VSD et « Les Combines à Nanard »

Une fois n’est, hélas, pas coutume. Raison de plus pour en faire écho. Dans le numéro de l’hebdomadaire VSD actuellement en kiosque, un article de Christian Eudeline nous parle des Vies liées de Lavilliers (ça fait du bien de lire enfin un papier en presse nationale…). « Bernard Lavilliers a bâti sa légende sur les fantasmes de ses mille et une vies. Une bio tente de démêler le vrai du faux » y écrit Eudeline, qui reprend de flamboyantes brides d’interview de notre chanteur-voyageur publiées il y a peu dans les colonnes de VSD, pour mieux les relativiser, presque contrecarrer : « Pour la première fois, une biographie nous raconte un autre Bernard Lavilliers, le véritable Bernard Oulion, un Mozart de l’affabulation qui fascine ses camarades dès les bancs de la communale. Sa guitare et sa plume le sauveront d’une vie ordinaire. Mais, au-delà d’une rocambolesque légende mise à mal, ce livre est avant tout l’histoire d’une belle réussite. Ne change rien, Bernard, on t’aime ainsi. »

(VSD n° 1750, du 10 au 16 mars 2011)

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14 mars 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

Lavilliers, pré carré du total déni

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La parution du livre Les Vies liées de Lavilliers (éditions Flammarion) aura eu cette conséquence : il y a désormais et manifestement deux Lavilliers.
L’un qui, preuves à l’appui, vit dans les pages de ce livre, partagé entre des vies qui s’imaginent, s’additionnent, s’entrechoquent et généreusement débordent.
Et l’autre qui, conséquence ou non des révélations du livre, se réfugie dans le dernier pré carré du déni ; qui, plus que jamais, n’est qu’un personnage, un concept. On ne convie plus l’artiste sur les plateaux télé : c’est l’avatar qui s’en vient, fardé d’une légende incontestable au seul titre qu’elle est sa substance même, sa moelle épinière, sa raison d’être.
Quand on interviewe Nanar, on est prié de ne pas rire, de faire semblant de ne pas savoir. De le croire sur parole. « Tout jeune, il a quitté Saint-Étienne, il a quitté la zone. Il est parti pour le Brésil riche de ses seuls rêves. Né trop tard pour être flibustier, il est devenu auteur-compositeur-interprète-voyageur-aventurier-chasseur de tigres… » lit-on encore avec le plus grand sérieux sur la dernière livraison du magazine de voyages A/R-mag (notez que « chasseur de tigres » est une nouveauté dans le cursus déjà agité de Nanar. Ça lui été inspiré par la chanson des Fatals Picards et, depuis, entériné par son numéro de dresseur de tigres au Gala de l’Union des artistes…). Et de toujours questionner Nanar sur sa folle vie, sur son passé aventureux, sur son présent qui doit être pareil (lisez Rolling Stones ou Libé…). Toujours lui faire vivre cette vie, jamais le contredire. C’est à peine le chanteur qui s’en vient mais le frère de lait d’Indiana Jones, le manuel de survie de MacGyver, le Cendrars bien Loti, le coup de crayon de Pratt…, on reçoit une icône, la projection de nos fantasmes, la matérialisation de nos envies. Lavilliers échappe à son humaine condition : il est largement ailleurs, en constante représentation, rivé à ses vies rêvées.
Et chacun de devoir choisir son camp : si on le croit, ou si on fait semblant, il vient, flamboyant aventurier toujours en veine de souvenirs croustillants. Il vient et vit, dans sa bulle à lui et dans la bulle médiatique, toutes deux décalées de toute réalité.
Si on met Lavilliers en doute, il n’existe plus, n’est plus qu’un chanteur sans estomac, ne sachant à quelle existence, quelle histoire se raccrocher. C’est pourtant ce chanteur qui s’est cherché, s’est construit, s’est carapacé une histoire pour y faire naître une œuvre, qui est passionnant. L’autre n’est plus qu’une caricature de lui-même. Un avatar, j’insiste.
« La seule chose un peu sincère / Dans cette histoire de faussaire / Et contre laquelle il ne faut / Peut-être pas s’inscrire en faux » dirait Brassens, c’est le talent du bonhomme, la qualité de l’œuvre qui, certes, parfois (souvent ?) emprunte comme on sait.
Je n’ai pas de leçon à donner à la presse… enfin, si, une. Elle qui meure à petit feu, si elle veut s’en sortir, il lui faut s’extraire de sa bulle stérile, gagner la vie réelle, fuir le consensus du mensonge permanent.
Je prélève bien volontiers la fin d’une superbe chronique de Floreal, consacrée au livre Les Vies liées de Lavilliers, qu’on peut lire sur son site florelanar : « Lorsqu’il faudra écrire un jour l’histoire fournie de la veulerie journalistique, les raisons du silence impressionnant qui a entouré la sortie de ce livre en constitueraient assurément un chapitre éloquent. Raison de plus, peut-être, pour se procurer et lire ce très bon livre. »

Un livre ne reste jamais longtemps en bac et celui-ci n’y échappe pas. Si votre commerce de proximité ne l’a pas, ne l’a plus (comme la plupart des hypermarchés), commandez-le sur internet : pas mal de sites existent, au paiement sécurisé il va de soit ; parfois même ils vous font grâce des frais de port. Il est de votre mission, si toutefois vous l’acceptez, de parler de ce livre, de le faire connaître, de briser ce silence coupable, cette implacable punition qui lui est faite au seul prétexte qu’il existe.

11 mars 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 11 commentaires.

Dédicaces parisiennes de Michel Kemper

Photo Cathy Bistour Flammarion

Deux dédicaces parisiennes pour le livre Les Vies liées de Lavilliers le samedi 19 mars en après-midi. De 15 à 16 heures d’abord, au stand Flammarion du Salon du livre, porte de Versailles. Puis une rencontre-dédicace, de 17 à 19 heures, dans les locaux du Centre de la Chanson, dans le quatrième (24 rue Geoffroy-L’Asnier, 75004 Paris, métro Pont-Marie ou Saint-Paul, tél.01.42.72.28.99). Occasions s’il en est de se rencontrer, d’échanger deux trois mots, une poignée de mains, de causer du bouquin et, pourquoi pas, du Thou’Chant et de NosEnchanteurs…

6 mars 2011. Étiquettes : . Biblio. 3 commentaires.

