les maux, qu’il a tout de même choyé cinq ans durant avec grand luxe. Rien que ça. C’est du crime de lèse-Hallyday ! Comment voulez-vous que Johnny il s’en sorte, lui le criblé de dettes, lui qui a déjà bouffé depuis longtemps l’ahurissante avance de sa nouvelle tournée d’adieux de cette année, lui qui entretient à grand frais plusieurs domiciles et autant de maisonnées, lui qui vit dix crans au-dessus de ses moyens et dont le dernier disque, celui concocté avec Matthieu Chédid, a fait un bide amplement mérité : Johnny est dans le -M- (il a même perdu son juteux contrat avec Optic 2000) et Sarko son ami l’enterre plus encore, tout ça pour reconquérir l’électorat populaire qui, en temps normal, idolâtre le chanteur abandonné. Comprenne qui peut. Vote surtout qui peut !

Petits problèmes techniques en ce moment sur NosEnchanteurs : il est très difficile voire impossible de poster des commentaires. Si vous échouez dans vos tentatives, envoyez votre commentaire ou sur ma page facebook ou par mél : michel.kemper@laposte.net

17 mars 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 6 commentaires.

Sexion d’Assaut vs forces de l’ordre (ou le contraire)

Une compagnie pour une sexion, des CRS à l’assaut d’un lieu commercial, un mini-concert annulé cause à maxi trop de monde, ce fut grande pagaille samedi dernier à Lyon, vers la place Bellecour, dedans puis dehors la Fnac, agitateur culturel de renom qui n’avait pas trouvé mieux que de faire venir Sexion d’Assaut, le fameux (!) groupe rap que l’on sait. Une Fnac dépassée, qui n’a pas anticipé et ne sait donc gérer un tel afflux, ça fait désordre et ce le fut. Le quotidien Le Progrès le relate dans ses colonnes : « Bilan : huit blessés légers, des bousculades, des jets de projectiles et plusieurs magasins obligés de baisser leur rideau une large partie de l’après-midi. Les forces de l’ordre ont déployé un large dispositif pour tenter de contenir des centaines de jeunes impatients et souvent mécontents. »
Ah ! Sexion d’Assaut ! Des anges ! Des poètes des temps modernes, des trouvères ayant trouvé, l’avenir de la chanson sans doute. Qui certes, comme le fit Orelsan avec les femmes, tinrent naguère des propos définitifs et peu amènes sur les homos, propos qu’ils revendiquaient presque comme oriflamme, comme étendard, sûrs de leur fait, de leur virile morale : « On est homophobes à 100% ! » C’était il y a un an et demi et l’intolérance des bien-pensants choqués de tels propos leur avait valu l’ostracisme des médias, des médailles et nominations aux Victoires dont ils furent privées, et un manque à gagner certain, cause à des tas de concerts annulés et des ventes amoindries. Des victimes, quoi ! Pauvre Sexion, pauvres d’eux. Leur grand art se heurtait au politiquement correct et ils furent avisés de tourner casaque, de se déculotter à leur tour et de devenir, en moins de temps qu’il le faut pour le dire, les plus grands défendeurs de la veuve, de l’orphelin et du pédé. Des anges, vous dis-je.
Je dois avouer être souvent étonné quand je vois le succès de tels prétendus « artistes » qui chantent le pire pour se faire du fric. Aussi sûrement d’ailleurs que je le suis d’entendre de prétendus « politiques » qui, pour s’attirer des voix en abondance, vont puiser en eux ce qu’il y a de plus puant, le pire de l’homme. Ce sont pareils faux-culs, pareille lie. Malheureusement avec beaucoup de fans derrière. La nature humaine m’étonnera toujours…

14 mars 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 6 commentaires.

Orelsan sent (pas bon)

Orelsan (photo DR)

