Faut-il achever les vieux chanteurs ?

Leny Escudéro, un de ceux de qui les p'tits jeunes ont tout à apprendre... (photo DR)

Depuis toujours le jeunisme m’emmerde. Pire, me révolte. Or c’est une religion en France qui ne veut voir en son miroir et dans ses oreilles que l’illusion d’un élixir d’éternelle jeunesse, suffit de voir les politiques à toujours draguer les porteurs d’acné. Ils n’en veulent que pour les jeunes, toutes leurs initiatives sont tournées vers eux. Ou alors, carrément à l’extrême, pour les vieux de chez vieux, cibles de choix pour la qualité de leurs mains toutes tremblantes devant l’urne (pas la funéraire, pas encore, mais celle où on vote dedans avec sa main droite). En chanson, une fois qu’on a célébré le bel âge de Gréco (pas le peintre, non : l’ex muse de Saint-Germain des prés) et d’Aznavour, d’Aufray qui est pareillement aux fraises, on ne veut parler que des jeunes, au nom du génie de la jeunesse, de la relève, de la sacro-sainte « émergence ». Je vais faire ici divergence.
Peut-on être chanteur à plein temps sur toute sa carrière ? A-t-on le droit d’être quarantenaire, cinquantenaire ou plus en restant chanteur ? Doit-on s’excuser de son âge ? A-t-on le droit d’être chanteur à plein temps et tout le temps ? A-t-on le droit de bouffer ? Bien sûr, faudrait être con pour me dire « non ». Une fois dit ça, les programmateurs s’empressent à ne surtout pas les programmer, les décideurs à les décider, les organisateurs de festivals à les inviter.
Car la prime est aux d’jeunes. Et la déprime aux vétérans.

Anne Sylvestre : comptez ses passages télé et dans des festivals... (photo DR)

Autant on déploiera la tapis rouge pour les « vieux » de la variété (prenez le planning, année après année, de L’Olympia ; voyez le carton annuel de la tournée Age tendre et têtes de bois et de ses spectacles clones ; voyez qui pose ses fesses fatiguées sur le canapé rouge de Drucker…), autant on flingue à vue les vieux artisans.
Deux témoignages pour nourrir cette réflexion :
De Michel Fugain : « Le jeunisme ambiant est une impasse sociétale et donc forcément artistique » (Le soir, 5 janvier 2011, propos recueillis par Thierry Coljon)
De Sylvain Richardot, l’un des trois de Chanson Plus Bifluorée :« Et ne parlons pas de radio : France-Inter fait désormais de la politique de d’jeunes ; ils sont totalement dans ce plan-là en pensant que ça plait aux auditeurs. A part chez Meyer, Mermet et deux ou trois autres, il n’y a plus rien pour « écouter la différence » ! Les autres ne puisent que dans le listing des artistes labellisés. C’est du bon, mais ce n’est que la nouvelle scène et quelques dinosaures. Nous et plein d’autres – c’est-à-dire la majorité  –  ne sommes plus dans cette histoire ! France-Inter, c’est désormais sens unique. On n’a pas besoin de ça, on a besoin d’ouverture. Il faut vraiment parler de ça, du fait que la culture est à ce point cloisonnée en France… C’est monstrueux, on court à notre perte ! (…) Dans les festivals aussi, on nous le fait bien comprendre. Pourtant, on remplit les salles, on fait du mille partout. Eh ben les mecs s’en foutent. A qui les sociétés civiles donnent-elles des subventions ? A la nouvelle scène française ! Il n’y en a que pour elle ou peu s’en faut ! Si tu prends la nouvelle scène, t’es subventionné. Mais si tu prends Leprest, Didier, Michèle Bernard, Anne Sylvestre… ou Chanson Plus, ton festival n’aura pas une tune. Même s’il fait du monde, ce que savent les gens du métier : tout le monde le sait ! Mais le problème reste. Il faudrait faire un équilibre entre les jeunes talents, les « carrières » et les grands : un tiers chacun et on a tous gagné. Mais là, c’est du 2% pour nous et 98% pour les d’jeunes ! Si, à Chanson Plus, on a la chance de s’en tirer par la scène, les autres crèvent ! On dit qu’il existe un racisme anti-vieux, mais c’est vrai, j’en atteste ! (…) Tous les programmateurs de festivals ! Foulquier nous l’a dit : « Je vois ai déjà pris il y a quatre ans ; si je vous reprends à nouveau, ils vont me tomber dessus et je paume mes subventions ! » C’est dit de façon crue, mais c’est la stricte vérité ! On est dans la merde avec ça ! » (Chorus n°53, Automne 2005, propos recueillis par Michel Kemper).
Le d’jeunisme est une des religions des médiocres.