Les Vies liées… À l’école de la Manu

« Mon père m’a demandé ce que je voulais faire. Je lui ai dit que je voulais faire du spectacle. Il estimait que ce n’était pas évident et m’a conseillé d’apprendre un métier » C’est ainsi que le jeune Bernard Oulion, futur Lavilliers, rejoint à la rentrée 1962 l’École de la Manufacture nationale d’armes, la Manu. Extraits du livre « Les Vies liées de Lavilliers » paru aux éditions Flammarion :

J’fabrique les canons les obus (…)
J’suis d’la Manu j’suis armurier !
(J’suis d’la Manu, j’suis armurier – Benjamin Ledin, 1870-1935)

À l'école de la Manu (photos collection personnelle RA)

Pour l’heure et pour trois ans, Bernard intègre l’École de formation technique de la Manufacture d’armes de Saint-Étienne. Une école échappant à l’emprise de l’Éducation nationale : ici c’est la Délégation ministérielle pour l’armement qui fait tutelle. Si l’école est enviée, la publicité qui en est faite pour recruter les élèves est paradoxalement très discrète, à tel point qu’on ignore son existence. N’y entre pas qui veut, on passe un concours pour être admis. Quant à savoir le poids du piston… Le papa Oulion n’est-il pas secrétaire administratif à la Manu, en charge de la paye des ouvriers, qui plus responsable syndical du personnel administratif, forcément influent donc ? (…) L’école d’apprentissage n’est pas des plus importantes : une seule section, trois niveaux, une vingtaine d’élèves en première année, un peu moins les saisons suivantes, cinquante en tout au grand maximum. En troisième année de cette promotion-là, ils seront quatorze, avec pléthore d’enseignants : un prof pour quatre élèves tourneurs ! (…)

Équipe de hand-ball de l'École, année scolaire 1964-1965

On a beau être dans l’enceinte d’une entreprise d’armement, cerclée de hauts murs rappelant la toute puissance de l’époque napoléonienne, c’est le rythme scolaire allié aux horaires d’usine qui prédomine ici : quarante heures hebdomadaires, moitié en atelier, moitié en enseignement général, principalement français, maths, techno et législation du travail. Quand on rentre dans cette école, l’avenir est tout tracé, le futur employeur clairement identifié : on est « manuchard » à vie, à gravir en fonctionnaire qu’on est alors les échelons pour devenir un jour ouvrier P3 ou, mieux encore, contremaître. (…) Bernard, lui, est sur une autre voie. D’emblée, rebelle. Et secret. S’il participe à la vie d’une classe extrêmement soudée, il n’en a pas moins sa part de mystère. « On sentait bien qu’il voulait faire autre chose », se souvient Eugène Mouget, un de ses camarades d’alors. Dès le début, comme pour poser un cadre, il étonne les autres élèves, ses camarades, affirmant que son avenir n’est pas ici, mais dans le spectacle… En tant qu’acteur. Ou chanteur, il ne sait pas encore. Dans le Saint-Étienne du début des années soixante, dans cette tradition de grande humilité ouvrière, rêver de quitter ce monde, de se faire la belle, est folle prétention. Que dire alors de ce comparse en bleu de travail qui veut devenir vedette comme Gérard Philipe ou idole des jeunes comme Johnny Hallyday ? Et pour lequel s’insinuent déjà des désirs d’ailleurs… (…)
De l’avis général, Bernard est un fieffé affabulateur. « Dans une école qui ne formait que des mécaniciens, ça paraissait utopique », raconte Raymond Arcos, un autre de ses collègues de l’époque, qui poursuit : « Le lundi matin, Bernard était un peu l’attraction : il avait toujours quelque chose à nous raconter qui sortait de l’ordinaire. C’était quelqu’un qui, dans la classe, dans ce cadre restreint, petit, apportait un souffle nouveau et des sujets qui n’avaient pas leur place ici. Il était le seul à discuter de poésie avec le prof de français . » Auprès de ses camarades de classe, Oulion se targue de ces gens censés le conforter dans son ambition artistique, tel Jean-Louis Barrault, qu’il dit avoir rencontré dans le sud de la France. Et, plus sûrement encore, René Lecacheur, son professeur d’art dramatique et de diction au Conservatoire, où Bernard est élève, au rythme de plusieurs soirs par semaine. Les camarades écoutent, sans en croire un traître mot : c’est forcément un sacré bonimenteur que cet Oulion ! En revanche, on ouvre sans doute plus les oreilles, on écarquille à coup sûr plus les yeux quand il narre ses aventures sentimentales, notamment ses week-ends à Béziers, auprès de l’amour de sa vie, comme il dit. Car il est beau mec, le Nanar. Et le sait, lui qui dit si souvent avoir « un profil de romain ». Qui plus est, il chante et joue de la guitare : objectivement un bon atout auprès des filles. On l’envie… Il n’est d’ailleurs pas le seul à chanter dans cette classe. En atelier, au grand dam des profs qui aimeraient plus de silence, tous les élèves accompagnent le doux chant des outils en entonnant à tue-tête les tubes de Claude François. C’est dire l’ambiance… Pour autant, on a du mal à s’imaginer le futur Lavilliers qui, dans peu de temps, sur scène, pourfendra avec rage le yé-yé, chanter tout un après-midi Belles, belles, belles ou Si j’avais un marteau en donnant de la lime… (…)

Juillet 1964 : veillée-spectacle au camp d'été de Vassivière

L’école est, à tous les titres, privilégiée. Des camps sont régulièrement organisés, en périodes de vacances scolaires, qui rassemblent les élèves des différentes écoles d’armement de l’Hexagone. Dès la première année, on va ainsi – luxe insensé en terre prolétaire – en classe de neige, aux Rousses, dans le Jura ; en fin de deuxième année, ce sera un camp de ski nautique et de canoë, à Vassivière, dans le Limousin… Lors de ces rassemblements, chaque école se doit de défendre ses couleurs, notamment et surtout lors de soirées « spectacles » qui sont tout sauf improvisées. Car on accorde grande importance à ces joutes culturelles en prévision desquelles les professeurs laissent largement le temps aux élèves, en lieu et place des cours, pour répéter. Les spectacles sont généralement composés de saynètes et de sketches : ceux de Fernand Raynaud s’y taillent toujours un confortable succès. La chanson est autre met de choix et l’école de la Manufacture stéphanoise trouve en Bernard Oulion un atout de poids, pièce maîtresse de toutes prestations scéniques.

Lors du camp d'été de Vassivière…

L’élève a du coffre, il s’accompagne à la guitare et chante tant du negro spiritual que du Brassens, notamment La Prière, un texte de Francis Jammes que le chanteur à la pipe a mis en musique. C’est à Vassivière que Bernard rencontre son premier public ; c’est vraisemblablement là que se produit le déclic qui fera du jeune Oulion le futur Lavilliers. « Il avait une présence sur scène. Nous, on était derrière. On l’accompagnait mais la vedette c’était lui », se rappelle Eugène Mouget.

25 février 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 2 commentaires.

Les Vies liées… Premières armes

 

Septembre 1965. Bernard Oulion vient de passer trois ans à la Manufacture nationale d’armes de Saint-Étienne, au bout desquels il a obtenu, comme tous ses camarades, son précieux diplôme et son embauche. Parallèlement à son métier de fabricant d’armes, il est aussi et depuis peu de temps chanteur, sous l’énigmatique pseudonyme de Bernard Lavilliers : il a fait ses premières armes sur la scène de l’Amicale laïque Tardy, le 12 juin de cette année-là… Extrait du livre « Les Vies liées de Lavilliers », paru aux éditions Flammarion.

Atelier de tourneur (photo DR)

Après les vacances d’été, tous retournent à la Manufacture d’armes, cette fois-ci en tant qu’ouvriers, non au grade d’OS mais à celui de P1, récompense automatique pour qui vient d’effectuer ses années de CAP dans l’établissement. « Pour ma mère je suis devenu un homme quand je suis devenu un travailleur, quand je suis entré à l’usine et que j’ai rapporté des ronds à la baraque . » Premiers salaires d’ouvrier tourneur mais mauvaise pioche pour Bernard qui se retrouve dans le pire des ateliers, « la MS 33 », insalubre et bruyant, à travailler presque à la chaîne sur des tours semi-automatiques : on n’y fabrique que des pièces de moyenne série, en un temps chronométré.

