Portfolio : Allain Leprest (2)

Même s’il nous semble le connaître par cœur, chaque rencontre avec Leprest est un autre bonheur. Son récital à ce festival où les poissons chassent les chansons en fut un. Ravis en tous cas de le retrouver les tifs au vent, chevelure à nouveau indomptée, promesse de lendemains qui forcément décoiffent. Heureux d’à nouveau savourer sa chanson de geste, longs bras qui fendent l’air et dessinent l’émotion aussi sûrement que la voix, que les mots. Étonnement satisfait d’à nouveau pester à chaque trou de mémoire, de devoir lui souffler de loin les mots, les siens qui, pour tant les fredonner, sont tous aussi nôtres : Allain est comme ça dont les vers hémophiles se répandent sur la nappe, sur le zinc, sur la scène. Contents de retrouver Bilou et Saint Max, de mutuellement prendre de nos nouvelles, d’estimer la fidélité, de mesurer l’amitié, de faire ensemble étapes de compagnons. Et, le temps de finir la bouteille, de faire fête jusqu’à la prochaine.

Portfolio de Frédéric Perrono, membre du Club-photo de la MJC d’Annonay.

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5 avril 2010. Étiquettes : . Pas des poissons des chansons, Portfolio. 1 commentaire.

Portfolio : Allain Leprest

Robert Dubost est un photographe amateur lyonnais, un habitué de la MJC-Salle des Rancy dont il est bénévole. Autant je pense que les mots peuvent capturer des images, autant je sais que les images peuvent emprisonner les émotions. Les images de Robert me semblent exemplaires. Il ne suffit pas d’un bel appareil, il ne suffit pas de se la péter, de seulement appuyer sur un bouton : le photographe doit capter l’âme, anticiper le mot, le geste. Ce que Robert sait faire, à l’évidence, à l’excellence. Les photos qui suivent ont été prises les 20 et 21 janvier 2010 aux Rancy. Elles mettent en scène Allain Leprest, Nathalie Miravette et Balmino.

24 janvier 2010. Étiquettes : , , . Mes nouvelles Nuits critiques, Portfolio. Laisser un commentaire.

Leprest en provision, en larmes d’émotion

Allain Leprest, 20 janvier 2010, salle des Rancy à Lyon.

Allain Leprest aux Rancy (photo Robert Dubost)

« Quand auront fondu les banquises / On verra le dernier pingouin / En queue de pie sur les Marquises / Danser sur la tombe à Gauguin… » Il nous est revenu l’Allain, pareil qu’avant, avec ses chansons qu’on tord, qu’on essore, pour en recueillir les larmes d’émotion, en faire provision ; avec ses bras qui dessinent l’espace ; avec sa cravate rouge et sa chemise qui pend ; avec son fil de micro qu’il prend parfois pour lasso ; avec ses trous d’airs, ses textes qui se font la belle, mémoire entre toutes poreuse. Même avec Miravette, tiens, la Nathalie qu’il a ravi à Joyet. Il s’était fait rare, Allain, le temps sans doute d’écouter repousser ses ch’veux, tant que maintenant il ne sait plus vraiment les dompter. Il n’a pas vraiment changé, le Leprest. Même s’il écrit à tour de bras, comme vache qui pisse, c’est pour les autres ; lui ne conserve toujours que les mêmes chansons, des qu’on a déjà pu entendre il y a dix ans déjà, parfois vingt, même plus. C’est que régulièrement il en reprend, des tombées dans l’oubli selon lui, des à qui il donne la chance d’une nouvelle jeunesse, d’une carrière à reprendre, d’une injustice à réparer, à repriser. Alors on retrouve Bilou, et pis Gagarine, Saint-Max, Joséphine et Séraphin… On clos les balloches, les culs sont toujours ronds qu’on enfile à rebours, sans doute Le Temps de finir la bouteille, d’en voir le cul. On ne salue toujours pas le cloué sur la croix, on fait une croix dessus. Et il pleut encore sur la mer même que ça sert à rien, à rien de rien. Immuable Leprest. Bien sûr il nous donne de ses nouvelles, des ports où se planque la barque de sa cervelle. A le voir, là, devant nous, elles ne peuvent qu’être rassurantes. Avec lui Miravette donc, et « cette faculté qu’elle a de gommer toutes mes imperfections ». Depuis Bernard Joyet, la pianiste a ajouté une touche à son art : elle chante. Là elle fait duo avec Leprest, reprenant une chanson qu’Allain avait jadis écrit pour la Gréco : « On avait un seul pull pour deux / Un grand pull-over d’amoureux / Chacun un bras pour une manche / Et chacun l’autre pour la hanche ». Autre duo, avec le chanteur Balmino, pour un hommage à Matthieu Côte, l’ami lyonnais parti l’an passé au paradis des musiciens : « C’est peut-être Mozart… ». Selon les moments, ça dépend des soirs, Leprest est bon ou un peu moins. Lumineux ou pas. Il fut les deux à Lyon, en deux soirs, deux récitals néanmoins précieux au-delà des mots. Car on connaît ses vers, ses rimes nous sont famille. On vient simplement en rechercher, cueillir à ses lèvres un surplus, du rab, une liqueur. On vient s’enivrer de son talent, de son être. Arroser nos fleurs de sa sève. Y’aura encore un beau jardin cette année.