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9 avril 2012. Étiquettes : , , , . Saines humeurs. 23 commentaires.

Se rendant à Randan (la route aux quatre chansons)

Rémo Gary, Michel Bülher, Isabelle Aubret, Charles Dumont, Michèle Bernard et Yves-Ferdinand Bouvier (photo Roland Moulin /La Montagne).

Dimanche des Rameaux. Les vieux marchent à pas précautionneux mais décidés vers l’église, tous avec leur bouquet dans la main, plus qu’il ne leur en faut, largement de quoi se protéger dans un futur indécis. Le parking est à guichets fermés. Il est tôt ce dimanche mais la petite commune de Randan vit sa foi en une rare communion. En face, la salle de l’ancien marché ne s’est pas encore réveillée. Se fêtent ici tant le livre que la chanson, le livre de chanson. Les artistes sont lève-tard. Hier au soir, une partie d’entre eux sont allé se produire à La Capitainerie, très belle salle dans la petite commune de Joze. Michel Bühler, Rémo Gary, Sabine Drabowitch, Anne Sylvestre et Michèle Bernard (ainsi que Nathalie Fortin et Arnaud Lauras, le commandant de cette capitainerie, au piano) ont donné le meilleur d’eux-mêmes et c’est peu de le dire. Puis le grand repas, d’un raffinement exquis…

Michèle Bernard et Ane Barrier (photo Laurent Balandras)

Ils auront du mal d’être à l’heure ce matin. Edda, en bonne organisatrice en chef, est la première arrivée, à ouvrir la salle. A la réveiller, à préparer le café. Leny Escudéro est à l’heure, prêt à jouer du stylo et dédicacer disques et livres. Ses livres ? Deux recueils de ses chansons, parus chez Christian-Pirot éditeur. Pirot était un fidèle de La Chanson des livres de Randan, avec chaque fois son étal de livres pas comme les autres, fait avec l’amour de la chanson, avec l’amour du livre, du vrai, dont l’encre et le papier se hument longtemps, pages qu’on palpe, qu’on tourne avec précaution et respect. Pirot est mort et tous ses bouquins sont passés au pilon, sans autre forme de procès. Ne reste qu’un site désespérément figé dans un flamboyant passé.

"C'était tout c'qu'elle avait, pauvrette, comme coussin" (photo Serge Féchet)

Hormis Lény, les deux vedettes de cette dixième édition sont sans conteste Isabelle Aubret et Charles Dumont, les deux seuls d’ailleurs à s’affranchir de la vie de groupe, de cette confraternité d’artistes, englués dans leur statut, dans leur image, dans une grande solitude qui contraste tant avec cette foule d’admirateurs qui attendent leur précieuse et sainte dédicace. Dumont qui ne regrette toujours rien, Aubret pour qui c’est toujours beau la vie, sont stars pour deux jours. Il y a là, outre les artistes déjà cités, l’ami Bertin qui fait le Jacques, très pince sans rire d’un humour fou. A ses côtés, Ane Barrier, la veuve au Ricet, qui prolonge la fidélité de son mari à cette fête, toujours présent, sans jamais le moindre mot d’excuse. C’est pas demain que le souvenir du Ricet s’estompera… Il y a aussi Kitty, la veuve au Bécaud, le dessinateur José Corréa, Bruno Théol… Et Jean Dufour, un grand personnage de la chanson s’il en est, un type bon comme le bon pain, un mec bien. Lui, Laurent Balandras, Yves-Ferdinand Bouvier… Patrick Piquet aussi, pour « Le temps d’amour », très beau livre-disque sur Gaston Couté, concocté avec l’ami Pierron il va de soi. Et Kemper, votre serviteur, qui toute la matinée dessine les poissons du premier avril et les colle dans le dos de ses copains. Qu’ils sont beaux Dufour et Escudéro avec leurs poissons ! Isabelle Aubret, elle, se colle le poisson entre ses seins : « C’était tout s’qu’elle avait, pauvrette, comme coussin. » Blagues, rires, ambiance bon enfant et, de temps à autres, un bouquin vendu, une belle dédicace, la fortune qui vient.