Devant ton tour
Tu rêves pas d’Ève
Toi t’es la pomme
Et t’as une dent
Contre le bonhomme
Qui a nom Adam
Paradis de parodie la vie
La vie…
(L’Homme en bleu – B. Lavilliers, 1965)

La "Manu", Manufacture nationale d'armes de Saint-Étienne (photo DR)

Oh bien sûr, il y a cette carotte qu’est la prime et ce n’est pas rien. Mais on ne l’obtient que si on arrive quotidiennement au bout de sa production. Oulion ne la touchera jamais, désertant trop souvent son poste de travail, occupé qu’il est à démarcher in situ ses concerts. Car, hasard ou faveur, compétence ou piston, dans cette entreprise de près de trois mille salariés, on dénombre pas mal de présidents d’associations, de responsables de foyers laïcs, de presque notables du maillage socioculturel de la ville : autant de clients potentiels pour celui qui, dès la sortie du boulot, retrouve sa vraie identité d’artiste de variétés. Il faut être vraiment distrait pour ne pas savoir que le fils Oulion est aussi artiste. Ne vient-il pas au boulot avec son instrument, ce qui fera dire à son chef d’atelier un tantinet irrité : « Moi ça ne me dérange pas qu’il joue de la guitare, mais de là à ce qu’il l’amène dans l’atelier… » Bernard est si souvent absent de sa machine qu’on l’affuble d’un surnom qui en dit long sur l’énergie qu’il met au travail, à la Manu : celui de « lime sourde », tant il semble ne pas faire beaucoup de bruit avec cet outil. D’atelier en atelier, il s’en va faire la retape auprès de ses collègues ouvriers pour écouler sur place ses billets de concerts : « J’ai commencé à chanter quand je travaillais à l’usine. C’était des fois dans des amicales laïques, ou alors je louais un cinéma. Et le dimanche après-midi, je faisais des concerts. Enfin, des concerts, si on peut dire ! -Je vendais les billets à l’usine. Les mecs se disaient : Allez, on va lui faire plaisir. C’était pas cher. – Tu chantes quoi ? – Mes chansons. – Oh là là, merde ! Et ils venaient : c’est comme ça que j’ai commencé. Mais c’était pas terrible, ce que je faisais . »

19 février 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 1 commentaire.

Musique : qui crie Victoires ?

Bernard Lavilliers et Lilly Wood & The Prick (captation d’écran – DR)

Ils ont voté. Les professionnels de la profession, ceux qui font la pluie et le beau temps au ciel constellé de stars du show-bizness, ont décrété, en leur âme et conscience, qui méritait. Sur une liste censée représenter fidèlement l’année écoulée. On s’étranglerait à moins… Bien sûr on y trouve, dans cette première partie de classement, les albums de Louis Chédid (Chédid c’est toujours bien, sans pour autant que cet album-ci soit son meilleur) et Bernard Lavilliers (bon cru pour un chanteur de son âge). À part ça ? Objectivement pas grand chose à sauver du lot. Bien sûr, il y a aussi Souad Massi, Youssou N’Dour et Gotan project… Mais, peu ou prou, que du produit de grande consommation pour linéaire d’hypermarchés : la masse y retrouvera ses petits, la chanson sans doute moins, elle qui n’existe plus vraiment qu’en des ailleurs ignorés des « grandes plumes » de la presse culturelle, des télés et radios, même de service public, qui dealent leur temps d’antenne avec les majors du disques, et des festivals « responsables » qui établissent leur programmation au vu des nominés du Prix Constantin et de ces Victoires, surtout pas de ceux du Prix de l’Académie du disque Charles-Cros… C’est une industrie du reste malmenée (les ventes de disques chutent dangereusement, la presse meurt à petit feu…) qui s’auto-congratule en distribuant des Victoires tant qu’on peut encore crier victoire. Pour peu de temps encore.
Signalons quand même la première Victoire de sa (longue) carrière attribuée à Bernard Lavilliers, pour l’album Causes perdues et musiques tropicales. Une occasion (la presse la saisira-t-elle ? on en doute) pour rappeler la sortie du livre Les Vies liées de Lavilliers, biographie-enquête parue en novembre dernier aux éditions Flammarion.
Ces Victoires 2011 se déroulent en deux parties distinctes. La seconde couche se tiendra le 1er mars à Paris. Une Victoire du meilleur disque départagera alors les gagnants des disques d’hier, toutes catégories confondues donc, comme si on pouvait mélanger carottes et radis, choux-raves et artichauts. Sauf à considérer, bien sûr, que tout cela n’est que de la soupe…

Pour mémoire, les gagnants d’hier sont : Lilly Wood & The Prick (révélation du public) ; Ben l’Oncle soul (révélation scène) ; Bernard Lavilliers pour Causes perdues et musiques tropicales (album chanson) ; Gaëtan Roussel pour Ginger (album rock) ; Abd al Malik pour Château rouge (album musiques urbaines) ; Hindi Zahra pour Handmade (album musiques du monde) ; Stromae pour Cheese (album musiques électroniques). Une Victoire d’honneur a été remise à Indochine.

10 février 2011. Étiquettes : . Saines humeurs. 3 commentaires.

Les Vies liées… la presse en reste muette !

45 tours paru au printemps 1967

Bien entendu j’aurais aimé vous offrir un magnifique florilège d’articles de presse suite à la parution du livre Les Vies liées de Lavilliers (chez Flammarion). À croire que cet ouvrage qui s’accorde mal de la bio officielle de l’artiste dérange trop. Définitivement on a collé l’étiquette « pur jus d’aventurier » ou « taulard vieilli en fût de chêne » à Lavilliers qui a tout fait pour : difficile d’admettre le contraire à présent, surtout quand on l’a imprimé à longueur d’années. Rien ne doit donc changer. Wikipédia et autres fournisseurs de mini-bios n’ont rien corrigé, pas une virgule : la légende est immuable. La presse écrite, parlée, télévisée s’est tue, toute honte bue. Seul le bouche-à-oreille peut à présent faire vivre ce livre. Si vous l’avez lu, si vous l’avez apprécié, parlez-en : dites simplement qu’il existe. Vous êtes la seule arme contre cette censure et, paradoxalement, pour la liberté de la presse : cette liberté fondamentale que la presse culturelle se refuse à elle-même.
Voici quelques papiers courageux, ne serait-ce que parce qu’ils existent. J’en remercie leurs auteurs.

La Gazette de la Loire : « Cela promettait d’être un livre choc et c’est la cas… mais le choc est tel que la quasi totalité de nos confrères de la presse national en est resté muette (…) C’est simple, si vous voulez tout savoir de la vraie vie de Bernard Lavilliers, plongez-vous dans l’ouvrage de Michel Kemper qui est dans tous les rayons des bonnes librairies même si la presse française préfère taire sa sortie. Le mythe en prend un coup, c’est vrai, mais cela ne change rien à la fascination qu’exerce Bernard Lavilliers, personnage hors normes. »

Jean Théfaine (Toutes les musiques que j’aime) : « C’est un bouquin de funambule qui, jamais, ne met à mal l’œuvre du Stéphanois, mais qui éclaire singulièrement, multiples témoignages et anecdotes à l’appui, l’envers du décor que s’est construit l’artiste au fil du temps. Traquant ce qui lui semble contradictoire, Michel Kemper finit même, paradoxalement, par rendre attachant ce bougre de Nanar, dont on se demande s’il ne lui arrive pas de confondre en toute “bonne foi” sa vie de citoyen avec racines et celle qu’il s’est rêvée. On peut comprendre qu’il ait été contrarié par la sortie d’un livre de ce genre, au moment où paraissait son (excellent) nouvel album, Causes perdues et musiques tropicales. On comprend moins qu’il ait apparemment fait pression, lorsqu’il était interviewé, pour que le livre en question soit passé sous silence. Une raison de plus pour s’y plonger. »

