Barjac (5) : Galure et Bihl reçoivent au château

De notre envoyée spéciale Catherine Cour,

Lundi 1er en soirée, cour du château :

Châpo ! Manu Galure (photo d'archives DR)

Le premier spectacle de ce lundi soir était celui de Manu Galure. Je le « suis » depuis quelques années, et je trouve que son évolution est impressionnante. Il était déjà à l’aise sur scène, la première fois que je l’ai vu… depuis sa coiffure a raccourci, mais maintenant il est devenu une vraie « bête de scène » qui s’éclate, occupe tout l’espace, bouge, joue de nombreux instruments, de sa voix et de son corps, et met le feu à la scène et au public. Le piano de montagne était bien là, mais le temps imparti n’a pas permis à Manu de lui mettre le feu… par contre « Berlin lycanthropes » a remporté un vrai succès. D’ailleurs c’est tout le spectacle qui a été ovationné, même si le tour de chant de près de deux heures a été réduit au format imposé par le festival : pas de cascades, pas de galure-abat-jour, pas de theremin (c’est un instrument de musique très « spécial »). Nous avons quand-même eu quelques beaux discours, et la chanson chantalgoyesque de fin ! J’ai adoré les rires du public quand il comprend ce que Manu est en train de chanter !!!
Prochaine étape pour Manu : la deuxième partie de la cour du château. Il a d’ailleurs commencé, puisque Agnès Bihl l’a fait revenir pour un final très acrobatique !

Son coeur fait Bihl (photo Catherine Cour)

Le deuxième artiste du soir était donc Agnès Bihl.
Elle aussi, j’ai suivi son évolution et j’avoue avoir été bluffée en voyant se transformer la petite jeune femme révoltée qui s’appuyait sur la force de ses textes en une jeune femme dont les textes, toujours percutants, s’habillent désormais de davantage de poésie ou d’humour. Ses musiques sont plus « chantantes », sa chorégraphie plus diversifiée… et elle aussi « habite » la scène et joue avec le public.
Elle nous a fait la bonne surprise de demander à Anne Sylvestre de chanter avec elle, en duo, « Non, tu n’as pas de nom ». Très belle rencontre, respect et connivence visibles.
Et puis, en fin de spectacle, c’est Manu Galure qui revient pour un duo beaucoup plus « animé » qui obtient un franc succès !
Tous les spectateurs que je croisais étaient ravis de leur soirée.

En scène, Galure sans galuron (photo Catherine Cour)

Et, après la fin du concert dans la cour du château (baptisée l’Espace Jean Ferrat depuis l’année dernière), une petite centaine d’acharnés redescend jusqu’au chapiteau pour faire le bœuf… ou l’écouter.
Lundi soir, il y a eu une vingtaine de participants : entre autres j’ai noté les noms de ceux dont la prestation m’a bien plu : Bruneau Duchâteau, Liz Van Duck (d’Orléans), Manu Galure, un « petit jeune » qui me semble avoir un bel avenir dans la chanson, comme la jeune femme qui lui succède : une certaine Agnès Bihl…
C’est vraiment sympathique, cette coutume ! Mais ça fait coucher tard !

(Entre abonnements et très nombreuses connexions, NosEnchanteurs a connu plus d’un millier de lectures hier, les billets les plus consultés étant évidemment ceux consacrés aux « Chansons de parole » en cours à Barjac. Merci pour cette fidélité. MK)

3 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 3 commentaires.

Portfolio : Agnès Bihl à Barjac

C’était hier lundi, tard, dans la cour du château de Barjac. Avec Agnès Bihl pour star d’une chanson qui ne connaît pas de paillettes mais pèse son poids d’émotions, de colères aussi, dans une posture joyeuse, évidente marque de fabrique de cette artiste. Dans l’attente de la correspondance de notre envoyée spéciale sur le front de la chanson, Catherine Cour, voici quelques-uns de ses clichés. On retrouve Agnès Bihl sur NosEnchanteurs (elle a son rond de serviette sur ce blog) par cette interview extraite du Thou Chant et par ce billet de mai 2010.

Sachez que vous êtes de plus en plus nombreux à fréquenter ce blog, à vous y abonner aussi. De tout l’Hexagone, du Québec, de Suisse et de Belgique aussi, vous suivez l’actualité de Barjac, cet étonnant épicentre d’une chanson frondeuse et belle. Merci. MK

2 août 2011. Étiquettes : . Barjac, Catherine Cour, Festivals, Portfolio. Laisser un commentaire.