Oui, je comprends qu’on puisse se féliciter, si tant est qu’on y accorde de l’importance, des deux Victoires de la musique octroyées à Thiéfaine et, dans le même temps, s’offusquer des deux autres accordées à Orelsan.
Au lendemain de ses victoires, Orelsan était convoqué par la justice, au tribunal de Paris, devant la 17e chambre correctionnelle, poursuivi qu’il est pour « provocation au crime » par le mouvement Ni Putes Ni Soumises.
L’audience prévue ce 5 mars a été renvoyée au lundi 7 mai.
Aurélien Cotentin, dit Orelsan, à été l’heureux récipiendaire de deux Victoires cette année : celle de la « révélation du public » et celle de l’ « album des musiques urbaines » (pour « Le chant des sirènes » paru chez Wagram). Belle récompense après avoir provoqué, en 2009, une réelle indignation pour sa chanson « Sale pute », qui décrit en termes pour le moins crus la colère d’un jeune homme trompé, menaçant sa compagne des pires outrages et violences physiques.
Pour Ni Putes Ni Soumises, la chose est entendue : par cette chanson, Orelsan « incite à la haine des femmes » et ce « déballage de haine sauvage n’a rien à voir avec la liberté d’expression. » L’association voit en cette chanson « une incitation à la violence la plus ignoble qui met en scène le désir de viol, de violence, de torture et d’assassinat et exprime le mépris le plus profond pour toutes les femmes. »
Méprise totale pour Orelsan qui explique, lui, qu’il s’agit d’une « oeuvre de fiction sur la façon dont une pulsion peut transformer un homme en monstre », et non d’une apologie de la violence conjugale.
Le tribunal jugera. Reste que les Victoires se sont entretemps immiscées dans le débat judiciaire, donnant à Orelsan deux médailles et la reconnaissance médiatique, bel atout pour son avocat à la barre. Est-ce serein pour la justice qui doit ensuite se prononcer ? Les patrons des Victoires qui nominent et les « professionnels de la profession » qui récompensent n’auraient-ils pas dû s’abstenir, laissant la justice suivre normalement son cours ? Notre époque est décidément compliquée où on voit des ministres de la République exercer malgré des mises en examens, où on voit un tel chanteur pour le moins sulfureux être couvert de louanges malgré, lui-aussi, une convocation en justice.

6 mars 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 18 commentaires.

Forger l’acier rouge avec mes mains d’or

ArcelorMittal, l'acier rouge, les mains d'or... (photo Sébastien Salom-Gomis - Sipa)

Ça n’engage que ceux qui y croient. Le candidat Sarkozy, avec le renfort déloyal du président éponyme (à moins que ce ne soit le contraire), annonce la relance du site de Florange, à quelques kilomètres de Gandrange, là où il y a cinq ans le même avait fait des promesses de relance jamais tenues. Et pendant ce temps, le chômage tient le haut du pavé, des familles sont sur le carreau, gosses sans vacances, sans ces « bienfaits » de la société de consommation, sans beaucoup d’espoir, sans réel avenir, qui ne savent le confort que par ce qu’en diffuse la télé. Pour des bas calculs électoraux, on joue sur le dos d’humains, sur ces femmes et ces hommes prêts et prompts à « travailler encore », pourvu que le grand capital les autorise à seulement vivre. Je suis choqué de la désinvolture de ce candidat immonde, qui se permet de se jouer des gens, de leur vie. Faut-il détester à ce point l’humain, l’humanité en son ensemble, pour mentir, pour tricher à ce point, pour dire n’importe quoi pourvu que des médias serviles en fassent écho ? S’il veut sauver les entreprises, les emplois, que ne l’a-t-il fait en cinq ans ? Cinq ans à tout donner au capital, même et surtout la peau des ouvriers. Oh, putain ! les ouvriers, mettez-vous à voter, rendez-lui la monnaie de sa pièce !

J’ai déjà parlé ici de nombre de chansons sur ce sujet (lire « Des mains de chômeurs » sur NosEnchanteurs), des Mains d’Or de Lavilliers à Poésie des Usines de Romain Dudeck.  Que voici toutes deux en vidéo.

1 mars 2012. Étiquettes : , . Saines humeurs. 7 commentaires.

Ta liberté de voler

S’il est un sujet auquel je suis particulièrement sensible, moi à qui on demande en permanence des articles gratuits en oubliant que c’est un travail et que ce serait bien que je puisse bouffer et nourrir du même coup ma famille, c’est la juste rémunération des artistes. Et c’est vrai que piller des musiques ou des films sur le net sans jamais rien payer, c’est se préparer des lendemains qui déchantent singulièrement. Si vous pensez qu’on peut vivre de l’air du temps, sans rien ni dans le ventre ni dans le porte-monnaie, passez votre chemin. Ou alors travaillez vous-mêmes, à l’usine comme au bureau, mais bénévolement. Et négociez le cas échéant des délais de paiement, des arrangements, avec votre boucher, votre boulanger, votre chauffagiste, votre supermarché de proximité, des arrangements… Moi je ne sais pas faire.

