A Presque Oui le Prix Raoul-Breton

C’est comme ça : les gens du métier aiment à décerner des prix. Si on connaît forcément les télévisuels Victoires de la musique et Constantin, il en est d’autres, moins en lumières, que le showbiz ne pourra s’offrir, à moins de se faire transplanter un rien d’intelligence et de sensibilité.
Parmi eux, le prix Raoul-Breton de la francophonie. Créé il y a pas loin de cinquante ans au sein des Grands Prix de la Sacem, le « Raoul-Breton » vit une nouvelle jeunesse au sein du Festival Alors Chante ! de Montauban et par un jury de 25 professionnels désormais composé des membres de la Fédération des Festivals de Chanson Francophone. A nouvelle composition, nouvel esprit et autre type de lauréats. Au « Raoul-Breton » qui avait récompensé, de 2001 à 2009, M (Mathieu Chédid), Bénabar, Carla Bruni, Sanseverino, Jamait, Raphaël, Abd Al Malik, Thomas Dutronc et Flow, succède celui (pas de Prix en 2010 cause à cette refonte tant des Prix Sacem que du « Raoul-Breton ») qui récompense des artistes moins en vue dans les médias : Pierre Lapointe en 2011 et… Presque Oui cette année 2012 : Thibault Defever (notre Presque Oui, ci-dessus en photo) recevra une bourse d’écriture ainsi qu’une bourse d’investissement dans une résidence de création. Remise du prix le 17 mai lors du festival de Montauban.
Faut-il encore instruire les lecteurs de NosEnchanteurs de ce Presque Oui ? Presque non. De ce prix Raoul-Breton, assurément.
Artistes moins en vue désormais pour ce Prix ? Plutôt des artistes « intermédiaires ». Et c’est en cela que le Raoul-Breton à sa place, sa pertinence : « La crise que connaît actuellement le marché de la musique a eu pour conséquence de considérablement réduire les possibilités d’engagement à long terme et de développement sur la durée pour construire les carrières des artistes. Si les valeurs sûres du marché trouvent toujours un équilibre économique et que certains risques sont encore pris pour les jeunes talents, les artistes intermédiaires sont cependant les principales victimes collatérales de cette situation. Il y a pourtant certains artistes qui ne se révèlent pas au premier album et pour qui le fameux « moment charnière » vient plus tardivement. Quelques fois malheureusement lorsque les soutiens et accompagnements professionnels commencent à s’essouffler. »
C’est pour combler, à leur échelle, ce « vide d’accompagnement », que les Editions Raoul-Breton, maison d’édition musicale indépendante qui représente notamment les œuvres de Charles Trenet, Charles Aznavour, Lynda Lemay, Agnès Bihl, Alexis HK et beaucoup d’autres, ont proposé la refonte de leur prix en un prix d’encouragement. Et c’est très encourageant pour la suite…

Pour mémoire, le premier Prix Raoul-Breton a été décerné en 1966 : ce fut à Jean-Jacques Debout. Nombre de grands artistes furent récompensés, parmi lesquels Maxime Le Forestier, Michel Jonasz, Daniel Balavoine, Gilbert Laffaille, Francis Lalanne, Jacques Higelin, Renaud, Romain Didier, Karim Kacel, MC Solaar, Mano Solo, Allain Leprest, Enzo Enzo, Thomas Fersen ou Zazie (liste complète ici).

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15 avril 2012. Étiquettes : , . Les événements, Prix. 2 commentaires.

Nicolas Vitas, question d’équilibre

A lire le curriculum de Vitas, on s’instruit tant de son passé de rockeur que de celui de bluesman, beaux bagages pour la suite pour qui sait les poser. Après plus de dix ans de scène et une furtive carrière vouée à la chanson festive, voici l’osmose, par le truchement de l’écriture, par des textes – les siens – qui font le pont entre passé et futur, qui sont ce à quoi il aspirait : « J’ai enfin trouvé l’équilibre entre la musique que je fais et l’homme que j’ai envie de devenir. » Il lui aura suffit de poser des idées sur le papier, des rimes qui peu à peu s’organisent et voient grouiller les vers pour que se révèle un singulier auteur. Car, outre la bonne humeur qui vous accueille dès le premier titre, le swing qui vous accompagne sur certains titres, ce sont bien ici les textes qui vous happent, vous retiennent. Dans l’énergie comme dans la pure et belle nostalgie. Et vous font revenir.
On se dit surtout que ce grenoblois qu’est Nicolas Vitas n’est pas arrivé en chanson par hasard. Il y a en lui pas mal de références, et un peu de l’histoire de cet art. Des intonations ou des clins d’œil ici à Nougaro, là à Bourvil, des saveurs d’Anis, des airs à la Bill Deraime, un peu de Minvielle et des tournures stylistiques qu’on verrait tant dans le stylo de Goldman que dans la plume de Lesprest. On se pose la question : d’où vient cet art nouveau ? De l’idée sans doute d’écrire pour les autres, au sein notamment d’un collectif issu des Rencontres d’Astaffort. Et je est un autre et c’est probant. Cet homme – dont certes le paternel est professeur de français – qui se prévaut d’une solide culture américaine, nous fait là une belle leçon de chanson, faisant la part belle tant à la musique qu’à ces paroles qui ne causent pas pour ne rien dire.
C’est dire si ce premier disque est frustrant : un cinq titres qui vous laisserait sur votre faim si la platine ne repartait pas au tout début pour un nouveau tour. Un disque pour démarcher le futur, pour finaliser un album dont on s’impatiente déjà.

Nicolas Vitas, Des airs, 2011, autoproduit. Le site de Nicolas Vitas, c’est ici ; son myspace là.

Ce billet est le 800e article publié sur NosEnchanteurs.

14 avril 2012. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 1 commentaire.

