Bouchery fine et poire Williams

Le duo se nomme L’Espoir Williams et vient tout juste d’autoproduire sa première galette. Que l’étourdi prendra pour le nouvel album d’Entre 2 Caisses. Encore un ! Car la voix ne trompe pas. Pas plus que le registre d’ailleurs. Bernique, ce n’est que Bouchery, l’un des quatre, en complicité, causeries et chansons avec un autre acolyte (à cet instant précis, faire attention de ne pas écrire alcoolique, cause à la poire qui déjà distille son effet), un grand Gaillard qui du reste porte ce patronyme. On se les imagine, ces deux-là, avachis sur un zinc, et paradoxalement dignes, un peu comme les personnages de Gourio, ceux des Brèves de comptoirs. Ou au balcon d’un théâtre à l’italienne, un peu comme les vieux du Muppets show, très chauds. Que font-ils ? Ils devisent gaiement, mais pas sans inquiétude. Ça philosophe bruyamment, avec répartie. Et rare intelligence politique. Non sur le temps qu’il fait mais sur la marche du monde, qui marche sur la tête. Et ainsi introduisent les chansons qui suivent. C’est anar en diable, et canard dans le verre. J’y reviendrais prochainement, dans le webzine qu’on vous concocte avec amour. Dans cette attente, ne buvez pas toute la poire : laissez-moi en au moins l’espoir !

L’Espoir Williams, Les Rongeurs, 2010, autoproduit. A commander sur le site de L’Espoir Williams, et c’est ici.

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28 janvier 2010. Étiquettes : , . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Chtriky, deuxième donne

Difficile de porter jugement, de faire critique sur un tel album tant l’impression qui s’en dégage est différente d’une plage l’autre. Tentons quand même. Et débutons par la fin, là où c’est plus facile. Il fallait que le tube de Chtriky soit gravé : il l’est. Digne des Frères Jacques, des Victor-Racoin, des Entre 2 Caisses, une histoire de chewing-gum qu’on se refile comme une patate chaude… Hilarant. Et cet autre titre, La Guinguette des fines gueules, que se partagent, outre Chtriky, Entre 2 Caisses justement, Michèle Bernard, Xavier Lacouture et Gérard Morel, que des copains, forcément moment de pure anthologie. Rien que pour ça, votre achat est largement amorti. Les onze autres titres sont bonus, sensible et intelligent cadeau. On connaissait Hervé Peyrard, le parolier chanteur de Chtriky, par sa participation à ces garçons qui ont longuement accompagné Morel. Même caché par la carrure du boss (mais pas pas sa chevelure), on devinait le talent du clarinettiste-chanteur. Peyrard s’est mis à écrire pour Évasion. Et pour les quatre gaillards d’Entre 2 Caisses. Et pour lui, pour Chtriky. C’est leur second album, qu’on a envie de conseiller avant qu’il ne soit introuvable, icône et collector à la fois. Avec trois fois rien, Peyrard vous tricote une chanson qui vous tiendra chaud. Avec des papillons, des coccinelles et des chagrins à bouffer. Avec un paillasson même. Et le « Primal de l’animal ». Puis dans une chambre, drame imminent qui se joue… Chaud et froid, rire et sensibilité, mais même soucis d’une écriture exigeante qui, parfois,toujours, se joue des mots avec habileté et délivre sa propre musicalité. C’est dire si ça doit être confortable pour les musiciens, de se couler en une écriture si parlante, dans des propos à si belles portées.

Chtriky, Jouer des jours, 2009, autoprod. Voir le site.

19 novembre 2009. Étiquettes : , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Entre le Littré et le litron