Brassens toujours à la une

Le JDD tirait il y a quelques jours « Avec Brassens, un air de liberté souffle sur Paris ». Il ne faisait en fait que l’utile relation de la très belle expo Brassens ou la liberté actuellement à la Cité de la Musique, à la Villette, et de quelques autres déambulations parisiennes bruissant du souvenir du chanteur à la pipe.

On associe bien Brassens et la liberté. Mais c’est peut-être le côté muséifié du bonhomme. De partout, dans la vraie vie, et encore ce week-end, on interpelle et on coffre des outrecuidants qui ont l’audace, en cette France ultra-sécuritaire, de chanter Hécatombe. Résumons : suite à la condamnation d’un contrevenant qui avait osé chanter cette œuvre impérissable devant des pandores, nombre de citoyens, pas plus chanteurs que vous et moi mais pas moins, entonnent ici et là ce tube, systématiquement devant des commissariats. C’est drôle, ça ne mange pas de pain et ça mesure l’exact état de tolérance des forces publiques : zéro pointé ! C’est d’autant plus surprenant que Brassens et son œuvre se hissent très haut dans l’échelle des commémorations : c’est bien simple, le bon maître Georges est de partout, même en garde à vue.

De partout, oui. Tant que malgré toute ma bonne volonté, je ne saurais faire l’exact inventaire des brassenseries qui nous sont proposées. Je me limiterai donc à ce qui arrive spontanément dans ma boîte aux lettres.

Avec d’abord ce « Brassens chanté par » qui réunit Les Ogres de Barback, Debout sur le Zinc, Aldebert, Agnès Bihl, Yves Jamait et Weepers Circus, paru chez Formulette production et diffusé par L’Autre Distribution, en bac dès ce 20 juin. Que des gens qui ont ou auront leur rond de serviette dans NosEnchanteurs, c’est dire mon ravissement. Avec mention spéciale pour nos alsaciens des Weepers qui, en tous lieux (sur leur prochain opus comme sur leurs contributions ici) ne cessent de se bonifier. A noter que les Weepers Circus et Jamait n’ont sans doute pas réussit à se départager et chantent, chacun dans leur coin, Le parapluie. En pleine canicule, c’est intelligent… Toutes les plages sont ici pareil délice, faut dire aussi qu’ils sont tous bon…

Puis ce disque du Trio Job (Ruben, Julie Rousseau et Olivier Andrys), huit ans d’exercice au service des chansons du vieux, avec pour postulat de proposer un point de vue nouveau, propice à la découverte. Ça le fait. Les titres ici sont parmi les moins en vue de Brassens, encore que. L’interprétation est d’une totale fraîcheur, d’une grande délicatesse, tant que c’en est délice d’écouter ces treize titres. Pour commander, c’est ici.

Et puis ce deuxième volet de Brassens l’irlandais (Totem music/Mosaïc music distribution) qui, l’Eire de rien, pose aux pieds des vers de Brassens quelques effluves irlandaises pour de nouvelles fiançailles. Tout n’est pas réussi dans ce nouvel opus mais ce qui l’est l’est vraiment. Et puis entendre le montpelliérain Georges Nounou entonner Brassens est à mes oreilles grand et constant ravissement… Leur myspace, c’est là. http://www.myspace.com/brassenslirlandais

Enfin, citons encore la réédition bien venue du disque Greame Allwright sings Georges Brassens de 1985, un chef d’ouvre total qui avait disparu des bacs sans trop d’espoir d’y revenir, cause à des histoires, alors, de droits d’auteurs pour le traducteur. Apprendre l’anglais en chantant Quatre-vingt-quinze pour cent est une expérience rare, pire : une invraisemblable émotion.

Et cet album de seulement neuf titres, Pensez à moi : des chansons de jeunesse de Brassens, partagées entre Bertrand Belin, François Morel et Olivier Daviaud. Citons-les ces titres que vous ne connaissez pas encore et que tout raisonnable fou de Brassens se fera un devoir de chanter, fusse devant un cordon de flics : A l’auberge du bon dieu, Quand tu m’auras quittéPensez à moiQuand j’ai rencontré celle que j’aime, La marche des PAF, Son cœur au diableDiscours de fleurs et Oui et non. Une somme de petits bonheurs, bien mis en bouche qui pourraient nous en amener encore d’autres : trente ans après qu’il ait cassé sa pipe, on retrouve des inédits qui feront, c’est sûr, grand tabac. (Télérama/Cité de la Musique)

20 juin 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , , , . Lancer de disque. 1 commentaire.