A ceux qui tiennent pour importante la chanson française

NosEnchanteurs est le lien de cette autre chanson qui nous anime tant. Lieu de découvertes et de promotion il va de soi, lieu de débat aussi. En visite dans les Hautes-Alpes, à Veynes, j’ai eu le bonheur, le privilège de rencontrer des gens assez exceptionnels, parmi lesquels le chanteur Philippe Séranne qui, tel Don Quichotte, part en combat pour défendre la Chanson vivante en région PACA (Provence Alpes Côte-d’Azur). Son combat est sans doute le vôtre, dans votre propre région, il mérite d’être entendu. Et soutenu comme il se doit.

Philippe Séranne (photo DR)

Aux amoureux de poésie, de parole libre, d’engagement citoyen et de musique populaire en région PACA

qui de près ou de loin avez ainsi en partage la défense de la chanson vivante

Saviez-vous qu’en plus d’occuper avantageusement, sur les ondes des radios commerciales, le reliquat de temps de cerveau disponible de notre belle jeunesse une fois qu’elle a débranché portables et écrans, la musique anglophone amplifiée bénéficie de votre soutien généreux par le truchement de l’impôt régional ? Jugez-en par vous-mêmes en écoutant la compilation régionale des enregistrements financés avec vos deniers en 2011. Mes coups de coeur perso : l’inventivité harmonique de « Under Kontrol » et la poésie toute en finesse d' »Enculeurs de mamans », l’un des 6 titres, sur 36, qui contient des textes en français.

Je n’ai rien contre l’électro, le rock, le hip hop ni même en soi contre la langue anglaise en tant qu’outil de communication primordial en dehors de nos frontières. Mais une fois que l’on sort le jazz et autres musiques expérimentales du lot, le déséquilibre dans les aides au disque de PACA en faveur de ces esthétiques « modernes » relève de la caricature. J’affirme que la vraie différence, la vraie modernité musicale dans une société en profonde crise de sens, se trouve autant dans une parole poétique nourrissant de nouveaux rapports au monde que dans les codes communautaires dominants d’une partie des 15-25 ans.

C’est ce que la chanson vivante – qui nous parle dans notre propre langue de nous-mêmes, de nos rêves, du monde et peut être chantée par tous – défend inlassablement face au broyage normatif et aseptisé des majors, de la télé et du show-business. Portée par des milliers d’artistes et de lieux militants qui cultivent sa différence, sa diversité et sa vitalité créative, elle résiste à l’uniformisation et à la culture du marketing-divertissement, elle aspire à faire penser, résister, contester, créer autant que rire ou pleurer.

Habitant une montagne à cheval entre Rhône-Alpes et PACA, je m’étais toujours demandé pourquoi la scène chanson marseillaise était à ce point atone comparée à la scène lyonnaise et rhônalpine en général ; et pourquoi les scènes musiques actuelles du Sud regorgent encore plus qu’ailleurs de noms de groupes anglicisés et de sons inaudibles sans bouchons. En Rhône-Alpes, la chanson représente 20% des aides au disque de la Région en musiques actuelles (32 projets sur 158 en 5 ans) ; en PACA seulement 5 à 8% (2 projets sur 36 en 2011, 2 sur 27 en 2010). Est-ce parce qu’il y a peu d’artistes de chanson en PACA, ou parce qu’ils sont moins soutenus ?

Je viens d’en vivre la démonstration : si la chanson est à ce point en marge des aides au disque apportée par PACA en musiques actuelles, c’est un choix délibéré. Bien que porté par l’une des structures professionnelles les plus actives en PACA en chanson, et co-produit par l’un des meilleurs labels et studios lyonnais du secteur, la Région n’a pas simplement présélectionné un projet d’album que je lui ai présenté parce que son comité d’écoute, composé de l’establishment local des musiques actuelles, n’a pas trouvé la « différence » qu’il recherche dans le son de mes nouvelles chansons.

Au-delà de mon cas personnel, qui se résoudra tôt ou tard à force de persévérance, le déséquilibre des esthétiques soutenues par la Région PACA dans les aides à la création et enregistrement en musiques actuelles est une dérive grave que je n’arrive pas à m’expliquer autrement que par une forme de soumission au secteur culturel commercial – dans un climat général d’allégeance de moins en moins dissimulée des politiques culturelles aux appétits privés, mais dont on pourrait espérer qu’une région dirigée par la gauche tente de se démarquer. Les répercussions sont très lourdes sur l’ensemble de la filière ; à 2 ou 3 exceptions près, la scène émergente en PACA est complètement bouchée pour la chanson. Et si je vous inflige le récit de ma déconvenue personnelle ce n’est pas par plaisir masochiste de me victimiser publiquement, mais parce qu’elle lève tout soupçon sur l’origine de ce déséquilibre : oui, il est bel et bien délibéré ; pire encore, bien que fondé sur la légitimité de la représentation démocratique et de l’impôt, il ne répond pas à une politique clairement affichée.

Je demande aux élus régionaux de reprendre la main, ou alors d’afficher clairement – pour ce qui est des musiques actuelles – que leur politique d’aide au disque est centrée, en dehors du jazz, sur les 15-25 ans et les musiques anglophones amplifiées.

Philippe Séranne

Rappelons à nos lecteurs les articles « Je chante faux en français » et « Made in Grenoble in Isère (Qui sera le dernier à chanter en français ? », déjà publiés à ce sujet.

13 avril 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 14 commentaires.