Tout travail mérite salaire. Vous aimez un chanteur : payez-le, ne le pillez pas ! Qu’il se nomme Elton Jones ou Rémo Gary, c’est son boulot, son gagne-pain. Comment peut-on écouter un chanteur qu’on ne respecte pas, à tel point qu’on lui vole son travail ?

Connaissez-vous Les rois de la Suède (photo ci-dessus), seule noblesse qui ne soit pas chroniquée dans les colonnes de Point de vue Images du Monde ? Ce groupe se situe dans une mouvance proche des Fatals Picards, tant il est vrai que ce groupe a été co-créé, il y a trois ans, par Ivan Callot, ex chanteur et parolier des Fatals Picards, et Monsieur Poulpe. Là, pour leur plus récente chanson, et dernier clip en date (mis sur le net depuis hier seulement), Ta liberté de voler, nos Rois de la Suède font forts. Et attaquent bille en tête les téléchargeurs. Jusqu’à se retrouver à poils en bout de chanson. Leur présentation :  « A l’heure où le parti pirate suédois vient d’acquérir le statut d’église fondée sur le culte du partage gratuit de la culture et où la fermeture d’un site illégal ayant permis à un escroc notoire de devenir milliardaire sur le dos (car il ne peut plus dormir sur le ventre) des créateurs provoque pleurs et hystéries chez les ados du monde entier, on se demande si le monde n’est pas devenu fou et on se dit qu’il est temps que quelqu’un réagisse ! »

Pour visionner ce clip, allez à l’adresse ci-dessous (le format n’est hélas pas reconnu par l’hébergeur de ce blog ou c’est moi qui ne sait pas faire…). Une bonne chanson vaut mieux qu’un long discours. En voici la preuve :

http://www.mefeedia.com/video/48568698

Tu nous as juste appris que ce qui n’est pas physique est gratuit
Qu’on peut faire un beau refrain avec une marque de spaghetti
On n’est plus des chanteurs, on est fier d’être des artistes SFR
Pour toi les mp3 sont trop reuch
mais tous les ans tu changes ton Iphone tout neuf
Des belles baskets faites par des enfants
là t’es prêt à mettre deux cents euros dedans
Chaque mois à Megaupload tu lâches un loyer
Car pour pouvoir voler t’es prêt à payer…

Ta, ta liberté, ta liberté de voler

Avec tes principes à deux balles
t’arrête pas là fais moi la totale
Viens te servir chez moi
viens t’essuyer dans mes draps,
Mais j’y pense, vu qu’on partage
je peux aussi venir chez toi

23 février 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 15 commentaires.

Made in Grenoble, in Isère (qui sera le dernier à chanter en français ?)

Little big djü, de la Cuvée grenobloise (DR)

Au courrier d’hier le volume 11 de la « Cuvée grenobloise », compilation discographique portée par l’association Dynamusic, financée en partie par la Ville de Grenoble et le Conseil général de l’Isère. Cette compilation annuelle a pour but « la promotion des artistes émergents de la scène grenobloise et iséroise des Musiques actuelles ». « Vitrine représentative mais non exhaustive de la diversité musicale locale, la compilation est avant tout un outil de promotion pour les artistes et d’image pour la scène grenobloise auprès du grand public, mais également auprès des professionnels, médias, diffuseurs, festivals, etc. Le vivier local est riche et productif, la Cuvée Grenobloise constitue un moyen efficace de véhiculer cette image au plus grand nombre » lit-on sur la documentation jointe.
Dix-neuf artistes ou groupes sont présents sur cette vitrine de l’Isère. Que je détaille : deux instrumentaux à l’intitulé anglo-saxon, deux chansons en français (dont une de Yoanna), douze en anglais, une mi anglais mi français inaudible, une en allemand, une en espagnol. Recherche sur le net des éditions précédentes : même topo ou à peu près, il semble que d’années en années l’anglo-saxon gagne du terrain.
Où va-t-on ? Qu’on ait envie de chanter en anglais, en suédois, en javanais même, ce m’est pas mon problème, c’est histoire de liberté où chacun peut prendre son pied. Mais que des collectivités territoriales (ici, une ville et un département) financent un produit très majoritairement en langue(s) étrangère(s) au titre (je suppose) de « l’image pour la scène grenobloise », l’image d’une ville, l’image d’un département, là je m’étouffe. Je pouffe. Où va-t-on ? Quand tout le monde (au rythme où ça va, on y arrive vite) chantera en étasunien, en londonien, histoire que ça fait bien, que c’est in, que c’est à la mode, que restera-t-il de notre langue ? J’ai bien peur que les pouvoirs publics se tirent une balle dans le pied en encourageant de tels projets… Le sujet n’est pas nouveau que NosEnchanteurs a déjà exploré (lire « Je chante faux en français », l’article ainsi que tous les commentaires).

