Forger l’acier rouge avec mes mains d’or

ArcelorMittal, l'acier rouge, les mains d'or... (photo Sébastien Salom-Gomis - Sipa)

Ça n’engage que ceux qui y croient. Le candidat Sarkozy, avec le renfort déloyal du président éponyme (à moins que ce ne soit le contraire), annonce la relance du site de Florange, à quelques kilomètres de Gandrange, là où il y a cinq ans le même avait fait des promesses de relance jamais tenues. Et pendant ce temps, le chômage tient le haut du pavé, des familles sont sur le carreau, gosses sans vacances, sans ces « bienfaits » de la société de consommation, sans beaucoup d’espoir, sans réel avenir, qui ne savent le confort que par ce qu’en diffuse la télé. Pour des bas calculs électoraux, on joue sur le dos d’humains, sur ces femmes et ces hommes prêts et prompts à « travailler encore », pourvu que le grand capital les autorise à seulement vivre. Je suis choqué de la désinvolture de ce candidat immonde, qui se permet de se jouer des gens, de leur vie. Faut-il détester à ce point l’humain, l’humanité en son ensemble, pour mentir, pour tricher à ce point, pour dire n’importe quoi pourvu que des médias serviles en fassent écho ? S’il veut sauver les entreprises, les emplois, que ne l’a-t-il fait en cinq ans ? Cinq ans à tout donner au capital, même et surtout la peau des ouvriers. Oh, putain ! les ouvriers, mettez-vous à voter, rendez-lui la monnaie de sa pièce !

J’ai déjà parlé ici de nombre de chansons sur ce sujet (lire « Des mains de chômeurs » sur NosEnchanteurs), des Mains d’Or de Lavilliers à Poésie des Usines de Romain Dudeck.  Que voici toutes deux en vidéo.

1 mars 2012. Étiquettes : , . Saines humeurs. 7 commentaires.

Le mystère Edgar de Lyon

Nous étions cette semaine avec Alain Meilland et Léo Ferré, à l’occasion du spectacle « Léo de Hurlevent » que nous concocte Meilland. Restons avec ce dernier pour une tranche de vie assez particulière… Extrait du livre « Les vies liées de Lavilliers ».

De retour sur la Capitale, Alain Meilland, qui n’a pas vu Bernard depuis plus d’un an, le fait chercher. Ainsi alerté, Lavilliers rapplique illico, avec ses chansons et sa guitare, chez Meilland qui loue alors, en communauté, un grand appartement rue des archives, dans le Marais. A l’assemblée des colocataires, Lavilliers offre alors un récital qui laisse tout le monde ébahi.
Alain Meilland raconte la suite : « Je comprends, à travers ses propos, que Bernard galère et je lui propose d’établir le contact avec mes nouveaux potes de Lorraine pour qu’il aille gagner quelques sous là-bas. La suite de la Lorraine, vous la connaissez. Ça a donné quelques merveilleux titres qui faisaient parfois dire à des fans trop sûrs d’eux que Lavilliers était lorrain ». Ce soir-là, avant de prendre congé de ses hôtes, Bernard tend un disque à Alain, un 45 tours à la pochette rouge : « Cadeau, tu écouteras ça ! ». C’est quoi ? « Oh, rien… un truc que je viens d’enregistrer sous un faux nom pour me foutre de la gueule de tous ces minets qui font de la guimauve. Alors ça, tu vas écouter, c’est de la super guimauve ! ». « – Mais on va savoir que c’est toi… on va te reconnaître ! » proteste Alain. « A part toi et quelques autres, qui me connaît ? » lance Lavilliers, mélancolique et résigné. De ce blues-là, de cette déprime, reste ce disque, forcément un collector, introuvable, paru aux éditions As de trèfle, enregistré sous le pseudonyme… d’Edgar de Lyon : les titres en sont Camélia blues et Juliette 70.
« Le lendemain j’ai écouté le disque. J’ai ri et frémi en même temps : il en était où le Bernard ? Cinq ans après j’ai monté un spectacle très café-théâtre qui s’appelait 2000 ans de chansons. Dans une scène j’y jouais Frédéric Chopin chantant (en play back, avec la voix de Lavilliers) à Georges Sand « Tu es mon amour poitrinaire… » J’ai fait en sorte que Bernard sache que j’avais utilisé son enregistrement, mais nous n’en avons jamais reparlé. De la pudeur sans doute… » conclut Meilland.
Même entendu sous l’angle du pur gag, ce disque restera une énigme. A tout le moins une pièce singulière, rare et non revendiquée, un Ovni de la discographie Lavilliers. Sur une orchestration sirupeuse à souhait, qui tire abusivement sur les cordes, dans une intonation vocale qui, là encore et de façon flagrante, fait songer à Ferrat, Camélia blues peut souffrir d’une autre lecture que celle de se moquer de la variété du moment. Et, paradoxalement, nous apparaître comme un bien bel exercice de style, qui singe et (par)achève l’héroïne d’Alexandre Dumas fils, toussant à chaque couplet et se terminant dans la folie :
Tu es mon amour poitrinaire
Mon cupidon tuberculeux
T’es mon virus héréditaire
T’es mon rhumatisme infectieux
(…)
Et j’embrasse ta bouche fétide
Pour mordiller tes amygdales

Juliette 70 n’épouse pas non plus les formes de la sirupeuse variété. Tout au plus, cette autre et singulière chanson d’amour à la morale vénale subit une orchestration digne d’un générique d’un film de divertissement ou d’une série télé du moment : énergique, bruyante, désordonnée :
J’aime ta culture ésotérique
J’aime ta chevelure acrylique
J’aime tes lectures érotiques
J’aime tes censures chroniques
(…)
J’aime tes solutions décadentes
J’aime tes 10 000 livres de rentes

Il est permis de ne pas croire au gag mais, simplement, de constater l’épisode sans suite d’un chanteur qui, alors dans l’impasse, dans la mouise, se cherche une issue. Quitte à flirter, par deux textes au demeurant fort honorables, avec la chanson dominante qu’est la variété… En faisant une variété qui n’y ressemble pas. Car comment un artiste aussi désargenté que Lavilliers peut l’être à ce moment-là, pourrait-il s’offrir le luxe d’enregistrer un disque rien que pour se moquer d’une « variétoche » qu’au mieux il se soucie comme de sa première chemise, qu’au pire il vomit ? Signalons, quand même, que les arrangements de ce disque sont confiés à Jean Claudric – par ailleurs frère de l’acteur Roland Bacri –, qui est déjà l’arrangeur et chef d’orchestre des plus grandes vedettes de la chanson passées et présentes : de Maurice Chevalier à Joséphine Baker, de Fernandel à Michel Polnareff, Johnny Hallyday, Dalida, Sheila, Charles Aznavour, Mireille Mathieu, Marcel Amont et, entre autres, Michel Sardou, ce jeune trublion qui vient de faire une entrée remarquée dans la chanson avec Les Ricains, en pleine vague d’anti-américanisme due à la guerre du Viêt-Nam. Claudric est aussi le compositeur du tube d’Enrico Macias Les Filles de mon pays. Un tel « acteur » de la variété, si important et respecté dans la machine du show-biz, ne pourrait se rendre complice d’une telle farce, sauf à se tirer une balle dans le pied.
Ce 45 tours restera en l’état de disque promotionnel : il ne sera jamais commercialisé. C’en sera fini pour toujours d’Edgar de Lyon que, du reste, l’histoire officielle de Bernard Lavilliers ne retient pas.

