Portfolio : les 25 ans de Chanson plus Bifluorée

Dans un billet déjà fameux de NosEnchanteurs, Faut-il achever les vieux chanteurs ?, nous parlions de nos trois amis que sont ces Pieds Nickelés de la chanson : Michel Puyau, Xavier Cherrier et Sylvain Richardot, nos fameux « Chanson plus Bifluorée ». Derechef, notre collaboratrice Chantal Bou-Hanna, fine gâchette s’il en est de la photographie pixellisée, a dégainé ses planches contacts pour vous proposer un nouveau et élégant portfolio. Rappelons que Chanson plus Bifluorée se produit actuellement sur les routes avec son spectacle anniversaire des 25 ans, ainsi que leur « pestacle » « Y a des Animaux dans nos Chansons », pour les petits de 5 à 105 ans. Il est probable que vous vous situiez dans cette tranche d’âge-là. Cette série de clichés immortalise leur quart de siècle chanté, qu’on peut aussi revivre à la lecture de NosEnchanteurs qui, décidément, est de partout.

Le site de Chanson plus Bifluorée, c’est ici.

16 avril 2012. Étiquettes : . Chantal Bou-Hanna, Portfolio. 2 commentaires.

Faut-il achever les vieux chanteurs ?

Leny Escudéro, un de ceux de qui les p'tits jeunes ont tout à apprendre... (photo DR)

Depuis toujours le jeunisme m’emmerde. Pire, me révolte. Or c’est une religion en France qui ne veut voir en son miroir et dans ses oreilles que l’illusion d’un élixir d’éternelle jeunesse, suffit de voir les politiques à toujours draguer les porteurs d’acné. Ils n’en veulent que pour les jeunes, toutes leurs initiatives sont tournées vers eux. Ou alors, carrément à l’extrême, pour les vieux de chez vieux, cibles de choix pour la qualité de leurs mains toutes tremblantes devant l’urne (pas la funéraire, pas encore, mais celle où on vote dedans avec sa main droite). En chanson, une fois qu’on a célébré le bel âge de Gréco (pas le peintre, non : l’ex muse de Saint-Germain des prés) et d’Aznavour, d’Aufray qui est pareillement aux fraises, on ne veut parler que des jeunes, au nom du génie de la jeunesse, de la relève, de la sacro-sainte « émergence ». Je vais faire ici divergence.
Peut-on être chanteur à plein temps sur toute sa carrière ? A-t-on le droit d’être quarantenaire, cinquantenaire ou plus en restant chanteur ? Doit-on s’excuser de son âge ? A-t-on le droit d’être chanteur à plein temps et tout le temps ? A-t-on le droit de bouffer ? Bien sûr, faudrait être con pour me dire « non ». Une fois dit ça, les programmateurs s’empressent à ne surtout pas les programmer, les décideurs à les décider, les organisateurs de festivals à les inviter.
Car la prime est aux d’jeunes. Et la déprime aux vétérans.

Anne Sylvestre : comptez ses passages télé et dans des festivals... (photo DR)