Françoise Hardy, pauvre chanteuse riche

Hardy, future exilée fiscale (photo DR)

Le hollandisme émasculeur de riches risque d’imposer (c’est le cas de le dire) le départ de quelques de nos (grands) artistes vers l’étranger. Ainsi, après Patriiiiiiiiiiiiiick Bruel, c’est au tour de Françoise Hardy, cette pauvre, pauvre chanteuse riche ! Tout à fait à la pointe de l’actualité sociale et de la souffrance des peuples, l’hebdomadaire Le Point ose : « Hollande va-t-il mettre Françoise Hardy à la rue ? » La star des sixties et muse de jeunes chanteurs bobos en quête d’une plume médiatique craint de ne plus pouvoir faire face à l’ISF si les français prennent le hollandais pour président. Car cet ultra-gauchiste d’Hollande menace les hauts patrimoines. « Je crois que la plupart des gens ne se rendent pas compte du drame que l’ISF cause aux gens de ma catégorie, explique-t-elle. Je suis forcée, à pas loin de 70 ans et malade, de vendre mon appartement et de déménager. » Avec des revenus certes fluctuants mais quand même de 150 000 euros, la star de l’astrologie qu’elle est aussi (elle a dû lire dans ses cartes ou son marc de café la victoire de la gauche pour s’exposer ainsi…) craint de ne plus pouvoir faire face à ses factures, charges et impôts si le drapeau rose flotte sur l’Elysée. Si elle semble d’accord avec le principe de l’impôt, elle ajoute : « mais pas pour taxer un patrimoine qui vous a coûté des fortunes à acquérir, et qui vous coûte déjà des sommes folles en entretien, charges et assurances. » Si j’ai bien compris : ça coûte une fortune de devenir riche, alors si en plus on paye une fois qu’on l’est… Pauvre riche ! J’aimerai lui expliquer ce qu’est la pauvreté, mais c’est peine perdue, combat vain. Vous, les pauvres, cessez sur le champ d’acheter les disques de cette dame qui s’appauvrit à mesure qu’elle devient riche. Et convenez avec moi qu’il y a vraiment des baffes qui se perdent !
Osée autant qu’hardie, Françoise risque de s’installer à Londres ou à New-York. Ce sera bien fait pour Hollande ! Encore un grand talent de perdu pour la France…

12 avril 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 31 commentaires.

Barbara, du bout des lèvres

Bientôt Le Printemps de Bourges où la chanson, jadis fondatrice de ce festival, y est désormais minorée, reléguée pour l’essentiel à la marge, dans un off qui, comme Avignon, squatte le moindre bar disponible, les quelques planches et deux ou trois spots qui peuvent faire scène providentielle. Bourges s’est vendu au showbiz et le showbiz se fout de tout si ce n’est l’immédiat profit. A la marge, donc, la chanson, où nous (re)trouverons Barbara…

(montage photo : M. Ismand - M. Lopez - F. Espinasse)

Il faut s’y attendre, nous allons beaucoup entendre (parler de) Barbara cette année, cause au quinzième anniversaire de sa disparition, un triste 24 novembre 1997.
Camille Simeray, de La Meute rieuse, et Sam Burgière, des Ogres de Barback, marient leurs voix pour une balade dans l’univers de la longue dame brune. « Donc de sa vie, de ses combats, de son désespoir mais aussi de son humour… » précisent-ils. A travers cette visite d’une partie du répertoire de la « longue dame brune », nous redécouvrirons nos deux musiciens sur un autre terrain de jeu que ceux qu’on leur connaît habituellement.
Il ne saurait être question ici de s’habiller en noir et de tenter d’imiter Barbara, tout en se limitant à une restitution en piano-voix de ses chansons. Rester fidèle à la lettre et l’esprit de son oeuvre, certes, mais « en proposant une interprétation et des arrangements libérés de tout mimétisme », voilà l’idée générale.
Porté par l’oeil expérimenté de Werner Büchler (homme de théâtre contemporain et peintre), le duo ose l’appropriation sans pour autant dénaturer les morceaux originels et leur beauté mélodique. Multiplier les instruments pour élargir le champ des possibles musicaux, soit. Mais ne jamais perdre de vue la prééminence des textes. Qu’ils soient chantés, criés ou encore chuchotés, ils continuent de nous bouleverser aujourd’hui tant ils parlent de chacun de nous et de nos luttes quotidiennes.

Sam et Camille (photo Werner Büchler)

Et sans faire l’impasse sur un certain nombre de standards, ne pas s’y cantonner mais aller aussi chercher quelques pépites peu ou moins connues.
Ce spectacle, Camille et Sam l’ont voulu très intimiste. Mais qu’il tende, par petites touches, jolies trouvailles ou micro-idées scénographiques, à respecter au mieux la théâtralité des textes et la poésie lyrique qui s’en dégage. En toute humilité. Il n’y a que comme ça qu’on approche Barbara selon eux. Sans déification, il va sans dire, mais sans prétention. Presque du bout des lèvres, en somme.

« Barbara, du bout des lèvres » le 12 avril à Capestang (Hérault),  les 25 et 26 avril à « La soupe aux choux » à Bourges, le 8 mai au Sentier des Halles à Paris, puis les 14 et 15 juin à Toulouse « Le Bijou ».

11 avril 2012. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 7 commentaires.

Natacha Ezdra, sa France, sa montagne, son Ferrat

Doublement adoubée, par Jean Ferrat lui-même de son vivant et par la commune d’Antraigues-sur-Volanne, partenaire de ce disque, Natacha Ezdra ose toucher le sacro-saint patrimoine, ce que d’autres avant elles ont essayé avec des succès fort divers. La tâche est difficile, de telles chansons ayant depuis longtemps laissé l’indélébile timbre de Ferrat au creux de nos oreilles. Disons-le tout de go, Ezdra s’en tire fort bien, d’autant plus que la prise de son est « en public » (à Antraigues, Barjac, Grenoble et Paris), exercice casse-gueule par excellence. Belle voix, évidente passion, énergie à partager que les sillons retiennent et nous restituent fidèlement, l’entreprise est non seulement louable elle est de plus franchement réussie. Au passage, Ezdra réintègre dans la maison Ferrat ce que le sage d’Antraigues avait musiqué pour Daniel Guichard, Mon vieux : ça ne dépare pas de l’ensemble, bien au contraire. Le choix des titres (18 chansons, pour plus d’une heure d’écoute) est certes assez convenu mais agréable. Aux grands classiques (Ma France, Nuit et brouillard, La Montagne, Camarade…) s’adjoint d’autres moins en vue, comme ce Tu verras, tu seras bien magnifiquement interprété. Et ces deux chansons écrites par Henri Gougaud, Un jour futur (qui donne son sous-titre à l’album) et La Matinée, ici en duo avec Serge Utge-Royo, pilier s’il en est d’Édito Musiques. Du très bon boulot.