Yves Vessiere et Jacques Bertin (au fond, Coline Malice). Photo Christian Valmory©Vinyl

L’après-midi sera rude. Un public nettement plus important, certes, mais aussi la difficile digestion. Du festin de la veille et du cochon de lait de ce midi. Mais cochon qui s’en dédit, nous sommes les forçats de la dédicace. Seule Ane ma sœur Ane, en habituée des lieux, avait prédit le coup, qui dédicace les disques de son défunt mari par l’empreinte de la signature du Ricet qu’elle poinçonne sur le livret. On se rue sur les stars. Franchement, Charles Dumont ne regrette pas d’être venu. Même les fanzines se targuent de leur nouvelle notoriété : « Le Club des années 60 », « Je chante », « Vinyl », que du beau et du solide d’ailleurs, du testé, de l’éprouvé. Mais des chansons qui ne savent que rester dans les livres, c’est un peu triste. Fortiche, la Fortin sort son petit piano autour duquel s’agglutinent nos amis chanteurs : les Sylvestre et Bühler, les Bertin et Bernard, Coline Malice et Sabine Drabowitch, Yves Vessière, Kandid, Rémo Gary… Pas les stakhanovistes de la dédicace, non, qui eux signent à tour de bras, à s’en fouler le poignet.

Leny Escudero, autre chouette type (Photo Christian Valmory©Vinyl)

Belle journée vraiment, belle fête. C’est trop beau, c’est trop bien, on reviendra, Edda. D’ici là, Dumont aura pondu son troisième tome, qu’il ne regrettera toujours pas.

2 avril 2012. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , . Festivals. 7 commentaires.

Randan : ces chanteurs qui se livrent

Ça vaut le coup de l’annoncer un peu en avance, ne serait-ce que pour s’organiser en conséquence. Le Salon La Chanson des Livres de Randan fête cette année 2012 sa dixième édition. Randan ? C’est un petit village de 1500 habitants, dans le Puy-de-Dôme, pas très loin de Vichy. Petit village qui, une fois par an, accueille la crème des chanteurs pour nous parler de chanson certes, mais par l’autre bout de la lorgnette, par ses livres : des autobiographies souvent, des biographies parfois, des recueils de chansons aussi.

Ainsi Nicoletta, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Valérie Lagrange, Maddly Bamy, Fred Mella, Jeanne Cherhal, Hervé Vilard, Olivia Ruiz, Allain Leprest, François Jouffa, Francesca Solleville, Hervé Cristiani, Anne Sylvestre, Leny Escudero, Kent, Serge Utge-Royo, Anne Vanderllove, Pierre Vassiliu, Armande Altaï, Emma Daumas, Gérard Lenorman et bien d’autres sont passés par là ; Ricet Barrier y venait chaque année pour y partager ses incroyables éclats de rire.

L’édition de la décennie s’organisera autour d’Isabelle Aubret et de Charles Dumont, la première pour son autobiographie C’est beau la vie parue chez Michel Lafon, le second pour son autobiographie Non je ne regrette toujours rien parue chez Calman-Lévy. A leurs côtés, pas mal d’autres chanteurs et auteurs : Leny Escudero (photo en haut), Anne Sylvestre, Remo Gary, Michèle Bernard, Michel Bühler, Jacques Bertin (photo ci-contre), ainsi que Kitty Bécaud, Ane Barrier et, entre autres, Michel Kemper, votre serviteur.

Ça se déroule les 31 mars et 1er avril 2012, de 14 à 18 heures le samedi et de 10 à 17 heures le dimanche (entrée à 2€) et c’est l’occasion privilégiée de rencontrer autant d’artistes, de pouvoir converser avec eux. Et de repartir, mine de rien, les bras chargés de livres dédicacés.

Le site de la Chanson des Livres, c’est ici.

29 février 2012. Étiquettes : , , , , , , , . Biblio, Festivals. 7 commentaires.

Anne Sylvestre, juste une femme ?

Alice Dézailes (photo Catherine Cour)

par Catherine Cour

Il est des moments magiques au temps arrêté, qu’on voudrait pouvoir revivre encore et encore. Des moments suspendus entre bonheur et excitation, plénitude et sérénité. Comme cette fraction de seconde qui s’écoule entre le départ de la flèche de l’arc et son arrivée en plein cœur de la cible. On sait en la lâchant qu’elle va toucher son but. On est avec elle, notre souffle la porte et l’accompagne… le temps s’étire comme dans un film au ralenti.
Samedi soir, à Rives, Anne Sylvestre a offert à son public un de ces moments hors du temps où, tel Guillaume, elle a réussi à atteindre, d’une seule flèche, les quatre cents cœurs réunis par « Chansons Buissonnières 38 ».
Samedi 28 janvier, c’est Alice Dézailes qui s’est avancée en première partie, comme en repérage. A interpréter des chansons de grands auteurs (Rémo Gary, Allain leprest, Alain Nitchaeff, Jacky Hangard et Pascal Mathieu) toutes mises en musique par Romain Didier, se les appropriant d’une voix limpide, se lâchant sur une improvisation, le temps d’un scat. Ses deux guitaristes la soutiennent, la mettent en valeur comme dans un écrin : Pierre Le Gourriec sur des rythmes flamenco, Sonia Konaté davantage jazz. Tous deux s’entendent à merveille pour habiller chaudement la voix d’Alice.

