fanFan en « Zone interdite »

fanFan (photo DR)

D’elle, Gérard Morel parle d’« un univers sensible et attachant, à la tendresse malicieuse et à l’humour délicat », Anne Péko retient « le charme à la fois vif, désuet, romantique et canaille » et NosEnchanteurs,  jamais en reste, ose « une chanteuse de hardiesse. » Cette Fanfan-là tient plus de la rose que de la tulipe, cause au plus grand nombre de pétales, cause aux épines aussi. fanFan, c’est Françoise Mingot-Tauran, qui aime à se présenter avec un cv étonnant, un cursus universitaire épatant, toute agrégée et docteur es-lettres qu’elle est. C’est que la dame aime ses médailles, pendantes et trébuchantes… Jadis, elle fut conseillée et quasi mise en orbite par des Jean-Louis Barrault et Léo Ferré. Enseignante en France puis en coopération, elle se met alors à écrire des chansons, sur des mélodies offertes par Chantal Grimm. A son retour à la mère-patrie, elle devient à sa manière éditrice en créant Wallâda, à vocation libertaire, dont une de ses collections se consacre à la musique tzigane. Elle écrit beaucoup de textes de chansons mais n’enregistre que rarement. Certes il y eu ce premier album, en 2003, fait d’extraits d’une épopée à paraître, une « rapsodie hors du commun » selon Pierre Seghers et Maurice Nadeau. Mais, à être de toujours et de partout, Françoise néglige quelque peu cette corde à son arc et les flèches restent longtemps dans ses carquois. Pas mal de flèches pour Cupidon, d’ailleurs, même si parfois, dit-on, il s’en fout. fanFan aime tricoter des vers sensibles, qui fouille l’intime. En privé, en connivence, elle vous en chantera des tonnes, vous en écrira même, sur le coin d’une table, à faire rougir toutes les nonnes et toute la chrétienté. Des mots d’amour torride… Là, sur ce nouveau disque, et malgré ce titre qui est comme invitation, « Zone interdite », fanFan fait dans la retenue, le presque chaste, lâche le morceau : « Pour le lit défait / T’as plus rien / Et tu t’en vas / Tous feux éteints / En roue libre / Le cœur chagrin. » Bon, il y a quand même P’tit minou et quelques autres, extrait : « Et sans passer par le vestiaire / J’y plonge tête la première / Ton p’tit minou / Goûter la saveur éphémère / Du bouton d’or des primevères / Ton p’tit minou. » fanFan ne chante pas toutes ses créations : elle partage avec Niño Géma* (c’est lui qui se fait le P’tit minou, au sens qu’il l’interprète), faisant parfois duo. L’art de fanFan s’inscrit dans une patine vieille de la chanson, qui valse et lèche les mots, dont chaque vers est calculé au pied à coulisse. Du bel ouvrage qui interroge les gestes, les sentiments, parfois de façon crue. Il y à évidente filiation avec feu Colette Renard, même flamme  :  « Les hommes c’est comme les allumettes / On les allume et on les jette / S’ils ne connaissent pas l’amour fou / Ils brûl’ront jamais jusqu’au bout / Faut-il encore que la femme s’y prête… »

fanFan, Zone interdite, 2011, Wallada. http://www.wallada.fr/  (*) Le site de wallada étant en actuelle refonte, il est plus prudent de commander ce disque par mél : contact@courtcircuit-diffusion.com au prix de 17 euros, port inclus. Françoise Mingot-Tauran produit aussi le disque Rivages d’aquarelles de Niño Géma, toujours aux éditions Wallada. A noter enfin que, ce mercredi 7 décembre, fanFan chante à Strasbourg, au Conseil de l’Europe, avec un orchestre de roms, au cocktail d’ouverture d’une journée de débats sur les roms, débats auxquels elle participe par ailleurs en tant qu’éditrice de la parole tsigane. fanFan se produira par ailleurs le 7 janvier, à L’échelle à coulisse, 16 rue Tolbiac à Paris, 21 h 30, dans “Un homme, une femme : d’un rivage à l’autre” avec Niño Géma, avant une tournée en Bretagne.

7 décembre 2011. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Prémilhat : « Mes frères les boeufs il serait temps qu’on meugle ! »

Chanter debout dans la boue, fièrement devant des bœufs, faire le beau devant des paons, croquer à pleines dents la chanson sous un pommier… C’est désormais un rituel que cette déambulation festivalière et chantée à la ferme de la Ganne, pas loin de Prémilhat. Un dimanche matin forcément pas comme un autre où nous suivons, à la manière d’un chemin de croix (sans nulle croix, sans nulle bannière), cette chanson que nous aimons. Cette Rencontre de Prémihat, c’est aussi ça que personne ne saurait louper à présent, grand classique s’il en est de ce festival du bout du monde. Et ce n’est pas Pauline Paris, déjà présente l’an passé (mais pas devant les mêmes vaches) qui dira le contraire. Elle, venait juste d’arriver la veille, les yeux mi clos cause au décalage horaire. Direct d’Ukraine à ici : des radioactivés de Tchernobyl aux bœufs de la Ganne, elle sait séduire tous les publics. Meuh d’honneur donc à Paris la parisienne. Ça se joue de peu d’ailleurs. Car comment qualifier la prestation, tout en profondeur, de Martine Scozzesi ? Ou cet A la claire fontaine d’une lumineuse Flavia Perez ?
Bon, on ne fera pas de palmarès, pas d’élections ni même de primaires : on ne saurait où placer l’audace, le culot (au sens de la culotte) de Fanfan (Françoise Mingot-Tauran), chanteuse de hardiesse, très hard, très osée, qui nous instruit des délices et pratiques de l’amour, devant un public qui, parfois, n’en est encore qu’à Chantal Grimm ou à la Sylvestre des Fabulettes. Et Garance si belle sous l’arbre, et Michel Grange pas loin de l’étable, et d’autres encore, ce fut une nouvelle fois grands et superbes moments. La ferme de la Ganne, c’est trente espèces d’animaux en totale liberté ; c’est autant de chanteurs en totale fraternité.

De haut en bas : Pauline Paris, Garance, Fanfan et Flavia Perez (photos Catherine Cour)

1 novembre 2011. Étiquettes : , , , , . Festivals, Rencontre de Prémilhat. 1 commentaire.

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