Natacha Ezdra chante Jean Ferrat, Un jour futur, 2010, Édito Musiques/(rue stendhal) ; le site de Natacha Ezdra, c’est là. En concert le samedi 21 avril 2012 à Viricelles (Loire) et le dimanche 22 à Autun (Saône-et-Loire). Ce billet est précédemment paru sur Le Thou’Chant.

10 avril 2012. Étiquettes : . Lancer de disque. 9 commentaires.

Les Mouzac tricotent et fricotent avec le père Brassens

Retour à la discothèque raisonnée du brassensologue qui est en nous. Et remarquez que ça rime avec œnologue. Ça tombe bien, je m’en vais vous parler d’un grand cru…
Malgré leur nom, Sale petit bonhomme, qui déjà trahit la source, ces deux-là, Jean-Jacques et Aurélien Mouzac, père et fils, ne cherchent pas à faire du Brassens à tout prix, quand bien même ils consacrent à nouveau (1) un album entier au natif de Cette (2). Le Brassens ils l’ont en eux, depuis le temps qu’ils l’aiment et le chantent. C’est un peu beaucoup de leur respiration, l’addition de leurs globules rouges et de leurs globules blanches.
Je ne vais pas hiérarchiser l’émotion, pas classer les repreneurs du vieux, ce ne serait pas raisonnable et, du reste, il n’y a nulle compétition. Mais, quand même, ce disque-là, je le tiens très près de mon palpitant, plus que d’autres. C’est du Brassens il va de soi et c’est autre chose, d’un peu différent, d’infiniment respectueux mais pas calqué. Y’a même pas le prétexte de transposer tonton dans un autre univers (celui des Mouzac est par essence un peu jazzy, un peu swing), de lui faire subir des outrages pour retrouver le rugueux d’origine. Il n’y a l’enjeu ni du scandale ni de la performance. Les Mouzac tirent simplement la pelote de leur Brassens (jolie pochette soit-dit en passant), avec les instruments qui sont les leurs et le renfort de Thierry Heraud à la contrebasse. Avec ma foi des orchestrations intelligentes, inédites, sensibles, bien vues. Avec un peu d’électrique ici, des petites percussions là, un harmonica… Et on est confondus, le cul par terre, avec l’émotion de cette relecture, d’une belle écoute, d’un sacré coup de chapeau qu’on ne peut que saluer. Avec aussi l’impression de découvrir plus encore Brassens ce qui, convenons-en, est une gageure. Permettez-moi d’extraire trois titres en particulier : d’abord Sale petit bonhomme tant il fallait qu’elle est soit, puisqu’ils en ont fait leur raison sociale ; Pour me rendre à mon bureau ensuite, une chanson de Jean Boyer, de 1945, qui raconte les restrictions et réquisitions des transports en temps de guerre, une des « chansons de jeunesse » de Brassens que tonton gravera finalement en 1980. Et En attendant, la chanson hommage des Mouzac à leur maître et ami Brassens.
C’est du beau, c’est du bon. Bien sûr que ce disque s’impose comme un indispensable pour les amateurs de Brassens. Mais, je vous jure, pas que d’eux !

(1)    Avant de prendre le nom de groupe de « Sale petit bonhomme », les Mouzac avaient sorti, en novembre 2005, sous le nom de « Brassens de père en fils », un cédé de cinq titres : Une petite fleur…
(2)    A la naissance de Brassens, Sète s’écrivait ainsi.

Le site de Sale petit bonhomme, c’est ici ; et Sale petit bonhomme sur NosEnchanteurs, c’est là.

Pas de vidéo sur YouTube de « Sale petit bonhomme » correspondant à ce répertoire Brassens. En voici une autre, en grande formation et sur d’autres chansons, au Local, de Poitiers, en 2009 :

9 avril 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque. 3 commentaires.

Faut-il achever les vieux chanteurs ?

Leny Escudéro, un de ceux de qui les p'tits jeunes ont tout à apprendre... (photo DR)

Depuis toujours le jeunisme m’emmerde. Pire, me révolte. Or c’est une religion en France qui ne veut voir en son miroir et dans ses oreilles que l’illusion d’un élixir d’éternelle jeunesse, suffit de voir les politiques à toujours draguer les porteurs d’acné. Ils n’en veulent que pour les jeunes, toutes leurs initiatives sont tournées vers eux. Ou alors, carrément à l’extrême, pour les vieux de chez vieux, cibles de choix pour la qualité de leurs mains toutes tremblantes devant l’urne (pas la funéraire, pas encore, mais celle où on vote dedans avec sa main droite). En chanson, une fois qu’on a célébré le bel âge de Gréco (pas le peintre, non : l’ex muse de Saint-Germain des prés) et d’Aznavour, d’Aufray qui est pareillement aux fraises, on ne veut parler que des jeunes, au nom du génie de la jeunesse, de la relève, de la sacro-sainte « émergence ». Je vais faire ici divergence.
Peut-on être chanteur à plein temps sur toute sa carrière ? A-t-on le droit d’être quarantenaire, cinquantenaire ou plus en restant chanteur ? Doit-on s’excuser de son âge ? A-t-on le droit d’être chanteur à plein temps et tout le temps ? A-t-on le droit de bouffer ? Bien sûr, faudrait être con pour me dire « non ». Une fois dit ça, les programmateurs s’empressent à ne surtout pas les programmer, les décideurs à les décider, les organisateurs de festivals à les inviter.
Car la prime est aux d’jeunes. Et la déprime aux vétérans.