Nathalie Miravette et Anne Sylvestre (DR)

Le temps d’un entracte et Nathalie Miravette s’installe au piano. Entrée d’Anne Sylvestre pour son récital Au plaisir. J’aime la complicité de ces deux femmes. Nathalie n’est pas que pianiste, accompagnatrice, orchestratrice et choriste. Elle est aussi la partenaire d’Anne. Elles se comprennent d’un regard, s’accordent dans un sourire, se soutiennent d’un geste et la joie de constater que règne cette harmonie s’ajoute au plaisir d’écouter Anne chanter ses chansons et me met à l’unisson de ces deux artistes.
Pourtant, j’ai vaguement senti une tension s’installer crescendo. Les sourires d’Anne étaient un peu retenus, les dialogues plus brefs, même si les chansons s’enchaînaient à la perfection. Et puis la surprise est arrivée d’un coup, vers le milieu du récital : Anne s’empare de quelques feuillets posés sur le piano, cherche le soutien du regard de Nathalie, lance un « faut y aller ! » et commence à chanter un texte d’une beauté saisissante ! Fort et poignant comme j’en ai rarement entendu, si ce n’est, déjà, dans sa bouche. Les mots me frappent en plein cœur et des phrases s’y gravent. Je ne connais pas le titre qu’Anne a donné à cette chanson, mais j’en ai imaginé plusieurs : C’est pas grave, C’est pas un drame, C’est juste une femme. Chaque couplet décrit des situations que les femmes doivent parfois vivre, subir au quotidien. Dans mon souvenir (et je demande à Anne de m’excuser si je modifie ses paroles, mais ce sont les phrases qui restent dans ma mémoire), la chanson débute par :
« Petit monsieur, petit costard / Petite bedaine / Petites saletés dans le regard / Petites fredaines / Petites ventouses au bout des mains / Comme des limaces / Petites crasses / Il n’y peut rien si elles ont des seins / Ça n’en fait pas un assassin / Mais c’est pas grave / C’est juste une femme / C’est juste une femme à saloper / C’est pas un drame / C’est juste une femme… »
La chanson continue, peuplée de mains baladeuses : petits patrons, petits chefaillons, petits professeurs, petits curés, petits docteurs… Et toujours ce refrain : « Mais c’est pas grave / C’est juste une femme / C’est juste une femme à humilier / C’est pas un drame / C’est juste une femme… »
C’est sous un tonnerre d’applaudissements qu’Anne termine cette chanson, avec cette conclusion : « Ne croyez pas que j’en sorte indemne, moi non plus ! » Ouh ! Je frémis encore en y repensant.
Une grande respiration, un soulagement visible d’avoir franchi le pas, et le récital reprend. Anne et Nathalie sont plus sereines : le grand stress de la création, la montée d’adrénaline qui précède la première interprétation publique est passée. C’est maintenant le bonheur et le soulagement, la joie d’avoir pu partager.
Puis, à la toute fin du spectacle, c’est l’ovation, debout, des quatre cents spectateurs. L’hommage pendant de longues minutes du public conquis à une auteure d’exception. Anne et Nathalie reviennent, saluent, repartent… et à nouveau ces regards échangés, complices, leurs sourires. On la fait ? Oui !
Anne repart vers le piano, prend une nouvelle feuille… et c’est le deuxième cadeau de la soirée, autre chanson inédite ! Je n’en crois pas mes oreilles ! Le titre ? Il pourrait être : Je n’ai pas ou L’embellie… j’aime bien le mot ! C’est une chanson plus optimiste. Anne dévide la liste des choses qu’elle espère bien n’avoir pas encore vécues pour la dernière fois. Liste universelle, intemporelle. C’est un don du ciel d’être capable de décrire, avec des mots simples, les sensations, les sentiments que tout un chacun peut ressentir sans, pour autant, pouvoir les exprimer aussi efficacement. Et dès qu’on entend le texte, on se dit « Mais, oui ! Bien sûr que moi aussi, je ressens ça, j’espère ça… tout comme elle ! » C’est ça, sa force : nous pousser à exprimer nos sentiments, nous aider à mettre ses mots sur les maux de notre vie, prendre notre main et nous accompagner sur son chemin de mots qui devient aussi un peu le nôtre.
Des bribes de ses phrases tournent encore dans ma mémoire. En fermant les yeux, j’entends sa voix résonner à mes sens :
« Je n’ai pas dit mes derniers mots d’amour / […] / Je n’ai pas fait ma dernière folie / Dernière danse devant les précipices / Le grand écart juste avant l’embolie / Mais il fallait attendre la secousse / Et l’embellie / […] / Je n’ai pas fait ma dernière marelle / […] Je n’ai pas dit mon dernier mot d’amour / Quand il viendra l’aurez-vous entendu / S’il échouait dans votre arrière-cour / Tâchez au moins qu’il ne soit pas perdu. »
C’est fini ! Il n’y aura pas d’autre nouvelle chanson après celle-là. Et c’est déjà si beau, si bien. C’est bien, aussi, que ce cadeau si précieux de deux créations ait été fait à l’occasion d’un spectacle organisé par une association aussi dynamique, efficace et impliquée dans la promotion de la chanson que l’est « Chansons Buissonnières 38 ». Ça n’est que justice !
Et puis se dire que c’était un spectacle d’une immense artiste, mais que chaque jour il peut être donné d’assister à des moments aussi intenses, ici ou là, là où se produisent des artistes du spectacle vivant. C’est là où il y a du partage et de l’émotion. C’est là qu’on se croisera sûrement.