21 janvier 2010. Étiquettes : , , . Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Solleville, qui fait rimer les oubliés

Archive. Pour ses cinquante ans de chanson, Francesca Solleville s’offre le luxe d’un coffret de cinq cédés, Venge la vie (102 chansons enregistrées entre 1959 et 1983) ainsi que de Je déménage, compilation de 15 titres de 1995 à 2007, survols d’autant de décennies d’engagement. Ce papier a presque six ans déjà, récital capté en live salle des Tilleuls à Viricelles, petit village et havre de chanson entre Lyon et Saint-Étienne.

Francesca Solleville et sa pianiste Nathalie Fortin (photo Michel Kemper)

« Le monde autour de nous ressemble / A un océan démonté / La tendresse est à reconstruire». Solleville est interprète qui, depuis des lustres, se met en bouche des mots écrits par d’autres, parfois spécialement pour elle. Des propos qu’elle lustre de sa voix, qu’elle magnifie de superbe. On se l’imagine clamer le chant de Victor Jara ou celui des partisans : si son choix de textes est désormais autre, la tonalité est restée pareille. Le temps n’a pas de prise sur Francesca Solleville. Et rien de ce qu’elle chante ne lui est étranger : elle est colère, elle est tendresse, impressionnante et bouleversante à la fois. La salle est bondée. Francesca arrive sur scène : Al dente en guise de présentation, de carte d’identité. C’est son passé de gamine rital qu’Allain Leprest lui a écrit. Un Leprest omniprésent dans ce répertoire : une chanson sur deux, comme une évidence, comme la signature d’un des plus grands auteurs d’aujourd’hui. L’enfance donc, puis premier mensonge : On s’ra jamais vieux, texte de Bernard Joyet, autre monstre de la chanson qui l’a précédé de quelques mois sur cette même scène. Demi-mensonge plutôt : sera-t-elle vieille un jour Francesca, elle qui, à l’orée de son hiver, a la sève d’une jeune pousse, porte les prémices d’un k.o. social qui lentement bourgeonne, a la toux d’une marmite à cheval sur le Vésuse et l’Etna. Avec Vanina, de Véronique Pestel, Solleville fait rétro du siècle passé, par l’entremise d’une femme qui traîne sa militance des suffragettes à la résistance, de l’Algérie au caritatif catho d’aujourd’hui : siècle d’une femme debout, magistralement interprétée par une autre, tout aussi lancée en militance, droiture faite chanson. C’est un récital de fulgurance, une voix puissante gorgée de combats, en constant devoir d’espoir. « Voici un texte de Louise Michel : c’est pas très gai, tout ça. J’ai hésité avec un autre, d’Anne Sylvestre, sur Bagdad… ». Mais Solleville c’est ça. Si on veut le futile, ce n’est pas elle qu’on ira entendre. Francesca est la gravité d’un monde brutal fait de colonisation, de racisme, de charrettes sociales. Comme le lui écrit Paccoud, sa chanson fait rimer les oubliés, magistral poing levé qu’elle est contre l’indifférence : « Ça claque aux matins noirs / Et ça fait douter les soldats / Ça porte le grand soir / Et ça fait beaux les gens d’en bas / Quand elle étend ses blanches croches / Quand les hommes ont le vin qui triste / Elle fait des clowns au yeux des poches / Quand y’a plus d’oiseau sur la piste… ». Louis Aragon, Jean-Michel Piton, Jean Ferrat, Gilbert Laffaille, Pierre Tisserand, Michel Bühler, Gérard Pierron, Jean-Max Brua, Louise Michel… le générique de Francesca, cette petite femme aux cheveux d’or, est fierté d’une chanson qu’on dit moribonde au seul fait qu’elle est absente de l’écran télé, privée d’antenne. Mais pas de public : la salle de Viricelles était, une fois de plus, pleine à craquer. Gorgée d’émotion et remplie de fierté. Celle d’accueillir une des plus grandes chanteuses en exercice.

Francesca Solleville sera en concert à la Salle des Rancy à Lyon les 22 et 23 ,janvier 2010.

