Caussimon, encore et toujours…

Je me plais à croire que tous les lecteurs de Nos Enchanteurs connaissent Céline Caussimon. Mais n’en suis pas tout à fait sûr. Malgré le nom et les arts de la scène qu’elle tient de son père, Céline mène sa vie d’artiste avec beaucoup de discrétion. Trop, sans doute. Elle mène sa barque, tranquillement, entre théâtre et chanson. De fait elle n’est ni totalement dans l’un, ni entièrement dans l’autre. Et pas dans leurs cercles respectifs.
Son dernier album en date, Le moral des ménages, remonte à 2007, juste complété par un trois titres en janvier 2009. Depuis, elle a fait d’autres chansons, bien sûr. Qu’on ne connaît donc que peu, ou pas du tout, ses nouvelles chansons (dont la vidéo ci-dessous nous en dévoile une). D’où l’intérêt de cette série de concerts, chaque dimanche à 19 heures, au Lucernaire, Paris 6e. Avec Thierry Bretonnet à l’accordéon, désormais son partenaire et complice de scène.
Reste qu’une partie de son actuel répertoire remonte au dernier opus discographique. Voici ce qu’à l’époque en disaient Le Canard Enchainé et Chorus.
« Partant de soucis domestiques et d’objets du quotidien, comme un four à micro-ondes et des spaghettis, Céline Caussimon, étrange fée du logis, se met à réchauffer les neurones et les notes qui dormaient dans sa cafetière et ça donne de bien curieuses historiettes avec une façon acerbe de détourner les clichés dominants (…) On pourrait la situer, ce qui n’enlève rien à son originalité, entre Brigitte Fontaine (pour l’énergie et la poésie un peu barrée mais sans la camisole) et Anne Sylvestre (pour la mélancolie acide et raffinée, surtout quand elle ne chante pas pour les enfants). Sur scène, le courant passe tout de suite. » (A.A., Le Canard enchainé, janvier 2008)
« Caussimon ne fait pas dans le détail mais dans le commerce de gros. La ménagère de moins de cinquante ans qu’est Céline regarde le monde, scrute son caddie, fait ses comptes et agite sa boîte à neurones : elle fait thématique de l’angoissante modernité, mondialisée, pixellisée, du micro-ondes à la macro économie, s’insurgeant à contre-courants, en tous cas « pas dans l’sens de la marche » de toute « branchitude ». Car que peut-on opposer à tout ça ? L’amour ! Non le supposé haut débit qui n’active pas la connexion, non la malbouffe qui fait la malbaisée : Céline s’initie à l’amour bio et cela lui fait l’effet… de serre. C’est sa valeur refuge, ça et l’infinie tendresse (…) Rarement disque fut si cohérent, si précis, si massacreur et pourtant si ludique, si joyeux. » (M.K., Chorus, printemps 2007)
Je tiens Céline Caussimon pour une grande de la chanson. Pas pour de qui elle tient, simplement pour ce qu’elle est. Pour cette nature un peu rebelle, pour cette personnalité sans pareille qui tranche tant d’avec la plupart des chanteuses. Et pour un je ne sais quoi de classieux, un grand luxe de l’esprit.

Céline Caussimon, chaque dimanche à 19 heures, au Lucernaire, Parie 6e, jusqu’au 1er avril. Son site c’est ici.

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3 mars 2012. Étiquettes : . En scène. 6 commentaires.

Barjac (10) : transmission de talent chez les Caussimon

Nous reprenons, avec un plus grand différé cette fois, la relation du festival « Chansons de parole » de Barjac par notre envoyée spéciale, Catherine Cour,

Mercredi 3 août, sous le chapiteau,

Cédric Laronche, un peu léger... (photos Catherine Cour)