Voici le quatrième opus d’Entre 2 Caisses, enregistré un soir dans la chaleur d’un bistrot du canton de Vaud, au mitan des neiges alpines. Ce disque gourmand (une vingtaine de plages) revisite certes quelques titres fameux (du Couté, du Mathieu, du Bühler, du Blanche…) que ce quatuor se met en bouche. Dont L’Herbe folle, cette chanson de Gainsbourg qui, invariablement, termine tous les disques et clos pareillement chacun de leurs concerts. On s’attardera fatalement plus sur leurs nouvelles créations, des petits bijoux signés Romain Bouteille, Loïc Lantoine, Olivier Volovitch (la moitié de Volo), Denis Lachaud, Claude Semal, Gilbert Laffaille, Yvon Rosier ou encore Dominique Bouchery – c’est l’un des quatre d’Entre 2 –. Et Guillaume Apollinaire. Entre 2 Caisses est entre le littéraire et le populaire, le Littré et le litron, le noir et le « rouge pas farouche qui fait chanter les verres ». Par eux la vie coule, gouleyante et fruitée. Mais y’a pas que d’la joie dans leurs vers, on y trinque aussi, on y colère, on y pleure presque dans la nostalgie déchirante d’un accordéon déchiré. Quelque soit la plume qui s’en vient caresser leurs cordes vocales, c’est rien que du bon sens, du solide. De l’inaltérable presque. Dans un chant de grande humilité, d’une absolue simplicité, qui fait honneur aux textes ainsi (re)visités. L’opus se nomme On y est presque : savent-ils qu’ils y sont, aux portes de la perfection, au presque sommet de leur art ? Ne leur dites pas, ils n’aiment que la discrétion de leur petit commerce, détaillants d’une chanson d’artisanat, faite à la maison entre deux canons. La seule qui vaille vraiment. Bravo les gars !

Ne cherchez pas ce nouvel album en bac, nos quatre gaillards – Bouchery, Martins, Mouron et Raymond – ont décidé de revenir à l’auto-distribution. Vous ne le trouverez que là où il s’en viennent chanter. Ainsi que par correspondance, sur leur site.

Sur ce même blog on lira aussi La nécessaire chanson d’Entre 2 Caisses.

16 octobre 2009. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

La nécessaire chanson d’Entre 2 Caisses

Nos quatre gaillards d’Entre 2 Caisses sortent, ce mois de septembre, leur quatrième CD. Un identique au premier d’ailleurs : registré en public et totalement autoproduit, à savoir disponible par correspondance et achetable sur leurs lieux de concerts. Dans l’attente de le recevoir, de l’écouter et de vous le chroniquer, voici le premier papier que j’avais fait sur eux, il y a plus de huit ans déjà, à l’occasion du festival Paroles & Musiques de Saint-Étienne. Pas un mot n’est à retirer : je les aime comme au premier jour. Signalons tout de même que leur deuxième album, Ça, c’est fait (distribué par L’Autre distribution) a été récompensé par le Prix de l’Académie du disque Charles-Cros. Et c’est pas rien.

Avec leurs tronches de marchands de vin, les quatre d’Entre 2 Caisses font miel d'une chanson sociale et humaniste teintée de vinasse et de filles qui se vendent

Avec leurs tronches de marchands de vin, les quatre d’Entre 2 Caisses font miel d'une chanson sociale et humaniste teintée de vinasse et de filles qui se vendent

La chanson dans toute sa nudité, dans son extrême simplicité ; une cure de jouvence hors toutes les modes qui, par définition, le resteront ; d’intemporelles rimes empreintes d’humanité que caresse un lancinant diatonique, que prolonge une discrète contrebasse… Par Entre 2 Caisses, union du lettré et du populaire qui nous conte la même histoire d’un humble peuple, les femmes vendent leur chair, de raisonnés corbeaux snobent notre monde de pouilleux, l’homme (le mâle), sans se départir d’un cœur gros, cultive et étanche son gros foie.
Interprétant tant Pierre Dac que Gaston Couté, Allain Leprest que Jacques Brel – que du velours pour nos palais – Entre 2 Caisses nous déshabitue des trop artificiels oripeaux dont s’habille la coutumière chanson. Regret des bordels, sinistre Éclusier ou chemineau fustigeant Les Mangeux d’terre, une tristesse poisseuse, que masquent mal trois litrons et deux pirouettes, fait de ce tour de chant un lumineux et respectueux hommage à ce que fut et n’est plus la chanson : la juste chronique sociale du peuple en une gazette fredonnée. Les quatre d’Entre 2 Caisses sont parmi ceux – ils sont rares – à réhabiliter la noblesse populaire de la chanson. L’utilité publique autant que la nécessité sont ici manifestes.

13 septembre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts, Chanson sur Rhône-Alpes. 1 commentaire.

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