Le ministre de la culture que nommera le nouveau Président de la République en mai prochain sera bien avisé de prendre, en toute urgence, ce dossier en considération. Il sera bien avisé aussi de prendre attache avec le Conseil francophone de la Chanson, qui vient de créer un site, « Francoloupe » (Un oeil sur la musique francophone, deux doigts sur son pouls) pour faire le point sur l’expression chantée en français. Un premier article de Philippe Renaud, journaliste québécois, est mis en ligne ( « Qui sera le dernier à chanter en français ? » ) dans l’attente d’autres interventions : « FrancoLoupe cherche d’abord à rallier la communauté de musiciens, artisans de l’industrie de la musique et amateurs de musiques exprimées en français, avec comme but de susciter une conversation servant à mieux cerner les défis auxquels les francophones doivent faire face dans un marché musical à prédominance anglophone. FrancoLoupe est la première étape d’une vaste réflexion portant sur la santé et l’avenir des musiques populaires en français; dans un contexte technologique, économique et sociologique en transformation, la place – et l’importance – de l’espace francophone paraît fragilisée. Nous espérons que cette réflexion débouche sur un agenda permettant d’assurer sa pérennité. »

21 février 2012. Chanson sur Rhône-Alpes, Saines humeurs. 12 commentaires.

Rire et chanson, le bras de fer

Courriel d’André, de Saint-Jean-de-Bournay : « Je fréquente et apprécie beaucoup votre site, et il y a un sujet que j’aimerais vous voir aborder : celui de la chanson humoristique. En fait, je me pose la question suivante : pourquoi, parmi les artistes qui ne sont pas médiatisés, trouve-t-on bon nombre d’auteurs de chansons drôles alors que, dans la chanson « grand public », ce genre-là a complètement disparu ? Ont-ils le cul serré ?  Rire deviendrait-il indécent ? »

Gaston Ouvrard fils : "J'ai les hanches / Qui s'démanchent / L'épigastre / Qui s'encastre / L'abdomen / Qui s'démène / J'ai l'thorax / Qui s'désaxe / La poitrine / Qui s'débine / Les épaules / Qui se frôlent / J'ai les reins / Bien trop fins / Les boyaux / Bien trop gros / J'ai l'sternum / Qui s'dégomme / Et l'sacrum / C'est tout comme / J'ai l'nombril / Tout en vrille / Et l'coccyx / Qui s'dévisse / Et puis j'ai / Ajouté / Voyez-vous / C'n'est pas tout..."