12 janvier 2010. Étiquettes : , , , . Archives de concerts. 1 commentaire.

S.D.F.

Dans le journal ce matin, des pleines colonnes encore sur cette pandémie qui mobilise gouvernement et médias, histoire de bien occuper le bon peuple (pendant qu’on cause de ça…). On a dû dépasser les cent victimes en France, en prenant bien soin de compter cette fois-ci les extra-métropolitains, c’est pour la bonne cause. Faut faire chiffre, même si bien souvent les victimes étaient aussi atteintes d’autres affections, d’autres maux. Tout le monde se mobilise, les doigts sur la couture du pantalon, comme pour le Téléthon. Pique, pique, pique, faut vacciner à tour de bras et, au passage, booster l’industrie pharmaceutique reconnaissante. Y’en a plein les journaux et les carnets scolaires du « A », ça dégueule, on en bouffe au 20 heures de l’entrée au dessert. Indigestion. Dites, c’est quand le plan « B » ?
Et un simple entrefilet, tout petit riquiqui : 340 S.D.F. (Sans Domicile Fixe, en fait sans domicile du tout, à la rue) morts depuis le début de l’année dans notre pays. Que fait-on ? Y’a pas un vaccin contre ça, une piqûre contre l’extrême pauvreté, une seringue pour la dignité ?

J’aim’rais qu’çà cesse – esse – esse
De s’dégrader – der – der
Sans un bénef – ef – ef
S.D.F.
Ce qui me blesse – esse – esse
C’est d’être soldé – dé – dé
Pour pas bézef – ef – ef
S.D.F.
J’ai pas d’adresse – esse – esse
Rien à garder – der – der
J’ai pas l’téleph – eph – eph
S.D.F.
Rien dans la caisse – aisse – aisse
Rien à fonder – der – der
J’ai pas d’sous-chef – ef – ef
S.D.F.
On me rabaisse – aisse – aisse
On veut m’céder – der – der
En bas-relief – ef – ef
S.D.F. (…)

(extraits de la chanson S.D.F. C’en n’est pas une des exilés fiscaux que sont Pagny ou Hallyday, ça risque pas. C’est d’Allain Leprest, excusez du peu)

8 décembre 2009. Étiquettes : . Saines humeurs. 2 commentaires.

Chez Leprest, vol.2 : trop bien ! hélas…

« La différence entre Leprest et moi, c’est que Leprest a le talent et moi le succès. Ce serait à refaire que ce serait bien que ce soit l’inverse » m’avait, en substance, dit un jour Renaud.
Renaud n’est pas (encore) du lot de ceux qui interprètent Leprest, mais y’a du monde qui s’y pressent : le source ne tarit pas. Deuxième hommage collectif à l’Allain, deuxième fournée, dans un spectre large qui en dit long sur Leprest et sa place dans la chanson. De Gérard Morel à Adamo, de Clarika à Anne Sylvestre, d’Alexis HK à Gérard Pierron, le générique est, comme sur le premier volume, impressionnant. Et chacun à sa place. Trop peut-être. On ne sait comment se sont adjugés ces titres mais l’impression est que chaque chanson va comme un gant à son nouvel interprète, trop, qu’elle lui était prédestinée. Sylvestre semble faire du Sylvestre avec des mots de Sylvestre, même s’ils sont signés Leprest. Pareil pour Laffaille, Adamo ou Morel. Foulquier le jeune retraité d’Inter y chante La Retraite… Amélie arrose les fleurs qu’on diraient fleuries dans son piano, les Kétanou se la jouent SDF dans la rue. Francesca s’arrache les clous des poings qu’elle lève comme à l’accoutumée. Et Pierron rêvasse comme Pierrot, dans la lune, par l’entremise de Gagarine. Ce disque n’est que satisfactions qui s’empilent. Pile mais jamais face, pas de surprises. Il est juste ce qu’on en attend alors qu’il eut fallu nous surprendre quelque peu, nous secouer le Leprest, distribuer autrement les rôles et partitions, créer les dissonances, prendre des risques, susciter des étincelles surnuméraires, jouer avec ce matériau d’exception qu’est l’œuvre d’Allain.
Déçu ? Non, ce disque est grande galette qu’on usera jusqu’à la corde et bien au-delà du cd, en une magnifique et émouvante piste cachée, qu’on croquera par tous les bouts, d’autant qu’il y en a une deuxième dans le coffret, dvd tiré du premier volume, avec Jehan et Guidoni, Lantoine et Jamait, Ruiz et Lavoie, Bihl et Vilard… Grand luxe qu’on prendra pour cadeau à l’approche des fêtes mais pas que. Cadeau pour la vie !