Anne Sylvestre : comptez ses passages télé et dans des festivals... (photo DR)

Autant on déploiera la tapis rouge pour les « vieux » de la variété (prenez le planning, année après année, de L’Olympia ; voyez le carton annuel de la tournée Age tendre et têtes de bois et de ses spectacles clones ; voyez qui pose ses fesses fatiguées sur le canapé rouge de Drucker…), autant on flingue à vue les vieux artisans.
Deux témoignages pour nourrir cette réflexion :
De Michel Fugain : « Le jeunisme ambiant est une impasse sociétale et donc forcément artistique » (Le soir, 5 janvier 2011, propos recueillis par Thierry Coljon)
De Sylvain Richardot, l’un des trois de Chanson Plus Bifluorée :« Et ne parlons pas de radio : France-Inter fait désormais de la politique de d’jeunes ; ils sont totalement dans ce plan-là en pensant que ça plait aux auditeurs. A part chez Meyer, Mermet et deux ou trois autres, il n’y a plus rien pour « écouter la différence » ! Les autres ne puisent que dans le listing des artistes labellisés. C’est du bon, mais ce n’est que la nouvelle scène et quelques dinosaures. Nous et plein d’autres – c’est-à-dire la majorité  –  ne sommes plus dans cette histoire ! France-Inter, c’est désormais sens unique. On n’a pas besoin de ça, on a besoin d’ouverture. Il faut vraiment parler de ça, du fait que la culture est à ce point cloisonnée en France… C’est monstrueux, on court à notre perte ! (…) Dans les festivals aussi, on nous le fait bien comprendre. Pourtant, on remplit les salles, on fait du mille partout. Eh ben les mecs s’en foutent. A qui les sociétés civiles donnent-elles des subventions ? A la nouvelle scène française ! Il n’y en a que pour elle ou peu s’en faut ! Si tu prends la nouvelle scène, t’es subventionné. Mais si tu prends Leprest, Didier, Michèle Bernard, Anne Sylvestre… ou Chanson Plus, ton festival n’aura pas une tune. Même s’il fait du monde, ce que savent les gens du métier : tout le monde le sait ! Mais le problème reste. Il faudrait faire un équilibre entre les jeunes talents, les « carrières » et les grands : un tiers chacun et on a tous gagné. Mais là, c’est du 2% pour nous et 98% pour les d’jeunes ! Si, à Chanson Plus, on a la chance de s’en tirer par la scène, les autres crèvent ! On dit qu’il existe un racisme anti-vieux, mais c’est vrai, j’en atteste ! (…) Tous les programmateurs de festivals ! Foulquier nous l’a dit : « Je vois ai déjà pris il y a quatre ans ; si je vous reprends à nouveau, ils vont me tomber dessus et je paume mes subventions ! » C’est dit de façon crue, mais c’est la stricte vérité ! On est dans la merde avec ça ! » (Chorus n°53, Automne 2005, propos recueillis par Michel Kemper).
Le d’jeunisme est une des religions des médiocres.

9 avril 2012. Étiquettes : , , , . Saines humeurs. 23 commentaires.

Yvan, qui vend du vent

par Claude Fèvre

Yvan Cujious, Le Bijou, Toulouse, 5 avril 2012,

Il vend du vent, Yvan Cujious, et dans son précédent spectacle il le chantait même comme une profession de foi… Alors, ce serait du presque rien, du pas grand-chose ? Détrompez-vous car ce vent là fait un bien fou, comme un air léger, juste ce qu’il faut pour que votre embarcation glisse sur les flots… Vous voyez ? Ou plutôt vous le sentez cet air là, « sans rien en lui qui pèse ou qui pose » ? Bien sûr, je les entends les bougons, les tristes et les grincheux, ceux qui veulent que la « bonne » chanson grince, dérange, bouscule.
Il pousse la chansonnette Yvan, c’est ça ? Hé bien oui, il la pousse et plutôt bien, avec son inimitable accent  d’ailleurs, comme hier soir dans la petite salle du Bijou où s’était donné rendez-vous un public de tous les âges emporté dans le rythme dès la première chanson : L’amour ça te met dans tous tes états et ça nous donne envie d’en rire !  C’est le premier titre du nouvel album et si les médias n’étaient pas si étrangers au monde de la chanson ils en feraient immédiatement le tube de l’été. Une mélodie qui s’entête et vous accompagne jusqu’au réveil, un refrain savoureux, ça ne trompe pas ! D’ailleurs le ton a été donné d’emblée avec la projection d’une vidéo qui fait office d’entrée en matière : ce sera joyeux, festif, enjoué  et Yvan endosse le costume, la gestuelle, les mimiques de son personnage clownesque, pour ne plus s’en départir, aidé par ses musiciens : Florent Hortal, à la guitare, le plus ancien à ses côtés dont il fait volontiers son souffre-douleur, avec la complicité des deux autres que sont Rémi Bouyssière aux contrebasse et guitare et Jean-Pierre Savoldelli aux batterie et percussions.
Le thème de prédilection d’Yvan reste l’amour, sans doute, mais  il se plaît à le décliner de bien originale façon et c’est précisément ce que nous demandons à la chanson. Citons son inoubliable amour vinicole pour la belle Margaux qui ne veut pas être aimée pour son cru, la rupture et la liquidation de communauté… d’un rein, ses amours à la chaîne qu’il s’en va voir à vélo, et tous ces petits défauts qui gâchent la vie à deux dans Finie la poésie… Mais le chanteur fantaisiste sait aussi émouvoir et même s’il ne s’attarde pas dans ce registre, il fait mouche comme dans cette évocation d’un  bambin, « On a tellement besoin de chansons quand il paraît qu’on a 10 ans », accompagné alors seulement par la guitare acoustique ou bien dans cette image comique des vieilles qui tricotent sur leur banc en papotant,  taillant « des costumes plus ou moins grands », et qui glisse au fil du texte vers celle, troublante, d’un homme qui « se voûte comme un croissant. »
Ce soir on affiche complet : Yvan Cujious sera à nouveau au Bijou pour un ultime rendez-vous avec son public toulousain fêtant la sortie de son nouvel album, J’aime tous les gens. Je suis prête à parier que le public finira debout, acclamant le trublion, l’artiste, quittant la scène dans une déambulation jazzy, digne de la Nouvelle Orléans. Et c’est aussi l’occasion de dire que ce concert donne furieusement l’envie de danser !
Le public quitte la salle avec le sourire. Il est heureux, ça se voit. Yvan vend du vent dans ses chansons, il vend du bonheur aux gens. Et s’ils achètent son album où quelques complices, non des moindres, ont mis leur grain de sel (Magyd Cherfi, Art Mengo, Jérémy Dirat, Antoine Salher, Cédric Antonelli) ils auront le privilège de découvrir en sus quelques perles comme La Boîte aux lettres, clin d’œil appuyé à nos échanges virtuels, ou Au Sénégal, enfin une solution aux maux d’amour… prendre l’avion, le large avec le bon vent d’Yvan !