L’ami Ricet Barrier est mort dans un grand silence. Même pas le moindre rire en boîte pour surligner un reportage télé, au moins en France car la Suisse, elle, a rendu hommage, moins à la voix de Saturnin le canard qu’au chanteur que Ricet fut.
Le rire est un sujet sérieux, c’est surtout un bizness aux contours bien définis. Le moindre humoriste (même médiocre) vendra plus de dévédés qu’un chanteur (même et surtout bon) de cédés. Canteloup et Gerra font figures d’hyper-stars en têtes de gondoles. Pourquoi des dévédés d’ailleurs ? : moi j’écoute mes grands classiques (Coluche, Pierre Desproges, Guy Bedos et Raymond Devos) sur disques ; pas besoin d’images pour imaginer mimiques et postures, à croire qu’on promeut ce produit pour les sourds et malentendants…
Déjà que peu de chanteurs (vieille et éternelle rengaine) émargent dans les médias, c’est vrai qu’aucun de ceux qui chantent l’humour n’y est plus. Pas le moindre Morel (je parle de Gérard, pas de François, cet humoriste de métier qui devient paradoxalement sérieux quand il aborde la chanson), aucun Sarcloret, pas plus de Patrick Font ou d’Evelyne Gallet…
Même Pierre Perret n’y est plus vraiment traité que par sa face sérieuse. Remarquez qu’il l’a voulu, à toujours se plaindre d’être oublié, à toujours clamer qu’il est censuré. On ne connaît désormais plus de lui que sa Femme grillagée qui fait écho à sa Petite kurde et à Lily
Non, faut pas mélanger les genres. Chacun dans son pré et le bizness sera bien gardé. Ne troublons pas la communication. Que les humoristes tâtent régulièrement du cinoche est dans l’ordre des choses. Que les acteurs poussent la chansonnette, c’est admis depuis toujours, même les stars de la téloche, c’est dire. Mais que les chanteurs teintent leurs partitions d’humour et c’est concurrence déloyale, crime impardonnable. Fini les Bourvil et Fernandel, Ouvrard et Boby Lapointe, Henri Salvador et Annie Cordy. Les chanteurs sont là pour distraire (mais sérieusement) quand ils passent en télé. Et pour aider à consommer (mais, là, ne surtout pas distraire) quand ils sont diffusés en hypermarchés. Qu’ils fassent leur poésie, qu’ils riment éternellement amour avec toujours : c’est ce qu’on leur demande, rien de plus. Le rigolo est devenu une industrie florissante et la corporation des humoristes est puissante qui n’accepte aucun intrus portant guitare, qui ne partage pas le juteux gâteau.
Du reste, pas plus que les comédies n’ont la moindre chance aux Césars du cinéma, imaginez une chanson drôle en lice aux Victoires… Non, les chanteurs « grand public » sont infiniment plus sérieux que ça.
Quand Gérard Morel chante Les goûts d’Olga ou que Nathalie Miravette fait son Cucul, c’est à la marge, en underground, là où se rassemble la fine fleur de la chanson, pas sur un plateau télé. Riez, riez, ça changera bien un jour.

En vidéo, souvenirs d’un temps où les chanteurs riaient. Extrait du film « Sérénade au Texas » avec Bourvil « A dada ». Et Henri Salvador, inimitable lui-aussi.

15 février 2012. Saines humeurs. 18 commentaires.

Les stars et la loi du marché (noir)

C’est la fronde, la colère, la sainte croisade. Zaz, Christophe Maé, Yannick Noah, Camille, Grégoire, Bénabar, Nicolas Sirkis (Indochine), Yael Naim, Pascal Obispo et quelques autres s’insurgent contre la revente des billets de leurs concerts au marché noir sur le net, demandant aux pouvoirs publics « d’agir contre cette pratique qui fait s’envoler le prix des places. » Car « l’accès à la culture ne saurait être un luxe ! » chantent-ils en chœur, la main sur le cœur et la larme à l’oeil.
Certes, certains billets sont revendus jusqu’à cinq fois leur prix sur internet. Certes, le marché noir c’est pas terrible (c’est d’ailleurs souvent une économie qui témoigne d’un temps de crise…), c’est du reste illégal. Certes des prix de places vendues à 200 euros pour voir Les Enfoirés (le site Viagogo.fr a même déjà proposé des billets pour le spectacle des Enfoirés à 1500 euros pièce, alors que le prix fixé par les organisateurs était 20 fois moins élevé) c’est de fait une manne, un bénéfice qui n’ira pas aux Restos du Cœur et donc dans l’assiette de leurs bénéficiaires. Certes.
Présentement, ce n’est pas ça qui me chiffonne, non. C’est l’argument « l’accès à la culture ne saurait être un luxe » qui me laisse pantois… Ces stars-là, que je sache, ne se produisent que dans les Zéniths ou dans des trucs d’égales dimensions. Et les prix d’entrée sont chaque fois élevés, très élevés (tiens, Hallyday, l’exilé fiscal, c’est entre 55 et 130 euros pour sa prochaine tournée française, hors Stade de France ; Age tendre et tête de bois, c’est 50 euros…). C’est que, voyez-vous, le disque ne fait plus fortune, s’effondre même, et il faut bien aller chercher le fric ailleurs. Ce que les consommateurs, cochons de payants, ne dépensent plus en disques, ils le payent au prix fort en achetant leurs places de concerts : on compense en augmentant exagérément les cachets et les intermédiaires, donc le prix des places. Vendeurs au noir ou pas, le précieux billet pour aller applaudir son idole est bien souvent un luxe, je n’ose dire carrément du vol. Mais telle est la loi économique, celle de l’offre et de la demande.
Si tous se précipitent sur Noah ou sur Grégoire, ces chanteurs prendront plus encore de la valeur et demanderont plus cher encore. Logique en cette société où la seule valeur qui vaille est le fric.
Alors on peut comprendre l’inquiétude de nos idoles : si les négociants du marché noir, dans la rue ou sur le net, font largement leur gras sur ces billets, les portant même au prix du caviar, le budget spectacle des ménages en sera d’autant plus touché. Ce qui veut dire moins de sorties, et par conséquence moins de rentrées pour ces artistes avides d’engranger un max de blé au cas où, va savoir, leurs carrières les conduisent un jour à l’inexorable oubli. Que voulez-vous, c’est la complexe loi du marché.