Philippe Dupuy sur Nice-Matin (28 novembre 2010) : « Les Vies liées de Lavilliers est un vrai travail journalistique. L’auteur a enquêté pendant six ans pour démêler le vrai du faux dans la bio officielle de Lavilliers. On s’aperçoit, à la lecture, que Nanard a pas mal fabulé sur ses expériences de jeunesse. Mais ça ne rend le personnage que plus attachant. À lire en écoutant l’excellent dernier album de Lavilliers. »

Albert Weber sur Francomag (janvier 2011) : « Kemper brosse ici le fascinant portrait « d’un des personnages les plus captivants que la chanson ait jamais enfanté », selon son expression (…) Une passionnante plongée dans les coulisses d’un artiste des plus talentueux, dont on cerne ici mieux les zones d’ombres et de lumière. »

Micasa65, sur son blog : « On ne doit pas voir un chanteur, ou toute autre personne, comme un dieu et l’encenser sans modération. On dit pouvoir tout lire, être critique envers ce qu’on lit et aussi envers son « idole ». Être « libre exaministe » sans pour cela se renier. C’est en lisant ce livre qu’on peut se faire sa propre opinion. Et surtout refuser toute censure (l’autocensure n’est pas non plus productive) [qui est] contraire à toutes les idées toujours défendues par Lavilliers lui-même. »

Il y a aussi cet article du québécois Francis Hébert, sur Voir, qui me prête à tord un « désir de vengeance » à l’encontre de Lavilliers : « Même si on se doutait bien de sa mythomanie et qu’on avait eu vent de ses « emprunts » littéraires, rassembler tout ça en 350 pages, c’est un choc. Kemper prend assurément plaisir à déboulonner la statue du chanteur, dont il connaît l’œuvre sur le bout des doigts (…) C’est toujours passionnel, parfois sarcastique. »

3 février 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 9 commentaires.

Les vies liées… parole de confrère

Dans le désespérant désert de la presse nationale (et bien maigre presse régionale), en cette omerta rarement atteinte pour un ouvrage de ce gabarit, ce boycott quasi total de toute information, cette punition qui m’est donnée, il est tentant d’aller surfer sur les pages du web pour tenter d’y trouver quelques commentaires sur le livre Les Vies liées de Lavilliers. On y trouve notamment cette chronique de Gert-Peter Bruch, sur son blog, auteur du livre Bernard Lavilliers – Escales / Destins et voyages d’un chanteur de passage. Extraits :

Ce livre est paru en 2005, déjà chez Flammarion

« (…) Bernard Lavilliers a certes beaucoup fait couler l’encre dans la presse mais les ouvrages lui ayant été consacrés se comptent sur les doigts d’une main… mutilée. Une biographie (signée Dominique Lacout) en 1998, un beau livre-concept en 2005 (conçu par votre serviteur), auxquels il faut désormais ajouter cette biographie non autorisée au titre calembour évocateur. Un titre qui résume à lui-seul l’esprit du livre.
Personnage surdoué, ayant réussi à faire de sa vie un roman à la force de ses biceps, de sa guitare, de sa voix chaude et de ses mots, qu’il sait manier comme des armes de précision, Bernard Lavilliers est un sujet de littérature idéal. Seuls trois bouquins ont donc réussi à passer le cap du simple projet, l’homme, pourtant grand lecteur devant l’éternel, n’appréciant pas outre mesure le fait de voir sa tronche sur les têtes de gondole des libraires et surtout que l’on s’approche trop près de son espace vital. Rester insaisissable pour préserver sa liberté.
Sans doute aussi parce que l’artiste, qui a mis tant d’années à tisser sa mythologie sur la trame d’une œuvre plutôt large d’épaule, n’a pas envie d’aider les inquisiteurs à démêler le vrai du faux et donc à éroder la part de rêve que son univers véhicule. L’ayant compris, j’avais donc imaginé le livre Bernard Lavilliers, Escales (Destins et voyages d’un chanteur de passage) comme une invitation à prolonger le rêve par l’intermédiaire d’un voyage imaginaire auquel les chansons servaient d’étapes, ceci en respectant ce mystère et cette incertitude, qui plaisent tant, générateurs de fantasmes bienveillants. Ce n’était donc pas une biographie mais une interprétation très personnelle de l’œuvre. Bien que son approche soit également très personnelle, Michel Kemper a pris un chemin totalement différent, bien plus périlleux à mon sens

Ce samedi 22 janvier, rencontre avec les lecteurs des Vies liées de Lavilliers, de 10 à 12 h à la bibliothèque municipale du Chambon-Feugerolles (agglomération de Saint-Étienne)

Ceux qui prennent pour argent comptant tout ce qu’a pu dire Lavilliers au cours de sa carrière, dans les nombreuses interviews qu’il a pu donner ou sur scène, vont certainement prendre une claque à la lecture de l’ouvrage de Michel Kemper (…).
Lavilliers pointé du doigt, Lavilliers pris en « flag ». Lavilliers wanted, mort (comme il paraît l’être sur la couverture) ou vif ? Un livre bien rédigé mais un peu étrange donc, qui oscille, d’un chapitre à l’autre, entre recueil de dénonciation et hommage apparemment sincère à l’artiste et son œuvre. Les débuts de Bernard Oulion dit Lavilliers, racontés à grand renfort de témoignages et d’informations étonnantes sont par exemple passionnants. Un ouvrage qui fait donc débat.
(…) Une petite recommandation aux idolâtres : s’ils se sentent trahis par l’artiste après avoir lu ces lignes, ne devraient-ils pas s’en vouloir à eux-mêmes de croire encore au père Noël à leur âge ? Quoiqu’il en soit, ce qui compte, c’est que Lavilliers transporte dans son sac de conteur-bourlingueur de superbes chansons, auxquelles il donne une dimension unique sur scène. Et cela ne saurait être remis en cause. »

Michel Kemper, Les Vies liées de Lavilliers, 285 pages, Flammarion.

21 janvier 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 5 commentaires.

Lavilliers : d’autres « emprunts » révélés…

Emboîtant le pas, la semaine passée, d’un PPDA piteusement confondu par un stupéfiant plagiat de plus de cent pages, je m’étais amusé à rappeler les « emprunts » de Bernard Lavilliers, illustrant mon propos de trois exemples. Trois parmi pas mal d’autres… Et vous de compléter cet étonnant recensement ! Pour l’heure par deux autres « emprunts ». Qui ne sont donc pas dans le livre Les Vies liées de Lavilliers. Le premier a trait à la chanson Attention, fragile de 1980 ; le second à Noir et blanc de 1986.