(Quelques nouvelles, au passage, de NosEnchanteurs. Si le blog avait franchi en décembre dernier son record historique en dépassant les 20 000 connexions, il a doublé la mise en janvier 2012 avec 41784 connexions sur l’ensemble du mois soit près de 1 350 connexions par jour, auxquelles il convient d’ajouter les presque 350 abonnés du blog. Merci pour votre fidélité)

1 février 2012. Étiquettes : , . Catherine Cour, En scène. 12 commentaires.

Clémence Chevreau, le plaisir qui le dispute à l’énigme

Clémence Chevreau, 28 octobre 2011, 5e Rencontre de la Chanson francophone, Prémilhat,

Clémence Chevreau, belle promesse de la chanson (photo Catherine Cour)

A tout le moins, la prestation de Clémence Chevreau restera et un moment fort et une énigme de cette 5e Rencontre. Chevreau est toute jeune femme et son art déjà intéressant, même s’il est à l’évidence perfectible. La voix est fragile, parfois approximative, mais il y a quelque chose en elle ou je ne m’y connais pas. Passons vite, sans irrespect, sur l’accompagnement de son frère Baptiste à la guitare. Trop léger, qui corsette sœurette en un format étroit où elle est souvent mal à l’aise. Le piano providentiel nous rend parfois justice du talent vrai de la jeune chanteuse. Qui chante autant ses propres chansons qu’autrui. Pas n’importe qui (Aldebert, Graeme Allwright, Gribouille…), pas n’importe quoi. C’est là que réside l’énigme. Comment, à son âge, 23 ans, chanter le terrible Non, tu n’as pas de nom d’Anne Sylvestre ? La jeunesse de la voix cingle plus encore le propos et paradoxalement fait naître un malaise. Comment quitter la scène (alors en duo avec Audrey Antonini), sans trac, sans peur au ventre, sur Berceuse à Bagdad de la même Sylvestre ? Remarquez, sur paroles et musiques de Clémence Chevreau, ne chante-t’elle pas Mourir enfin : « Fleurir dans la poussière / Croupir avec les vers / Ça a va être drôle vous verrez / Venez tous on va s’marrer / Pourrir dans un cimetière… » Là encore le sujet est singulier pour une si jeune artiste. Car rien de ce qu’elle chante n’est vraiment joyeux. Du reste, le récital commence par Engueulades, belle et forte entrée en matière, énergique. Que d’emblée, Clémence prend le contre-pied de tout : « Qu’est-ce qu’on s’en fout que la terre soit ronde / Peut-être que carrée elle pourrait mieux tourner / Si vous nous laissiez seulement l’imaginer. » Un regret ? Oui. Que, lors de son second passage à ce festival, lors du magnifique plateau du dimanche, Clémence ne nous ai pas régalé d’autres titres. L’occasion était pourtant belle d’aller plus loin avec elle…

Le myspace de Clémence Chevreau, c’est ici.

1 novembre 2011. Étiquettes : , . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Rencontre de Prémilhat. 4 commentaires.

