Sortie (discrète) du nouveau disque de Brel

Connait-on vraiment son parcours ? Naissance belge et, dès l’âge venu, les premiers cabarets parisiens, puis la rencontre avec le fameux Jacques Canetti, découvreur de talents, qui lui fait enregistrer son premier album. On connaît sa voix, son phrasé, la passion, l’exaltation, les chansons… Tout y est bon, tout y est Brel.
Mais non, vous n’y êtes pas. Je vous parle de Brel et vous songez à un autre. Je vous parle de Brel, Bruno Brel, qui s’est fait la voix dans les cabarets bruxellois dès 1967 et tente de se faire un prénom dès 1971 à Paris, dans ceux de la rive-gauche, aidé en cela par Anne Sylvestre. Plus de quarante ans de chansons et un anonymat qui taît son nom, tue son prénom. Pas facile d’être Brel. Alors que de nos jours on déroule le tapis rouge au premier Gainsbourg qui passe, au moindre nom qui fasse people car Fils de, Bruno se doit chaque jour de faire ses preuves dans un concert d’indifférence : « Je suis condamné à vie à rester un artisan de la chanson. »
Par bonheur, il nous sort en cette fin d’année une compilation bien venue, « récapitulatif de mon parcours artistique », anthologie en vingt titres de ses enregistrements, de 1977 à maintenant. Largement de quoi (re)découvrir cet artiste majeur de la scène francophone. Deux seuls titres de son oncle, dont le Hé, M’man ! que seul chante Bruno. Et, du Vieux Montréal à La terre de Picardie, l’étendue d’une œuvre qui ne doit rien à personne, le chant ample et la voix généreuse qui, parfois, souvent, trahit sa belgitude autant que ses gènes.
Ce disque-là, Détours d’horizons, n’est pas en bacs. Seulement en vente via son site et lors de ses concerts. Dès février, Brel reprend sa route, au gré des invitations. En solo pour les petits lieux (formule qui vient de connaître un réel succès au Québec), accompagné par le pianiste Jean-Sébastien Bressy pour les salles plus importantes. Conseil à qui veut l’entendre : s’il est un enchanteur, un qui peut justifier le titre de ce blog, c’est bien ce Brel-là. Allez-y de confiance, vous y découvrirez un autre grand.

Bruno Brel, Détours d’horizons, 2011, autoproduit. On lira sur NosEnchanteurs l’article Un Brel peut en cacher un autre. Le site de Bruno Brel, c’est là. En vidéo, « Ce n’est pas vrai », chanson de 1991, reprise dans cette mini-anthologie.

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26 décembre 2011. Étiquettes : . Lancer de disque. 7 commentaires.

Un Brel peut en cacher un autre…

Un patronyme célèbre peut être sinon un passe-droit au moins un puissant accélérateur de carrière. Demandez aux charmants rejetons de notre petit Président… Demandez aussi aux enfants Souchon, Chédid, Higelin, Voulzy et autres Hallyday… Ça peut aussi, revers de la médaille, être un réel obstacle…

Bruno Brel, héritage et descendance (photo Elsa Hucki)

Lui se nomme Brel, Bruno Brel. Le neveu. Pas un qui profite de son blaze pour hanter nos lucarnes télévisuelles, non. D’ailleurs, il n’y passe jamais. Ou si peu. Mais il chante, qui plus est depuis longtemps. Depuis la fin des années soixante-dix où, comme son tonton, il fit ses classes dans un cabaret bruxellois. Avec, dès le début, un répertoire bien à lui. Et une écriture, une vraie, puissante, racée, presque héréditaire. En refusant longtemps de faire le Jacques. Puis, héritage et descendance oblige, en maillant dès 1988 ses propres récitals des chansons de l’oncle disparu.
Connaissez-vous Bruno Brel ? Avez-vous eu cette curiosité d’entendre un autre son d’un autre Brel ? Iriez-vous applaudir quelqu’un qui est Brel sans l’être ?
Peut-être pas plus que nous irions applaudir un autre Ferré, un autre Brassens, un autre Leclerc, tant ils sont uniques.
Reste que Bruno Brel l’est tout autant. Qui plus est d’une force peu commune, d’un talent exceptionnel. Il y a quelques temps de cela, mon ami Serge Féchet l’a invité dans sa petite commune de Viricelles, joli écrin d’une grande chanson. J’y suis allé, je dois dire, plus par politesse que par conviction d’un artiste que je ne connaissais pas. Seulement de nom, c’est dire.
Le choc fut rare. Car c’est Brel qui est là, devant vous. Le Brel, le Bruno, dont on tente alors d’oublier l’ascendance. Certes, il y a l’accent, les intonations qui, parfois, souvent, trahissent. Et de ces titres prélevés à l’héritage, Bruxelles et Amsterdam, Les Vieux, Ces gens-là, Madeleine… Mais il y a la part, bon poids même, du neveu, par ses chansons comme par son art, accompli, qui ne doit à personne. Et l’émotion, dont les larmes vous trahiront dès que le salle s’éclairera. Ainsi quand il évoque le génocide rwandais par une chanson presque enfantine : « Et puisque Dieu est sévère / Elle priait même pour Dieu / Et elle jetait des cailloux / Dans La Rivière Bambou. » Quand, en des accents bréliens, il évoque La Terre de Picardie comme d’autres conteraient leur plat pays… Ou quand il se permet cette chanson jamais gravée par l’oncle, Hé ! m’man, affaire de famille et femme trompée : «Et tant pis si les fenêtres jasent / Et tant pis si jasent les bourgeois. »
Brel en scène c’est lui à la guitare et son complice Martial Dancourt aux accordéons. Du sobre, de l’efficace, de l’inaltérable. De l’émotion donc. Et de l’humour, de la dérision aussi, du talent à profusion, tant qu’on se dit que c’est trop pour un seul homme, qu’il pourrait en faire profiter d’autres plus connus que lui. Et une scène totalement habitée. Une leçon pour nous qui sommes parfois entrés à reculons. Leçon qui nous dit que Brel est Brel. Et que Bruno est un de ces grands chanteurs qu’il nous faut connaître.

Le site de Bruno Brel.

22 août 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. 2 commentaires.

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