Pierre Louÿs (dessin Henry Bataille)

« Je laisserai le lit comme elle l’a laissé, défait et rompu, les draps mêlés, afin que la forme de son corps reste empreinte à coté du mien ».
Pierre Louÿs, Le Passé qui survit (in Les Chansons de Bilitis, 1894)

« Je laisserai le lit comme elle l’a laissé.
Défait et rompu, les draps emmêlés.
Afin que l’empreinte de son corps,
Reste gravée dans le décor ».
Bernard Lavilliers, Attention fragile, 1980

Les Chansons de Bilitis est sans doute l’œuvre la plus connue de Louÿs (romancier français né à Gand, Belgique, en 1870, mort à Paris en 1925), où il déploie toute son érudition et sa connaissance des textes poétiques grecs. C’est l’amour pour la langue, un style simple et le plus juste possible, qui permet de dégager une grande force au service de la sensualité et de l’amour saphique.
Si le texte matrice de Pierre Louÿs nous parle donc d’amours lesbiens, ce qu’en a fait Lavilliers nous entretient d’un couple homme-femme…

Jacques Prévert (photo Robert Doisneau)

Autre chanson, ce Noir et Blanc qui pourrait presque prendre le statut d’hymne. Et fut chanté, par mille neuf cent quatre-vingt neuf jeunes français et étrangers, déclarés « ambassadeurs de tous les pays pauvres », le jour même du bicentenaire de la révolution française, devant dix-sept chefs d’état du tiers-monde, au Palais de l’Élysée. Très grande chanson s’il en est, dont on connaît désormais sinon le texte-souche au moins l’idée de départ : une « jacquerie » de Prévert.

« La tête du grand libérateur
(…)
La tête du dictateur
La tête du fusilleur
De n’importe quel pays
De n’importe quelle couleur »
Jacques Prévert, L’effort humain (in Paroles, 1946)

La chansons de Lavilliers :

« La musique a parfois des accords majeurs
Qui font rire les enfants mais pas les dictateurs.
La musique parfois a des accords mineurs
Qui font grincer les dents du grand libérateur.
De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur.
La musique est un cri qui vient de l’intérieur. »
Bernard Lavilliers, Noir et Blanc, 1986

Manifestement, Lavilliers a construit sa chanson à partir de deux vers de Prévert (« De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur / La musique est un cri qui vient de l’intérieur. ») et quelques mots et sonorités autour. Comme disait si bien Brel, une chanson c’est une phrase, une idée : tout le reste n’est que remplissage.

À noter enfin que Lavilliers est, par la suite, revenu vers Prévert : la chanson Ma belle (sur l’album Samedi soir à Beyrouth, 2008) trouve manifestement sa source dans le poème de Prévert Tu m’as quitté.

(merci pour ces utiles découvertes à Henri Schmitt et Frédéric Corvest)

11 janvier 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 14 commentaires.

Plagiats : de PPDA à Lavilliers !

Les doigts dans le pot de confiture et niant ce qui semble être l’évidence ! PPDA se voit confondu pour ce qui pourrait être un manifeste et somptueux plagiat. Pensez : sa biographie à paraître ce mois-ci sur Ernest Hemingway (Hemingway, jusqu’à l’excès aux éditions Arthaud) ne comporterait pas moins d’une centaine de pages tirées d’un autre bouquin sur Hemingway, de l’américain Peter Griffin, paru chez Gallimard en 1989. Griffin et PPDA, c’est pour le coup comme le vieil homme et l’amer…
Hier, tout le monde est tombé à bras raccourcis sur Poivre d’Arvor : les révélations de L’Express ont été reprises par tout le monde : il doit y avoir de vieux comptes à régler, jalousies cuites et recuites pour qu’autant de portes flingues de la presse y aillent de si bon cœur et pillent à bon compte l’article de L’Express sans qu’on puisse à leur tour les accuser de… plagiat.

Plagiats, emprunts, ressemblances caractérisées : sans me vanter, j’en possède tout un rayon.

C’est même l’objet d’un des chapitres du livre Les Vies liées de Lavilliers, une trentaine de pages où je tente un inventaire (vraisemblablement non exhaustif) des emprunts et autres ressemblances dont l’œuvre de Bernard Lavilliers est parsemée : joli catalogue littéraire soit-dit en passant, où on retrouve Baudelaire, Joyce Mansour, Colette Seghers, Rainer Maria Rilke, Victor Hugo, Léo Ferré, Claude Roy, René Laporte, Louis Brauquier, Jacques Prévert, André Hardellet, Stéphane Mallarmé, Jean-Roger Caussimon, Blaise Cendrars, Christian Bobin et Boris Vian.
Il y a trois ans, l’annonce de deux « emprunts » (en fait il y en avait cinq) découverts dans le nouveau disque de Nanar (Samedi soir à Beyrouth) avait mobilisé quelques confrères. Là, le livre est, on le sait, englué dans le silence, l’omerta. Les « ressemblances caractérisées » avec. En voici quelques-unes, histoire d’entrer en résonance avec l’actualité. Vous les retrouvez avec bien d’autres dans le livre, assortis il va de soi de commentaires bien venus, même si, parfois, ils se passent justement de commentaires…

André Hardellet, photographié par Robert Doisneau

D’abord un chanson extraite de l’album Solo, qu’on comparera à un texte d’Hardellet…

« La ville avait saigné ses coqs
Et j’avais payé mes ardoises
La nuit noire montait sur les docks
Baignant dans une paix sournoise
(…)
Dans tous les bars où je frappais
Réclamant une ombre en otage. »
Bernard Lavilliers, Mr H, 1991

« La ville avait saigné ses coqs
Chanteurs d’aube aux crêtes d’ardoise
Rien ne grinçait plus sur les docks
Baignant dans une paix sournoise
(…)
À chaque porte je frappais
Réclamant une ombre en chômage. »
André Hardellet, L’Interdit de séjour, 1960

Léo Ferré, photo Studio Harcourt, 1947

Plus subtil peut-être, ce texte de Ferré revisité par son presque disciple, sur Samedi soir à Beyrouth :

« La rage crucifiée sur la rose des vents
Toi qui ris de la pluie et te fous de l’amour
Le fauve d’Amazonie fait patte de velours
Calme plat, invisible, persécuteur du temps »
Bernard Lavilliers, Rafales, 2008

« Vous qui êtes en croix sur la rose des vents
Vous qui tendez les bras au larron du printemps
Vous dont les fauves gris font patte de velours
Vous qui faites la pluie comme on ferait l’amour »
Léo Ferré, Le Vent, 1962

Enfin, Charles Baudelaire, auteur de chevet de Lavilliers, sur l’album If

Charles Baudelaire

« Quand je te vois passer, ma belle indépendante
Au son de la musique qui se joue des bas-fonds,
Suspendant ta démarche voluptueuse et lente,
Pour promener l’ennui de ton regard profond
(…)
Je me dis qu’il suffit que tu sois l’apparence
Pour faire monter en moi quelques grandes marées »
Bernard Lavilliers, Femme-objet, 1994

« Quand je te vois passer, ô ma chère indolente
Au chant des instruments qui se brise au plafond
Suspendant ton allure harmonieuse et lente,
En promenant l’ennui de ton regard profond
(…)
Mais ne suffit-il pas que tu sois l’apparence,
Pour réjouir un cœur qui fuit la vérité ? »
Baudelaire, L’Amour du mensonge

5 janvier 2011. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 10 commentaires.

Les Vies liées… Les lecteurs sont les meilleurs critiques

L’absence de couverture médiatique nationale du livre Les Vies liées de Lavilliers n’empêche nullement qu’on en parle. Ça se passe simplement ailleurs. Sur le web. Et par les lecteurs eux-mêmes, plus encore impliqués que des professionnels pourraient l’être. Petit florilège de réactions prélevées à la toile, principalement sur le site off Bernard Lavilliers, sur Voleurdefeu, NosEnchanteurs, Amazon-fr et Facebook.