Le site d’Yvan Cujious, c’est ici. Le début de son nouveau spectacle, c’est pile là : http://www.dailymotion.com/video/xm3byh_yvan-cujious-teaser-nouvel-album-sortie-mars-2012_music

7 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 3 commentaires.

La chanson en débat ce samedi au Café que faire ? de Veynes

Michel Kemper le week-end passé à Randan, avec Alain Vannaire, de Radio Arvernes, et Rémo Gary (Photo Eric Courtial)

Le printemps est revenu et, sorti de mon hibernation, je suis de nouveau sur les routes. A Veynes, dans les Hautes-Alpes, précisément ce samedi, pour un Café Que Faire ? entièrement consacré à ce qui nous préoccupe ici : « Faire vivre la chanson française. » Ces Café que faire ? sont la petite université populaire de Veynes. Ils mettent la réflexion et l’intelligence en mouvement. Ils lient savoirs et actions. Ces rendez-vous sont construits en deux temps, à 16 h, pour décortiquer au mieux les sujets puis à 20 h 30, pour s’interroger ensemble sur « que faire ? » A la manière d’une conférence, j’y exposerais « Mon journalisme chanson, au plus près des artistes et du public » avant d’effectivement poursuivre la discussion sur les actions à mener.
Ces Cafés Que faires sont organisés par Le Fourmidiable, en partenariat avec le mensuel Regards. Dans ma valise, j’emmène quelques bons livres à dédicacer, dont le Lavilliers bien nommé.

6 avril 2012. Les événements, Rencontres. 2 commentaires.

Portfolio : Jamait à La Bouche d’air

Chantal Bou-Hanna est une habituée de ce blog où, régulièrement, elle publie ses photos (parfois même elle écrit). Pour illustrer un article comme pour s’étaler sur tout un portfolio. En voici un nouveau (et magnifique !) où nous retrouvons Yves Jamait. C’était le 28 mars dernier à La Bouche d’air, scène de musiques actuelles sur Nantes.

6 avril 2012. Étiquettes : . Chantal Bou-Hanna, Portfolio. 11 commentaires.

Claude, prête-moi ta plume

par Claude Fèvre

Cher Claude, j’espère que tu ne m’en voudras pas de venir te parler un moment… juste comme ça, avec un peu de timidité tout de même. C’est vrai, je suis un peu chavirée de t’écrire, à toi que « les mots ont pris pour une caravane, avec tes airs de désert. » Mais il faut que je te dise qu’hier c’était un peu avec tes chansons pour repères que je suis venue au Bijou, à Toulouse. J’étais de ceux que l’on avait conviés pour auditionner les candidats au prix d’écriture qui porte ton nom. Que veux-tu, il faut t’y faire.  On n’en finit pas de t’honorer dans la ville rose. Une femme prénommée Cécile (tu vois de qui je parle ?) a même participé au jury de présélection et je sais qu’elle est là, discrète, dans la salle.  C’est stupide, sans doute mais sa présence rajoute à mon trouble. Je suis assise aux côtés de quelques personnes dont la réputation n’est plus à faire dans notre région (autre motif d’émotion… rends-toi compte, Claude, Festiv’Art aux côtés d’Alors Chante, de Pause Guitare, du Chaînon Manquant…) pour écouter, regarder ces jeunes auteurs compositeurs interprètes de chanson en Midi-Pyrénées âgées de 15 à 25 ans. Ils seront huit jeunes pousses pour quatre lauréats, un en catégorie 15/18 ans et trois en catégorie 18/25, pour gagner de quoi  donner un joli coup de pouce à leur rêve. Nous serons une dizaine à en décider réunis par l’association Rue de Siam qui préside aussi à la carrière d’une certain Yvan Cujious. Tu connais bien, n’est ce pas ?
Le Bijou est décidément le lieu idéal pour accueillir ces auditions : un écrin pour la chanson, avec le confort de son et de lumières comme on peut en rêver. Le savent-ils vraiment ces jeunes qui vont chacun leur tour interpréter trois chansons ? Savent-ils que c’est un privilège ?
Bien sûr, Claude, je suis surtout venue te parler de ce qui s’est passé sur cette scène. Parmi nous certains diront qu’ils ont entendu des « pains » regrettables, que certaines voix n’étaient pas bien placées… que ces jeunes s’inspiraient d’une chanson aujourd’hui dépassée. Mais, je souhaite avant tout te dire que ces « mots tissant l’émotion »,  ces « mots de prédilection », ces « mots bruissant comme des rameaux. » ces mots que tu as tant chéris, nous ont quelque fois visités et parfois même charmés. Et c’est bien à toi que je songeais alors en donnant mon avis. Il m’est arrivé même de penser que leur goût des mots les conduisait parfois presque à l’hermétisme… me laissant personnellement sur la rive… Dommage, je n’ai parfois pas pu embarquer !
Il  ne m’est pas possible de te  donner aujourd’hui le résultat de ce concours, encore tenu secret, mais je t’offre un petit montage de citations, juste pour le plaisir de l’assemblage des mots…
Quelle étrange idée de s’exposer sur une scène éclairée (Cécile Cardinot) /Je ne veux pas attendre la lune, puisqu’elle ne m’attend pas (les Pas des Rives) / Mon esprit s’éveille soudain et je danse dans les nues (Ma Pauvre Lucette) / Mais après tout , ce n’est qu’un bijou, ce n’est qu’une parure, un p’tit peu d’aventure (Hugo Croiset)/ J’avais mes rêves et mes espoirs, mais je suis fier d’être moi (Funky Kiwi) / Les étoiles rigolent tout en filant le temps (Saturne et Pluton) Je m’offre aux heures perdues…(Lucas Solal)  Je t’aime pas-sionnément-songe (Suzanne)/
En 2009, un trio a remporté ce prix, il se nomme Pauvre Martin (photo ci-dessus)… aujourd’hui, ces trois copains, originaires du Lot ont fait leur bout de chemin. On les a vus aux Découvertes d’Alors Chante, sur la scène mythique des Trois Baudets…Les  lauréats  2012 seront-ils promis à un avenir ? Claude, peut-être ton nom sera-t-il à nouveau un précieux parrainage ?

