Erwens, contes à rebours

Erwens (photo DR)

Un temps ce nîmois d’origine hésita entre la gastronomie (il fut l’un des plus jeunes chefs de l’Hexagone) et la chanson. Puis quitta son piano et sa batterie de cuisine pour les cordes de sa guitare. De porte toque, il devient croque-notes.
Son vrai nom ? Renaud Jeune, un handicap dans la profession : rien qu’à l’énoncé, on s’attend à un récital de Séchan première période, l’époque Polydor d’Hexagone à Dans mon HLM, on est déçu, criant à l’imposture. Même si Renaud Jeune n’a, hors le succès et les plateaux télé, rien à envier à son illustre ainé…  Encore faut-il l’écouter.
Un temps, Renaud Jeune s’est baptisé Luc Ménestrel, blaze sous lequel il collectionne prix et distinctions en des concours prestigieux, notamment aux « Journées Georges-Brassens » à Sète, presque la maison-mère de son nouveau commerce de chansons. Ménestrel comme fonction sociale, ça lui allait bien, lui qui trimballe ses chansons sur les routes… Qui le mènent jusqu’à l’Olympia, en première partie de Liane Foly. Puis, avec la complicité du pianiste, compositeur et comique Alexandre Dekhas (depuis revenu à son vrai patronyme d’Alexandre Karsenti), Renaud crée deux récitals fameux : « Chroniques du temps absent » et « Les tristes sires », ce dernier toujours régulièrement à l’affiche dans la région de Carcassonne, où notre chanteur réside, et dans tout le grand Sud.
Autre spectacle, celui où il se frotte à ses origines, ses références, lettres de noblesse s’il en est de la chanson : sous l’intitulé de Trio Callipyge (avec René Pignatelli et Daniel Domenge), Renaud s’en va visiter le père Brassens, en pur troubadour. Dix-sept ans que ça dure… En témoignent nombre de récitals et un album fameux, déjà collector, salué par la presse. Le deuxième volume est programmé pour 2013, avec un répertoire qui se peaufinera tout au long de l’année 2012.
Et le voilà à poursuivre son singulier itinéraire chanson sous un nouveau nom d’artiste, celui qui définitivement restera : Erwens, clin d’œil à peine grimé à l’univers de Tolkien. Un itinéraire semé de collaborations (comme pour le cinquantenaire de la Féria de Nîmes où Erwens crée la chanson officielle) et de (belles) rencontres parmi lesquelles Phil Délire, réalisateur-producteur de Renaud (l’autre, le Séchan). Et Georges Baux, arrangeur de Lavilliers, et nombre de musiciens du Stéphanois, avec qui Erwens met en boîte son « Contes à rebours ». Un seul album à ce jour pour Erwens* (le suivant est en préparation) mais l’essentiel est déjà là, bien posé. Depuis le temps, l’homme sait ce qu’il chante et pourquoi il le fait. Erwens est un folk-singer appréciable à l’image d’une vraie chanson : celle qui, tous terrains, peut s’apprécier au coin du feu comme dans une salle confortable, dedans ou dehors, avec ou sans électricité. Une qui séduit l’oreille, s’en fait une amie et lui distille des morceaux savoureux, lui conte des musiques d’ici et d’ailleurs, doux emprunts folk, jazzy ou reggae. Pour lui raconter la vie dans tous ses états d’âme, qu’il sait avec justesse mettre en mots et en émois : « Il y a même des chansons / Qu’on écrit sans raison / Autre que celle du cœur / Pour en faire son bonheur ». L’écriture est toujours faite de précision et de rare élégance. Et ses chansons trottent dans nos têtes longtemps après l’écoute.

Le "L'ivre de la jongle" en mains (photo DR)

L’un dans l’autre, Erwens cumule vingt-cinq ans au service de la chanson. Sous les feux de la rampe comme plus humblement, au quasi quotidien, dans des écoles, des maisons de retraite, des prisons. Là où, par elle, on s’évade. Y compris l’été, par des karaokés forcément différents. Cette approche tous terrains, alliée à une modestie quasi maladive, apporte toute l’humanité aux chansons d’Erwens. Sur disque comme, désormais, dans les pages de son livre-recueil, « L’ivre de la jongle », paru en septembre 2011 chez Edifree.fr. Péché d’orgueil que cet ouvrage ? Non, seulement l’utile et précautionneux réflexe de mettre ses vers à l’abri du temps et des technologies, de les faire se rencontrer en un même mille-feuilles gourmand, havre de papier certes privé de son mais où les textes d’Erwens vivent d’instinct de cette musicalité qu’ils savent secréter.