Bernard Lavilliers et Marco Papazian (photo DR)

Tytelle est à l’évidence stéphanoise, pour parler ainsi : « À la lecture des premières pages, cela me fait tout drôle de replonger dans mon quartier, à côté de la Manu. J’enrage d’être née quelques années trop tard après son passage dans ces lieux ! Même si d’autres anecdotes m’ont été contées par des amis de mon frère ou autres proches. Merci en tout cas à M. Kemper et à son honnêteté d’avoir écrit ce livre du vivant de Bernard. Peut-être s’exprimera -t-il à ce sujet (on ne sait jamais !) comme le lui suggère Alain Meilland. »

S’il semble avoir apprécié ce livre, Marco regrette, lui, que l’auteur ait rendu Lavilliers plus… commun : « Les fans les plus purs de Bernard Lavilliers vomiront peut être cet ouvrage. Ses détracteurs y trouveront sans doute un puits d’informations sur lequel s’appuyer, les plus objectifs y verront plus sûrement l’occasion de lever un coin du voile sur le parcours d’un des plus grands artistes de la scène française, paradoxalement l’un des plus secrets également. Trente ans que Bernard Lavilliers m’accompagne, sur platine, sur baladeur, trente ans de musique, de poésie, de colère, de dérapage, de douceur, de violence, de noirceur, de scène, d’histoires, de mystère, d’exotisme, de causes perdues … Au total beaucoup de bonheur. À l’aide de témoignages de proches, d’extraits de livres ou d’articles de presse Michel Kemper survole une existence qui se veut hors normes, hors cadre, peut être hors du temps. Entre réalité et invraisemblances se dessine finalement un cursus des plus classiques, fait de galères, de vache enragée, de persévérance, de rêve, surtout de talent. Le tour de force reste d’avoir rendu le tout cohérent, jusqu’à devenir crédible, enfin presque… On a tous aimé croire aux récits, au personnage haut en couleur du roc Lavilliers. Sans le flinguer tout à fait l’auteur tacle le mythe, égratigne la légende et ramène l’artiste à sa condition de mortel, plus accessible, plus… commun aussi. C’est peut être là que le bât blesse. Commun, un mot qui forcément cadre mal avec le héros. N’en reste pas moins un livre qui se lit d’une traite (…) Forcément incontournable, même s’il ne plaira pas à tous. »

(photo d'archive DR)

Betty : « Je suis en train de lire le bouquin de Michel Kemper, il ne me reste que quelques pages à lire, je dois dire que je l’ai dévoré, ce livre est bien écrit, il nous apprend plein de choses sur les débuts de la carrière de Bernard, les anecdotes, etc. Quant au fait que Bernard se soit « inventé » une vie à ses débuts, avec la prison, le départ au Brésil, la boxe, etc, je trouve cela merveilleux, romanesque au possible. Bernard est un poète, et un poète ça a de l’imagination (…). Ce livre m’a fait encore plus aimer cet homme que j’apprécie pour pleins de raisons, surtout avant tout pour ses talents d’écriture, pour ses prestations sur scène, mais aussi pour ses qualités humaines. »

Solo est un des contributeurs du site non officiel sur Lavilliers. Après longs débats, il intervient ainsi, interpellant le chanteur : « En fait, Bernard, si jamais tu nous lis… La seule solution sera de dire, les yeux plongés dans la caméra : « Ben oui, je me suis inventé une légende… Bien sûr ! Car j’étais certain d’être un homme à la hauteur d’un tel destin, mais il tardait un peu trop, et je n’ai jamais été patient ! Finalement ça a marché ! Et puis plus tard, quand j’ai enfin pu partir, je suis parti dans mes propres traces à l’autre bout du monde, dans des endroits très glauques et j’ai fini peu à peu par devenir cet homme en noir que je voulais être ! Je suis à la hauteur de ma légende, je l’ai prouvé face aux tigres du Gala de l’Union des artistes ! Vous l’auriez fait, vous ? Moi oui ! Alors J’assume ! » Toutes les femmes vont craquer ! Les mecs iront sur youtube le regarder dompter les fauves et se diront « Sacré courage physique, quand même ! » Et ce sera gagné ! »

Sur ce même site, Micasa65, comme Bertrand Dicale sur France-info, rappelle d’abord la chanson de Lavilliers de 1975, La Vérité : « La vérité : chacun la sienne / On la malaxe ou on la broie / On la manie, on la surcharge / On l’interprète on l’a décharge / On l’a vécue on l’a connue / On a la sienne, on a la nôtre / Ils ont la leur mais elle est fausse ». Et se pose, nous pose la question : « Doit-on lire ce livre ? » Et y répond : « Je le pense. Il m’a appris beaucoup de choses intéressantes, d’abord dans sa première partie, qui relate des faits assez méconnus de la vie de Bernard Oulion dit Lavilliers (son amour pour la bonne chanson française, son engagement contre l’Espagne franquiste, la galère et son courage pour poursuivre son rêve) et qui explique la suite… Aussi dans la suite de l’ouvrage : la période de la reconnaissance et les histoires rêvées devenues la réalité… Ce livre confirme ce que je me suis toujours dit… mais je dois avouer que je suis un peu déstabilisé, surtout quand je l’écoute s’exprimer aujourd’hui.
Merci à l’auteur pour son travail, très professionnel, qui n’a pas pour but de détruire l’artiste – on le sens bien vite – étant lui-même un « fan » (…). Petite réflexion : sans s’être imprégné de telles histoires (je ne souhaite pas parler de vies), aurait-il fait d’aussi belles chansons, aussi bien commentées et illustrées… surtout avec un tel vécu ?, chansons qui ont la vertu de nous transporter avec lui dans ses périples ! »

(photo d'archive DR)

Guy Rougier est un des témoins cités dans ce livre. Réaction après lecture : « Bravo, tu t’en es remarquablement tiré. Irréprochable, je pense aussi, et c’est bien ce qui doit ennuyer le Bernard. D’ailleurs je ne crois pas de toutes manières qu’il aurait intérêt à attirer l’attention sur ses élucubrations. Tu ne risques rien donc. Sauf de passionner tes lecteurs. Que je te souhaite nombreux. »

Gérard Poli est lui-même chanteur, sous le nom de Monsieur Poli. Il l’a lu : « Un mot précis me vient à l’esprit c’est WAOUHHH ! [ce qui] signifie : grande admiration, immense respect, sentiment débordant de joie… On en reparlera ; quant à moi j’en parle à d’autres. »

Joan : « (…) J’ai aussi beaucoup apprécié que vous ne jugiez jamais l’homme : juste une enquête impartiale, sans passion, et finalement pleine d’empathie.
Mon impression paradoxale est que Nanard en sort rehaussé, plus humain, et même plus génial : car on se dit qu’il faut un sacré talent pour avoir réussi à donner vérité et vie à tant de mensonges ! Bref, on est en plein dans le fameux « Mentir-Vrai » : théorie et pratique !
Ce trait de personnalité fait penser à Cendrars, comme vous le dites dans votre bio, à Loti, à Dylan (qui s’inventa lui-aussi un passé complètement mytho), qui ont su tirer de leurs forgeries du réel plus vrai (et surtout plus beau) que le réel : tous des artistes…et des bons ! »

Terminons par ce témoignage de Mécanophile, sur le forum du site officiel Lavilliers, forum qui, sauf erreur, a été supprimé il y a quelques jours : « (10 novembre) Pour l’instant, c’est passionnant et respectueux. » ; « (19 novembre) J’ai lu le livre, qui se livre à une spectaculaire démystification, mais l’auteur montre beaucoup de respect au chanteur, le mettant sur le même plan qu’un Cendrars ou Corto Maltese ; en revanche, le chapitre « mémoire particulière » est assez dérangeant. Tu peux le lire, maintenant que Nanard a plus de 60 ans ; si nous l’avions lu il y a 20 ou 30 ans, alors là, on en sortirait groggy. »

(suite prochainement)

24 décembre 2010. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 4 commentaires.