Conjuguer Brassens au présent

Samedi 29 octobre 2011, 5e Rencontre de la Chanson francophone, médiathèque de Domerat,

Michel Grange et Michel Trihoreau, musique et paroles (photo Catherine Cour)

Mon premier se prénomme Michel, il est journaliste, vous l’avez lu fidèlement dans les pages de Chorus, et de Paroles et Musique précédemment. Brillant conférencier, il s’en vient narrer Brassens qui, il y a pile trente ans jour pour jour, cassait sa pipe, à ce qu’on dit. Mon second se prénomme Michel, il est chanteur et se met en bouche, avec rare délectation, avec un talent qui, comme le bon vin, ne cesse de se bonifier, tonton Georges, cette matrice de la chanson que nous aimons. Tous deux vont nous rendre plus familier encore l’homme de Sète, le tendre bourru du Gorille. Michel Trihoreau et Michel Grange (qu’on surnomme Milou, je ne sais pourquoi) font la paire et la visite à Brassens, débusquant ici et là de riches et belles anecdotes, ses substances littéraires, ses exploits, le ramenant à la vie si tant est que ce facétieux-là soit vraiment mort.

Tout à fait mort ? Nuançons le propos...

Mort ? Sans être révisionniste, on peut en douter. Rarement on a vu autant Brassens à la télé. Même à l’hôtel du bout du monde où nous étions, en cet Etap’hôtel surréaliste à quelques galaxies de l’épicentre qu’est Prémilhat. Même chambre 11, c’est dire (la mienne), grouillante de vie (style Les copines d’abord). Brassens de partout, comme s’il en pleuvait, presque autant que Tintin. Capitaine Haddock moins bourru que le vrai, pareil producteur de jurons au point d’en faire une ballade, plus sûrement navigateur que lui et que vous tas de rameurs, le père Brassens naviguait d’une chaîne l’autre, médusant l’écran. Parfois lui, parfois ses survivants tel Joël Favreau, cheveux blancs du plus bel effet et propos sensibles et consistants, de fait incongrus en télé. Du Brassens qu’on bouffe depuis quelques mois, en expo, à l’étal des libraires, dans les bacs des hypers (je dis pas « disquaires » y’en à plus) et, depuis quelques jours, en injection sur les radios, en perfusion à la télé. S’ils aiment tant Brassens, dans les grands médias, faut apprendre à distiller : un p’tit peu chaque semaine, tout au long de l’année. Et l’an prochain aussi, malgré que ses 31 ans n’intéressent alors plus personne. S’ils aiment tant la chanson, qu’ils en diffusent aussi, des autres que le vieux : y’a pléthore, j’en ai des listes pour vos play-listes.
Nous ici, à Prémilhat, en cette Rencontre de la Chanson francophone, si Brassens est là ce n’est pas faire comme tout le monde, pour faire joli, pour commémorer à tous prix. C’est parce qu’il y est à sa place tout simplement, aux côtés de tous ces p’tits jeunes qui ont pour nom Gilles Roucaute, Elsa Gelly, Corentin Coko, Pauline Paris, Anne Sila, Garance, Clémence Chevreau, Caroline Personne, Flavia Perez et bien d’autres. D’ailleurs, on le chante en vrai devant des gens, et c’est bien la preuve qu’il n’est pas mort, qu’il bande encore. Durant tout le festival, le plus discrètement possible, une grande, une très grande de la chanson était présente, pour simplement apporter un  peu de son soutien et pour y découvrir le futur de la chanson. Elle, c’est Anne Sylvestre, qu’on surnomma longtemps, encore maintenant, la « Brassens en jupons ». Pas de commémoration vous dis-je : une simple présence bienveillante.

31 octobre 2011. Étiquettes : , , , . Festivals, Rencontre de Prémilhat, Saines humeurs. 2 commentaires.

Regarder la lune…

Regarder la lune…

Je réécoutais ce disque de Xavier Lacouture, Envies d’ailes, qui me semble être l’un des plus beaux albums de cette décennie. Un disque qui nous instruit des charmes de cet astre… De là à rêver de lunes… La lune est source inépuisable d’inspiration, entre autres pour la chanson. Tant qu’il est vain ici de tenter d’exposer toutes les chansons qui y font référence. Encore faut-il s’entendre sur les significations de la lune (des lunes), mot qui, sans être lunatique, épouse bien des situations et états d’esprit bien différents. La lune est féminine, le soleil est masculin. Ici, j’ai surtout retenu cette lune chère à Lacouture, fasciné comme lui par « les charmes de sa circonférence. »

Grand classique s’il en est, rendez-vous d’abord avec Trenet :
« Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit »
Charles Trenet, Le soleil et la lune, 1939

De là à aller la voir de plus près, cette lune…

« Ce s’rait chouette d’aller sur la lune
Dans le scaphandre de Pierrot,
J’y emporterais bien ma plume
Pour vous écrire quelques mots »
Henri Tachan, Les jeux olympiques, 1973

« J’ai besoin de la lune
Pour lui parler la nuit
Tant besoin du soleil
Pour me chauffer la vie
J’ai besoin de la mer
Pour regarder au loin
J’ai tant besoin de toi
Tout à côté de moi »
Manu Chao, J’ai besoin de la lune, 2004