Interview : Agnès Bihl

Extrait d’un entretien paru il y a peu sur le webzine ThouChant.com. La version intégrale y est disponible.

Agnès Bihl (photo Bruno Langevin)

Si on te donnait à reprendre une chanson de Jean Ferrat…
Maria ! Parce que ça faisait partie des chansons que j’aimais le plus étant gamine. J’adorais cette chanson. Mes parents n’écoutaient pas du tout de musique, c’était vraiment l’art manquant à la maison. Mais ils écoutaient Jean Ferrat, un peu de Mozart, de Brassens, d’Armstrong… Du coup, enfant, Nuit et brouillard ça me faisait peur ; en plus mes parents n’ont jamais vraiment eu de tabous et ils m’expliquaient carrément. La Commune évidemment je l’adore. Mais Ferrat, la Guerre d’Espagne, je m’imaginais un truc qui relevait un peu de Zorro quand j’étais petite. Ça me faisait rêver… J’imaginais cette femme, les genoux dans la terre, devant la tombe de son fils… Je jouais en Lorraine quand j’ai appris la mort de Ferrat : c’est à cappella que j’ai ouvert mon spectacle, en chantant Maria.

A ceux qui pensent qu’avec Ferrat est morte une certaine chanson, tu réponds quoi ?
Qu’il est temps d’arrêter de découvrir ou de redécouvrir un artiste une fois qu’il meurt. Plus personne ne parlait de Ferrat. Il meurt et là on se rend compte qu’il y a un public pour cette chanson-là. Les gens de tous âges se sont sentis concernés, émus, ils se sont rués sur les albums de Ferrat. Faudrait que les médias arrêtent de dire qu’une chanson est morte et regardent : cette chanson existe, elle vivrait mieux et plus si les professionnels de la profession arrêtaient de se dire que les gens ont les même goûts qu’eux. Et qu’ils n’aiment que ce que, eux, ils aiment. On va faire les mêmes choses pour Allain Leprest, on va se mettre à en parler à la télé, dans les radios, une fois qu’il ne sera plus là ? Leprest va faire le Bataclan, c’est plein ! Yves Jamait, qui ne passe jamais à la radio, va faire l’Olympia, c’est plein ! On refuse du monde. Anne Sylvestre, qui est boudée par tout le monde, fait des salles où elle refuse quatre mois à l’avance. Faut arrêter de prendre les gens pour des cons ! L’autre jour, j’ai marqué justement sur « fesse de bouc » que « les radios servent de la soupe et c’est le public qui boit le bouillon ». C’est pas parce que le public n’a pas accès à l’information que tel ou tel artiste existe que cet artiste-là n’a pas de public. Y’en a qui passent par le bouche-à-oreille, d’autres qui mettent plus de temps, mais quand même… Je suis peut-être naïve mais quand c’est bien, ça finit par exister. En tous cas, une certaine chanson n’est pas morte du tout. Moustaki n’est pas encore mort non plus ; Anne Sylvestre se porte très bien, merci ! Michèle Bernard aussi… Y’a de la grande chanson qui existe aujourd’hui.

Tu te considères d’une famille de la chanson ?
Bien sûr ! J’ai un grand-père qui s’appelle Brassens ; l’oncle aventurier qui arrive le soir, vous fait rêver et repart le lendemain, c’est Brel ; celui qui est fâché avec le reste de la famille, qui n’a même pas sa photo sur l’album de famille, c’est Léo Ferré… Bien sûr, cette chanson de paroles, bien sûr. Et en plus il y a de grandes amitiés, beaucoup d’amour. Récemment j’ai chanté à Paris, j’avais envie d’inviter Yves Jamait, Anne Sylvestre et Grand Corps malade pour des duos, il sont venus. Dès qu’on peut se retrouver autour d’un verre et sur scène, avec un peu de chaleur et d’amitié, on est toujours partants.
Et on le fait très souvent. Mais qu’on ne dise pas que cette chanson est morte. Loïc Lantoine joue demain ici, Imbert Imbert y a joué aujourd’hui… Sans parler de moi, y’en a quand même plein. Y’a Alexis HK qui existe quand même. Y’a une relève. C’est pas parce que c’est pas relayé que ça n’existe pas. C’est comme ça qu’on enterre les gros scandales de par le monde, mais ça ne veux pas dire que ça n’a pas eu lieu. C’est la même chose pour les artistes.