Le site d’Erwens, c’est là. (*) Sous son nom d’état-civil, Erwens a sorti, en 1994, un premier album, « Vol de nuit », toujours disponible en téléchargement sur son site perso, ainsi que quatre singles dont un produit et réalisé par la maison de disques montpelliéraine Discadance, qui avait découvert et lancé Reggliss.

http://www.dailymotion.com/video/xgf9vk_promotion-de-lyalbum-contes-a-rebours-de-l-artiste-erwens_music

1 décembre 2011. Étiquettes : . Lancer de disque. 5 commentaires.

Chez Jeanne et Georges, impasse Florimont…

Sans être nullement l’organe officiel des « Amis de Georges », NosEnchanteurs relaie fidèlement l’actualité Brassens. Et dieu seul sait que l’année 2011, celle où Brassens fête ses quatre-vingt dix ans, où ses vers attitrés fêtent, eux, trente ans de ripaille, est copieuse. Pour d’autres artistes on friserait l’indigestion. Mais c’est Georges Brassens et on ne s’en plaindra pas.

Il y a peu, je vous parlais de Michel Trihoreau et de sa conférence sur Brassens. Avec, comme ce fut le cas à Prémilhat avec Michel Grange, l’apport ponctuel d’un chanteur venant rythmer le docte exposé. Exposé, c’est presque ce que fait Michel Arbatz, dans un spectacle remarquable sur l’homme à la pipe. Ça se nomme « Chez Jeanne (la jeunesse de Brassens) ». Je n’ai pas vu le spectacle mais comme Arbatz a eu le bon goût d’en faire une version discographique, je peux vous en dire le bonheur. Onze titres de Brassens, c’est bien le moins, et d’autres chansons et textes pour vous narrer l’itinéraire du créateur de Pénélope et de La tondue, de Pauvre Martin et de La femme d’Hector. Comment d’ailleurs qualifier tel spectacle ? Une conférence chantée ? C’est déjà pris. Une chanson conférencée ? Peut-être. Ce avec la voix chantante d’Arbatz qui vous conte Brassens comme on le ferait devant la veillée, où lors d’un repas animé, avec les auditeurs aux gros yeux qui avalent les mots. Arbatz ne parle que de la jeunesse du Georges, de sa famille, de l’école et de Bonnafé, des petits forfaits pour offrir aux filles des fleurs… De l’enfance sétoise à chez Jeanne, à Paris, jusqu’à la Libération. Ça s’écoute sans faim ni fin. C’est l’un des plus beaux cadeaux de cette année « Brassens ». Le site de Michel Arbatz, c’est ici.

Je vous avais parlé de la sortie prochaine du Brassens du duo Alcaz. L’album est depuis sorti. Et c’est autre plaisir. Vous connaissez Jean-Yves Liévaux et Vyvian Cayol, ce duo d’amour qui enchante chaque scène leur étant offerte. A cet amour ils ajoutent aujourd’hui leur admiration pour Brassens, mêlent les deux et en font leur quatrième opus. Vent fripon est une sélection amoureuse de Brassens, puisant dans ses chansons tendres telles que Le parapluie, La non demande en mariage, J’ai rendez-vous avec vous, Les amoureux des bancs publics (même sur la pochette) ou Je rejoindrai ma belle. C’est grand respect de la part d’Alcaz, certes, ne les empêchant toutefois pas de bousculer Brassens par des orchestrations différentes, parfois même, sur Le boulevard du temps qui passe, en substituant la musique de l’ancêtre par un électro-song d’un jazzman marseillais, John Massa. « Nous voulions transmettre à tonton Georges notre plaisir à nous amuser et lui proposer une belle place entre Vyvian et moi ! » dit Jean-Yves Liévaux. C’est réussi ! Le site d’Alcaz c’est là.

Troisième Brassens dans ma boite aux lettres, A la rencontre de Georges Brassens, du trio Callipyge. Le disque n’est pas tout jeune (il remonte à 2003) mais la formation existe toujours et plus que jamais. Le chanteur est Renaud Jeune (c’est son vrai blaze) qu’on connaît aussi et surtout sous le pseudo d’Erwens (dont on a sur ce même disque un échantillon perso, par une de ses propres chansons). On y retrouve aussi ce Boulevard du temps qui passe parmi une sélection menée tambour battant, swinguant même. Un délice musical même, où la voix de Jeune se pose, naturellement, belle et respectueuse, comme dans un écrin. A noter le dernier titre, qui n’est autre qu’un bêtisier pour le moins sympa, tiré du Roi des cons. Le site d’Erwens, c’est là.

13 novembre 2011. Étiquettes : , , , . Lancer de disque. 2 commentaires.

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