Cédric Laronche
Bon, j’ai dit en acceptant ce challenge que je ne commenterai pas au moins un spectacle : celui que je n’aimerais vraiment pas. Seulement, maintenant que je rédige et alors que le festival est fini, je ne peux pas utiliser mon joker ici : je sais que j’en aurai besoin plus tard ! Donc je vais faire court (avec un « T » : ça va faire plaisir à mon rédac’ chef !).
En ce qui me concerne, j’ai trouvé les textes de Cédric mal ficelés et beaucoup trop « légers » ! Il discute beaucoup mais ses jokes tombent à plat et j’ai passé mon temps à laisser mon attention vagabonder, à me ressaisir et à me demander où chaque chanson voulait en arriver, quel était son sujet… ça part dans tous les sens et les textes sonnent creux.
Je n’en ai pas, pour autant, fui le chapiteau : je trouve que c’est d’une grossièreté absolue que de sortir pendant le cours d’un spectacle « vivant ». On applaudit plus ou moins, on crie « houuuu ! », on siffle, en fonction de ce qu’on ressent… mais partir, quelle qu’en soit la raison (bon, j’accepterai l’excuse de la crise cardiaque et de l’accouchement, mais c’est tout !), c’est, à mon avis, d’une impolitesse sans nom ! Ou alors il faut avoir le courage de ses opinions, s’arrêter devant le chanteur, le regarder dans les yeux et lui cracher sur les pieds (par exemple). Pourquoi pas ? Je pense que pour celui qui chante, ça ne serait pas pire que de voir les gens se lever et sortir par petits groupes, à la fin de chaque chanson. Et le phénomène empire avec le deuxième concert, qui entre en concurrence avec le repas du soir ! D’ailleurs j’ai une idée à proposer à Jofroi pour le festival 2012 : distribuer à chaque spectateur du chapiteau deux petits cartons : un en forme de sifflet, l’autre en forme de fourchette. Toute personne qui quitte sa place devrait en brandir un : ça permettrait de savoir le motif de la sortie prématurée… et ça rassurerait peut-être le chanteur sur la qualité de sa prestation : on sait bien que « ventre affamé n’a pas d’oreille ». Il est donc inutile qu’ils restent !
Mais là, j’avoue avoir consulté plusieurs fois ma montre tant j’avais hâte que le tour de chant se termine et qu’arrive une chanteuse que j’aime bien, mais que je n’avais encore jamais vue sur scène. (le Myspace de Cédric, c’est ici)

Céline Caussimon, qui blues, javate, tangote, rocke et valse les mots et les maux

Céline Caussimon
J’essaye, depuis que j’écoute des chansons et que je « découvre » des chanteurs, de ne pas partir avec des idées préconçues. C’est parfois difficile quand cette chanteuse est la fille d’un de mes acteurs et auteur-compositeur préféré ! Je me souviens, quand j’étais gamine, m’être planquée dans un placard de la salle de séjour pour pouvoir échapper à l’heure du coucher obligatoire et regarder à la télévision une pièce de théâtre où Jean-Roger Caussimon jouait. Alors quand j’ai appris que sa fille chantait, j’ai d’abord hésité à acheter le CD, tant je craignais d’être déçue par sa prestation. J’ai quand même craqué, et je ne l’ai pas regretté ! Mais je n’avais encore jamais eu l’opportunité d’aller l’applaudir sur scène. Barjac m’a offert cette joie cette année… : Jofroi en soit remercié. Je ne le regrette vraiment pas !
Cette prestation m’a permis de découvrir de nouveaux textes, qui ne figurent pas sur les deux CD d’elle que je possède… et d’admirer une chanteuse-actrice qui ne se contente pas de chanter des textes « forts » (là aussi, elle a hérité du talent d’écriture de Jean-Roger, auteur de nombreux très beaux textes mis en musique et interprétés par Léo Ferré), mais qui les joue de tout son corps et de tout son visage expressif (sur lequel je n’ai pu m’empêcher de chercher -et de trouver- des ressemblances avec celui de son papa !).
Encore une qui met à mal mon a priori concernant la non-transmission du talent entre deux générations !
Comme toutes mes chanteuses préférées, elle offre des moments tendres, des traits d’humour et des coups de gueule. Elle les blues, les javate, les tangote, les rocke, les valse avec fougue ou douceur, secondée par un virtuose de l’accordéon : Thierry Bretonnet.
J’aurais bien aimé rester discuter un peu avec elle, mais j’avais mon quart d’heure de course quotidienne à disputer : je suis partie sur les chapeaux de roues ! (le site de Céline Caussimon, c’est là)

6 août 2011. Étiquettes : , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 2 commentaires.

