Anne Baquet, on ne s’en lasse pas

De passage au off d’Avignon, en juillet dernier, Catherine Cour nous a entretenu d’Anne Baquet. C’est au tour d’une de ses amies, Felice Olivesi, de revenir sur cette artiste pour le compte de NosEnchanteurs.

Anne Baquet, lors de son précédent spectacle, en février 2010, déjà au Théâtre du Ranelagh (photo Pascale Angelosanto)

La dernière fois que je suis allée au Ranelagh, à Paris, c’était pour voir Les enfants du Paradis. J’étais alors en troisième. Je ne me souvenais pas de ce magnifique décor de bois sculpté ! Même sans spectacle, ce théâtre vaut à lui seul le coup d’œil.
Pas longtemps. Le noir se fait et le rideau s’ouvre sur une immense silhouette, dans la pénombre de la scène. Une voix off, profonde, avenante, celle des contes de Noël (Jacques Frantz), nous raconte le début de l’histoire, tandis que notre héroïne nait devant nos yeux attendris, sous les injures de sa mère…
« Elle était une fois… » est une histoire complète, égrenée par les chansons. Anne Baquet voltige entre tous ses personnages, avec une incroyable force d’évocation. On a l’impression d’avoir une foule sur scène, bigarrée qui plus est… On suit l’héroïne à travers le temps et les lieux : une chambre d’enfant, un concert de rock (« Jaaaason !! »), les cours de théâtre, de danse, de chant, les planches de Deauville…
Le spectacle m’a totalement fascinée, comme le précédent. Difficile à expliquer. Il y a à la fois énormément de générosité et de délicatesse. Une façon de raconter les choses en regardant les faits droit dans les yeux, et en laissant les émotions suivre en conséquences imprévues. Ces émotions qui arrivent sans prévenir n’en sont que plus fortes ! Les épisodes de la vie de l’héroïne sont drôles et poignants, difficiles mais enthousiasmants, ridicules et attendrissants… Le cœur tourbillonne dans tous les sens avec les personnages de l’histoire. Et la mayonnaise prend.
Le public est proprement emballé par une artiste qui sait très bien nouer les rubans autour d’une salle entière. Peu à peu, les applaudissements semblent plus encourager l’héroïne, vaillante artiste en devenir, que féliciter la chanteuse accomplie qui l’incarne… Nous sommes dans l’histoire jusqu’au cou. On y est bien.
C’est toujours un peu triste quand ça s’arrête, non ? … alors reprenons-en une petite part !
Le pianiste, Damien Nédonchelle, du genre « flegmatique exalté » (mais si ! ça se peut) est ab-so-lu-ment génial. Bien sûr, il ne fait pas que jouer du piano : il chante, il danse, il montre un entrain joyeux à gambader autour du piano… il est… divin !
Anne Baquet est plus fée que jamais. D’un geste léger, d’une étincelle dans le regard, d’un mouvement du pied, elle crée ses personnages, plus solides que le réel, devant les yeux émerveillés des spectateurs. Les oreilles de ces derniers s’émerveillent tout pareil au(x) son(s) de la (des) voix qui sortent du joli gosier de notre chanteuse (mais combien sont-ils, là-dedans ?). Des trémulations de la chanteuse russe arrosée de vodka aux douces intonations de l’enfant qui s’endort, Anne Baquet, l’air de rien, fait ce qu’elle veut de sa voix, et en « rit, de se voir si belle… » !
Rythme, virtuosité, rires et serrements de cœur, temps suspendu en plein vol…. il y aussi tout ça dans le spectacle. Le tout est enveloppé dans les élégantes lumières de Jacques Rouveyrollis, qui ponctuent phrases et apparitions de personnages avec beaucoup d’efficacité.
C’est tous les vendredis et samedi à 19h, et les dimanches à 11h30, jusqu’en mars prochain.
Qu’en dire d’autre ? Ah oui : j’y retourne !

Felice Olivesi.

(vidéo d’un précédent spectacle au Ranelagh)

Publicités

30 novembre 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 1 commentaire.

Anne Baquet : MA preuve que Dieu n’existe pas !