5 février 2012. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

Le premier qui dit la vérité…

J’ai des amis formidables. Il s’en trouve toujours un pour enregistrer une émission télé sur Bernard Lavilliers pour le cas où je ne l’aurais pas vu et que je passe prendre l’apéro, pour bien en rire ensemble.
C’est ainsi que je viens de regarder cette émission signée Jacques Pessis, diffusée le jeudi 29 décembre dernier sur France5, dans le cadre de la série L’air du temps.
Nous avons ri, l’ami et moi, du ridicule achevé de cette émission, qui a la prétention de convoquer des images d’archives (un peu vite rassemblées il me semble) pour rentrer coûte que coûte, même au chausse-pied, dans la légende Lavilliers. Rien n’est crédible, tout est bâclé. C’est énervant.
J’avais plutôt une image de grand sérieux de France5, dont « les programmes sont axés sur l’éducation, le savoir et la connaissance » et dont l’actuel slogan est « Explorer, étonner, éclairer ». Pas désinformer, que je sache…
Comment vous dire ? C’est comme si on niait les dinosaures, la théorie de l’évolution, les talonnettes de Sarko et le réchauffement climatique. Un déni. Si au moins cette émission avait été précédée d’un avertissement, du style : « Ce programme de pur divertissement fait le choix de n’explorer et de n’entériner que la fantaisiste légende de Lavilliers, sans le moindre recul », je comprendrais, bien que nous soyons, dois-je insister, sur la « chaine du savoir », pas sur TF1. On pouvait, jadis, feindre d’ignorer que toute la légende de Lavilliers, tout ce que Nanar nous sert depuis quarante ans n’est que du pipeau, qu’il n’y a ni maison de correction, ni folles aventures brésiliennes, ni boxe ni prisons… Rien, si ce n’est l’usine d’armes et une incroyable part de rêve. On pouvait… Plus maintenant, plus depuis la parution du livre Les vies liées de Lavilliers, en novembre 2010 chez Flammarion. Mais, plus que taire ce livre (ce que fait très bien la presse, nous l’avons vu), il faut au contraire en repasser une couche, défendre l’indéfendable, faire du mensonge la seule et unique vérité, taillée dans la pierre, coulée dans le béton. Pourquoi ? Pourquoi cette obstination, cet entêtement du mensonge ? Stakhanoviste de la biographie et du documentaire télé, Pessis ne peut pas ne pas avoir pris connaissance de ce livre. Il savait donc pertinemment qu’il faisait un faux, au sens qu’il ne colportait peu ou prou que du faux. Pourquoi l’a-t-il fait ? Est-ce de la fainéantise, du « parer au plus pressé », est-ce un travail de commande dicté par Lavilliers lui-même ?
Eh bien oui, ou presque. Contactée hier par mes soins, la maison de production, P6 productions, dit avoir toujours travaillé en collaboration avec les artistes, et que ce travail-là a été supervisé par Lavilliers, rectifié et validé par Frédéric Vinet, le manager et bras droit de Lavilliers, gardien de temple s’il en est. « On ne fait pas du reportage, pas de sensationnalisme » se défend Delphine, la chargée de production de P6 : « On dit la vérité que les artistes ont envie. » Ce film, dont la réalisation a débuté en septembre 2011, est de fait, même à l’insu de P6 productions, une réponse au livre Les vies liées de Lavilliers, une réponse par l’absurde.
Je crois l’avoir déjà dit ici : il n’y a pas de petits arrangements avec la vérité. Que la chaine du savoir s’accommode d’un tel tissu de mensonges et il n’y a plus de savoir. Encore cela ne concerne qu’un chanteur : qu’en est-il de la politique, de l’Histoire, des sciences humaines ?… Si on traite tous les sujets avec un tel mépris de la vérité, où est donc la vérité ? Existe-t-elle encore ?

28 janvier 2012. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 24 commentaires.

Cesária Évora, 1941-2011

« Elle chante un peu voilé
Souple comme le vent
C’est une mélodie sans paroles
Hors du temps
Elle chante les yeux fermés
En fléchissant le cou
Plongée dans un pays très éloigné de vous

Mais d’où lui vient
Cette infinie douceur
Cette sensualité mélangée de pudeur
Ses belles mains quand elles se posent
sur une épaule ou sur mon bras
Tout se métamorphose
On oublie la mort on s’en va »

Au moment d’apprendre le décès de Cesária Évora, nous revient comme le feraient des vagues cette chanson de Bernard Lavilliers, Elle chante, en 2004, interprété en duo avec Cesária, qui a pour thème la voix de la diva, sur ce qu’elle lui inspirait, sur l’infinie tristesse qui se dégage de la saudade, cette « présence de l’absence » comme Lavilliers aime à la définir.
Après vingt ans de carrière internationale, de vie itinérante, la chanteuse cap-verdienne avait décidé en fin août de cette année de mettre un terme à sa vie de chanteuse, cause à ses problèmes de santé. Son dernier album fut, il y a tout juste un an, un disque de duos : en fait ses plus beaux duos à travers le monde (d’Angola à Cuba, de la Pologne au Portugal, de la Grèce au Mexique, pas moins d’une quinzaine de pays représentés, notre pays l’étant, sans nulle surprise, par Lavilliers).
Nul n’a jamais vue Cesária Évora se produire autrement que pieds nus, en souvenir et en soutien aux sans-abri, aux pauvres de son pays de Cap Vert. On se souviendra de sa voix rauque, chaloupée, si belle et si profonde, qui signe à tout jamais la reconnaissance internationale des îles du Cap Vert dont elle est, de toute évidence, l’ambassadrice. C’est par le titre Saudade qu’à l’orée des années quatre-vingt dix elle conquit le public. Son succès ne s’est jamais démenti.

17 décembre 2011. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 1 commentaire.