Céline Caussimon, juste au bord

Les parisiens ont de la chance car la dame est rare, accaparée qu’elle est par le théâtre. Après une saison passée au théâtre, (La Locandiera, Chère Lili), et la formation de Côte à Côte, spectacle atypique avec la violoncelliste Cécile Girard, elle nous revient avec ses chansons insolentes, avec son univers toujours caustique et tendre juste porté par la rythmique et le swing de l’accordéon de Thierry Bretonnet. Juste pour un concert, un seul, ce lundi 10 janvier au Théâtre Clavel, à Paris 19e.
Céline Caussimon sera en tournée en Pays de Loire en février et mars, en Asie du Sud-Est en avril et au festival Chansons de Parole à Barjac.
Histoire de patienter, ce papier d’il y a quelques années, lors d’un passage Salle des Rancy, à Lyon…

Céline Caussimon (photo DR)

Archive. « J’marche au bord / Juste au bord / Du rebord… » Elle est actrice, on ne le sait pas forcément. Elle est chanteuse, on le sait hélas peu. Elle conjugue les deux en un élégant et passionnant récital : ça finira, bon dieu, par se savoir. Elle, c’est Céline Caussimon, grande dame vraiment. Caussimon, si toutefois votre oreille est sensibilisée chanson, vous renvoie à un autre. Et quel autre ! Céline est sa fille, qui a le bon goût de ne point reprendre de titres au paternel héritage. Reste que le talent semble être dans les gènes. Pas gênant, bien au contraire. Céline est auteur qui cisèle des textes élégants et riches. Même si c’est pour vous chanter qu’elle est En-dessous du seuil de la pauvreté. À première vue, son répertoire, son vocabulaire même, sont configurés rive gauche, du moins dans l’idée qu’on peut s’en faire. Ça en a le classicisme dans l’allure, dans le phrasé. Comme une résurgence, une autre filiation encore. D’emblée, elle vous balance ce titre, J’marche au bord, qui pourrait être comme fiche signalétique, presque revendication : « C’est pas moi qui serai au milieu d’la photo / Plutôt sur le côté / Et je serai de dos / Calée à la limite, je périphère et j’évite. » Belle et pimpante entrée qui augure bien du reste : le reste est du même bois, du toujours passionnant. À la marge de la chanson (qui n’est pas son métier principal et qu’elle exerce entre deux rôles), Céline Caussimon ne semble pas avoir la même pression que nombre de ses collègues : ça libère. Même liberté dans des textes qui distillent un humour aigre-doux, un regard souvent désabusé mais toujours tendre, jamais larmoyant. Qu’elle chante Les Enfants des autres, la ménagère fatiguée hostile aux rangements inutiles, les choses qu’on oublie, futilités ou importances, elle le fait avec la même aisance, le même style racé. « Tu es mon crédit accordé / Dès que tu es à découvert / Tu es mon intérêt élevé / Tu es le sens de mes affaires / Trésor privé, trésor pudique » : on ne saurait mieux parler d’amour. Car ce qui surprend et séduit en Caussimon, qui nous la rend indispensable, c’est cette qualité d’écriture et son rendu, ces mots parfois luxueux, luxuriants même, qui, assemblés ainsi, sont rare évidence, beauté d’un verbe à la fois lettré et populaire. C’est merveille de voir telle artiste.
Céline doit avoir un goût certain pour les feuilletons populaires, ceux qui fleurissaient dans d’anciens journaux début de siècle. De Robert Desnos, elle reprend ainsi La Complainte de Fantômas. Et nous crée d’autres aventures, celles de Fred Ackenborn, comme un récit à épisodes qui fleure cette patine vieille. Reste que ce qui séduit plus encore en cette jeune femme est cette aisance conviviale qu’elle dispense, qui nous rend la grande classe disponible, infiniment proche, qu’on tutoierait presque si on osait. Céline nous quitte comme elle est venue, sur les mêmes notes, la même chanson. Non qu’elle en manque, mais pour boucler une boucle : « Calée à la limite, je périphère et j’évite / Je marche au bord… tout au bord du rebord. » Certes, Céline, mais ni au bord ni au rebord du talent. En plein dedans, dans le mille, en plein cœur.

Le myspace de Céline Caussimon.

9 janvier 2011. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. Laisser un commentaire.

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