De notre envoyée spéciale en Avignon, Catherine Cour,

Le Canard Enchainé en parle comme d'un "Baquet-cadeau" ! (photo Catherine Cour)

MA preuve que Dieu n’existe pas, du moins pas le Dieu juste et bon de mes leçons de catéchisme. Sinon, comment admettre qu’une seule personne (et pas très grande, la personne !) puisse accumuler autant de dons et de qualités, alors que ………. en est totalement dépourvu(e) (les points de suspension sont là pour vous permettre d’écrire le nom d’un « chanteur » sans voix, sans talent et dont le charisme est encore plus faible que celui d’une chaussette de footballeur après des prolongations ! On en a tous au moins un dans nos expériences de spectateur. Perso, j’inscrirai volontiers Carla Bruni, mais
1°) je n’aime pas tirer sur les ambulances et
2°) je ne serais plus jamais invitée à la garden-party de l’Élysée !… Euh… ??? Mais je ne suis PAS invitée à la garden-party de l’Élysée !!! Et la prochaine, c’est juillet 2012 ? Je ne risque donc RIEN !)

Je ne vais pas vous copier la biographie d’Anne Baquet : il en existe de fort bien documentées sur internet. Juste vous dire qu’elle a une voix splendide (formation de chanteuse lyrique oblige, elle chante sans micro et vous l’entendez même au fin fond de la salle ! quels trilles ! quelle maîtrise ! quel souffle !), qu’elle joue comme une excellente actrice (qu’elle est également), qu’elle mime (oui, aussi !), qu’elle fait quelques acrobaties (monter et descendre en sautant du haut d’un piano à queue, par exemple !), qu’elle danse… (c’eût été étonnant qu’elle n’ait pas cette corde-là à son arc !) et surtout qu’elle ne se prend pas au sérieux (elle est capable de chanter faux é-queu-ceu-près) et qu’elle nous entraîne dans deux voyages fort différents : un monde fantastique, tout traversé de rêve et de poésie… et puis d’humour, aussi ! ou une pièce de théâtre bien ancrée dans la réalité.
Je vous parle de ses deux derniers spectacles, qui « tournent » pour l’instant et qu’il est possible de voir un peu partout en France.
– Le plus ancien, Non, je ne veux pas chanter, est une suite de chansons de fantaisie, de poésie, légères, anecdotiques, oniriques, complètement farfelues, ou douces et mélancoliques. On rit beaucoup, et puis un peu plus tard on est juste intensément là, à écouter dans un silence religieux, avec seulement l’envie que la chanteuse ne s’arrête pas… Il existe un DVD du spectacle qui permet de retrouver la magie de ces instants.
Elle était une fois…, le spectacle qu’elle vient de créer en Avignon est davantage « linéaire » : c’est un « conte musical » qui raconte une histoire avec un début, une fin, une quinzaine de personnages tous incarnés par Anne. C’est une performance que les éclairages de Jacques Rouveyrollis permettent (on comprend immédiatement qui parle) et que le talent d’actrice et de mime d’Anne met formidablement bien en valeur !
Enfin, juste pour bien prouver qu’elle n’est pas un être humain comme les autres, elle est d’une gentillesse, d’une humanité incroyables ! Ses remerciements ne sont pas que de la politesse, elle est abordable après chaque spectacle, elle dédicace sans se lasser, malgré sa fatigue, tant son bonheur est grand (et visible) de pouvoir échanger avec son public. Là aussi, qui ne connaît pas quelques chanteurs dont la longueur du tour de tête est inversement proportionnel avec la taille du talent ? Eh bien, Anne, c’est tout le contraire : talent immense et gentillesse d’un même niveau.
Il est encore temps d’aller l’applaudir à Avignon, au théâtre du Balcon à 19 h 15 (arriver 45 minutes en avance et réserver : le bouche-à-oreille fonctionne et c’est souvent plein !). C’est parfaitement réalisable en sortant du spectacle de Bernard Joyet, au théâtre des Vents : il est à cinq minutes du Balcon !
Et puis, sinon, ces deux spectacles vont continuer à vivre leur vie (que je souhaite longue !) et je ne peux que vous conseiller d’aller les voir… une fois, dix fois… j’en suis toujours sortie émerveillée ! Je vous souhaite le même plaisir.

Le site d’Anne Baquet.

30 juillet 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. Laisser un commentaire.

%d blogueurs aiment cette page :