Autant on déploiera la tapis rouge pour les « vieux » de la variété (prenez le planning, année après année, de L’Olympia ; voyez le carton annuel de la tournée Age tendre et têtes de bois et de ses spectacles clones ; voyez qui pose ses fesses fatiguées sur le canapé rouge de Drucker…), autant on flingue à vue les vieux artisans.
Deux témoignages pour nourrir cette réflexion :
De Michel Fugain : « Le jeunisme ambiant est une impasse sociétale et donc forcément artistique » (Le soir, 5 janvier 2011, propos recueillis par Thierry Coljon)
De Sylvain Richardot, l’un des trois de Chanson Plus Bifluorée :« Et ne parlons pas de radio : France-Inter fait désormais de la politique de d’jeunes ; ils sont totalement dans ce plan-là en pensant que ça plait aux auditeurs. A part chez Meyer, Mermet et deux ou trois autres, il n’y a plus rien pour « écouter la différence » ! Les autres ne puisent que dans le listing des artistes labellisés. C’est du bon, mais ce n’est que la nouvelle scène et quelques dinosaures. Nous et plein d’autres – c’est-à-dire la majorité  –  ne sommes plus dans cette histoire ! France-Inter, c’est désormais sens unique. On n’a pas besoin de ça, on a besoin d’ouverture. Il faut vraiment parler de ça, du fait que la culture est à ce point cloisonnée en France… C’est monstrueux, on court à notre perte ! (…) Dans les festivals aussi, on nous le fait bien comprendre. Pourtant, on remplit les salles, on fait du mille partout. Eh ben les mecs s’en foutent. A qui les sociétés civiles donnent-elles des subventions ? A la nouvelle scène française ! Il n’y en a que pour elle ou peu s’en faut ! Si tu prends la nouvelle scène, t’es subventionné. Mais si tu prends Leprest, Didier, Michèle Bernard, Anne Sylvestre… ou Chanson Plus, ton festival n’aura pas une tune. Même s’il fait du monde, ce que savent les gens du métier : tout le monde le sait ! Mais le problème reste. Il faudrait faire un équilibre entre les jeunes talents, les « carrières » et les grands : un tiers chacun et on a tous gagné. Mais là, c’est du 2% pour nous et 98% pour les d’jeunes ! Si, à Chanson Plus, on a la chance de s’en tirer par la scène, les autres crèvent ! On dit qu’il existe un racisme anti-vieux, mais c’est vrai, j’en atteste ! (…) Tous les programmateurs de festivals ! Foulquier nous l’a dit : « Je vois ai déjà pris il y a quatre ans ; si je vous reprends à nouveau, ils vont me tomber dessus et je paume mes subventions ! » C’est dit de façon crue, mais c’est la stricte vérité ! On est dans la merde avec ça ! » (Chorus n°53, Automne 2005, propos recueillis par Michel Kemper).
Le d’jeunisme est une des religions des médiocres.

9 avril 2012. Étiquettes : , , , . Saines humeurs. 23 commentaires.

Les vingt-cinq ans de Chanson plus bifluorée

C

Richardot, Cherrier et Puyau (photo d'archives DR)

Au moment même où sort en bac leur nouvel et étonnant opus, « sélection originale de textes choisis parmi les plus inspirés de la poésie française » (Victor Hugo comme Maurice Carême, Charles d’Orléans comme Charles Baudelaire…), c’est paradoxalement à un tout autre répertoire qu’ils nous convient sur scène : rien que le leur, pastiches inclus ! Mieux encore, le best-of de leurs vingt-cinq ans de carrière un rien déjantée. Les festivals Alors, chante de Montauban et Paroles et Musiques de Saint-Etienne viennent d’avoir cette semaine la primeur de cette superbe compile scénique, sans aucun doute le spectacle le plus maîtrisé, le plus revigorant du moment, un music-hall habité, réhabilité, pour plus de deux heures d’absolu plaisir.
Oh, bien sûr, tout n’y est pas, ni leur Petit Pasqua noël ni leur Aimé (ce dernier pourtant créé dans le vert footballistique de Saint-Etienne), ni leur parodie de Cabrel ni José Bové… C’est pas l’intégrale. Mais il y a bonne mesure, bon poids. Et franches rigolades. Le tout mené tambour battant. Tant que c’est avec la parodie du succès d’Il était une fois, Moi je fais la vaisselle, – image mémorable de Sylvain au clavier et ses deux copains juchés sur le piano à queue – qu’ils débutent ce récital qui devrait faire date.
Tout y est réglé au quart de poil, chansons et interventions, gestuelles, lumières… Une précision millimétrée qui fleure le bon temps autant que le Montand. Qui prouve, s’il le fallait encore, l’exceptionnelle maîtrise des Sylvain Richardot, Michel Puyau et Xavier Cherrier, ces maîtres es-éducation populaire qui vont instruisent en chansons tant des sciences et techniques (Le moteur à explosionLes micro-ondes, L’informatique), d’ethnologie (Ah, le tango corse, D’Georges Bouch’) que de mœurs et de pratiques particulières (Peler les noixToi), de l’histoire de la chanson (L’internationale inclue), comiques-troupiers et turlutte inclus, de l’histoire de la musique (Purcell et Offenbach), de l’histoire tout court ; qui, entre deux pochades, vous entonnent un cinglant et salvateur Quand un soldat (c’est du Lemarque et ça se remarque) ; qui, en parfaits chansonniers qu’ils savent être, ancrent leur art dans l’instant, avec ou sans Ségolène. Ils font feu de tous bois, feu de dieu, dans un récital sans temps mort, qui vous scotche à tout jamais. Tous les tics, les tocs et les tocades, les jeux, leurs shakers, les comiques de situation, tout ce qui a fait un jour ou l’autre Chanson + bifluorée est là, donc un peu de ces Ipo i taï taï yé qui aiment à se substituer aux paroles d’immortels tubes. Même cet inénarrable numéro de ventriloque, c’est dire.
Dans une chanson actuelle où on terre facilement le bon pour promouvoir le n’importe quoi, Richardot, Puyau et Cherrier nous rappellent au pur talent, à l’exigence, au plaisir. Belle et utile leçon non pour célébrer le quart de siècle passé mais pour envisager l’avenir. Comme une chanson plus plus.

