Brassens toujours à la une

Le JDD tirait il y a quelques jours « Avec Brassens, un air de liberté souffle sur Paris ». Il ne faisait en fait que l’utile relation de la très belle expo Brassens ou la liberté actuellement à la Cité de la Musique, à la Villette, et de quelques autres déambulations parisiennes bruissant du souvenir du chanteur à la pipe.

On associe bien Brassens et la liberté. Mais c’est peut-être le côté muséifié du bonhomme. De partout, dans la vraie vie, et encore ce week-end, on interpelle et on coffre des outrecuidants qui ont l’audace, en cette France ultra-sécuritaire, de chanter Hécatombe. Résumons : suite à la condamnation d’un contrevenant qui avait osé chanter cette œuvre impérissable devant des pandores, nombre de citoyens, pas plus chanteurs que vous et moi mais pas moins, entonnent ici et là ce tube, systématiquement devant des commissariats. C’est drôle, ça ne mange pas de pain et ça mesure l’exact état de tolérance des forces publiques : zéro pointé ! C’est d’autant plus surprenant que Brassens et son œuvre se hissent très haut dans l’échelle des commémorations : c’est bien simple, le bon maître Georges est de partout, même en garde à vue.

De partout, oui. Tant que malgré toute ma bonne volonté, je ne saurais faire l’exact inventaire des brassenseries qui nous sont proposées. Je me limiterai donc à ce qui arrive spontanément dans ma boîte aux lettres.

Avec d’abord ce « Brassens chanté par » qui réunit Les Ogres de Barback, Debout sur le Zinc, Aldebert, Agnès Bihl, Yves Jamait et Weepers Circus, paru chez Formulette production et diffusé par L’Autre Distribution, en bac dès ce 20 juin. Que des gens qui ont ou auront leur rond de serviette dans NosEnchanteurs, c’est dire mon ravissement. Avec mention spéciale pour nos alsaciens des Weepers qui, en tous lieux (sur leur prochain opus comme sur leurs contributions ici) ne cessent de se bonifier. A noter que les Weepers Circus et Jamait n’ont sans doute pas réussit à se départager et chantent, chacun dans leur coin, Le parapluie. En pleine canicule, c’est intelligent… Toutes les plages sont ici pareil délice, faut dire aussi qu’ils sont tous bon…

Puis ce disque du Trio Job (Ruben, Julie Rousseau et Olivier Andrys), huit ans d’exercice au service des chansons du vieux, avec pour postulat de proposer un point de vue nouveau, propice à la découverte. Ça le fait. Les titres ici sont parmi les moins en vue de Brassens, encore que. L’interprétation est d’une totale fraîcheur, d’une grande délicatesse, tant que c’en est délice d’écouter ces treize titres. Pour commander, c’est ici.

Et puis ce deuxième volet de Brassens l’irlandais (Totem music/Mosaïc music distribution) qui, l’Eire de rien, pose aux pieds des vers de Brassens quelques effluves irlandaises pour de nouvelles fiançailles. Tout n’est pas réussi dans ce nouvel opus mais ce qui l’est l’est vraiment. Et puis entendre le montpelliérain Georges Nounou entonner Brassens est à mes oreilles grand et constant ravissement… Leur myspace, c’est là. http://www.myspace.com/brassenslirlandais

Enfin, citons encore la réédition bien venue du disque Greame Allwright sings Georges Brassens de 1985, un chef d’ouvre total qui avait disparu des bacs sans trop d’espoir d’y revenir, cause à des histoires, alors, de droits d’auteurs pour le traducteur. Apprendre l’anglais en chantant Quatre-vingt-quinze pour cent est une expérience rare, pire : une invraisemblable émotion.

Et cet album de seulement neuf titres, Pensez à moi : des chansons de jeunesse de Brassens, partagées entre Bertrand Belin, François Morel et Olivier Daviaud. Citons-les ces titres que vous ne connaissez pas encore et que tout raisonnable fou de Brassens se fera un devoir de chanter, fusse devant un cordon de flics : A l’auberge du bon dieu, Quand tu m’auras quittéPensez à moiQuand j’ai rencontré celle que j’aime, La marche des PAF, Son cœur au diableDiscours de fleurs et Oui et non. Une somme de petits bonheurs, bien mis en bouche qui pourraient nous en amener encore d’autres : trente ans après qu’il ait cassé sa pipe, on retrouve des inédits qui feront, c’est sûr, grand tabac. (Télérama/Cité de la Musique)

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20 juin 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , , , . Lancer de disque. 1 commentaire.

Le chant uniforme de Bertrand Belin

Promenade dans l'univers de Belin (photo Christine Ruffin)

Bertrand Belin, 2 avril 2011, festival « Pas des poissons, des chansons !« , La Presqu’île, Annonay,

Après-midi à La Presqu’île. Yoanna vient, en deux trois chansons tonitruantes, de signifier le début des festivités. C’est ensuite beaucoup plus doux, plus calme, reposé, avec Bertrand Belin. Trop ? Pas une note plus haute qu’une autre, pas un accord rebelle, même la batterie de Tatiana Mladenovitch, musicienne à l’allure garçonne, oscille et bat dans le même champ sonore. Belin est à la guitare, son autre collègue Thibault Frisoni à la basse. Et tous font comme longue berceuse, chant uniforme, presque hypnoptique, où circulent en vase clos des mots, des phrases, des lieux et des idées. Et pas mal de maisons, comme le fait lui-même remarquer cet élégant architecte de la chanson. Dans la salle, nombrede néophytes, tous assis, qui découvrent Belin dans cette presque torpeur estivale ; et d’autres, fins connaisseurs, tous debout, à goûter le frais de textes en partie nouveaux, tirés du nouvel opus du chanteur, un disque savoureux plébiscité par la critique. Bon, on chipotera peut-être l’heure du concert, qui se prête peu à telle écoute reposée, studieuse. Car on peut n’entendre en Belin qu’une éternelle et identique mélopée. Et vite bailler, déjà somnoler, cause à la digestion. On peut aussi, nécessaire sursaut, entrer dans le monde de l’artiste, délicieuse pop où, dans le dédale des mots, surgissent des montagnes d’élégance, des sentiments codifiés, des horreurs guerrières aussi. Tout un monde qui vit et s’agite, parfois violemment, en un espace calibré paradoxalement serein. C’est ruse du chanteur habile que d’ainsi brouiller son art… Pas de grands gestes ni de chorégraphie, même les doigts sur les cordes sont repus de calme, de discrétion. Et le concert va, lentement, profondément, à son terme. Un peu beaucoup comme à l’écoute de ses disques mais peut-il en être autrement de Bertrand Belin ? Alors on quitte la salle au départ des artistes, partagé entre « drôlement bien » et « presque décevant » mais avec l’envie d’aller plus loin, de ne pas rester sur une telle impression, de vite replonger en Belin. Autrement…

Le site de Bertrand Belin, c’est là.

6 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. 1 commentaire.

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