Les Vies liées… Le « salaire de la peur »

Résumé des épisodes précédents : Nous sommes en 1966. Ou 1967. Nanar est en Amazonie. L’ancien conducteur d’engins de travaux publics qu’il fut jadis est embauché comme conducteur de camion par un Français, ancien de la légion étrangère, qui « vend de tout en se procurant tout grâce à des combines d’enfer »… Extrait du livre Les Vies liées de Lavilliers, pages 187 à 189 :

"Le Salaire de la peur" (1953), film d'Henri-Georges Clouzot d'après le roman de Georges Arnaud

Il se retrouve donc à nouveau au volant de « gros culs » dans un commerce tordu mais florissant, fleurant bon le cambouis et la mélasse, qui épouse le tracé d’une Transamazonienne apportant la civilisation à mesure qu’elle détruit l’environnement et nie le droit d’exister aux populations locales : « Tu partais pour deux semaines avec 7 500 km à couvrir sur des pistes qui ne pardonnaient pas la moindre erreur et sachant que tu ne pouvais dépasser les 40 ou 50 km à l’heure. Là, pas de contrôle kilométrique journalier, tu étais ton maître à bord avec tous les risques que ça comportait. »
Nanar, qu’on imagine bien en marcel trempé de sueur et muscles saillants, conduit des semi-remorques (« dont il faut passer les vitesses à coup de lattes »), empruntant à tombeau ouvert les routes les plus improbables (« de la taule ondulée ! »), parfois même des sentiers. Fondrières et voleurs de camions interdisent de fait la conduite de nuit, trop périlleuse. « Se méfier des auto-stoppeurs… Rouler et ne ralentir qu’en conservant le pied sur l’accélérateur, au cas où… Parfois, cependant, il y avait des endroits où l’on pouvait s’arrêter, dormir, en ayant bon espoir de retrouver au moins le camion le lendemain matin… C’était vraiment dangereux et l’on jouait sa peau : un genre de Salaire de la peur. Il m’arrivait aussi d’assurer la surveillance du fret qui transitait par bateau de Belém jusqu’au comptoir de mon employeur, un énorme entrepôt au nord de Manaus, le plus grand centre de l’Amazone. Quinze cents kilomètres sur des bateaux qui s’arrêtaient toutes les trois heures, en panne. »
« J’avais un copain qui roulait beaucoup dans le Sertão et, un jour, il a vu dans ses phares une fille à poil, allongée sur la route. Il a ralenti… ralenti… et puis il a aperçu des fusils qui brillaient, alors il lui est passé dessus. »

Charles Vanel dans "Le Salaire de la peur"

C’est chacun sa peau. Ou la leur… La misère est telle qu’on peut difficilement en vouloir aux braqueurs. Quand on n’a pas le choix, il faut bien se battre ! La nuit, comme ce serait folie de rouler, on gagne une taverne où, contre quelques pesos, un gamin montera la garde près du camion, armé et prêt à tout pour défendre le fret.
Des anecdotes sur le Brésil, Bernard en a à la pelle. Qui ont toutes l’odeur du vraisemblable. Il peut vous en entretenir avec passion des heures durant, des nuits entières… Comme cette fois où, en pleine forêt, une mouche le pique. Il tombe malade, fièvre hurlante et corps desséché. Il délire et se voit trépasser. La médecine blanche est impuissante dans cette jungle. Son boss fait alors venir un sorcier du cru au chevet de l’agonisant, qui brandit un de ces médicaments étranges qu’est le peyotl. La singulière pharmacopée que voilà, drogue hallucinogène qui « te permet de te comprendre jusqu’au plus profond de la moelle de tes os, de te renforcer et de comprendre qui tu es par rapport à l’équilibre du monde. » Pour notre plus grand bonheur, Bernard revient en ce bas monde.
Notre intrépide aventurier reviendra parfois sur cette substance « initiatique » aux stupéfiants effets : « Crois-moi, la première fois c’est impressionnant, mais après tu n’as plus peur. Par la suite, j’ai appris à manier l’hallucinogène et il m’est même arrivé d’aller me balader au Brésil sans bouger de mon appart, à Paris. »

21 décembre 2010. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

Des mains de chômeurs…

Si on tient la chanson pour pure futilité, un tel sujet lui serait étrange, étranger, incongru. Si, par contre, la chanson peut être aussi le reflet de nos vies, de nos préoccupations, le chômage en est alors, en ce libéralisme effréné, absent de toute humanité, de toute dignité, une source d’inspiration hélas de plus en plus féconde.
Tour d’horizon très partiel de ce sujet, dont les propos se passent de commentaires…

"Y'a d'la poésie dans les usines"

« Mon pote yoyo m’a répété hier au soir :
« Vas-y bonhomme, écris nous une chanson d’espoir »
J’ai ouvert la fenêtre, cherché l’inspiration
Mais la grisaille du temps qui court ma refilé le diapason.
J’aimerais que mes thèmes riment avec SACEM
Mais mes lignes mélodiques riment avec ASSEDIC »
Chanteur chômeur, Thomas Pitiot, 2001

« T’es trop vieux, t’es trop encombrant,
Je n’ai plus de travail pour toi.
Mon vieux, il est grand temps
De ranger tes outils et de rentrer chez toi.
Si tu étais plus jeune, j’aurais pu
Te recycler, c’est dommage.
Mais ça ne serait que de l’argent perdu :
On n’apprend plus, à ton âge »
Monsieur Saint-Pierre, Michel Bühler, 1973

« Les hommes de la ville ont vieilli cet été,
Les muscles inutiles, c’est si lourd à porter !
Ils partent le matin aux petites annonces,
Où l’on se retrouve cent quand il faut être deux.
Ils reviennent le soir, et leurs femmes renoncent
A chercher la réponse dans leurs yeux. »
Le chômage, Francis Lemarque, 1973

« Il se décide à traîner
Car il a peur d’annoncer
A sa femme et son banquier
La sinistre vérité.
Etre chômeur à son âge,
C’est pire qu’un mari trompé.
Il ne rentre pas ce soir. »
Il ne rentre pas ce soir, Eddy Mitchell, 1978

Cinquante balais c’est pas vieux
Qu’est-c’qu’y va faire de son bleu
De sa gamelle de sa gapette
C’est toute sa vie qu’était dans sa musette
(…)
De ses bras de travailleur
C’est toute sa vie qu’était dans sa sueur
Son bleu, Renaud, 1994

« Plus besoin de se fatiguer
Quand on adhère à l’ANPE
Quand tout l’monde pointera au chômage
Qu’on s’éclatera comme des sauvages
Les patrons sans leurs ouvriers
Se f’ront une joie d’se licencier – Toujours d’accord !
Et toute la France enfin unie – Et moi aussi chuis d’accord !
F’ra d’l’ANPE son seul parti »
À l’ANPE, Les Charlots, 1979