Les sites du Prix d’écriture Claude-Nougaro, du Bijou, de Rue de Siam prod et du groupe Pauvre Martin.

5 avril 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 9 commentaires.

Brassens version country

Ce n’est évidemment ni le premier ni le dernier à cuisiner Brassens avec ses propres ingrédients, sa propre sauce. C’en est même devenu un grand classique, pour certains un passage obligé, presque un CAP chanson à lui tout seul, option « moustache, guitare et pipe ». Les brassensologues doivent en avoir de pleines étagères. Donc, voici Christian Valmory, par ailleurs rédacteur chez notre estimé confrère Vinyl. Valmory cuisine, lui, le vieux à la sauce country, et c’est agréable même si, question de goût, il aurait pu remuer la sauce plus longtemps encore, façon Nashville. Valmory n’a pas prélevé que les « tubes » de tonton Georges, pas sélectionné que les « inconnues » non plus : seulement ses préférées, celles qu’il aime chanter plus que tout, de La tondue à Oncle Archibald, de L’assassinat au Vieux Léon, du 22 septembre au Gorille… Douze titres et, comme on s’acquitte de dime ou de gabelle, un titre en plus, un cadeau, un hommage au maître : A l’enterrement de Georges Brassens, paroles et musique de Christian Valmory, comme l’exégèse en léger différé de la cérémonie mortuaire à Sète, avec, par ordre d’apparition en scènes, les copains, les copines éplorés, des filles de joie et des hôtesses de l’Olympia aux escargots de Prévert, des gendarmes de Brive-la-Gaillarde à sa bonne Jeanne : « Si au fond du ciel une grosse voix / Fait tonner un merde de l’au-delà / Ne croyez pas que c’est un mot de Dieu / C’est Georges Brassens qui s’amuse un peu. » Discret, un rien timide, Valmory n’a pas fait grand cas de cet opus dans les médias, tant que cet album avait échappé à notre vigilance. Pour l’avoir exposé le week-end dernier à Randan, le voici chamarré, épinglé au tableau de chasse de NosEnchanteurs, où, entre nous, il a toute sa place.

Christian Valmory, La country de Brassens, 2007, autoproduit. Le myspace de Valmory c’est ici.

4 avril 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque. 5 commentaires.

Ce fut le 18e festival Chant’Appart

Flow (photos Chant'Appart)

par Gérard Pignon (« modeste bénévole de Chant’Appart »)

Dimanche après-midi, à la Roche-sur-Yon en Vendée, une petite salle près d’un hypermarché fermé, un quartier désert avant que tout ne s’anime par250 personnes qui s’entassent pour le final du festival Chant’Appart 2012. Créé en son temps par Bernard et Dany Keryhuel, le flambeau a été repris par Christian Gervais et une équipe d’une trentaine de fous ou de passionnés (à chacun de choisir)…

Jeanne Plante

Hier, donc, le dernier jour du 18ème festival Chant’Appart. Un final en fête avec Jeanne Plante, Flow, Jehan, Thierry Chazelle et Lily Cros, Zama, les Delfes et Claire Danlalune. Un point final (avant l’année prochaine) à deux mois de chansons dans tous les coins et recoins des Pays de la Loire : des spectacles dans des salons et des garages, dans des châteaux et des hôpitaux, des lycées, des structures pour personnes handicapées, des maisons de retraites… Partout où la chanson peut s’insinuer, s’immiscer. Deux mois de découverte ou de re-découverte, de communion avec un public qu’on ignore souvent. Des artistes qui se rencontrent, qui rencontrent ces accueillants qui ouvrent leur maison, qui rencontrent des spectateurs, des spectateurs qui se rencontrent au buffet convivial de fin de concert. Bref, deux mois de rencontres (c’est le maitre mot) dans 85 lieux avec, cette année, 24 groupes et artistes, plus de 130 concerts (en général deux par lieux) et près de 8000 spectateurs.
C’est de là, de ces coins de province, par tous les bénévoles de l’Hexagone, de cette France qu’on dit d’en-bas quand on n’y est pas, que la chanson, la vraie, peut vivre.
Le programme et les artistes de 2012 sont sur http://www.chantappart.fr/p/les-artistes-du-festival-2012.html . On y trouvera des habitués de ce blog. Le programme de 2013 est déjà sur les rails…

En vidéo, un intéressant reportage de TV Vendée qui vous présente, mieux qu’un long discours, ce que sont les Chant’Appart :

3 avril 2012. Étiquettes : , , . Festivals. 9 commentaires.