J’ai l’impression que cette partie là de la chanson rentre en résistance
Tout à fait, parce qu’elle est très peu relayée par les médias. Ou mal. Je ne citerais pas de nom mais pour mon album Rêve(s) général, c’est le même article quasiment mot pour mot dans un journal que sur mon album précédent, Demandez le programme. J’ai fait évoluer mes chansons, la personne qui a écrit l’article n’a pas tellement évoluée, elle.

C’est un article écolo, c’est du recyclage !
Mais dans ce cas-là valait mieux garder le même papier !

L’entretien complet à lire sur le webzine Thou’Chant. C’est ici.

On retrouve Agnès Bihl le 7 mai à Paris, le 10 mai à Sarrebruck, Allemagne ; le 13 mai à la fnac de Tours ; le 14 mai à Vernou-sur-Brenne ; NOUVELLE DATE ! le 25 mai à A Thou bout d’Chant à Lyon ; le 2 juin au festival « Ta parole !!! » à Montreuil. Le site d’Agnès Bihl c’est ici.

28 avril 2011. Étiquettes : , . Interviews. 2 commentaires.

Portfolio : Paroles et Musiques

Bruno Langevin est arrivé un beau jour à Paroles et Musiques, il y a de longues années, cause à un rendez-vous fixé par un artiste, pour des photos justement. Il y est resté et, fidèlement, est devenu le photographe, sinon officiel au moins officieux, de ce festival stéphanois. Voici une petite, toute petite sélection de son grand art… Dans l’ordre : Éric Toulis, Renan Luce, Imbert Imbert, Jeanne Cherhal, Loïc Lantoine, Soan, Agnès Bihl et Madjo.

23 mai 2010. Étiquettes : , , , , , , , . Portfolio. 1 commentaire.

Agnès Bihl, talent étalon de la chanson

Soirée d’exception que celle qui a réunit Sarcloret, Éric Toulis et Agnès Bihl samedi dernier à Paroles et Musiques. Il fallait en être…

Agnès Bihl : téléchargez-là ! (photo Bruno Langevin)

Qui l’a déjà vue sait la dame sur scène, l’émotion qu’il en tirera, le plaisir qu’il prendra. Assez étrangement, même si Agnès Bihl fréquente assidûment les salles de mon coin, de ma sphère, je ne l’avais jamais vu. La voici devant moi. Un peu comme je l’imaginais, plus même. Une blonde sans faux col, pétillante. Avec ses chansons d’amour. Et ses autres, presque catalogue d’indignations : racisme, écologie, droits de l’homme… Pour un peu, ça ferait Lemay, mais en plus consistant, plus politique, délaissant les pages de Femme Actuelle pour celles de L’Humanité. En fait, c’est ça, il y a un peu beaucoup de Francesca Solleville en Bihl, par sa présence comme par ses sujets, colères, audaces et tendresse. Et l’or de ses cheveux. Agnès Bihl (photo archives DR) « Bonsoir, mis à part le chômage, le divorce et la crise, ça va ? » Sacrée nana en scène que cette Bihl, étonnante professionnelle surtout. Et bonheur des photographes : émulsion sensible, elle s’offre sans retenue, en des attitudes, des postures qui flattent et appellent et flattent la pellicule. Bihl parle d’amour, du besoin, du désir d’amour surtout. La célibattante qu’elle est attend le prince charmant… « Je pleure, tu pleures, il pleut / Tu n’es pas le premier que je rend malheureux » Et se cogne à la vie, titube : c’est souvent gueule de bois tant il est vrai qu’« un grand chagrin d’amour ça se fête au champagne ». L’amour et la vie, cette mamie qui vieillit à l’hospice comme cette gosse qui vient de naître. L’homme qui devient jetable, cette France riche en pauvres, ce fric roi, Agnès ne tourne pas sept fois sa langue avant de chanter, avant de déverser sa bile sur les mots de notre société. Et ses perversions : ainsi Touche pas à mon corps, terrible chanson sur l’inceste qui, tout spectateur que vous êtes bien calé dans votre fauteuil, vous cloue au sol, vous anéanti. Il y a bien des sujets qu’on sent que Bihl s’est imposé, d’autres qui sont plus naturels. Il y a des chansons aux chutes trop légères et d’autres, chefs d’œuvre qui nous laissent cois. Le tout fait récital qui, au final, emporte sans grande réserve notre totale adhésion. Ne serait-ce par ce clin d’œil à Gréco qu’est Téléchargez-moi : délice d’écriture autant que finesse d’interprétation. Un petit bonheur !

Le myspace d’Agnès Bihl.

20 mai 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques. 2 commentaires.

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