Avez-vous remarqué que nous parlons là d’économie de la chanson et de gros sous, en aucun cas de sa dimension artistique ? A un certain degré de ce juteux bizness, ça ne compte plus.

13 février 2012. Saines humeurs. 22 commentaires.

Le néant béant de chez Guéant

Sinistre ministre, Claude Guéant est un bon soldat qui drague dans la lie et répand son odieux, pestilentiel et présidentiel fumet, belle fragrance pour flatter le délicat odorat d’un électorat frontiste, narines marines et bouches d’égouts. Selon lui « toutes les civilisations ne se valent pas. » Et Bruno Gollnisch d’applaudir et de surajouter : « Je respecte beaucoup les autres civilisations mais j’ai le droit de penser que l’orchestre symphonique, c’est supérieur au tam-tam, même si le tam-tam c’est entraînant. » Même Luc Ferry, qui a besoin d’exister, renchérit (je le cite de mémoire) que l’opéra est supérieur au tambourin. Y’a bon Banania, nous sommes revenus aux pires heures du colonialisme !
A ces trois tristes individus, à leurs patrons et à leurs électeurs, j’aimerais faire entendre cette chanson de Michèle Bernard, Qui a volé les mots ?, qui prouve à quel point nous avons pillé les autres civilisations (preuve qu’elles ne sont pas si inférieures que ça). Que nous nous les sommes mises en bouche au quotidien, qu’elles nous permettent jour après jour de nous exprimer. Y compris, hélas, pour dire de telles conneries.

10 février 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 7 commentaires.

L’heure de la sortie

Photo d'archives : Michèle Bernard dans une classe de l'Ecole Lucie-Aubrac, à Cournon, en 2010 (photo DR)

Luc Ferry, François Fillon, Gilles de Robien, Xavier Darcos, Luc Chatel. Depuis quelques années, la casse de l’éducation nationale est ahurissante, en direct sous nos yeux, sans susciter trop de réactions, si ce n’est ces parents d’élèves qui rituellement, chaque année, se mobilisent pour lutter contre les fermetures de classe, puis s’en vont voter pour ces tueurs d’école.
Mais il n’y a pas que ces suppressions de postes visibles, loin s’en faut. Il y a tous les autres, qui tous contribuent à la qualité de l’enseignement, à un « plus » qui ne se chiffre que difficilement, ne se quantifie que rarement dans les études et statistiques.
Ainsi ces conseillers pédagogiques en éducation musicale. Le conseiller pédagogique en éducation musicale est un maître formateur spécialisé qui a une mission d’impulsion, d’accompagnement, de conseil, de formation et d’innovation auprès des écoles et des enseignants.
J’en connais quelques-uns, exemplaires, parmi bien d’autres qui ne le sont pas moins. Qui tous ont initié des actions pareillement exemplaires.
J’ai, sous les yeux, ce  livre-cédé de 2006, Chansons en papillotes, sous-titré « 8 titres à déguster » (chansons de et interprétées par Michèle Bernard, Christopher Murray, François Forestier et Rémo Gary, Michel Jacques et Laurent Touche, Bruno Feugère, Pascal Descamps, Gil Chovet, Yves Matrat et Philippe Veau), enregistré grâce au formidable travail de l’équipe des conseillers pédagogiques du département de la Loire : Nadine Maisse, Michel Barret et Sylvie Jambrésic. L’édition de ce cédé, aux éditions Lugdivine, avait donné lieu, les années suivantes, à une foultitude d’actions passionnantes dans tout le département : classes APAC, concerts-rencontres avec les artistes, travaux d’ateliers autour des chansons d’un panel très ouvert. A un partenariat peu commun aussi, associant pour la première fois l’ensemble ou presque des forces musicales de ce département, même les jeunes chanteurs de la Maîtrise de la Loire pour l’interprétation collective des chansons. Une action exemplaire parmi d’autres…