Le « Lavilliers » sur Radio G d’Angers

Michel Boutet, chanteur et pour l'heure journaliste

Les Vies liées de Lavilliers sur l’antenne de Radio G, d’Angers (101.5 sur la bande fm) : entretien par Michel Boutet (par ailleurs chanteur, nous y reviendrons prochainement, non comme un renvoi d’ascenseur, ce qui pourrait se concevoir, mais par vrai intérêt artistique) dans le cadre de son émission bimensuelle (partagée avec Pascal Laborit) « On est là pour voir le défilé » (une émission d’amoureux de la chanson, ça rassure). L’enregistrement s’est déroulé dans les coulisses du festival « Rencontre de la Chanson francophone » de Prémilhat. Je dois dire le plaisir de répondre aux questions d’un tel journaliste, de nourrir un entretien, un vrai, avec quelqu’un qui a, au préalable, lu le livre, ce qui, entre nous, n’est pas si fréquent que ça. On peut écouter cette émission ici.

5 novembre 2011. Étiquettes : , . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 2 commentaires.

Un week-end stéphanois sur les traces de Nanar (2)

26e fête du Livre de Saint-Etienne, grand chapiteau, 15 et 16 octobre 2011. Je m’étonnerais toujours de l’intelligence, du QI calamiteux, du manque de cohérence de cette Fête du livre à laquelle, du reste, je n’étais pas vraiment invité, encore moins désiré, juste admis du bout des doigts, sans invitation dans le cénacle des auteurs, ni au pince-fesses en soirée ni même aux repas du midi. Le vendredi soir, au Fil, la salle de musiques actuelles, une soirée dansante s’est déroulée dans le cadre de cet événement. En fait un spectacle pour partie littéraire pour partie musical, sur… Etonnez-vous ! Lavilliers semble-t-il. Ses aventures, son histoire ! Et moi de ne pas en avoir été informé… Ce sont les gens, au stand, qui m’en parleront tout au long du week-end !
Qu’importe, j’y dédicace au (vraiment sympathique) stand de Chapitre.com et épuise petit à petit l’imposante pile de livres. Dans mon dos, l’illustre Piem, le visage flanqué de son indispensable pipe. Et l’inénarrable Thierry Roland, le « tout à fait Thierry ! » du poste. Il dédicace lui-aussi, je ne savais pas qu’il savait écrire. Dans le même stand, un peu à part, presque isolé, Roland Dumas, politicien et avocat, celui du prix à la pompe, des pompes hors de prix et des amitiés douteuses. A mes côtés, Pierre Lunel, un de Perpignan, auteur prolifique et réactif, qui écrit sur les Grimaldi, sur Mère Thérèsa, désormais sur les Borgia… Je fais dans la pop, lui dans le pape. Tels des gamins hilares, nous rivalisons de slogans pour attirer le chaland. Pierre est un type bien.
A croire que tous mes lecteurs s’y sont donné rendez-vous. On me parle sans cesse des « Vies liées de Lavilliers », on me remercie. Pas un reproche, pas une insulte. Et ce sont, bien souvent, des fans du chanteur qui sont devant moi.
A quelques mètres de là, sur un autre stand, signe Jean-Claude Oulion, l’ainé, le frère de qui vous savez, un peu auteur lui-même. Il passe devant moi, s’arrête, me fixe. Si ces yeux pouvaient décocher des flèches trempées de curare, je serais depuis lors au chapitre posthume.
Ceux qui m’abordent cherchent des compléments d’information, de croustillantes anecdotes, quelques plagiats de plus, pour la route. Et tous de me questionner sur l’omerta, le grand silence sur ce livre. Tous choqués, indignés. Tant que ça en devient presque pour certains un mobile d’achat. L’un d’eux a entendu parler de ce livre avec insistance par une association pour la liberté de la presse : joli paradoxe tant il est vrai que justement la presse a fait grand silence !
Reste que c’est invité par le Club de la presse de la Loire que je me retrouve derrière un micro, dans une salle de l’hôtel de ville, interviewé par Jean-Pierre Jusselme, un journaliste qui a pris le temps de me rencontrer auparavant, et celui de lire mon livre. On n’y parle surtout pas des sujets qui fâchent, du reste ces Vies liées comportent tant de facettes que la conversation va bon train (on peut écouter cet entretien sur la présente vidéo). Retour au stand et dédicaces presque à tour de bras. La journée s’épuise et je referme le livre. Peu de temps d’ailleurs, car deux jours plus tard je suis au bistrot des Tilleuls, à Annecy, invité pour parler des « Vies liées de Lavilliers ». Formidable soirée d’ailleurs : si j’ai le temps j’y reviendrai. Avec plaisir.

L’entretien avec Michel Kemper, sur l’éphémère « Radio-Liberté » du Club de la presse de Saint-Etienne : http://www.saint-etienne.fr/videotheque/entretien-michel-kemper-vies-liees-lavilliers-flammarion

23 octobre 2011. Étiquettes : , . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

Un week-end stéphanois sur les traces de Nanar (1)

Didier Hominal, dit "Monsieur Bidon". L'histoire retiendra que c'est qui qui, 46 ans après, à réveillé les chansons endormies de Lavilliers (photo DR)