Se rendant à Randan (la route aux quatre chansons)

Rémo Gary, Michel Bülher, Isabelle Aubret, Charles Dumont, Michèle Bernard et Yves-Ferdinand Bouvier (photo Roland Moulin /La Montagne).

Dimanche des Rameaux. Les vieux marchent à pas précautionneux mais décidés vers l’église, tous avec leur bouquet dans la main, plus qu’il ne leur en faut, largement de quoi se protéger dans un futur indécis. Le parking est à guichets fermés. Il est tôt ce dimanche mais la petite commune de Randan vit sa foi en une rare communion. En face, la salle de l’ancien marché ne s’est pas encore réveillée. Se fêtent ici tant le livre que la chanson, le livre de chanson. Les artistes sont lève-tard. Hier au soir, une partie d’entre eux sont allé se produire à La Capitainerie, très belle salle dans la petite commune de Joze. Michel Bühler, Rémo Gary, Sabine Drabowitch, Anne Sylvestre et Michèle Bernard (ainsi que Nathalie Fortin et Arnaud Lauras, le commandant de cette capitainerie, au piano) ont donné le meilleur d’eux-mêmes et c’est peu de le dire. Puis le grand repas, d’un raffinement exquis…

Michèle Bernard et Ane Barrier (photo Laurent Balandras)

Ils auront du mal d’être à l’heure ce matin. Edda, en bonne organisatrice en chef, est la première arrivée, à ouvrir la salle. A la réveiller, à préparer le café. Leny Escudéro est à l’heure, prêt à jouer du stylo et dédicacer disques et livres. Ses livres ? Deux recueils de ses chansons, parus chez Christian-Pirot éditeur. Pirot était un fidèle de La Chanson des livres de Randan, avec chaque fois son étal de livres pas comme les autres, fait avec l’amour de la chanson, avec l’amour du livre, du vrai, dont l’encre et le papier se hument longtemps, pages qu’on palpe, qu’on tourne avec précaution et respect. Pirot est mort et tous ses bouquins sont passés au pilon, sans autre forme de procès. Ne reste qu’un site désespérément figé dans un flamboyant passé.

"C'était tout c'qu'elle avait, pauvrette, comme coussin" (photo Serge Féchet)

Hormis Lény, les deux vedettes de cette dixième édition sont sans conteste Isabelle Aubret et Charles Dumont, les deux seuls d’ailleurs à s’affranchir de la vie de groupe, de cette confraternité d’artistes, englués dans leur statut, dans leur image, dans une grande solitude qui contraste tant avec cette foule d’admirateurs qui attendent leur précieuse et sainte dédicace. Dumont qui ne regrette toujours rien, Aubret pour qui c’est toujours beau la vie, sont stars pour deux jours. Il y a là, outre les artistes déjà cités, l’ami Bertin qui fait le Jacques, très pince sans rire d’un humour fou. A ses côtés, Ane Barrier, la veuve au Ricet, qui prolonge la fidélité de son mari à cette fête, toujours présent, sans jamais le moindre mot d’excuse. C’est pas demain que le souvenir du Ricet s’estompera… Il y a aussi Kitty, la veuve au Bécaud, le dessinateur José Corréa, Bruno Théol… Et Jean Dufour, un grand personnage de la chanson s’il en est, un type bon comme le bon pain, un mec bien. Lui, Laurent Balandras, Yves-Ferdinand Bouvier… Patrick Piquet aussi, pour « Le temps d’amour », très beau livre-disque sur Gaston Couté, concocté avec l’ami Pierron il va de soi. Et Kemper, votre serviteur, qui toute la matinée dessine les poissons du premier avril et les colle dans le dos de ses copains. Qu’ils sont beaux Dufour et Escudéro avec leurs poissons ! Isabelle Aubret, elle, se colle le poisson entre ses seins : « C’était tout s’qu’elle avait, pauvrette, comme coussin. » Blagues, rires, ambiance bon enfant et, de temps à autres, un bouquin vendu, une belle dédicace, la fortune qui vient.

Yves Vessiere et Jacques Bertin (au fond, Coline Malice). Photo Christian Valmory©Vinyl

L’après-midi sera rude. Un public nettement plus important, certes, mais aussi la difficile digestion. Du festin de la veille et du cochon de lait de ce midi. Mais cochon qui s’en dédit, nous sommes les forçats de la dédicace. Seule Ane ma sœur Ane, en habituée des lieux, avait prédit le coup, qui dédicace les disques de son défunt mari par l’empreinte de la signature du Ricet qu’elle poinçonne sur le livret. On se rue sur les stars. Franchement, Charles Dumont ne regrette pas d’être venu. Même les fanzines se targuent de leur nouvelle notoriété : « Le Club des années 60 », « Je chante », « Vinyl », que du beau et du solide d’ailleurs, du testé, de l’éprouvé. Mais des chansons qui ne savent que rester dans les livres, c’est un peu triste. Fortiche, la Fortin sort son petit piano autour duquel s’agglutinent nos amis chanteurs : les Sylvestre et Bühler, les Bertin et Bernard, Coline Malice et Sabine Drabowitch, Yves Vessière, Kandid, Rémo Gary… Pas les stakhanovistes de la dédicace, non, qui eux signent à tour de bras, à s’en fouler le poignet.

Leny Escudero, autre chouette type (Photo Christian Valmory©Vinyl)

Belle journée vraiment, belle fête. C’est trop beau, c’est trop bien, on reviendra, Edda. D’ici là, Dumont aura pondu son troisième tome, qu’il ne regrettera toujours pas.

2 avril 2012. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , . Festivals. 7 commentaires.

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