Le site de Chanson + bifluorée c’est ici ; Poèmes, 2011, EPM (existe en deux présentations différentes, dont une dans la collection « Les voix de la poésie » dirigée par Bernard Ascal).

4 juin 2011. Étiquettes : . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Des mains de chômeurs…

Si on tient la chanson pour pure futilité, un tel sujet lui serait étrange, étranger, incongru. Si, par contre, la chanson peut être aussi le reflet de nos vies, de nos préoccupations, le chômage en est alors, en ce libéralisme effréné, absent de toute humanité, de toute dignité, une source d’inspiration hélas de plus en plus féconde.
Tour d’horizon très partiel de ce sujet, dont les propos se passent de commentaires…

"Y'a d'la poésie dans les usines"

« Mon pote yoyo m’a répété hier au soir :
« Vas-y bonhomme, écris nous une chanson d’espoir »
J’ai ouvert la fenêtre, cherché l’inspiration
Mais la grisaille du temps qui court ma refilé le diapason.
J’aimerais que mes thèmes riment avec SACEM
Mais mes lignes mélodiques riment avec ASSEDIC »
Chanteur chômeur, Thomas Pitiot, 2001

« T’es trop vieux, t’es trop encombrant,
Je n’ai plus de travail pour toi.
Mon vieux, il est grand temps
De ranger tes outils et de rentrer chez toi.
Si tu étais plus jeune, j’aurais pu
Te recycler, c’est dommage.
Mais ça ne serait que de l’argent perdu :
On n’apprend plus, à ton âge »
Monsieur Saint-Pierre, Michel Bühler, 1973

« Les hommes de la ville ont vieilli cet été,
Les muscles inutiles, c’est si lourd à porter !
Ils partent le matin aux petites annonces,
Où l’on se retrouve cent quand il faut être deux.
Ils reviennent le soir, et leurs femmes renoncent
A chercher la réponse dans leurs yeux. »
Le chômage, Francis Lemarque, 1973

« Il se décide à traîner
Car il a peur d’annoncer
A sa femme et son banquier
La sinistre vérité.
Etre chômeur à son âge,
C’est pire qu’un mari trompé.
Il ne rentre pas ce soir. »
Il ne rentre pas ce soir, Eddy Mitchell, 1978

Cinquante balais c’est pas vieux
Qu’est-c’qu’y va faire de son bleu
De sa gamelle de sa gapette
C’est toute sa vie qu’était dans sa musette
(…)
De ses bras de travailleur
C’est toute sa vie qu’était dans sa sueur
Son bleu, Renaud, 1994

« Plus besoin de se fatiguer
Quand on adhère à l’ANPE
Quand tout l’monde pointera au chômage
Qu’on s’éclatera comme des sauvages
Les patrons sans leurs ouvriers
Se f’ront une joie d’se licencier – Toujours d’accord !
Et toute la France enfin unie – Et moi aussi chuis d’accord !
F’ra d’l’ANPE son seul parti »
À l’ANPE, Les Charlots, 1979

« J’ai comme des mains sans lendemain
Qui peuvent plus s’en tirer
J’ai comme des mains qu’ont mal aux mains
D’avoir les poings serrés
Des mains de chômeur
J’ai l’impression d’être un malade
Qu’a même plus rien à espérer »
Des mains de chômeur, Francis Lalanne, 1981

« Chômage au fond de la vallée
C’est là la vraie fatalité
Voici qu’en la nuit étoilée
Un sans emploi nous est donné
Séraphin Deudroit il se nomme
Il était cadre et respecté
Aujourd’hui pôvre petit homme
Voilà que tu es licencié
Quand la cloche sonne sonne
C’est à l’Armée du Salut
Que se rassemblent les hommes
Les hommes qu’ont tout perdu
Armée froide qui résonne
En haillons et peu vêtus
Plus de trois millions entonnent
Le chant triste et monotone
C’est la chanson du chôm’du »
Chômage au fond de la vallée (parodie de « Les trois cloches »), Chanson plus bifluorée, 1994