Amicale laïque de la Terrasse, à Saint-Etienne, ce samedi 15 octobre 2011. Le public est sagement assis, les artistes aiment se faire attendre. Fred, le caméraman, est en position depuis longtemps. Didier et moi arrivons, lui chargé de sa guitare, moi d’un carton de bouquins. Accueil par Jean Navrot. Navrot est un de ces agitateurs culturels comme on ne sait plus en faire. Il fut ami d’Odouard et de Dupperay : Jean Dupperay, le fameux instit’ du jeune Bernard Oulion, et Marcel Odouard, l’anarcho-syndicaliste qui incita Bernard à se lancer dans la chanson. Au départ de Lavilliers, Navrot fut de la distribution de la pièce Mourir, cette chance ! C’est dire le bonhomme…
L’assistance est faite pour partie d’anciens de la Manu, la Manufacture nationale d’armes de Saint-Etienne. Quelques dizaines de personnes pour découvrir ou retrouver Lavilliers, le leur.
On ne connaît vraiment Didier Hominal que sous son nom d’artiste de Monsieur Bidon. Didier a relevé cet étonnant défi qui lui a été lancé quelques jours plus tôt, au déboté : réveiller des chansons endormies et oubliées de Bernard Lavilliers, celles, stéphanoises, d’il y a quarante-six ans, jamais gravées sur disques. Bidon s’en mettra trois en bouche : L’homme en bleu où Nanar se chante en ouvrier tourneur, à la Manu, rêvant d’Eve et de « cet homme qui a nom Adam » ; Ça en fait des croix où notre jeune fabricant d’armes parle de la guerre ; et Moi, j’aime pas les flics qui se passe de tout commentaire. Le cadeau est sympathique, l’émotion palpable. Navrot y retrouve la trace presque d’une école stéphanoise de la chanson, quant aux thèmes abordés et la façon de le faire, dans laquelle s’inscrivent aussi des André Meillier et Claude Lyonnaz, comparses d’époque du sieur Lavilliers.
A moi de faire causette sur le livre ; au public d’intervenir. La contradiction est portée par une dame blonde, très respectueuse et attentive, pas tout à fait convaincue de ma démarche, réticente. On saura plus tard qu’elle est cousine de Bernard. C’est vrai que si Saint-Etienne est terre de houille, elle l’est tout autant de Oulion. Le week-end en sera pavé. Les questions sont ici comme partout, avec toutefois la précision d’un scalpel : « Doit-on investiguer la chanson ? », « Peut-on biographer sans l’accord de l’intéressé ? », « Pourquoi révéler le vrai Lavilliers ? », « Pourquoi et comment une telle omerta ? »… Aux gars de la Manu, je n’apprends rien sur la légende. Ils savent le bonhomme et on ne la leur fait pas. Ils nourrissent simplement de détails. Et disent leur franc respect, leur admiration même, au papa Oulion, le paternel de Bernard : « Bien sûr qu’il avait sa carte du Parti, c’est moi qui lui vendais le timbre chaque début du mois ! » dit fièrement l’un d’eux, ajoutant : « Vu ses responsabilités administratives à la Manu, être communiste lui valait d’être mal vu. » Après la « conférence », on se retrouve au bar de l’Amicale, qui devant un muscat, qui à siroter un communard, à poursuivre l’étonnant Bernard Oulion devenu Lavilliers, à fouiller les souvenirs. C’est franc, direct, intelligent. Et sensible. On est à Sainté et Bernard est un des nôtres. Ou le fut. Et de parler de lui, sans effets de manches, sans légende à dormir debout, ça fait du bien. Pour eux c’est parler d’un copain parti il y a longtemps. Mais étonnement présent.

(Suite bientôt. Dès que les images vidéo seront prêtes, nous en diffuserons sur You Tube, sur NosEnchanteurs et sur le site Voleurdefeu).

17 octobre 2011. Étiquettes : , , , . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

Lavilliers (le livre) interdit même à Saint-Etienne ?

Depuis la parution de ce billet, les choses ont évoluées et je viens d’apprendre, ce mercredi 5 octobre, par la Ville de Saint-Etienne (mais toujours pas, à la date du 8 octobre, par l’organisateur en titre), que je dédicacerai le livre « Les Vies liées de Lavilliers » à la fête du livre. Merci à ceux, notamment et surtout en mairie, qui ont fait du bon sens leur ligne de conduite.

L’épicentre du livre Les Vies liées de Lavilliers, paru chez Flammarion, est sans conteste Saint-Etienne. C’est là qu’est né Bernard Oulion ; c’est là qu’il s’est mué en Lavilliers, Le Stéphanois de la chanson. De l’Amicale laïque Tardy, où il se produisit pour la première fois en juin 1965, au Zénith dont il fut une des vedettes inaugurales, ce livre revient souvent dans la capitale ligérienne. C’est d’ailleurs à proximité de Saint-Etienne que vit une partie de sa famille. C’est aussi là où, auteur de ce livre, je réside.

Saint-Etienne vit chaque année, à la mi-octobre, sa traditionnelle Fête du Livre, une des plus grandes fêtes littéraires de l’Hexagone, soit-dit en passant. Lors de l’édition 2010, Les Vies liées de Lavilliers était en cours d’impression. Bien trop frais donc, l’encre pas sèche, pour y être à l’étal. Un an après, le livre n’est plus assez frais, m’a-t-on fait savoir, et ne sera donc pas de la fête. Passé sous silence, disparu comme par magie. Circulez, y’a rien à voir !
Doit-on y voir la persistance de l’incroyable omerta médiatique qui frappe ce livre depuis sa sortie ?
Ou n’est-ce pas seulement la bêtise d’une fête qui est désormais organisée par une société extérieure à toute réalité stéphanoise, à tout ancrage local, qui ne sait rien du terroir et s’en moque comme de son premier livre ? Cette fête, telle qu’elle se déroule désormais, pourrait poser son chapiteau à Tombouctou ou à Dunkerque, dans la périphérie bordelaise ou au centre de Montcul même, que ce serait pareil. Elle est devenue sans âme, apatride, le regard seulement rivé aux dernières nouveautés de la rentrée littéraire, aux coups de cœur des critiques médiatiques, copie stupidement conforme des play-listes littéraires, sans plus. Qu’un livre courageux ait l’audace de traiter le fils prodigue de Saint-Etienne de la manière que l’on sait ne peut intéresser encore moins émouvoir une telle fête qui, sans doute, n’en a jamais entendu parler. Peut-être ne sait-elle-même pas lire. Omerta ou bêtise, le résultat est le même : le silence succède au silence et le grand public ne sait toujours pas que ce livre existe. Pour tuer un livre, faites en sorte que personne ne sache qu’il existe !
Les Stéphanois de bon sens sont choqués (en premier lieu semble-t-il Maurice Vincent, le sénateur-maire de la ville), outrés de savoir que ce livre est de fait interdit, qu’il n’existera pas aux yeux de cette fête. Qu’il n’en finit pas de payer le simple fait d’exister : silence dans les rangs, on n’en parle pas ! Faut-il le vendre sous le manteau comme jadis Le Silence de la mer sous l’occupation ? S’il est un endroit, un lieu, un événement, où ce livre doit être présent, c’est bien cette Fête du livre, en plein cœur de Saint-Etienne. Ne pas s’en rendre compte vire à l’incompétence.
En réaction à ce qui est une censure, une association stéphanoise, le GRAC, et une amicale, celle du quartier de La Terrasse (5, rue Saint-Exupéry, Saint-Etienne ; tél. 04 77 74 33 40), viennent de prendre l’initiative d’organiser, le samedi de cette fête, le 15 octobre à partir de 19 h, une rencontre littéraire avec l’auteur, Michel Kemper. Nombre de membres de cette amicale sont des anciens salariés de la Manu, des collègues de messieurs Oulion père et fils et la rencontre promet son lot d’émotion, de confidences. Un chanteur local, Antonin Bellegy, viendra y interpréter des chansons de Lavilliers restées inédites, jamais gravées, des « de la période stéphanoise » qui n’ont pas été chantées depuis 45 ans. Qui ne l’ont du reste été qu’ici, entre les bars du centre-ville et la salle Tardy, justement : L’homme en bleu, Moi, j’aime pas les flics, La médisance, Jeannette, Ça en fait des croix et quelques autres… Un événement, un acte de résistance, j’oserais dire de citoyenneté.