Alunissage par ce désormais classique des maternelles où, derrière la lune, s’en cache une autre :
« Au clair de la lune,
On n’y voit qu’un peu :
On chercha la plume,
On chercha le feu.
En cherchant d’la sorte
Je n’sais c’qu’on trouva,
Mais j’sais que la porte
Sur eux se ferma »
Traditionnel, Au clair de la lune

« Un toit où la mousse mousse, mousse
Un clair de lune qui se dévoue
Une lune rousse, rousse, rousse
Une rousse, rousse comme vous »
Serge Reggiani, La longue attente, 1979

« Comme je t’imagine
En jupe ou en jean
Te jetant dans mes bras
Se dessinent au loin
Les nuits qui n’en finissent pas
J’aimerais tant te promettre la lune
Mais la lune est déjà prise »
Debout sur le zinc, Te promettre la lune, 2005

S'ils filent tous dans la lune…

« Et s’ils filent tous dans la lune
Qui restera garder
Notre Terre avec ses dunes
Ses mers, ses vergers ?
Et s’ils cultivent les planètes
Qui gardera les yeux
Sur les blés, les pâquerettes
Les forêts de nos aïeux ? »
Anne Sylvestre, S’ils filent tous dans la lune, 1963-1964

« Désolée d’avoir tiré, bel oiseau rare
Vous m’aviez le premier fusillée vingt fois du regard…
Désolée, votre arme était posée sur la table…
Quelle idée! On ne devrait jamais tenter le diable…
On ne devrait jamais tailler des costumes ni montrer les dents
Aux fiancées présumées quand la pleine lune fait tourner les sangs… »
François Hardy, La pleine lune, 2004

« Dans l’océan de la nuit,
Au clair de notre nuit,
Des fleurs de lune,
Lunes de nuit, sont posées
Au clair de notre nuit,
Au clair de nous,
Au clair de toi, mon amour,
Au tendre de tes yeux
Presque endormis »
Barbara, Clair de nuit, 1972

« La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d’trous »
Mouloudji, Complainte de la butte, 1955

« Soudain le soleil devient lune
Et la légère plume enclume
Oh oh hé hé hi hi ha ha !
Comme c’est original tout ça »
François Béranger, Chanson d’amour, 1976

« En arrivant elle m’a dit viens
Tu es en retard je suis dans mon bain
Attrape le gant d’crin et frotte-moi fort le dos
Moi j’ai du savon plein les calots
Et pour mieux lui chercher les poux
Dans l’eau j’l’ai fait mettre à genoux
J’avais vu Pampelune j’avais vu Waterloo
Mais jamais la lune dans l’eau »
Pierre Perret, Gourrance, 1966

Qu'elle soit blonde, rousse ou brune…

« Je peux rester des heures à regarder la lune
Qu’il fasse jour ou bien nuit, ça n’a pas d’importance
Curieux, contemplatif, qu’elle soit blonde, rousse ou brune
Fasciné par les charmes de sa circonférence
Je prends la dimension de l’Homme dans l’univers
Face à une telle splendeur, on se sent tout petit
Je laisse les mauvaises langues s’escrimer par derrière
Aux portes de l’envers, je suis au paradis
A regarder la lune »
Xavier Lacouture, Regarder la lune, 2001

« On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Et que la Lune docile
Jusqu’au matin n’a pas lui
On dit qu’un foulard de brume
Fit pour elle un voile blanc
Fit à Lazare un costume
Tissé de nacre et d’argent »
Anne Sylvestre, Lazare et Cécile, 1965

« Cendre de lune, petite bulle d’écume
Poussée par le vent je brûle et je m’enrhume
Entre mes dunes, reposent mes infortunes
C’est nue que j’apprends la vertu
Je je, suis libertine
Je suis une catin »
Mylène Farmer, Libertine, 1986

30 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , . Thématique. 8 commentaires.

Anne Sylvestre, qui coule de source

Archive. Cette chronique de scène remonte au disque Partage des eaux, d’où le titre du papier. Depuis sont sortis Les Chemins du vent, Bye mélanco, son intégrale discographique ainsi que le live de son jubilé. Paru dans la presse, cet article était simplement sous-titré : « Tout est bon chez elle / Y’a rien à jeter / Sur l’île déserte / Il faut tout emporter ».