« J’ai comme des mains sans lendemain
Qui peuvent plus s’en tirer
J’ai comme des mains qu’ont mal aux mains
D’avoir les poings serrés
Des mains de chômeur
J’ai l’impression d’être un malade
Qu’a même plus rien à espérer »
Des mains de chômeur, Francis Lalanne, 1981

« Chômage au fond de la vallée
C’est là la vraie fatalité
Voici qu’en la nuit étoilée
Un sans emploi nous est donné
Séraphin Deudroit il se nomme
Il était cadre et respecté
Aujourd’hui pôvre petit homme
Voilà que tu es licencié
Quand la cloche sonne sonne
C’est à l’Armée du Salut
Que se rassemblent les hommes
Les hommes qu’ont tout perdu
Armée froide qui résonne
En haillons et peu vêtus
Plus de trois millions entonnent
Le chant triste et monotone
C’est la chanson du chôm’du »
Chômage au fond de la vallée (parodie de « Les trois cloches »), Chanson plus bifluorée, 1994

« De tous les côtés, tous les côtés, tous les côtés
De tous les côtés chômage, tous les côtés tous les côtés, dommage »
Chômage, Zebda, 1995

« Chômeur c’est le mot qui me colle a la peau depuis deux ans
Chômeur j’l’ai pas choisi
On m’a viré comme un brigand
J’ai peu du temps qui passe
de l’avenir
Et d’mes enfants qui me demandent
Mais papa c’est quoi chômeur ?
C’est quoi chômeur, c’est quoi ?
C’est l’mal du jour
Je m’demande à quoi j’courre »
Chômeur, Clémence Savelli, 2009

« Chez nous le chômage fait partie de la famille
Comme l’amiante, l’oubli, la silicose et les terrils
Quantités négligeables dont la vie ne tient qu’à un fil
Certains soignent la peur du vide à coup de 21 avril
Mais je me connais je lâcherai pas l’affaire
Je vais piquet de grève comme on pique une colère
(…)
Moi j’ai toujours mes mains d’or
Moi je voudrais vivre encore »
Le Combat ordinaire, Les Fatals picards, 2009

« Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes – portails verrouillés
Wagons immobiles – tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé
(…)
J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or »
Les Mains d’or, Bernard Lavilliers, 2001

Travailler encore…

« C’est pas tellement que c’était Noël
Ça fait longtemps qu’on y croit plus
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Nos machines mais elles n’y sont plus
C’est pas tellement que c’était Noël
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Dans les aciéries, au fond des mines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les ateliers, dans les cantines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans le cambouis, dans la calamine
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les outils, dans les machines
Y’a d’la poésie dans les usines (…) »
La poésie des usines, Romain Dudek, 2007

« Quand j’suis arrivé aux aurores
Y’avait plus rien
Plus une machine dans mon décor
Plus de turbin
Ils m’ont pas consulté, pourtant j’étais pas pour
Y’a mon usine qu’a foutu l’camp à Singapour »
Singapour, Frédéric Bobin, 2009

« Non vraiment je reviens aux sentiments premiers
l’infaillible façon de tuer un homme
C’est de le payer pour être chômeur
Et puis c’est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent »
Les 100 000 façons de tuer un homme, Félix Leclerc, 1973

 

21 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , . Thématique. 7 commentaires.

« Sacré Bernard Lavilliers ! » ce samedi sur France-info

S’il est une émission radio qui m’est importante, que je podcaste chaque fois, c’est bien la chronique Ces chansons qui font l’histoire de Bertrand Dicale, quotidienne durant les vacances et hebdomadaire (chaque dimanche) le reste du temps sur France-info.
L’émission de ce samedi 18 décembre ne passera pas inaperçue et je vous engage à l’engranger dans vos archives.
En voici la présentation sur le site de France-Info :

Les Fatals Picards, auteurs de la fameuse chanson "Bernard Lavilliers" (photo DR)

Sacré Bernard Lavilliers !
Il y a trois ans, les Fatals Picards avaient fait un joli petit succès avec leur chanson Bernard Lavilliers, joyeux délire sur toutes les aventures de notre cher Nanard – délire qui avait même fait rire Lavilliers, qui était apparu dans le clip du groupe.
On avait donc découvert qu’outre ses aventures sud-américaines et dans tous les bas-fonds de la terre, Bernard Lavilliers a aussi le sens de l’humour.
Mais, depuis quelques semaines, la communauté des fans de Nanard est en émoi à cause de la parution d’une biographie, Les Vies liées de Lavilliers, publiée par Michel Kemper aux éditions Flammarion, biographie qui revient sur… disons… la part de fiction de la vie du chanteur, et qui essaie de faire le tri entre la réalité des faits et la légende aventureuse qui fait une part de sa gloire.
Les chansons de la chronique de ce jour : Bernard Lavilliers par Les Fatals Picards (2007), Neuilly Blues par Gilbert Laffaille (1979), A coups d’A par Pierre Barouh (2006), Rebel par Alain Bashung (1981), La Vérité par Bernard Lavilliers (1975).

« Ces chansons qui font l’histoire » est diffusée ce samedi à 11 h 19, 13 h 49, 16 h 19, 19 h 47, 21 h 19 et 23 h 47. On peut aussi l’écouter à tout moment sur le site de l’émission.

18 décembre 2010. Étiquettes : , . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 4 commentaires.

Chaos dans l’hexagone, beau fixe sur Bruxelles

Jean-Michel Zecca, dans le studio de "Beau fixe" (photo MK)

Chaud et confortable studio. Nous sommes à Bruxelles. Toutes les demi-heures, infos et météo se conjuguent, égrenant les méfaits du froid et de la neige. Du lointain résonne le chaos des Franciliens englués dans la poudreuse et le verglas. Ici, c’est Beau fixe. Sur Bel-RTL.
La valise RTL est à 351 euros et ne sera pas gagnée ce jeudi. Je suis l’invité du jour. Deux heures d’émissions, prétexte à concours. Quatre candidats et, en fin de semaine, le gros lot qu’est le séjour à Dubaï. On cause Lavilliers, quelque part entre ses vies liées et ce que le public sait. C’est le supposé mythe de Lavilliers qui est la vraie vedette ; j’y suis un peu Maître Capello qui, de sa science, valide questions et réponses. Et apporte les précisions qui, toutes ; vont à rebours de la légende et chiffonnent les fans. Le mauvais rôle d’historien, qui bat en brèche la sacro-sainte vérité qu’on ne doit pas déranger. Sur les écrans défilent les réactions à chaud des auditeurs-internautes. C’est pour le moins mitigé, très mitigé. Jean-Michel Zecca, l’animateur, décretera en fin d’émission l’exacte parité entre les pros et les antis, les partisans de ce livre et ses contradicteurs. Mais personne n’a lu ce bouquin, ni auditeurs ni même l’animateur, et c’est vérités contre vérités, un schéma un peu éloigné quand même de celui du bouquin qui ne se concentre pas uniquement, loin s’en faut, aux écarts biographiques du chanteur. On y perd ses marques à moins.
L’émission est par contre chaleureuse, le personnel sympathique. Didier, le technicien, Juan Alvarez, l’assistant, prêt et prompt de partout, ahurissant. Et puis deux heures sur la station la plus écoutée en Belgique c’est bonheur. La promo de mon bouquin est ici, dans ce plat pays, au beau fixe. En France, il fait toujours mauvais temps.

10 décembre 2010. Étiquettes : . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 2 commentaires.

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