Annonçons ici deux autres rencontres-dédicaces à venir : l’une au festival de chanson Attention les feuilles, le mardi 18 octobre, lors d’une rencontre-débat autour de ce livre, au Bistrot des Tilleuls à Annecy ; l’autre au festival chanson de Prémilhat (Allier), le samedi 29 octobre. Puisque les hauts-lieux de la littérature ne veulent pas de ce livre, puisque les tenants du showbiz et leurs larbins médiatiques le méprisent, ce sont des lieux sincères de la chanson qui s’en emparent. Car Les Vies liées de Lavilliers est avant tout un livre sur la chanson, presque un hommage au genre. En tout cas un modèle du genre.

2 octobre 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 6 commentaires.

Salut les copies !*

Ah ! Télérama et la chanson, longue et douloureuse histoire, configurée « je t’aime moi non plus » ! Il y a sûrement plus de chanteurs abonnés à Télérama que de journalistes de Télérama sachant vraiment ce qu’est la chanson. D’ailleurs, y’en a-t-il seulement un ? Que L soient sacrée par la une de Télérama comme la personnification de la chanson était un peu exagéré (et sans doute lourd à porter pour elle) ; que la disparition d’Allain Leprest ne fasse l’objet que d’un article passe-partout, certes bien écrit, était en dessous du minimum requis : c’est un autre Brel qu’on inhumait et qui eut mérité (était-ce vraiment trop demander ?) la une de l’hebdo ! Que la chanson y soit si maigre, et finalement si mal traitée, guère mieux qu’à France-Inter, play-liste quasi identique…

Bernard Lavilliers, une inspiration très littéraire... (photo Jean-Pierre Grouille)

Voilà que Télérama s’intéresse, cette semaine, aux plagiats (un peu comme tout le monde, à croire que là encore on copie son voisin…) : Joseph Macé-Scaron et son « intertextualité », PPDA et « ses notes de lecture » sur Hemingway, sont passés par là ! Jusqu’à en faire sa une (« Plagiat, tous copieurs ? »), et un dossier à l’intérieur. C’est sur les écrivains. Et les journalistes. Avec, même, un encadré sur le cinéma. Et un autre sur la télé, sur la photo aussi. Et sur la « musique » (Dylan, Harrison, Madonna, Farmer…). Sur la chanson ? Et ben non ! Pauvre Valérie Lehoux qui n’a rien pigé à ce dossier… Rien sur la chanson. Et surtout pas une ligne sur Bernard Lavilliers, qui, côté « ressemblances caractérisées », se pose là, en incontestable champion. Un livre est sorti en fin 2010 (ils l’ont reçu à Télérama, comme chez tous leurs confrères, et personne n’a osé défier Nanar et Universal en y consacrant la moindre ligne, tous couards, tous vendus !), narrant entre autres, à la manière d’un limier, les emprunts de Lavilliers pour nourrir de toutes pièces sa légende. Et ceux, presque copiés-collés, d’auteurs prestigieux, pour nourrir pas mal de ses chansons. Jacques Prévert, Jean-Roger Caussimon, Louis Brauquier, Joyce Mansour, Colette Seghers, Rainer Maria Rilke, Victor Hugo, Claude Roy, René Laporte, André Hardellet, Charles Baudelaire, Boris Vian, Pierre Louÿs, Stéphane Mallarmé et j’en oublie, que des copiés ! Que l’un de nos plus grands chanteurs ait puisé parfois, souvent, dans le meilleur de notre littérature, de notre poésie, et personne n’en fait mention. Surtout pas ! Qu’un livre courageux en fasse mention et on en fait silence. Un tel dossier, cher Télérama, était l’occasion rêvée de réparer votre étonnant oubli journalistique. Pourquoi ? Messieurs, Mesdames mes confrères, mes consoeurs, qui donc vous tient par les couilles ?
Il y a quelques mois, un journaliste de Marianne demandait de toute urgence un exemplaire de Les Vies liées de Lavilliers à l’éditeur, Flammarion : un coursier lui amena séance tenante ; il n’y a jamais eu de papier sur l’hebdo dont le rédacteur en chef adjoint n’est autre que Macé-Scaron. On peut comprendre… Mais les autres, qui tous se copient la même couardise, la dupliquant à l’infini ? Des Inrocks au Nouvel Obs, du Figaro à L’Huma, de Télé 7 jours à Télérama, même combat, même omerta. Putain, ça fait chier ! Triste, triste presse…

Allons… allons chercher loin les journalistes qui ont osé. Ici au Québec, par cet article de Francis Hébert sur Voir. (*) Le titre de ce billet est pompé sur Télérama, y’a pas d’raison ! Le livre Les Vies liées de Lavilliers est paru en novembre 2010 aux éditions Flammarion, 380 pages, 20 euros. Il est toujours disponible, ne serait-ce que sur le net, faites-le savoir.

23 septembre 2011. Étiquettes : , . Saines humeurs. 8 commentaires.

Les Vies liées… Aventures en Jamaïque

Ça fait longtemps que je ne vous ai entretenu de l’ami Lavilliers, l’aventure faite chansons. Extrait à nouveau du livre Les vies liées de Lavilliers (toujours disponible aux éditions Flammarion). Nous sommes en 1979 et Bernard prépare ce qui sera son album culte : O Gringo.