Gil Chovet (photo DR)

Politique de restriction budgétaire oblige, deux de ces conseillers sont renvoyés devant des classes en dépit de l’excellence de leur action et de leur investissement au service de la musique et des élèves (depuis quelques années, même leurs frais d’essence n’étaient plus pris en compte, comme leurs homologues d’autres départements…). Nadine Maisse a été éjectée l’an dernier, un des deux autres devrait l’être cette année. Non pas – j’insiste – parce qu’ils ne donnaient pas toute satisfaction dans leurs missions, bien au contraire, mais parce qu’il fallait reprendre des postes, dégraisser l’éducation nationale : c’est tout un ensemble de partis-pris pour l’école et la culture qui sont anéantis… On ne peut que regretter que, dans ces périodes de restriction et dans un département difficile comme celui de la Loire, ce soient les enseignements artistiques et culturels qui sont visés par les suppressions de postes. Les autorités académiques ont beau jurer pouvoir maintenir toutes les actions conduites par ces trois conseillers, il n’en sera évidement rien. Ces enseignements artistiques ont été portés avec constance et passion par des spécialistes qui n’ont cessé de se former eux-mêmes et de pratiquer la musique afin d’être des formateurs toujours plus exigeants et en évolution constante dans les missions qui leur étaient confiées : missions de  formation et de mise en relation des artistes avec des écoles, des musiciens intervenants et des professeurs. Et surtout pour les élèves. Aucun formateur autre ne pourra remplacer le travail remarquable des conseillers spécialisés en musique pour le développement du chant choral, de l’écoute et de différents types d’expression musicale avec des partenaires choisis.
Un seul conseiller pour un tel département, pour couvrir de Rive-de-Gier à Roanne, de Bourg-Argental à Chazelles-sur-Lyon, c’est pitoyable. Cette suppression d’un des deux derniers postes entraînera fatalement un appauvrissement puis une disparition des rencontres-chorales que ces conseillers avaient mises en place depuis de nombreuses années et qui ont permis à de nombreux enfants de tout le département de chanter sur différentes scènes et de partager de vraies émotions artistiques aux côtés d’artistes tels que Petrek, Bissa Bienvenue, Hervé Lapalud, Patrick di Scala, Gilles Pauget, Edgard Ravahatra, etc.

Alors messieurs Sarkozy et Chatel auront beau faire leurs plus beaux sourires, jurer sur qui ils veulent qu’ils aiment l’éducation nationale, que moins il y aura d’enseignants et plus l’enseignement sera de qualité (si, si !), nous savons le mépris qu’ils affichent constamment, en tous lieux, en toutes écoles, en tous collèges, à tous moments de la vie éducative. C’est zéro sur vingt pour leur misérable copie et direction la porte ! Leur restent soixante-quinze jours pour enfin faire leur cartable.

C’est ainsi dans le département de la Loire, c’est sans doute pareil chez vous. Laissez en commentaires vos témoignages, histoire de se faire une juste idée de cette formidable casse…

7 février 2012. Étiquettes : , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Saines humeurs. 17 commentaires.

Ça l’affiche mal…

Ils sont venus, ils ont collé. La colle n’était pas encore prise qu’ils sont revenus. Et décollé, arraché. Sur ordre. L’affiche n’était pas bien dangereuse, juste un humoriste qui annonce son prochain Olympia par un clin d’œil à l’actualité. Mais la police de la pensée a pensé à mal, a surtout pensé à protéger son maître. C’est ainsi que le métro parisien a furtivement découvert les affiches de Stéphane Guillon, pour de suite s’en offusquer. Métrobus, qui gère les espaces publicitaires, a eu un problème « avec l’accroche » de cette affiche et s’est souvenu que sa convention avec la RATP interdit tout « message à caractère politique en période de campagne électorale. » Seul hic : nous ne sommes pas (encore) en période électorale, qui ne débutera officiellement que le 9 avril. Alors pourquoi tant de zèle ? Où est la liberté ? Y’a quand même, dans la France d’aujourd’hui, celle du petit Nicolas, un p’tit air de Poutine, qui refroidit singulièrement les ardeurs et ampute le bon droit et le bon sens.

30 janvier 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 7 commentaires.

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