Anne Sylvestre, partage des eaux (photo Éric Nadot)

« Les vieux les enfants / Les enfants les vieux » comme chante Michèle Bernard, tous étaient là. Pour celle qui interprétait Porteuse d’eau il y a… très longtemps. Pour celle dont Les Fabulettes nous ont bercés mioches et ravissent sans égal les nôtres. Pour boire à la source de ses chansons qui se répondent par-dessus les années, il suffit juste de tirer le fil qui les relie…
Anne Sylvestre n’est ni laitue bien tendre ni rose de première floraison. Mais c’est à l’évidence dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Et ce potage-là est d’excellence… « Je prendrais à tous les sourciers / Ma baguette de coudrier / Pour aller retrouver ma source ». A qui serait oublieux ou fortement distrait, Anne Sylvestre a rappelé la grande, l’immense artiste qu’elle est, un peu la «Georges Brassens au féminin» qui berça l’enfance de sa sœur de scène, Michèle Bernard, et lui donna l’envie d’être à son tour chanteuse.
Anne Sylvestre est le naturel incarné. Si elle chante l’eau et son partage, c’est aussi pour nous dire de ne point craindre la sécheresse, qu’il lui reste encore de l’eau. De celle pure du mont Gerbier-de-Jonc, de celle fluide qui nous apporte des chansons qui, pour simples, sont étonnement profondes, interprétées avec aisance. Tant que c’en est déconcertant, que nous avons l’impression, au plein cœur d’un festival touffu de talents et de révélations, d’apprendre encore de la chanson, d’assister à une magistrale leçon, un moment aussi rare que définitif, la prestation d’une vieille amazone dont les vers sont d’une musicalité exceptionnelle, frappés au coin du bon sens, malicieux souvent, magiques tout le temps. Comme le sont ces Fabulettes qu’elle ne chante jamais mais suggère constamment.
Madame, le plaisir que vous prenez à chanter nous est, par vous, au centuple redonné. A votre encontre les critiques ne peuvent que se permettre des articles d’amour. Celui-ci en est un, sans en avoir nullement votre talent.

Le site d’Anne Sylvestre.

2 mars 2010. Étiquettes : . Archives de concerts. 2 commentaires.

Chez Leprest, vol.2 : trop bien ! hélas…

« La différence entre Leprest et moi, c’est que Leprest a le talent et moi le succès. Ce serait à refaire que ce serait bien que ce soit l’inverse » m’avait, en substance, dit un jour Renaud.
Renaud n’est pas (encore) du lot de ceux qui interprètent Leprest, mais y’a du monde qui s’y pressent : le source ne tarit pas. Deuxième hommage collectif à l’Allain, deuxième fournée, dans un spectre large qui en dit long sur Leprest et sa place dans la chanson. De Gérard Morel à Adamo, de Clarika à Anne Sylvestre, d’Alexis HK à Gérard Pierron, le générique est, comme sur le premier volume, impressionnant. Et chacun à sa place. Trop peut-être. On ne sait comment se sont adjugés ces titres mais l’impression est que chaque chanson va comme un gant à son nouvel interprète, trop, qu’elle lui était prédestinée. Sylvestre semble faire du Sylvestre avec des mots de Sylvestre, même s’ils sont signés Leprest. Pareil pour Laffaille, Adamo ou Morel. Foulquier le jeune retraité d’Inter y chante La Retraite… Amélie arrose les fleurs qu’on diraient fleuries dans son piano, les Kétanou se la jouent SDF dans la rue. Francesca s’arrache les clous des poings qu’elle lève comme à l’accoutumée. Et Pierron rêvasse comme Pierrot, dans la lune, par l’entremise de Gagarine. Ce disque n’est que satisfactions qui s’empilent. Pile mais jamais face, pas de surprises. Il est juste ce qu’on en attend alors qu’il eut fallu nous surprendre quelque peu, nous secouer le Leprest, distribuer autrement les rôles et partitions, créer les dissonances, prendre des risques, susciter des étincelles surnuméraires, jouer avec ce matériau d’exception qu’est l’œuvre d’Allain.
Déçu ? Non, ce disque est grande galette qu’on usera jusqu’à la corde et bien au-delà du cd, en une magnifique et émouvante piste cachée, qu’on croquera par tous les bouts, d’autant qu’il y en a une deuxième dans le coffret, dvd tiré du premier volume, avec Jehan et Guidoni, Lantoine et Jamait, Ruiz et Lavoie, Bihl et Vilard… Grand luxe qu’on prendra pour cadeau à l’approche des fêtes mais pas que. Cadeau pour la vie !

Coffret cd-dvd Chez Leprest, Vol.2, Tacet/L’Autre Distribution. Sortie le 7 décembre 2009. Allain Leprest et ses amis seront sur la scène du Casino de Paris le 8 mars 2010.

29 novembre 2009. Étiquettes : , , , , . Lancer de disque. 2 commentaires.

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