Notre héros s’est mis en tête de glaner à travers le monde la matière de son prochain album. Et d’enregistrer in situ. Mais sa maison de disques refuse de le suivre sur ce terrain-là, qui lui semble caprice d’artiste désireux de s’offrir des vacances en fumant de l’herbe à bon compte. « Faut voir… Là-bas, l’herbe est tellement forte qu’il vaut mieux éviter d’en prendre si on veut travailler. J’aurais eu tort de faire le rasta, moi un blanc de Saint-Étienne. Le but était de réaliser quelque chose, surtout pas du tropicalisme, mais une œuvre personnelle, sans copier ni dénaturer. »
Le reggae déferle alors sur la planète. Bob Marley, au sommet de son art, vient de sortir Survival. On ne compte plus le nombre de chanteurs et de formations qui se réclament de ce rythme jamaïcain et de ses dérivés. En France, cette géniale et vieille canaille qu’est Serge Gainsbourg va se refaire ainsi une santé, accédant du même coup au statut de star incontestée, avec une Marseillaise reggae qu’il s’en est allé enregistrer à Kingston, après avoir pris soin de tout régler depuis Paris.
La démarche de Lavilliers est autre. C’est de son propre chef qu’il atterrit de nuit à Kingston, en plein orage tropical. Ça fait tout de suite roman d’aventures, épique et d’époque, genre Docteur Justice, une BD qui paraissait alors dans Pif-Gadget… Car Bernard et sa compagne vivent d’emblée leur première (més)aventure, mauvaise pioche d’un taxi dont le conducteur est plus soucieux d’amener ses clients dans un endroit tranquille pour les braquer que de les acheminer à bon port. Mais le chauffeur n’excelle pas au volant et, à cause de la pluie battante et d’essuie-glaces défectueux, la voiture se retrouve sur le toit et le conducteur, bien que sonné, s’enfuit sans demander son reste. « Je crie à Bernard : “Vite, coupe le contact, la voiture va flamber !” On était là, on n’avait rien. Moi qui m’étais acheté pour l’occasion des petites chaussures chez Sacha et une combinaison de chez Cerruti, nous étions dans la boue jusque-là ! » se remémore Évelyne. Nos héros s’en sortent en tout cas indemnes et les voici tout ruisselants, avec guitare et bagages, à tenter l’auto-stop pour rejoindre la capitale et un hôtel qui, malgré leur état, daignera les accepter. L’aimable automobiliste qui les prend à son bord leur expliquera qu’ils ont eu de la chance, nombre de touristes étant découverts morts le lendemain en de lointains no man’s land. À peine un fait divers… « Plus tard, j’ai retrouvé le mec, je l’avais bien photographié. Finalement, c’est devenu mon tacot et il m’a trouvé l’hôtel que je voulais : l’Indies Hôtel. »
De cet hôtel où ils se sont réfugiés, Bernard va, par petites touches et avec beaucoup de patience, chercher d’abord à se faire accepter puis remonter la piste du reggae. Ça prend des semaines, rien que pour essayer de comprendre « comment ça marche »… Lavilliers se balade, armé de volonté. Il se rend dans le ghetto chez un nommé Lee, dont les parents tiennent un bazar de disques, de casseroles et de chaussures, et qui manage les Gladiators, des musiciens qu’on dit être parmi les meilleurs. C’est par leur entremise que Bernard et Évelyne croisent Bob Marley. La rencontre, qui est d’importance aux yeux du Stéphanois, lui permet illico d’embarquer quelques pointures dans son aventure artistique. Le temps de louer un studio et d’écrire les chansons, voilà deux nouveaux titres à l’actif de l’artiste qui connaîtront un grand succès.

Regarde-la marcher
Et danser son reggae
Fait trop chaud pour chanter
Fait trop soif pour noter
Trop beau pour t’expliquer
Ce qui s’passe dans l’reggae

Retour en France. Chez Barclay, tout le monde trouve ça formidable. Les réticences initiales s’estompent d’autant plus vite qu’une tournée d’été puis la Fête de l’Humanité, sur la grande scène cette fois, prouvent que Stand the ghetto et Kingston fonctionnent à merveille. Lavilliers peut repartir, désormais financé par son producteur, pour enregistrer du rock et de la salsa à New York. Et tant qu’à faire, de la musique brésilienne à Rio de Janeiro.

Les vies liées de Lavilliers, de Michel Kemper, 380 pages, Flammarion.

25 août 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 2 commentaires.

« Les Vies liées… » : dédicace à La Rochelle

Il y a les chanteurs qui mettent la poésie en musique et ceux qui voyagent en poète...

Si d’aventure vous déambulez le jour de la Fête nationale à La Rochelle, aux Francofolies par exemple, n’hésitez pas à vous rendre, à partir de 11 h 30, au Chapitô Cultura du « Village Francofou » (entre le Vieux port et le Bassin à flot) pour « Les Folies littéraires » du jour où Bernadette Bourvon accueillera, en public, Olivier Bailly et Dick Annegarn pour leur livre « Paroles » aux éditions Le Mot et le Reste, Jean Théfaine pour « Hubert-Félix Thiéfaine Jours d’orage » paru chez Fayard et moi-même pour « Les Vies liées de Lavilliers » paru chez Flammarion. Nous débattrons avec le public sur le thème « Si j’étais chanteur je serais Rimbaud » : « La poésie, le voyage et la liberté. De quoi remplir une vie, prendre la tangente. Comme l’a fait Rimbaud, icône internationale, référence absolue. Il y a les chanteurs qui mettent la poésie en musique et ceux qui voyagent en poète. Ou l’inverse. On va voir » lit-on, à propos de cette rencontre, sur le dossier de presse. Il me reste quelques heures pour tout apprendre de la cartographie brésilienne et des mystères de la forêt amazonienne afin d’y faire bonne figure. La rencontre se poursuivra par le rituel des dédicaces, en prose comme en verres.

12 juillet 2011. Étiquettes : . Les événements. Laisser un commentaire.

Le Livre en folie aux Francofolies…

Faut-il faire ici la promotion des Francofolies de La Rochelle ? Sans doute pas tant ce festival est connu. Notons tout de même qu’une manifestation de cette ampleur qui s’est permis de créer l’événement Malicorne l’an passé, et qui invite cette année Jacques Bertin au sein de sa programmation mérite toute notre sympathie. Le jour où Le Printemps de Bourges se remet à chanter en français et invite Jean Vasca, Rémo Gary en sera déjà à son vingtième Olympia et moi je serais directeur de Warner ou d’Universal, des deux sans doute…

Jean Théfaine et Hubert-Félix Thiéfaine, le biographe et son biographé (photo Françis Vernhet, Chorus)

Parmi les nouveautés de l’édition 2011, il en est une singulière, limite saugrenue : faire la fête – que dis-je, la folie ! – aux livres. Quitte à faire, à ceux qui nous parlent de chansons, qui suintent de portées et de paroles dans toutes leurs pages. Ce sont « Les Folies littéraires », chaque jour à 11 heures 30, une « variation d’auteurs sur un même thème. Initiée à St Brieuc l’an dernier autour du rock, les Francofolies de La Rochelle partagent, avec le Festival Art Rock, cette idée séduisante d’inviter des auteurs, à l’occasion de Rencontres Littéraires autour de la chanson. Chaque jour, réunis autour de Bernadette Bouvron (journaliste et pendant longtemps animatrice des cafés littéraires du Festival Etonnants Voyageurs à St Malo) écrivains et biographes débattront face au public.

Pour une fois que l’omerta ne me touche pas, permettez-moi de me vanter d’être du lot. Cette petite révolution se déroulera le 14 juillet.