Coffret cd-dvd Chez Leprest, Vol.2, Tacet/L’Autre Distribution. Sortie le 7 décembre 2009. Allain Leprest et ses amis seront sur la scène du Casino de Paris le 8 mars 2010.

29 novembre 2009. Étiquettes : , , , , . Lancer de disque. 2 commentaires.

Levez les vers, Leprest nous revient

Allain Leprest crédit Pierre Olcese - copie-small

Allain Leprest (photo Pierre Olcese)

Leprest fait de nouveau son intéressant. Il l’est. Il y a deux ans sortait Chez Leprest – volume 1 qui, forcément en appelait un second (1). Quatorze chanteurs plus Leprest himself, plus sa fille Fantine, reprenaient ce brillant auteur. Ça faisait déjà du monde : Olivia Ruiz, Daniel Lavoie, Jacques Higelin, Loïc Lantoine, Sanseverino, Mon Côté punk, Michel Fugain, Nilda Fernandez, Hervé Vilard, Agnès Bihl, Jean Guidoni, Enzo Enzo, Jamait et Jehan, tous sous la direction de Romain Didier. Rien à jeter vraiment en ce disque d’anthologie, presque collector. Voici qu’est annoncé, pour début décembre (le 7 précisément), la sortie du volume 2. Avec Anne Sylvestre, La Rue Kétanou, Amélie-les-Crayons, Flow, Adamo, Alexis HK, Kent, Claire Lise, Isabelle Mayereau, Bruno Putzulu, Clarika, Olivia Ruiz de nouveau, Jean-Louis Foulquier, Gérard Morel, Francesca Solleville, Gérard Pierron, Gilbert Laffaille et l’incontournable Romain Didier. Rien que taper cette liste sur le clavier, la salive me vient, l’envie se dessine. D’autant plus qu’à ce deuxième CD va s’adjoindre un DVD, captation d’images du concert de février 2008 au Bataclan, qui réunissait les participants au premier volume. Que demander de plus face à une telle promesse d’émotions ?

Pour fêter ça, on peut lever le coude et sortir les vers. Et moi de dénicher un des nombreux papiers que j’ai pu commettre sur Allain Leprest. C’était en 2004, salle Jeanne-d’Arc à Saint-Étienne.

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Toujours le bonheur est dans Leprest

Archive. Ça fait un bail, deux, trois ans peut-être, que Leprest n’avait étalé ses chansons qu’on tient pour grandes sur la scène de Jeanne-d’Arc. Pas de nouvelles cette fois-ci, rien que des déjà classiques, qui font toujours même effet, bel effet. Livrées en pack d’émotion, prêtes à consommer, prêtes à pleurer. De bonheur. Enfin, de cette chose qui court l’échine et vous dresse les poils. Leprest fait toujours impression. C’est son métier, son négoce de déjà tout gosse : il est impressionnant. Vous êtes là, suspendus à ses mots, à ses absences de mots… et ça marche, sur l’eau même. Il est comme ça Leprest. Trop de vers au breuvage d’émotion (c’est son job : il est émotionnant) et c’est l’artiste qui chaloupe, se loupe parfois, titube au son des baloches… C’est fragile un tel roc, qui s’expose Nu, sans apprêts mais pas sans suite. On l’aime, l’Allain, du plus pur sentiment, comme il est, comme il chante, de sa voix nicotinée aux gauloises rimées : «Oh belle brune qui se fume / Dans ce siècle où tout se consume / Entre nos doigts jaunes et se jette / Oh toi qui porteras mon deuil / Demain blotti dans le cercueil / De mon étui de cigarettes». On aime ses bras qui ramassent l’imaginaire d’une enfance prégnante, qui enserrent beauté et certitudes. On l’aime, l’Allain, par ses divines colères d’avec celui, tout en haut perché, qu’il ne salue pas : «Un père j’en ai d’jà un / Qui arrachait mes clous / Quand on m’clouait les poings». On aime sa tendresse, qui va puiser le souvenir des détails comme cette «tartine d’orange tombée du côté où ça s’mange», qui s’en va s’accoupler à la pure dignité, aux côtés des SDF. On l’aime, l’Allain, pour tout son talent. Dans son chez-lui stéphanois, il est l’ami de toujours.

(1) Précisons toutefois que Leprest, entre ces deux disques hommage, a sorti son nouvel opus, Quand auront fondu les banquises, en 2008, puis Cantate pour un cœur bleu, en août 2009, avec Romain Didier, Jean-Louis Trintignant et Enzo Enzo. Tous ces disques, Chez Leprest inclus, sont chez Tacet/L’Autre distribution.

30 octobre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts, Lancer de disque. 3 commentaires.

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