« De tous les côtés, tous les côtés, tous les côtés
De tous les côtés chômage, tous les côtés tous les côtés, dommage »
Chômage, Zebda, 1995

« Chômeur c’est le mot qui me colle a la peau depuis deux ans
Chômeur j’l’ai pas choisi
On m’a viré comme un brigand
J’ai peu du temps qui passe
de l’avenir
Et d’mes enfants qui me demandent
Mais papa c’est quoi chômeur ?
C’est quoi chômeur, c’est quoi ?
C’est l’mal du jour
Je m’demande à quoi j’courre »
Chômeur, Clémence Savelli, 2009

« Chez nous le chômage fait partie de la famille
Comme l’amiante, l’oubli, la silicose et les terrils
Quantités négligeables dont la vie ne tient qu’à un fil
Certains soignent la peur du vide à coup de 21 avril
Mais je me connais je lâcherai pas l’affaire
Je vais piquet de grève comme on pique une colère
(…)
Moi j’ai toujours mes mains d’or
Moi je voudrais vivre encore »
Le Combat ordinaire, Les Fatals picards, 2009

« Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes – portails verrouillés
Wagons immobiles – tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé
(…)
J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or »
Les Mains d’or, Bernard Lavilliers, 2001

Travailler encore…

« C’est pas tellement que c’était Noël
Ça fait longtemps qu’on y croit plus
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Nos machines mais elles n’y sont plus
C’est pas tellement que c’était Noël
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Dans les aciéries, au fond des mines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les ateliers, dans les cantines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans le cambouis, dans la calamine
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les outils, dans les machines
Y’a d’la poésie dans les usines (…) »
La poésie des usines, Romain Dudek, 2007

« Quand j’suis arrivé aux aurores
Y’avait plus rien
Plus une machine dans mon décor
Plus de turbin
Ils m’ont pas consulté, pourtant j’étais pas pour
Y’a mon usine qu’a foutu l’camp à Singapour »
Singapour, Frédéric Bobin, 2009

« Non vraiment je reviens aux sentiments premiers
l’infaillible façon de tuer un homme
C’est de le payer pour être chômeur
Et puis c’est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent »
Les 100 000 façons de tuer un homme, Félix Leclerc, 1973

 

21 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , . Thématique. 7 commentaires.

Chanson plus plus

Sortie en ce mois de septembre 2009 du nouvel album de Chanson plus Bifluorée

Chanson plus bifluorée032Ils ont le rire pour raison sociale, pour utilité patrimoniale. Ils sont trois. Et nous souvent pliés en quatre. Leur outil est la chanson. On les dira chansonniers, ça leur va bien. Sans toutefois la poussière qui colle au genre. Eux nettoient leur art en nous brossant les oreilles. Sylvain Richardot, Michel Puyau et Xavier Cherrier sont les Chanson plus bifluorée. Leur nouvel album n’est autre que la version discographique de La Plus folle Histoire de la Chanson, le spectacle qu’ils tournent depuis décembre de l’an passé. Notre trio y revisite la chanson, des cris primaux de l’homme paléolithique à ceux, au moins pour les primaires, de Ségolène Royal. D’une Bruni requinquée moyen-âge au Slam de la nouvelle scène, une chanson générique qui est un des plus sympathiques hommages rendu à cette chanson qu’on aime. Le disque est assez irrésistible, plein d’entrain. On rit parce que Chanson plus est plus qu’efficace en cet exercice. Mais pas que. Car le trio alterne choses drôles, parodies et chansons plus graves. On se réjouit ainsi de la présence d’une chanson de Jouy, Fille d’ouvriers, dans un tel florilège chanté. La prise de son est excellence et chacun des chanteurs au mieux de sa voix : ça polyphone dans les sillons du CD. Ce disque est en soi un bien beau cadeau ; reste à voir cette folle histoire se dérouler sur scène. Aux Bouffes parisiens à partir de janvier prochain mais aussi près de chez vous, dès qu’ils y passent : insistez auprès de votre organisateur local pour les y faire venir !

14 septembre 2009. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

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