Au programme des « Folies littéraires » :

12 juillet : GAINSBOURG FOR EVER avec Gilles Verlant et Loïc Picaud pour L’Intégrale Gainsbourg chez Fetjaine, Laurent Balandras pour Gainsbourg chez Textuel-RadioFrance et Philippe Maneuvre pour Rock Français chez Hoebecke ;

13 juillet : FAUSSES NOTES avec Frank Darcel pour Voici mon sang Editions de Juillet, Jerôme Soligny pour Je suis mort il y a 25 ans chez Naïve, José-Louis Bocquet pour Swing Mineur à La Table ronde et Arnaud Le Gouëfflec pour Le chanteur sans nom chez Glénat ;

14 juillet : SI J’ÉTAIS CHANTEUR JE SERAIS RIMBAUD avec Olivier Bailly et Dick Annegarn pour Paroles chez Le Mot et le Reste, Michel Kemper pour Les vies liées de Lavilliers chez Flammarion et Jean Théfaine pour Hubert Félix Thiéfaine Jours d’orage chez Fayard ;

15 juillet : HISTOIRES PARALLELES avec Pierre Mikaïloff pour Jacno chez Carpentier, Christian Eudeline pour Rock Français chez Hoebecke, Jean-Eric Perrin pour J’ai encore esquinté mon vernis en jouant le ré sur ma Gibson chez Tournon et Guillaume Kosmicki pour Free Party aux Editions Le Mot et le Reste ;

16 juillet : MUSES ET EGERIES avec Yves Simon pour La Compagnie des Femmes chez Stock (sous réserve), Alain Wodrascka pour France Gall, Muse et Musicienne chez Carpentier, Constance Meyer pour La jeune fille et Gainsbourg aux Editions de l’Archipel et Yves Borowice pour Les femmes de la chanson aux Editions Textuel.

Séance de dédicace à l’issue de chaque table ronde.

23 juin 2011. Étiquettes : , . Biblio, Festivals. Laisser un commentaire.

Lavilliers, partout chez lui

Pouvais-je encore narrer Nanar après avoir tant écrit sur lui ? Je ne sais mais il m’est agréable de passer le témoin à une plume amie, Antonin Bellegy, pour relater le concert du Stéphanois en ses terres. Et puisqu’on parle de lui, signalons ce brillant papier d’Emmanuel Lemieux sur le livre « Les vies liées de Lavilliers » paru ce matin-même sur le site « Les influences ».

"C'est la grande marée, la grande marée..." (DR)

Bernard Lavilliers, 6 juin 2011, festival Paroles et musiques à Saint-Etienne,

Mais quelle drôle et stupide idée vraiment de garnir de chaises la fosse du Zénith pour un concert de Lavilliers, qui plus est dans sa ville ?! L’âge du capitaine sans doute (qu’il ne fait pas) qui ne prédispose nullement  de celui de son public, toujours « jeunes et larges d’épaules, insolents et drôles »
C’est sous les lumières aux couleurs Jamaïcaines et Brésiliennes que l’enfant du pays clôt ce festival. « Ici, c’est toujours particulier » se plaît  à nous dire cet oiseau de passage entre les crassiers de sa terre natale. Alors il fait toujours en sorte de le marquer d’une empreinte si particulière qu’on en sort toujours heureux, emplis de rêves et de voyages tel un Blaise Cendrars à la conquête de L’Or. L’engouement du public est à la hauteur de l’extraordinaire punch de l’artiste, si bien que dix secondes à peine ont eu raison de ces satanées chaises, mobilier encombrant et incongru qui sied mal avec un tel concert… L’excellent Benjamin Paulin ne croyait pas si bien dire en préambule de cette si belle soirée : « Si les fleurs ne suffisent plus, dites-le avec des flingues … » Rester assis devant Lavilliers, c’est comme Rio sans son carnaval, une colère sans Ferré, une tendresse sans femme : il manque quelque chose…
Bernard a revêtu sa veste du « Che » pour fendre le parterre du Zénith par deux fois, au travers même de la foule, telle la lame aiguisée de la machette en forêt tropicale. C’est bien là le mot : «  tropical ». Les persiennes en fond de scène nous donnent l’illusion d’une terrasse à peine ombragée où se sont intimement posés, là, les sept multi instrumentistes qui ont totalement subjugué le public et porté l’artiste en un sur-mesure magistral. Les arrangements nous font redécouvrir son Saint-Etienne, voguer sur La grande marée, jouant des émotions comme un poème si bien récité, que personne ne savait plus où donner de la tête et de la bête, des jambes et du cœur. Tout le monde en a gros à la sortie de scène du fauve d’Amazone. L’ovation du second rappel encore marqué par l’extrême justesse d’un Attention fragile, à fleur de peau, laisse planer le sentiment d’un accomplissement et d’une aisance artistique devenue ce jour intemporelle. Qu’il soit à Fortaleza, à Paris ou à Saint-Etienne, sur une scène ou sur une simple terrasse face à la mer Caraïbes, Lavilliers est chez lui, posé comme un sceau sur un parchemin qu’on aime tant relire, inlassablement.
« Je ne suis pas un artiste qui ferme les yeux » nous lance-il encore, le sourire tranchant en coin tout en fusillant du regard une salle déjà conquise : « Vous êtes beaux comme la mer ! »
Peu importe si nous avons fermé les yeux, nous avons tous pris ce train avec lui, et ce bateau, et cet artiste qui nous fait tant rêver…
Antonin Bellegy.

7 juin 2011. Étiquettes : . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Emprunts de Lavilliers : le Prévert de « QHS »

"Nous dormons dans des cages / Et nous tournons en rond" (photo DR)

Sans tapage excessif (tant il est vrai que la presse, en sa presque totalité, fait toujours silence sur cet ouvrage) le livre Les Vies liées de Lavilliers (aux éditions Flammarion) vit tranquillement sa vie. Le bouche à oreilles est, on le sait, son véritable moteur.
Et souvent l’occasion, pour moi, de recevoir des messages de lecteurs qui apportent leur pierre à l’« enquête ».
Ainsi Emmanuel G., de La Rochelle, qui me dit : « Je viens d’achever le chapitre « Mémoire particulière » et suis surpris de constater une absence, celle de Prévert et de son poème « La belle vie » ».
Il en manque, certes. Qu’on découvre ainsi, à la faveur d’échanges. Encore un de Prévert, donc ! Parmi les « ressemblances caractérisées » qui parsèment l’œuvre de Lavilliers, on connaissait déjà la chanson « Ma belle » qui emprunte au poème de Prévert « Tu m’as quitté ». Ainsi que « Noir et blanc » qui s’inspire du poème « L’effort humain ». Voici « QHS » dans lequel on retrouve une part de la substance du poème « La belle vie ». Qu’on en juge :

« On n’est pas à plaindre
On est à blâmer
On s’est laissé prendre
Qu’est-ce-qu’on avait fait
Enfants des corridors
Enfants des courants d’air
Le monde nous a foutus dehors
La vie nous a foutus en l’air
(…)
Nous dormons dans des cages
Et nous tournons en rond
Sans voir le paysage
Sans chanter des chansons »
La belle Vie – Jacques Prévert
(ce poème a été mis en musique par Joseph Kosma ; il a été interprété entre autres en 1951 par Juliette Gréco)

La chanson de Lavilliers, à présent :

« C’est l’hiver et nous tournons en rond
Sans rien faire sans chanter de chansons
Au fond des corridors
Enfants des courants d’air
Au-dessus du grillage on voit
L’arrogance de leurs armes, tu vois
Je ne suis pas à plaindre crois-moi
On s’occupe de moi
(…)
Je suis un enfant perdu
Je suis dans les nuages c’est vrai
Ici rien n’est réel tu sais
Peut-être qu’on ne se réveille jamais
Mais qu’est-ce qu’on avait fait »
QHS – Bernard Lavilliers

Emmanuel commente, dans sa lettre : « Lavilliers me ferait penser à Picasso, véritable éponge et qui prendrait pour base de travail différentes oeuvres du patrimoine mondial. Dommage qu’il n’en fasse pas mention… »
Ce qui n’empêche pas Emmanuel de rendre, au passage, un bien bel hommage au Stéphanois de la chanson : « Quant au côté mytho de Lavilliers, heureusement qu’il l’a ! Il nous a ainsi offert un véritable personnage de la chanson française, unique en son genre ! Et je n’oublierai pas l’importance qu’il a eue dans ma vie ! Ado, venant d’un milieu ouvrier, j’avais honte de mes origines, bien aidé dans cela par les remarques acerbes d’enseignants ou autres personnes malveillantes qui ne se gênaient pas pour vous rappeler vos origines. Jusqu’au jour où j’ai découvert Lavilliers. Ce type a redonné dignité au monde ouvrier ! Sans parler du Brésil, si j’ai aujourd’hui passion pour ce pays et y ai beaucoup d’amis, c’est grâce à Nanard ! »

20 avril 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 9 commentaires.

Grands chanteurs et demi-dieux

Un commentaire récent de Christian P. sur ce blog : « Pourquoi toujours aller fouiller la merde chez nos chanteurs ? Laissez-nous écouter les chansons de Perret et de Lavilliers tranquille, leur talent n’a pas besoin d’artifices pour exister. » Là, je réponds…

Robert Allen Zimmerman, dit Bob Dylan, qu'on dit notoire mythomane : s'intéresser à lui est-il possible sans passer pour un indécrottable "fouille-merde" ? (photo DR)

On peut effectivement se contenter de ce que nos amis artistes nous chantent, escomptant notre ration de satisfaction, notre pesant d’émotion. Aller d’une chanson l’autre, d’un chanteur l’autre, sans rien d’autre que ce plaisir immédiat. Et suffisant.
Sachant que l’essentiel de ces artistes (au moins ceux qui sont auteurs) ne parlent vraiment que d’eux-mêmes, en une forme d’autobiographie chantée, il me semble dommage – sans toutefois être indispensable – de ne pas aller plus loin dans la connaissance du chanteur. Je suis toujours étonné de savoir à quel point Brel ou Brassens ont pu mettre leur vie en vers. Les bourgeois, Mon enfance, Ne me quitte pas, Les fenêtres… Brel n’a rien fait qu’à puiser dans sa vie pour nourrir ses vers. Les quatre bacheliers, Jeanne Martin, L’Auvergnat, Trompettes de la renommée… Brassens fit pareil, comme bien d’autres. Aller plus loin en Barbara, fouiller ses portées, c’est lire une vie, la sienne, qu’elle nous a chanté avec juste la pudeur de mots qu’il faut savoir décoder.
Sans nuire nullement au plaisir d’écouter, de réécouter de telles chansons, en savoir un peu plus sur leur a.d.n. me semble intéressant. Ça peut changer l’éclairage d’une œuvre, nous instruire utilement.
Je tiens Pierre Perret pour un des grands de la chanson, loin de l’image réductrice de l’amuseur qu’hélas certains retiendront. Raison de plus pour, au-delà des autobiographies forcément complaisantes du Pierrot, des (possibles) petits arrangements entre lui et sa mémoire (la tentation est grande quant on écrit soi-même), on daigne s’intéresser à qui il est vraiment, à son histoire, donc à la genèse de son œuvre. Dans ce qu’elle a de meilleur, dans ce qu’elle a de moins bon aussi. On le fait bien à propos d’écrivains, d’acteurs, d’hommes politiques et autres personnalités : un chanteur, qui plus est populaire, ne démérite pas d’un tel intérêt.
On peut questionner aussi les chansons et s’interroger quand les ressemblances avec d’autres sont parfois fortes. Ainsi, et sans forcément juger, on peut s’étonner de la proximité de la chanson de Louki et des fameuses Jolies colonies de vacances. On peut être aussi surpris à l’écoute de Blanche par deux vers (« Que ses cuisses fuyaient comme deux truites vives (…) J’ai chevauché ainsi ma plus belle pouliche ») qui semblent s’être égarés d’un poème de Federico Garcia Lorca (« Ses cuisses s’enfuyaient sous moi / Comme des truites effrayées (…) De ma plus belle chevauchée / Sur une pouliche nacrée » in La Femme adultère). Réminiscence sans doute… Quant on sait que Perret vient de jurer mordicus, dans l’enceinte d’un tribunal, avoir « toujours bu dans (sa) tasse » (ce qui, dans son langage joliment imagé, veut dire clairement qu’il n’a jamais piqué à autrui), on est en droit de se poser tout de même quelques questions.
Je dis que, sauf à considérer que nos amis les chanteurs sont de droit divin, dispensés de rendre des comptes, on a le droit (le devoir ?) de s’intéresser à leur vie et à leur œuvre, d’aller plus loin, de gratter le vernis. Et le cas échéant de (leur) poser des questions. C’est ce qu’à fait Sophie Delassein concernant Perret dans les colonnes du Nouvel Obs, par une enquête qui me semble toutefois un peu légère, où à l’évidence la charge est énorme et les preuves légères.
C’est ce que j’ai fait avec Lavilliers. Ce travail sur Le Stéphanois n’est pas une entreprise de démolition et ne fouille aucune merde (ou alors il faut m’expliquer ce qu’est cette merde) : c’est un regard public et critique (et tendre à la fois) porté sur un artiste dans sa dimension publique. Encore heureux qu’on puisse exercer un tel regard critique sur ces personnages. Et parfois rectifier le tir quand, manifestement, la mémoire s’égare et fabule quelque peu.
Ça ne m’empêche pas, moi, d’écouter et de faire découvrir Lavilliers et Perret, deux artistes que je tiens pour grands. Car jamais je ne confonds grands chanteurs et demi-dieux.

25 mars 2011. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 10 commentaires.

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